Les oursins dans le monde menacés d'extinction par une maladie mortelle, selon les chercheurs de l'Université de Tel-Aviv

Selon une étude internationale menée sous la direction du Dr. Omri Bronstein de l'École de zoologie et du Musée d'histoire naturelle Steinhardt de l'Université de Tel-Aviv, l'épidémie mortelle dont la cause a été révélée l'an dernier et qui a détruit les oursins du Golfe d'Eilat s'est propagée le long de la Mer Rouge jusqu'à l'Océan Indien et apparaît désormais comme une épidémie mondiale. Selon les chercheurs, il n'existe actuellement aucun moyen d'aider les oursins infectés ou de les immuniser contre la maladie, mais il est nécessaire d'établir rapidement des noyaux reproducteurs dans des systèmes d'élevage complètement isolés de la mer, pour pouvoir les remettre dans la nature par la suite. Les oursins se nourrissent des algues qui étouffent les coraux, et leur destruction pourrait causer de graves dommages aux récifs coralliens du monde entier.

urchin research team580L'étude a été réalisée par les doctorants Lachan Roth, Gal Eviatar, Lisa Schmidt et May Bonomo du laboratoire du Dr. Bronstein, en collaboration avec des chercheurs des pays de la région et d’Europe, sur des milliers de kilomètres de récifs coralliens. Ses résultats alarmants ont été publiés dans la prestigieuse revue Current Biology.

Un parasite pathogène

Les chercheurs estiment que depuis décembre 2022, date à laquelle l'épidémie s'est déclarée dans le Golfe d'Eilat, la plupart des oursins touchés par la maladie en Mer Rouge et un nombre indéterminé, estimé à des centaines de milliers, d'oursins du monde entier sont morts. Ils soulignent également que depuis la découverte de l'épidémie dans le récif corallien d'Eilat, les deux espèces qui étaient jusqu'alors les plus répandues dans le Golfe ont complètement disparu.

En décembre 2022, le Dr. Bronstein a été le premier chercheur à détecter une mortalité massive d'oursins de l'espèce Diadema setosum ou oursin-diadème à anneau orange, ces oursins noirs à longues épines communs dans le nord du Golfe d'Eilat, en Jordanie et dans le Sinaï. En outre, le Dr. Bronstein et son équipe ont été les premiers à découvrir que l'épidémie est également mortelle pour d'autres espèces apparentées. A la suite de l'apparition de l'épidémie, des milliers d'oursins en bonne santé sont morts de manière rapide et violente, se transformant en deux jours en squelettes vides. La plupart ont été dévorés alors qu'ils étaient mourants et incapables de se défendre. Selon les estimations, il ne reste actuellement dans le Golfe d'Eilat que quelques oursins isolés.

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Dans le cadre d'une étude de suivi, les chercheurs de l'Université de Tel-Aviv ont identifié à l'aide d'outils de génétique moléculaire l'agent pathogène responsable de la mortalité massive de ces oursins : un parasite cilié unicellulaire de type Scuticociliate, qui s'est avéré être le même que celui responsable de la mortalité massive des populations d'oursins des Caraïbes il y a environ deux ans, qui a conduit à l'effondrement du récif corallien.

Les « nettoyeurs » du récif corallien

Le Dr. Bronstein explique que les oursins en général, et l'oursin à longues épines en particulier, sont considérés comme des espèces clés essentielles au bon fonctionnement du récif corallien, car ils agissent comme des « nettoyeurs », se nourrissant des algues qui étouffent les coraux et qui rivalisent avec eux pour la lumière du soleil.

L'épidémie mortelle massive la plus importante et la plus étudiée à ce jour s'est produite en 1983, lorsqu'une mystérieuse maladie qui s'est propagée dans les Caraïbes a anéanti la plupart des oursins de l'espèce Diadema antillarum, parents des oursins d'Eilat. Les algues se sont alors propagées de manière incontrôlable, privant les coraux de la lumière du soleil et l'ensemble du récif corallien s'est transformé en un champ d'algues. De plus, bien que cette grande épidémie dans les Caraïbes se soit produite il y a déjà 40 ans, la population d'oursins et les récifs coralliens ne sont pas revenus à leur état antérieur et des événements de mortalité répétés ont même été observés au fil des ans.

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En 2022, la maladie et a éclaté de nouveau dans les Caraïbes, affectant les oursins survivants, mais cette fois les chercheurs disposaient des outils scientifiques et technologiques pour déchiffrer ses symptômes, et un groupe de chercheurs de l'Université Cornell a pu identifier la cause de la mortalité.

Une mort rapide et violente

« Il s'agit d'une catastrophe écologique de première importance qui menace les populations d'oursins du monde entier », déclare le Dr. Bronstein. « Il s'avère que le phénomène de mortalité de masse que nous avons détecté à Eilat en 2023 s'est propagé le long de la Mer Rouge, et même au-delà, à Oman, et a même atteint ces jours-ci les iles de la Réunion dans l'Océan Indien ».

Selon lui, l'agent pathogène mortel est transporté par l'eau, et est capable d'infecter de vastes zones en très peu de temps. Même les oursins élevés dans l'eau de mer à des fins de recherche à l'Institut interuniversitaire ou à l'Observatoire sous-marin d'Eilat ont été infectés et sont morts car l'agent pathogène a pu pénétrer par les systèmes de pompage.

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« La mort, comme mentionné, est rapide et violente. Notre équipe de recherche a pu enregistrer pour la première fois toutes les étapes de la maladie, depuis le moment de l'infection jusqu'à la mort attendue, grâce à des systèmes spécifiques mis en place à l'Institut interuniversitaire d'Eilat. De plus, jusqu'à notre étude, on ne connaissait qu'une seule espèce d'oursin affectée par ce pathogène, l'espèce caribéenne, et on pouvait peut-être espérer que, malgré la gravité des dégâts, la nature trouverait des mécanismes de compensation, comme une augmentation des populations d'autres espèces d'oursins. Malheureusement, dans notre nouvelle étude, nous montrons que même des espèces apparentées, comme celles qui existent en Mer Rouge, et d'autres espèces de la même famille, sont exposées et sensibles à la maladie », ajoute le Dr. Bronstein.

Un spectacle sous-marin surréaliste

Autre découverte intéressante qui émerge de la présente étude : la progression de l'épidémie passe par les axes de déplacement de la population humaine. « Lorsque nous avons publié notre rapport l'an dernier, nous étions déjà au courant de la mortalité des oursins à Aqaba en Jordanie, mais nous n'en avions encore détecté aucun signe dans le Sinaï. Le premier point où la mortalité est apparue dans le Sinaï a été près du petit port de Nuweiba, accessible par ferry depuis Aqaba. Deux semaines plus tard, l'épidémie s'était déjà propagée à Dahab, au sud de Nuweiba. Il s'agit d'un spectacle sous-marin presque surréaliste : une espèce marine qui était si dominante dans un certain environnement a été simplement anéantie en quelques heures. Des milliers de squelettes roulent sur le fond de l'eau, se désintégrant et disparaissant en très peu de temps, de sorte que même les preuves de ce qui s'est passé sont très difficiles à trouver ».

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Selon le Dr. Bronstein, il n'existe actuellement aucun moyen d'aider les oursins infectés ou de les immuniser contre la maladie, mais il est nécessaire d'établir rapidement des noyaux reproducteurs des espèces en péril dans des systèmes d'élevage complètement isolés de la mer, afin de pouvoir les remettre dans la nature par la suite.

« Malheureusement, nous n'avons aucun moyen de réparer la nature, mais nous pouvons agir sur ce que nous faisons. Avant tout, nous devons comprendre ce qui a causé cette nouvelle épidémie. S'agit-il d'une transmission accidentelle de l'agent pathogène par un navire ? Ou bien l'agent pathogène a-t-il toujours été présent, et un changement dans les conditions environnementales l'a-t-il fait éclater ? Ce sont exactement les questions sur lesquelles nous travaillons actuellement ».

 

Photos:

  1. L'équipe de recherche sous la direction du Dr. Omri Bronstein (Crédit : Université de Tel-Aviv)
  2. Un oursin Diadema setosum avant (à gauche) et après (à droite) la maladie mortelle. Le squelette blanc apparait après le détachement tissulaire et la perte des épines (Crédit : Université de Tel-Aviv)
  3. Quatre espèces d'oursins en bonne santé à l'ile de La Réunion (Crédit photo : Jean-Pascal Quod)
  4. Un oursin infecté à l'ile de la Réunion (Crédit photo : Jean-Pascal Quod)
  5. Oursins morts à l'ile de la Réunion (Crédit photo : Jean-Pascal Quod)
 
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