Le dérèglement climatique fait migrer les poissons vers les pôles et cause leur disparition, d'après une étude de l'Université de Tel-Aviv

Selon une étude internationale approfondie, menée par le doctorant Shahar Chaikin sous la direction du Prof. Jonathan Belmaker de l'École de zoologie et du Musée d'histoire naturelle Steinhardt de l’Université de Tel-Aviv, de nombreuses espèces de poissons se déplacent actuellement vers les pôles pour échapper à la hausse des températures de l'eau de mer due au réchauffement climatique, mais la vitesse de ces déplacements varie considérablement selon les espèces, les plus rapides se décimant davantage. Les résultats alarmants montrent que sur une migration de 17 km, la moitié des poissons en moyenne est susceptible de disparaitre.

chaikin balmaker580L'étude a été publiée dans la prestigieuse revue scientifique Nature Ecology & Evolution.

L'étude établit pour la première fois une corrélation entre deux bases de données mondiales : une suivant les changements de la quantité de poissons de différentes espèces au fil du temps, et l'autre qui compile la vitesse de leur déplacement vers les pôles. Au total, 2 572 populations de poissons appartenant à 146 espèces ont été étudiées, principalement dans les océans Atlantique et Pacifique de l'hémisphère Nord.

Les espèces qui réagissent le plus rapidement au changement climatiques sont celles qui sont le plus vulnérables

« Nous savons que le changement climatique provoque le déplacement des espèces animales vers le nord, le sud, le haut ou le bas, en fonction de leur emplacement par rapport aux régions plus froides », explique le Prof. Belmaker. « Dans les montagnes, les animaux grimpent vers le haut, dans les océans, ils plongent plus profondément, dans l'hémisphère sud, ils migrent vers le sud en direction de l'Antarctique, et dans l'hémisphère nord, se déplacent vers le nord, en direction du pôle Nord. Dans la présente étude, nous avons voulu vérifier ce qui arrive à ces espèces qui migrent : gagnent-elles une capacité de survie accrue, ou bien sont-elles lésées par ce déplacement, provoqué initialement par le fait qu'elles sont plus vulnérables ? Nous avons constaté que plus les espèces ont tendance à migrer vers les pôles, plus leur population diminue, et elles ont apparemment des difficultés à s'adapter à leur nouvel environnement ».

Labrus Bergylta

« Nous avons observé que les espèces qui réagissent plus rapidement au changement climatique sont justement celles qui sont en fait les plus vulnérables. C'est le cas par exemple, du bar européen », explique Shahar Shaikin. « De plus, chaque population d'une même espèce a une certaine répartition spatiale. Certaines sont plus proches des pôles, et certaines de l'équateur. On aurait pu supposer que celles plus proches des limites polaires plus froides seraient moins affectées par le changement climatique. Mais il s'est avéré qu'au contraire, les déplacements plus rapides vers les pôles des populations se trouvant à des latitudes plus élevées ont entraîné un déclin plus rapide de la prévalence de l'espèce que chez les populations de la même espèce plus proches de l'équateur ».

Guider les décisions environnementales

Les chercheurs soulignent que ces résultats de l'étude peuvent et doivent guider les décideurs environnementaux et leur permettre de réévaluer la politique de conservation de ces espèces face aux changements climatiques. Ils suggèrent que les populations qui présentent des déplacements rapides vers les pôles nécessitent une surveillance étroite et un examen des options permettant de minimiser les pressions qui menacent leur survie, par exemple des restrictions de pêche.

« Nous avons l'habitude de penser que si une espèce migre, cela signifie qu'elle n'est pas en danger », conclut le Prof. Belmaker. « C'est faux. Il s'avère que ces espèces sont justement celles auxquelles nous devons prêter davantage attention car elles sont plus vulnérables au changement climatique. L'année dernière, nous avons publié une autre étude portant sur les espèces locales le long des côtes israéliennes, qui a abouti à des résultats similaires : les espèces qui se déplacent vers des habitats plus profonds suite au réchauffement climatique présentent des populations en déclin. Dans la prochaine étape de nos recherches, nous avons l'intention d'étudier cette relation causale chez d'autres espèces marines, autres que les poissons ».

Poissons

Photos :

  1. De gauche à droite : le Prof. Jonathan Belmaker et Shahar Chaikin
  2. Poisson de l'espèce Labrus Bergylta photographié à l'extrémité sud de sa zone de répartition, à l'est de l'océan Atlantique (Crédit : Shahar Chaikin)
  3. Raie tachetée (Leucoraja ocellata) photographiée à l'extrémité nord de sa zone de répartition, dans la Mer du Labrador, à Terre-Neuve, Canada (Crédit : Shahar Chaikin)
 
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