On faisait du commerce entre l’Inde et Israël il y a 3 700 ans, d’après les archéologues de l’Université de Tel-Aviv

Une étude internationale, à laquelle ont participé le Prof. Israel Finkelstein et le Dr. Mario Martin du Département d'Archéologie et des Cultures Anciennes du Proche-Orient de l'Université de Tel-Aviv, ainsi que le Dr. Ianir Milevski et le doctorant Dmitry Yegorov de l'Autorité des Antiquités d’Israël, révèle un commerce mondial important entre l'Inde, l'Asie du Sud-Est et Israël dès le XVIe siècle avant notre ère, comprenant des produits exotiques comme le soja, les bananes séchées et le curcuma, et ce près de mille ans avant que ces aliments ne soient disponibles dans la région.

Israel Finkelstein FoodL'étude, réalisée sous la direction du Prof. Philipp Stockhammer de l'Université de Munich, a été publiée dans la revue PNAS de décembre 2020.

Elle a porté sur des résidus alimentaires identifiés dans le tartre dentaire de personnes enterrées à Tel Megiddo et Tel Erani (près de Kiryat Gat) en Israël. L'examen de ces dents, datées du XVIe siècle avant notre ère à Megiddo et du XIe siècle avant notre ère à Tel Erani, a révélé des traces de divers aliments, notamment des denrées provenant d'Asie du Sud-Est, tels que le soja, les bananes et le curcuma.

La mondialisation à l'âge du bronze et au début de l'âge de fer

« Lorsque nous imaginons le marché de la ville de Megiddo il y a 3 700 ans, nous pensons à des aliments locaux comme le blé, les dattes et les graines de sésame », dit le Prof. Finkelstein. « Nous avons bien sûr retrouvé des molécules anciennes et des microfossiles de ces aliments de base dans les mâchoires examinées. Cependant, parallèlement à cela, nous avons également découvert des traces de soja, de banane et de curcuma ».

Selon les chercheurs, il s'agit de la plus ancienne trace de ces aliments retrouvée en dehors de l'Asie du Sud-Est. La découverte repousse la plus ancienne apparition connue de ces aliments en Israël et sur le pourtour du Bassin méditerranéen de plusieurs siècles pour le curcuma et même d’un millénaire pour le soja. Elle signifie que le commerce à longue distance de fruits, d'épices et d'huiles exotiques existait entre l'Asie du Sud-Est et la région d'Israël, à travers la Mésopotamie ou l'Égypte, dès le deuxième millénaire avant notre ère : la mondialisation à l’âge de bronze et au début de l‘âge du fer. De toute évidence, aucune banane n'aurait survécu au voyage d'Asie du Sud-Est à Megiddo, et on peut donc supposer qu'elles étaient livrées et consommées sous forme de fruits secs.

Fouilles Meggido« Il s’agit d’une preuve claire du commerce avec l'Asie du Sud-Est dès le XVIe siècle avant notre ère, bien plus tôt qu'on ne le supposait auparavant », explique le Prof. Finkelstein. « Nous avions déjà retrouvé des preuves similaires de commerce à longue distance il y a quelques années: des traces moléculaires de vanille dans des récipients en céramique de la même période à Megiddo. Cependant, on sait très peu de choses sur les routes commerciales ou la manière dont les marchandises étaient livrées ».

« Au cours de nos fouilles à Tel Erani, nous avons fait une découverte surprenante : un cimetière du début de l'âge du fer, il y a environ 3 100 ans », rapportent le Dr. Ianir Milevski et le doctorant Dmitry Yegorov du Département des fouilles, des études et de la recherche de l'Autorité des Antiquités d'Israël. «Dans certaines des tombes, nous avons retrouvé des familles enterrées ensemble, les enfants aux côtés de leurs parents. Nous avons également trouvé des offrandes funéraires, bols, cruches et pichets enterrés avec les morts, pour leur utilisation dans l'au-delà. Dans certains récipients, nous avons découvert des résidus d’os d'animaux, principalement de moutons et de chèvres, destinés à nourrir les morts. Nous prévoyons d'étudier la vaisselle de manière plus approfondie, dans l’espoir d’y retrouver des résidus de bananes et de graines de sésame similaires à ceux découverts dans les dents des personnes enterrées avec eux ». Le Dr. Milevski et le doctorant Dmitry Yegorov ont ajouté qu’ils collaborent avec le Prof. Stockhammer, pour examiner l'ADN des ossements humains, afin de tenter de comprendre qui étaient ces personnes et d'où elles venaient ».

Tout un monde de vestiges révélé par le microscope

Le soja a été domestiqué pour la première fois en Chine au VIIe millénaire avant notre ère. La banane, domestiquée en Nouvelle-Guinée au Vème millénaire avant notre ère, est arrivée en Afrique occidentale 4 000 ans plus tard, mais jusqu'à présent aucune indication n'avait été retrouvée d’une quelconque apparition antérieure de ce fruit au Moyen-Orient.

Des molécules de curcuma et de soja ont été découvertes dans un os de mâchoire à Megiddo, et des protéines de banane ont été retrouvées dans deux mâchoires de Tel Erani. On ne peut donc pas déterminer si ces aliments étaient accessibles à toutes les classes sociales. Les chercheurs supposent que les mâchoires appartenaient probablement à des personnes de statut social relativement élevé, en raison de la structure des tombes et des offrandes qui y ont été placées. Par ailleurs, le fait d’avoir retrouvé des preuves de la consommation de graines de sésame dans les mâchoires de Megiddo et de Tel Erani, indique que cet aliment constituait une composante importante de la cuisine locale dès le deuxième millénaire avant notre ère.

«Notre étude démontre les immenses possibilités représentées par l’intégration des sciences naturelles et des sciences exactes dans la recherche archéologique moderne», conclut le Prof. Finkelstein. « L'archéologie traditionnelle, qu’on peut également appeler macro-archéologie, fournit des données visibles à l'œil nu, comme des bâtiments, des poteries, des bijoux ou des armes. Mais il existe tout un monde de vestiges, d'une importance cruciale, qui ne peut être révélé que par l’utilisation du microscope et de méthodes d’analyse avancées ».

 

Lien vers l'article:

https://www.pnas.org/content/early/2020/12/16/2014956117

 

Photos :

  1. Le (Crédit: Université de Tel Aviv).
  2. Les foulles de Megiddo (Crédit : Megiddo Expedition Team, Université de Tel-Aviv).

 

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