Percée pour le traitement des troubles du comportement social à l’Université de Tel-Aviv

D’après une étude réalisée sous la direction du Dr. Boaz Barak de l’Ecole des neurosciences et de l’Ecole de psychologie de l’Université de Tel-Aviv, les syndromes de troubles de la communication sociale sont liés à des modifications de la myéline, la substance qui isole les fibres du système nerveux. Selon les chercheurs, l’administration de médicaments réparant ces lésions permettra de réguler le comportement des enfants souffrant du syndrome de Williams (comportement hypersocial), ou au contraire de ceux qui souffrent de difficultés aigues de la communication, comme les autistes.
Le traitement, testé avec succès en laboratoire, en est au stade des essais cliniques.

Boaz Barak squareLe syndrome de Williams est une maladie génétique qui se manifeste, entre autres, par un comportement hypersocial, le patient atteint étant généralement joyeux, plein de vitalité, et incapable de réfréner ses manifestations d’amour pour son environnement y compris pour les personnes qui lui sont totalement étrangères. À première vue, cela semble un syndrome plutôt charmant et optimiste, si ce n’est qu’il est également lié à une déficience intellectuelle et des problèmes de santé importants, dont les principaux sont des cardiopathies.

Il s’agit d’un syndrome génétique relativement rare, causé par un trouble chromosomique. « Dans 95% des cas, le syndrome est dû à une déficience de 25 à 27 gènes dans un chromosome spécifique», explique le Dr. Barak, qui étudie les causes génétiques des troubles du comportement, en particulier ceux de deux syndromes: l'autisme, dans lequel le comportement social est lacunaire, et le syndrome de Williams . « Sur les 25 gènes en question, il en existe un appelé GTF2I, dont la déficience entraine un comportement social accru. Nous avons voulu comprendre pourquoi l'absence de ce gène conduit à ce comportement ».

Des lésions similaires à celles de la sclérose en plaques

A cet effet, le Dr. Barak et son équipe ont utilisé des souris génétiquement modifiées : « Nous avons modifié l'expression du gène uniquement dans certaines zones cérébrales, et avons constaté que ce changement était suffisant pour encourager un comportement de sur-socialisation », dit-il.

Réalisant un séquençage génétique sur des souris malades et des souris saines, les chercheurs ont constaté que les gènes les plus atteints par le syndrome étaient ceux liés à la production de myéline : « Chez les souris malades, nous avons constaté une diminution du niveau d'expression de nombreux genes, 70% d’entre eux étant liés à la myéline, la substance qui enveloppe et isole les fibres du système nerveux afin qu'elles puissent transmettre correctement les impulsions nerveuses, conduisant ainsi à une communication normale entre les neurones du cerveau. Lorsque la couche de myéline est anormale, la vitesse de transmission du signal électrique est plus lente, le signal s'estompe et en fait n'atteint pas sa destination, causant un dysfonctionnement du neurone et par conséquent de celui de différentes régions du cerveau ».

mialin boaz580Le groupe de recherche a ainsi montré que le syndrome de Williams altére l'isolement des nerfs cérébraux et dès lors, de leur fonctionnement. « Nous avons montré que l'expression des gènes liés à la myéline est diminuée, et constaté que le nombre de cellules productrices de myéline est plus petit chez souris présentant le syndrome ainsi que dans les échantillons prélevés sur le cerveau de patients décédés qui en étaient atteints. Ces lésions conduisent à une altération de l'épaisseur de la myéline, qui devient plus mince et moins fonctionelle. Tout ceci mène à un problème de conductivité nerveuse et à une atteinte du comportement moteur, dont on sait qu’il est altéré par les lésions de la myéline ».

Une "dose d'amour'

Selon les chercheurs, les lésions de la myéline dans le syndrome de Williams sont similaires à celles de la sclérose en plaques (bien que dues à d'autres raisons), dans laquelle l’organisme prend par erreur la myéline pour un corps étranger et réagit en l'attaquant. « Nous avons donc décidé d’administrer dans le cas du syndrome de Williams des médicaments que l'on prescrit depuis déjà 20 ans avec succès pour la sclérose en plaques ».

Ils ont alors testé sur les souris malades deux médicaments reconnus et éprouvés pour le traitement de la sclérose en plaques, l’un qui améliore la conductivité neuronale, l’autre qui augmente la production de myéline.

« A notre grande joie, ces médicaments ont amélioré la conductivité neuronale et le comportement social et moteur des souris souffrant du syndrome de Williams », a déclaré le Dr. Barak, qui va à présent réaliser une expérience clinique de trois mois en collaboration avec le Prof. Doron Gothelf du Département de psychiatrie pédiatrique du Centre médical Sheba. « Il s’agit d’un médicament qui stimule les cellules productrices de myéline, rendues inactives chez les patients atteints du syndrome de Williams et de sclérose en plaques. Nous espérons qu'il "normalisera" le processus de production de myéline dans leur organisme ».

Le Dr. Barak a reçu des demandes déchirantes provenant de parents d'enfants atteints du syndrome partout dans le monde, qui souhaitent participer à l’expérience. « D’un côté c’est attristant car nous ne pouvons pas accéder à toutes les demandes, de l’autre cela nous encourage à continuer nos recherches pour trouver la solution à ce syndrome complexe », note-t-il, ajoutant que le fait de "jouer" avec le niveau des gènes, pour influencer le comportement social et donner à ceux qui le souhaitent une "dose d'amour" pose un questionnement philosophique complexe, « car qui sait si l'enfant atteint de ce syndrome souhaiterait vraiment en guérir? ».

 

Photos :

1. Le Dr. Boaz Barak (Crédit: Université de Tel-Aviv).

2. Coupe transversale du prolongement du neurone (axone), enveloppé d'une couche de myéline (en noir), dans le cerveau de la souris (photo au microscope électronique. Crédit : Dr. Boaz Barak)