Des chercheurs de l’Université de Tel-Aviv ont découvert le champ magnétique de la terre le jour de la destruction du Temple de Salomon en 586 av. JC

Une étude révolutionnaire menée par le doctorant Yoav Vaknin, et les Prof. Erez Ben Yosef, Oded Lipschits et Yuval Gadot du Département d'archéologie de l'Université de Tel-Aviv, a reconstitué pour la première fois le champ magnétique de la terre le 9 du mois d’Av (Tisha Be’Av) de l’an 586 av. JC, jour de la destruction du Premier Temple par les Babyloniens. Selon les chercheurs, l’étude, portant sur un grand bâtiment rasé par les flammes lors de l’incendie de la ville va constituer un point d’ancrage chronologique exceptionnel pour la datation archéo-magnétique et propulser les capacités des géophysiciens à comprendre les variations incessantes du champ magnétique terrestre.

Givaty Parking Lot Excavation. Photographer Shai Halevi Israel Antiquities Authority 1024x640Elle a été réalisée en collaboration avec les Dr. Ron Shaar de l'Université hébraïque de Jérusalem, et Yiftach Shalev de l'Autorité des Antiquités d'Israël, et publiée à l’approche de Tisha Be'av dans la prestigieuse revue PLOS ONE.

Chaque année à Tisha Be'av, les Juifs du monde entier commémorent la destruction du Premier Temple de Jérusalem, le temple de Salomon. A présent, grâce à la longue mémoire historique du peuple juif, et aux récentes découvertes archéologiques effectuées sur le chantier de fouilles du Parc national de la Cité de David autour des murailles de Jérusalem, sur l’emplacement de l’ancien parking Givati, les chercheurs ont pu reconstituer le champ magnétique de la terre au mois d’août de l’année 586 avant JC, révélant l'intensité de la destruction de la ville par les Babyloniens.

L'un des cinq grands mystères de la physique

La variabilité du champ magnétique terrestre a été définie par Albert Einstein comme l'un des cinq grands mystères de la physique. Bien qu’invisible, le champ magnétique qui entoure la Terre joue un rôle important dans la vie de la planète, et constitue un écran protecteur contre les radiations de l'espace, permettant l'existence de la vie sur terre, et l’orientation des humains, des oiseaux et des mammifères marins. Mais malgré son importance, il reste encore mal connu : quel est le fonctionnement exact du mécanisme qui le produit dans le noyau terrestre ? Comment et pourquoi connait-il des variations ? Et comment ces changements affectent-ils l'atmosphère de la planète ?

Cendres from The destruction at the site. Photographer Shai Halevi Israel Antiquities AuthorityPour répondre à ces questions, les géophysiciens tentent de suivre le comportement énigmatique de ce champ. Or, les vestiges archéologiques faits d’argile, tels les fragments de poterie, briques, tuiles et autres, ont la propriété d’enregistrer une image du champ magnétique terrestre à un instant donné (celui de leur dernière chauffe), et peuvent donc être utilisées à cette fin. En effet, ils contiennent des minéraux ferromagnétiques qui perdent leur aimantation spontanée au-delà d’une certaine température, et se « remagnétisent » quand la température redescend, en fonction de l’orientation et de l’amplitude du champ magnétique d’alors. Ils constituent donc une porte d’entrée privilégiée pour l’étude de l'histoire du champ magnétique. La destruction de Jérusalem, qui s’est déroulée le 9 du mois d’Av de l'an 586 av. JC, pourra par conséquent être utilisée comme un point d'ancrage chronologique exceptionnel pour la datation archéo-magnétique, avec une précision au jour près.

Brûlé à plus de 500 degrés Celsius 

« Les fouilles actuellement en cours dans la ville de David ont mis à jour un splendide bâtiment public avec un sol en plâtre de qualité élevée », expliquent le Dr. Yiftach Shalev et le Prof. Yuval Gadot, qui dirigent conjointement les fouilles. « Nous avons fait remonter la destruction de ce bâtiment à l’année 586 avant JC, date de l’anéantissement de Jérusalem par les Babyloniens, sur la base de vases en poterie caractéristiques de la fin de la période du Premier Temple, retrouvés brisés sur le sol ». Hormis ces fragments, les chercheurs ont également découvert des marques d'incendie ainsi que de nombreuses cendres, rappelant ce verset du Livre des Rois : « Et il mit le feu à la maison du Seigneur et au palais du roi et à toutes les maisons de Jérusalem et livra au feu toute grande maison » (Rois II, 25, verset 9). Dans la « grande maison » livrée aux flammes, les chercheurs ont découvert un important fragment de sol effondré du premier étage du bâtiment. En étudiant le champ magnétique imprégné dans la matière qui le compose, ils ont pu reconstituer le champ magnétique terrestre pendant l'incendie.

Gadot Yoav Vaknin Dr. Shalev. Photographer Shai Halevi Israel Antiquities AuthorityA cet effet, le doctorant Yoav Vaknin a collecté les fragments de ce sol, qui étaient dispersés sur le site dans diverses positions, et a mesuré le champ magnétique enregistré par ces débris dans le laboratoire paléomagnétique de l'Institut des sciences de la Terre de l'Université hébraïque. « Le but de l'étude était double », explique-t-il. « D'une part, reconstituer l’orientation et l’amplitude du champ magnétique le jour de la destruction, et de l'autre, comprendre ce que les informations magnétiques emmagasinées dans ces fragments de sol peuvent nous apprendre sur la destruction elle-même. Même sans mesure du champ magnétique on pouvait supposer que ce bâtiment magnifique avait été démoli pendant la destruction du Premier Temple, mais les mesures du champ ont prouvé que la structure a été brûlée à une température de plus de 500 degrés Celsius, apparemment intentionnellement, et que le sol, qui reposait sur des poutres en bois massives, s'est effondré pendant l'incendie ».

Une exactitude au jour près

« Nous sommes arrivés à cette conclusion car la plupart des blocs de sol, qui se sont refroidis après l'effondrement, se sont orientés de façon uniforme quelle que soit la position dans laquelle ils se trouvaient. Nous avons donc pu faire le lien entre la destruction du Temple et le champ magnétique de la terre, contribuant ainsi à la fois à l’étude de la géophysique terrestre et à la recherche archéologique. C'est vraiment exceptionnel. Cette étude archéo-magnétique a également des implications pour les recherches ultérieures, car si demain on retrouve une couche archéologique contenant des vestiges céramiques similaires sur un autre site ayant subi une destruction, nous pourrons comparer le champ magnétique qui y est enregistré et ainsi déterminer s’il a également été détruit par les Babyloniens ».

Mesures of the Floor that collapsed during the Destruction. Photographer Shai Halevi Israel Antiquities Authority scaled« Mesurer les informations magnétiques d'un sol qui a été incendié il y a des milliers d'années n'est pas une chose anodine », commente à son tour le Dr. Ron Shaar de l'Institut des sciences de la Terre de l'Université hébraïque. « Il faut caractériser les particules magnétiques, comprendre comment les informations magnétiques sont encodées dans le matériau et développer des méthodes de mesure qui nous permettent de lire ces informations. La nature ne nous facilite pas la vie. Aussi consacrons-nous une partie importante du travail d'analyse que nous effectuons au laboratoire paléomagnétique à étudier en profondeur les propriétés magnétiques du matériel archéologique. Et heureusement, dans cette étude, Yoav a pu déchiffrer l’encodage magnétique de la nature et nous fournir des informations importantes sur de nombreux plans, historique, archéologique et géomagnétique ».

« Pour recréer un champ magnétique, il faut disposer de sources d'information partant de points historiques bien ancrés », conclut Vaknin. « Il est très rare de disposer d'un événement historique remontant à des milliers d'années que nous sachions dater avec exactitude au niveau de l'année, du mois et même du jour comme la destruction du Premier Temple. Il est important de noter que, bien qu'il y ait des débats sur la validité historique de la Bible dans son ensemble, la description des événements qui se sont déroulés dans le Royaume de Juda pendant les cent dernières années de son existence a été écrite presque en temps réel, et le texte biblique est souvent considéré comme fiable concernant cette période. La destruction du Premier Temple est étayée par une variété de découvertes archéologiques en Israël en général et à Jérusalem en particulier, comme des pots marqués d’empreintes de sceau appartenant au Royaume de Juda, ou portant des noms mentionnés dans la Bible ».

 

Photos:

1. Le site de fouille de la Cité de David à Jérusalem (Crédit: Shai Halévi, Israel Antiquities Authority)

2. Cendres du bâtiment brûlé pendant l'incendie du Temple de Jérusalem (Crédit: Shai Halevy, Israel antiquities Authority)

3. De gauche à droite: le Prof Yuval Gadot, le doctorant Yoav Vaknin et le Dr. Yftach Shalev (Crédit: Shai Halevy, Israel antiquities Authority)

4. Mesure du fragment de sol effondré (Crédit: Shai Halevy, Israel antiquities Authority) 

 

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