Comment les enseignants découragent les filles d’étudier les maths

Une étude réalisée par le Dr. Edith Sand, de l’Ecole Berglas d’économie de l’Université de Tel-Aviv et le Prof. Victor Lavy, du Département d’économie de l’Université de Warwick en Angleterre montre que les biais induits par les stéréotypes des enseignants sur les aptitudes cognitives des filles et des garçons à l'égard des mathématiques et des sciences ont des conséquences sur leurs performances scolaires respectives, ainsi que sur leur attitude envers ces matières et leurs choix professionnels à long terme.

L’étude a été publiée ce mois-ci par le National Bureau of Economic Research aux Etats-Unis.

Les chercheurs ont suivi les résultats de trois groupes d'étudiants israéliens depuis 2002, en anglais, mathématiques et hébreu, à partir de la classe de 6e jusqu'à la fin de leurs études secondaires. Ils ont examiné la différence entre les examens internes (notés par des enseignants disposant du nom des élèves) et les examens externes  (notés par des enseignants qui ne connaissent pas leur identité).

 Il s’est avéré qu’en classe de 6e, les filles dépassaient les garçons en mathématiques dans l'examen noté anonymement, mais les garçons dépassaient les filles dans ceux notés par des enseignants qui avaient connaissance de leurs noms. L'effet n’a pas été le même pour les autres matières, anglais et hébreu.

Un biais contre les filles

Les chercheurs en ont conclu que, dans le cas des mathématiques et des sciences, les enseignants surestimaient les capacités cognitives des garçons et sous-estimaient celles des filles. Ce biais a eu des effets à long terme car, en classe de 4e, les résultats étaient inversés, et les garçons qui avaient été encouragés quand ils étaient plus jeunes ont nettement mieux réussi. Les effets ont été similaires dans le choix des cours avancés en mathématiques et en sciences par les élèves des lycées. Après avoir contrôlé les autres facteurs susceptibles d’influencer leurs choix, ils ont conclu que les filles qui avaient été découragées par leurs professeurs en classe de 6e étaient beaucoup moins susceptibles que les garçons de s’inscrire à des cours avancés par la suite.

Edith Sand« Nos résultats suggèrent que les préjugés des enseignants en faveur des garçons ont un effet asymétrique selon le sexe : positif sur les réalisations des garçons et négatif sur ceux des filles » écrivent les chercheurs. « Ceci laisse présumer que le comportement biaisé des enseignants au début de la scolarité a des implications à long terme dans les choix et dans les écarts professionnels entre les sexes à l'âge adulte, dans la mesure où la participation à des cours avancés en mathématiques et en sciences au lycée [équivalent au choix d’une section scientifique dans les lycées français] est une condition préalable pour la scolarisation postsecondaire dans l'ingénierie, l'informatique et ainsi de suite ».

L'impact des différences socio-économiques

Les chercheurs soulignent également que l’impact de ce biais est hétérogène, plus important pour les enfants issus de familles où le père est plus scolarisé que la mère et sur les filles de milieu socio-économique défavorisé. Ils ont également constaté que le biais décourageant part des enseignants en mathématiques ou en sciences diminuait également la confiance en soi des élèves dans d'autres matières étudiées, montrant une fois de plus l’importance potentielle de l’encouragement pour la réussite scolaire.

Les chercheurs signalent que des études similaires à celle réalisée en Israël ont été menées dans plusieurs pays européens.