Un Professeur de l’Université de Tel-Aviv parmi les 50 femmes les plus influentes en Israël d’après le magazine Forbes

Le magazine Forbes vient de sortir son classement annuel des 50 femmes les plus influentes en Israël en 2022. Le Prof. Ronit Satchi-Fainaro de la Faculté de médecine de l’Université de Tel-Aviv, figure de proue mondiale dans le domaine de la recherche et du traitement du cancer, et dont les découvertes révolutionnaires sont à la pointe de l'innovation en matière de technologie médicale, est à la 24e place.

Ronit Satchi Fainaro 2021Le Prof. Ronit Satchi-Fainaro n'est pas nouvelle dans le classement de Forbes. Il y a 10 ans, elle avait été choisie comme la femme de l'année dans le domaine de la médecine. Mais son projet qui semblait alors de la science-fiction est actuellement en passe de devenir une expérience clinique : l’impression en 3D de tissus du corps infectés par le cancer pour tester l’efficacité des médicaments. « Au lieu de faire des essais sur le patient, nous pourrons en deux semaines savoir quel est le médicament qui pourra vraiment l’aider », dit-elle.

Tester les médicaments sur un modèle biologique en 3D

Les étapes strictes pour tester et faire approuver les médicaments font que seuls 10 % d'entre eux survivent au processus qui va de la découverte scientifique à l'application sur le terrain. En oncologie, la situation est encore pire : seulement 5,3 % des médicaments arrivés en première phase des essais cliniques obtiennent les approbations réglementaires.

« C'est une triste donnée », déclare le Prof. Satchi-Fainaro, qui, est entre autres à la tête du Centre de recherche sur la biologie du cancer et du Laboratoire d’études sur le cancer et nanomédecine de l'Université de Tel-Aviv. « J'ai essayé de comprendre pourquoi il y a un tel écart entre la science fondamentale et sa traduction clinique. Si la théorie marche si bien au niveau du laboratoire, pourquoi 90 % des médicaments échouent-ils entre le stade de la découverte et sa traduction sur le terrain? ».

Tumeur 3D.Satchi imprimanteCes questions l'ont amenée à la conclusion qu'il ne fallait peut-être pas étudier les tumeurs cancéreuses dans des boîtes de Pétri en deux dimensions, ou essayer des médicaments sur des souris dont l’organisme n’est pas identique à celui du corps humain. En 2015, elle a commencé des recherches basées sur un modèle comprenant l'impression en 3D de l'environnement naturel de la tumeur cancéreuse. « Nous prélevons une partie de la tumeur par opération, et à l'aide d'une encre biologique, nous imprimons autour d’elle tout son microenvironnement y compris les vaisseaux sanguins. En fait, nous faisons circuler le sang du patient à l’intérieur du modèle, ce qui permet également d’injecter son système immunitaire dans le modèle », explique-t-elle. « Grâce à ce modèle, on peut apprendre énormément de choses sur les tumeurs qui continuent de se développer à l'intérieur, sur les substances qui peuvent les attaquer et sur les médicaments qui auront une influence spécifiquement sur chaque patient ».

Changer la donne du traitement du cancer

En aout dernier le Prof. Satchi-Fainaro a publié une étude menée sous sa direction dans la revue scientifique Science Advances, s'appuyant sur ce modèle et portant sur le glioblastome, l’une des tumeurs cérébrales les plus agressives et les plus fréquentes. Depuis, les chercheurs de son laboratoire ont réussi à reconstituer le processus de plusieurs autres cancers produisant des métastases cérébrales, comme le mélanome, le cancer du sein, le cancer du poumon et les cancers gastro-intestinaux. « Nous voulions surtout comprendre comment il se pouvait qu'ils atteignent le cerveau, et nous avons pu à la fois comprendre le processus, et trouver des protéines pour l’inhiber », dit-elle avec enthousiasme.

Ronit Satchi Fainaro Eilam YeiniMais le Prof. Satchi-Fainaro est surtout particulièrement heureuse du prochain essai clinique qui devrait commencer au Centre médical Sheba. « Dès le début de l'essai, nous saurons dans un délai de deux semaines quel traitement médicamenteux est efficace pour chaque patient. Dans le cadre de cette expérience, nous n'interviendrons pas encore dans le traitement, mais nous verrons s'il y a une correspondance entre ce qui s'est passé chez le patient et ce que nous avons obtenu par le modèle, et ainsi nous pourrons valider celui-ci. Le temps qui s'est écoulé entre la publication de l'article et l'essai clinique a été extremement rapide. Depuis 15 ans que je suis à la tête de ce laboratoire, je n'ai jamais vu de délais aussi rapides ».

« Si essai réussit, cela changera la donne. La méthode de traitement de la plupart des patients atteints de cancer dans le monde va changer. Au lieu de faire des essais sur le patient, nous pourrons savoir quel médicament lui convient. De nombreux sociétés commerciales essaient d'améliorer la décision sur le choix des médicaments pour  traiter les patients au moyen d’algorithmes. Ici, nous allons plus loin : nous vérifions de facto si les prédictions fonctionnent vraiment. Aujourd'hui, le développement d’un médicament contre le cancer prend 15 ans et coûte 2,6 milliards de dollars. Peut-être pourrons-nous le faire plus rapidement et plus efficacement ».

Enfant, Ronit Satchi-Fainaro n'avait jamais pensé devenir scientifique et préférait la danse classique, mais elle trouve cependant des ressemblances entre les deux disciplines : « La danse, et plus particulièrement la danse classique, est un art impitoyable et sans compromis, auquel il faut se consacrer entièrement. C’est la même chose pour moi et les 30 personnes de mon laboratoire, si nous perdons une seconde de concentration, c’est terminé ».

Eduquer la prochaine génération à l'égalité des chances entre les sexes

Son parcours est pluridisciplinaire. « C’est très inhabituel dans cet univers », dit-elle. « J'ai fait un doctorat en chimie des polymères et nanotechnologie, puis un changement à 180 degrés pour étudier la biologie du cancer et des vaisseaux sanguins à Harvard. En 2006, je suis rentrée en Israël, et j'ai établi des connections entre ces disciplines. Et c’est ce qui a amené, à l'une des innovations les plus importantes au cours de la dernière décennie, notre modèle 3D ».

Ses succès académiques ont bénéficié d’une large couverture médiatique. En 2012, elle a été choisie par Forbes comme la femme de l'année en médecine, et en 2014, elle a déjà été sélectionnée parmi les 50 femmes les plus influentes de Forbes. Elle siège aux conseils d'administration de la société pharmaceutique israélienne Teva et de différents hôpitaux.

Le Prof. Satchi-Fainaro est mère de trois garçons. « Notre responsabilité est d'éduquer la prochaine génération à l'égalité des chances entre les sexes », dit-elle.  « Personnellement, je n'ai jamais été traitée différemment parceque je suis une femme. Mais dans les universités, il n'y a que 18% de professeurs titulaires femmes, et c'est un faible taux. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de talent féminin, mais plutôt qu'il existe d'autres défis comme les normes sociales ou la difficulté à concilier famille et travail. Je suis un exemple de la manière dont il est possible de combiner ces différents univers dans la mesure où l’on apporte des idées qui peuvent se traduire sur le terrain ».

 

Tiré d’une interview donnée au magazine Forbes.

 

Photos:

1. 2. : le Prof. Ronit Satchi-Fainaro

3. Avec le doctorant Eilam Yeini

(Crédit: porte-paroe de l'Université de Tel-Aviv)

 

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