Masterclass du grand réalisateur français Jacques Audiard pour les étudiants de l'Université de Tel-Aviv

Dans le cadre du 20e Festival International du Film d'étudiants qui s'est tenu à Tel-Aviv du 10 au 16 juin 2018, le réalisateur et scénariste français Jacques Audiard, invité à l'initiative de l'Association francophone de l'Université de Tel-Aviv et de sa déléguée générale Agnès Goldman, a donné une masterclass pour les étudiants de l'Ecole de cinéma de l'UTA, le 12 juin à la Cinémathèque de Tel-Aviv. L'entretien, qui s'est déroulé devant une salle comble, a été mené par le Dr. Avner Shavit, journaliste et chargé de cours à l'UTA. Le cinéaste a ensuite répondu aux nombreuses questions des étudiants sur ses films, ses méthodes de travail et ses motivations.

Audiard1Jacques Audiard, qui a réalisé son premier film à 42 ans, a tout d'abord étudié la philosophie et les Lettres, et avoue regretter ne pas avoir fait d'études de cinéma :"Je n'ai pas eu assez d'imagination pour ça", dit-il. "J'étais en fait un adolescent très ennuyeux. De plus faire une école de cinéma permet de réaliser des alliances avec les créateurs de films de sa génération. J'avais dix ans de plus que tous les jeunes cinéastes des années 90 lorsque j'ai commencé à faire des films". De ses études de lettres, il a gardé un goût particulier pour le cinéma de genre: "Mais je me suis servi du genre comme d'un cheval de Troie qui me permettait de me mettre à l'intérieur de quelque chose qui n'est pas forcément moi. C'est une enveloppe par l'intermédiaire de laquelle je peux faire du cinéma d'auteur, développer mes films personnels. Le genre permet au public de s'identifier, et de là on peut l'emmener dans la direction que l'on souhaite".

"Ce sont les conflits qui font avancer le scénario"

La plupart de ses films sont basés sur des livres: "C'est plus facile comme point de départ", explique-t-il. "Mais je vais tout d'un coup voir quelque chose dans cet objet littéraire qui va me permettre de le transformer en 'machine à images'". Au cours de l'entretien a été projeté un extrait d'Un héros très discret, adapté du roman homonyme de Jean-François Deniaux, avec l'acteur Mathieu Kassovitz dans le rôle principal, sorti en 1996, qui raconte l'histoire d'un falsificateur qui, à la Libération, se fait passer pour un héros de la Résistance. "Le sujet était considéré comme un peu insolent en France, et la réception a été mitigée", raconte-t-il. Le film a cependant reçu le prix du scénario du Festival de Cannes la même année. "J'ai traité ce film comme une comédie musicale", dit-il. "La forme narrative, dramaturgique est toujours première".

Audiard4Répondant à une question sur son processus d'écriture et ses méthodes de travail, Jacques Audiard dit travailler toujours en collaboration avec un autre scénariste: "Nous avons un dialogue presque ininterrompu et il finit toujours par en émerger un sujet qui va cristalliser le projet du film. C'est un processus qui peut prendre plusieurs mois". Reprenant une citation de Claude Sautet, il précise que pour lui le processus d'écriture de scénario à deux phases: "debout et assis. Le matin, on dialogue, on construit; l'après-midi, on écrit. Le plus difficile est le moment où l'on doit passer de l'idée à la création. Ce sont les conflits qui font avancer le scénario, sinon on n'obtient qu'une chronologie d'évènements sans drame. L'écriture des scènes vient plus tard. Avec mon coscénariste, nous écrivons chacun des scènes, puis chacun repasse sur les scènes de l'autre, ce qui fait qu'à la fin on ne sait plus qui a fait quoi. Nous sommes chacun le 'juge de paix', le critique de l'autre".

"Le tournage doit rester très poreux et plastique"

Sur son travail de mise en scène et ses relations avec les acteurs: "J'ai beaucoup changé. Je suis moins directif qu'avant. Aujourd'hui je suis plus à l'écoute, je cherche à exister sur le moment. Je suis davantage les 'instincts' du tournage". Il donne l'exemple de Sur mes lèvres, romance entre une secrétaire et un petit voyou avec Emmanuelle Devos, qui a obtenu trois césars en 2002. "J'avais une idée très précise du personnage, mais en une scène, l'actrice l'a transformé, car elle a eu un instinct différent. Le tournage doit rester très poreux et plastique. Il doit se passer quelque chose qu'on ne sait pas à l'avance. Si cela restait uniquement le scénario écrit à l'avance, cela deviendrait très ennuyeux pour moi. C'est exactement comme pour la question du genre: j'utilise une structure solide, et j'essaie de la dynamiter de l'intérieur par le jeu des acteurs".

Audiard3Interrogé sur son goût pour le cinéma américain, Avner Shavit relevant que son prochain film, Les Frères Sisters est même un western réalisé en anglais, il répond qu'il s'agit d'un film commandé, qui a d'ailleurs été tourné en Espagne et en Roumanie : " D'une manière générale, j'ai essayé d'échapper à la nouvelle vague des années 60 (Truffaut etc…) très pesante en France. Ma culture cinématographique vient des années 70-80, période bien sûr de l'âge d'or du cinéma américain, mais aussi de la nouvelle vague allemande, ou des films de Besson en France ou de Buñuel en Italie. Je n'avais pas envie de tourner aux Etats-Unis, à cause de la lourdeur de la machine de production américaine. Par contre je voulais tourner avec des acteurs américains, et j'ai effectivement eu beaucoup de plaisir avec eux. La différence avec les acteurs français est que les acteurs américains se considèrent comme responsables de leur personnage. Ils font des recherches avant le tournage. Jai trouvé ça très excitant car le résultat n'était pas figé, et il y avait beaucoup de 'boutons' sur lesquels je pouvais pousser".

"Mon grand regret est que mon père n'ai pas vu mes films et qu'il n'ait pas connu mes enfants"

Le scénariste a déclaré ne pas avoir d'acteurs fétiches, mais a cependant travaillé deux fois avec Emmanuelle Devos (Sur mes lèvres, De battre mon cœur s'est arrêté en 2005), Jean-Louis Trintigant ( Regarde les hommes tomber – son premier film - , Un héros très discret) et Mathieu Kassovitz (mêmes films). "Je savais que je voulais travailler avec Trintignant avant même d'avoir écrit pour le cinéma", dit-il. "Il me charme et m'inspire, c'est le type de personnage que j'aurais voulu être".

Questionné sur ses relations professionnelles avec son père, le célèbre dialoguiste Michel Audiard, il raconte n'avoir eu le temps de faire avec lui qu'un seul film: "Mon père est décédé avant que je commence à réaliser des films. Je n'ai pu travailler avec lui qu'une seule fois. J'ai adoré le faire, mais ça a été trop court. Mon grand regret est que mon père n'ai pas vu mes films et qu'il n'ait pas connu mes enfants". Il avoue cependant que le fait d'être "le fils de son père" lui a facilité le travail d'écriture: "J'ai toujours vu mon père écrire. C'est pour ça que je n'ai pas voulu le faire au début. Ca me semblait trop facile", dit-il en souriant.

Audiard5Les étudiants ont posés énormément de questions sur ses films, dont De rouille et d'os, mélodrame adapté de nouvelles de l'auteur canadien Craig Davidson, avec Marion Cotillard (quatre césars en 2013), notamment la scène où, se réveillant à l'hôpital, elle se découvre amputée des deux jambes ("La difficulté pour moi a été de mesurer l'intensité que l'actrice mettait dans le personnage, de régler son émotion"). Autre film dont le tournage a éveillé la curiosité des étudiants: Le prophète, roman d'apprentissage filmé qui raconte l'ascension d'un jeune délinquant d'origine maghrébine dans une prison (neuf césars en 2010) ("Mes protagonistes sont toujours en train d'apprendre. Ce qui m'intéresse le plus, c'est l'idée d'une seconde vie. Y-a-t-il une seconde vie, et si oui, que coûte-t-elle, que doit-on abandonner ? Et à quoi sert la première?")

Jacques Audiard avoue mal connaitre le cinéma israélien : "Mais je sais que lorsqu'il se met à être brillant, il est très brillant", dit-il. "Si je ne devais donner qu'un nom ce serait celui de Nadav Lapid". A une question d'une étudiante lui demandant s'il aimerait réaliser un film avec des Israéliens, il répond: "Faites des propositions et je serais très heureux de le faire".

Le Festival international du film étudiant a été créé en 1986 au Département de cinéma et télévision de l'Université de Tel-Aviv, devenu depuis Ecole Steve Tisch de cinéma et télévision, à l'initiative des étudiants du département, dans le but de promouvoir la créativité des étudiants en Israël et dans le monde. Institution à but non lucratif, il est entièrement produit et géré par des étudiants passionnés par l'art du cinéma ce qui lui donne une énergie particulière.

Il est aujourd'hui considéré comme le plus grand de son genre dans le monde et l'un des trois plus importants dans son domaine. Environ 200 films et 70 écoles de cinéma à travers le monde y participent, et il est devenu le plus grand lieu de rencontre pour les étudiants en cinéma du monde entier. Le Festival international du film d'étudiant de Tel-Aviv se distingue par le nombre de productions présentées et celui des écoles participantes, ainsi que les cinéastes célèbres qui viennent pour profiter de son atmosphère originale. Il est considéré comme un évènement particulièrement important dans l'industrie cinématographique israélienne.

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