Selon une étude réalisée sous la direction du Dr. Asaf Inbal du Département de géophysique de l'Université de Tel-Aviv, le flux inhabituel de véhicules lourds des forces du Hamas dans la bande de Gaza, en direction de la frontière israélienne, environ une demi-heure avant l'attaque terroriste meurtrière du 7 octobre, a été capté par trois stations sismiques dans le sud d'Israël. Selon les chercheurs, la découverte de ces signaux pourrait ouvrir la voie au développement de nouveaux systèmes de détection au service de la sécurité.
L'étude innovante a été publiée dans la revue de la Société sismologique d'Amérique The Seismic Record.
D'après les chercheurs, la sismologie est souvent utilisée pour surveiller les explosions conventionnelles et nucléaires, mais c'est la première fois dans l'histoire que les mouvements du sol résultant de la préparation d'une attaque terroriste ont été identifiés par l'analyse du bruit sismique causé par la circulation des véhicules. Selon eux, cette découverte démontre l'utilisation potentielle de la technologie de détection sismique pour fournir des alertes précoces en cas d'activité terroriste. Ils soulignent cependant que l'identification de ces mouvements à Gaza a été réalisée rétrospectivement.
Détecter les préparatifs terroristes grâce aux ondes sismiques
« L’Institut géologique israélien gère un réseau national de dizaines de sismomètres très sensibles qui surveillent en permanence les mouvements du sol », explique le Dr. Inbal. « Ce réseau est essentiellement conçu pour détecter et localiser les tremblements de terre et avertir en cas de fortes secousses du sol causées par des événements sismiques de grande magnitude. Cependant, trois stations de ce réseau, situées à Amazia, Ktsiot et Yatir, à 30 et 50 kilomètres de Gaza, ont enregistré des niveaux de bruit sismique inhabituels le 7 octobre 2023, entre 6h00 et 6h30 du matin, avant le début des tirs de roquettes. Ce bruit peut être attribué avec certitude à l’activité des véhicules à Gaza alors que les terroristes du Hamas se rassemblaient pour l’attaque. La probabilité que les signaux enregistrés proviennent de Gaza est supérieure à 99,9 % ».
Bien que les sismomètres soient conçus pour détecter des vibrations du sol même extrêmement faibles, le Dr. Inbal souligne que la capacité de lier le bruit sismique aux mouvements des véhicules gazaouis a été facilitée par le faible niveau de bruit de fond sismique qui régnait dans le sud d'Israël aux premières heures de ce samedi matin, coïncidant avec la fête de Simha Torah. « L'amplitude enregistrée à proximité des sismomètres étaient de l'ordre de dizaines de nanomètres par seconde, le mouvement minimum du sol détectable par l'homme étant de quelques millimètres par seconde », explique-t-il.

« Les caractéristiques du bruit provenant de Gaza capté par les stations israéliennes au matin du 7 octobre sont fondamentalement différentes de celles enregistrées par les mêmes stations les samedis précédents aux mêmes heures. Nous avons analysé trois années de données provenant des trois stations enregistrées dans le même créneau horaire que celui précédant l'attaque, et n'avons trouvé aucun exemple d'un samedi matin où des telles amplitudes aient été enregistrées pendant plus de 10 minutes dans les trois stations. Il est important de noter que ces stations sont largement espacées, chacune étant essentiellement sensible au bruit sismique généré par l'activité humaine à proximité. Par exemple, la distance entre Ktsiot et Amazia est d'environ 80 kilomètres. Les samedis précédents, il n'y avait aucune corrélation entre les données enregistrées par ces deux stations. Le matin de l'attaque, alors que l'activité locale à proximité de ces stations était minimale, nous avons constaté des amplitudes sismiques généralisées particulières, augmentant de manière constante à l'approche de l'attaque. Aucune source naturelle ou humaine connue du côté israélien n'aurait pu générer des signaux sismiques avec une dispersion et une intensité similaires à celles attribuées aux mouvements du Hamas. Bien que le Festival de musique de Reim ait généré un certain bruit sismique, notre analyse montre que ce bruit ne correspond pas à la force ni à la localisation des sources de bruit enregistrées par le réseau sismique israélien le 7 octobre ».
Nouvelles précisions sur les mouvements du Hamas le 7 octobre
L'analyse indique que le bruit sismique détecté a commencé à 6 heures du matin et s'est intensifié à l'approche de l'attaque. Parfois, le bruit enregistré présentait de brefs pics suffisamment forts pour localiser sa source et suivre sa progression. La localisation et l'intensité de ces sources suggèrent des mouvements de véhicules à l'intérieur de la Bande de Gaza, avançant de Rafah au sud jusqu'au poste-frontière d'Erez au nord, pendant les 30 minutes précédant l'attaque.
« Nous avons une bonne résolution audio le long de la route Salah al-Din, une artère principale traversant la Bande de Gaza de Rafah au sud à Beit Lahia au nord », explique le Dr. Inbal. « Et nous pouvons confirmer avec une grande certitude que leurs forces se sont déplacé le long de cette route à une vitesse de 25 à 50 km/h. Les observations effectuées à des stations situées à des dizaines de kilomètres de la frontière de Gaza indiquent des convois de véhicules lourds tels que des bulldozers et des camions transportant des forces. Trois minutes avant le début de l'attaque, nous avons détecté des sources de bruit atteignant l'extrémité nord de la Bande de Gaza près de Beit Lahia et l'extrémité sud près de Khan Yunis, de même que des signaux en provenance du centre de la Bande, près de Nuseirat. Nous savons que l'assaut a commencé presque simultanément tout le long de la frontière ; ces observations sismiques fournissent donc des preuves supplémentaires du déploiement massif des forces du Hamas, qui a probablement permis la percée de la barrière frontière à plusieurs endroits simultanément ».
« Cette étude est le résultat de cinq années de recherche visant à caractériser le bruit sismique généré par les activités humaines. J'espère que ces nouvelles connaissances conduiront à une utilisation élargie de ces outils à des fins à la fois sécuritaires et industrielles », conclut le Dr. Inbal. « Les diplômés du Département de géophysique de l'Université de Tel-Aviv jouent de plus en plus un rôle de premier plan dans les avancées scientifiques et technologiques, et nous sommes convaincus que dans l'avenir, les technologies polyvalentes de détection sismique seront plus largement utilisées dans les divers domaines impactant notre vie quotidienne ».
Photos :
1. Le Dr. Asaf Inbal
2. Extraits des sismographes
(Crédit : Université de Tel-Aviv)

