Changement climatique, recherche spatiale et vie en conditions extrêmes : symposium à l’Université de Tel-Aviv

Un passionnant symposium sur le lien entre le changement climatique, la recherche spatiale et la vie dans des conditions extrêmes s’est tenu le jeudi 14 octobre par zoom, dans le cadre du Conseil des Gouverneurs de l’Université de Tel-Aviv, avec la participation de la ministre israélienne de la Protection de l’environnement, Tamar Zandberg. Le symposium était présidé par le Prof. Mark Shtaif, Recteur de l’Université, et animé par le Prof. Colin Price, Directeur du Département d’études environnementales. Son invitée principale était le Dr. Jessica Meir, astronaute de la NASA.

CoverLe symposium était dédié à la mémoire de Yehiel Ben Zvi, ancien vice-président de l’Université de Tel-Aviv.

Rappelant les ouragans, inondations et incendies dévastateurs qui se sont produits dans le monde entier au cours de l’année 2021, le Prof. Shtaif a ouvert le symposium en tirant la sonnette d’alarme : « Nous observons jours après jours les conséquences des évènements climatiques extrêmes et du réchauffement global causé par l’homme, et peu de temps reste pour les renverser. En tant qu’institution académique leader, l’Université de Tel-Aviv investit d’importants efforts pour freiner cette calamité et toutes ses Facultés se mobilisent pour trouver une solution à cet énorme défi ».

Plus de 12 000 startups israéliennes liées au climat

 « Nous devons développer une nouvelle manière de penser si nous voulons éviter une catastrophe », a déclaré pour sa part la ministre Tamar Zandberg. « Je suis heureuse d’annoncer que pour la première fois le Gouvernement israélien est uni dans sa volonté d’exploiter le potentiel d’une transformation verte de la croissance économique pour protéger l’environnement, et a alloué des millions de shekels pour soutenir l’innovation dans le domaine de la cleantech. Grâce aux connaissances et aux technologies qu’il a développées aux cours d’années d’expérience dans des conditions désertiques avec des ressources limitées, Israël est bien positionné pour devenir un leader mondial pour le développement de solutions urgentes dans ce domaine. Il existe dans le pays plus de 12 000 startups liées au climat. Je souhaite à l’Université de Tel-Aviv et aux université israéliennes en général un grand succès dans leurs réalisations futures pour le bénéfice de tous ».

Tamar ZandbergEn direct de Houston au Texas, le Dr. Jessica Meir, astronaute de la NASA, a partagé des images vidéo exceptionnelles de sa mission dans l’espace ainsi que de son propre parcours de recherche sur la vie dans des conditions extrêmes, et son lien avec les processus de changement climatique.

Sélectionnée en juin 2013 avec un groupe de huit astronautes, le Dr. Jessica Meir s'est envolée vers la Station spatiale internationale le 25 septembre 2019 à bord du Soyouz MS-15 pour un vol de 205 jours dans l'espace. C'est la quinzième femme à s'être rendue dans la Station internationale. Au cours de sa mission, elle a participé avec l’astronaute Christina Koch à la première sortie extravéhiculaire dans l'espace entièrement feminine, avec pour but de remplacer une batterie de l'un des panneaux solaires de la station. Parmi ses travaux dans l’espace, elle a étudié les effets de la lumière et de l'engrais en apesanteur sur la plante japonaise comestible mizuna. Le 22 décembre 2019, elle a célèbré Hanoucca dans l’espace en postant sur Twitter une photo de la Terre vue des hublots de la navette avec au premier plan ses pieds dans une paire de chaussettes décorée d’étoiles de David et de chandeliers à 9 branches.

«En regardant la planète de loin, on ne peut s'empêcher de penser

combien elle est fragile»

Jessica Meir a ensuite présenté son propre parcours étonnant. Elle a, dit-elle, voulu être astronaute depuis l’âge de huit ans, mais son premier centre d’intérêt a été la biologie marine, et la vie en conditions extrêmes. Née en 1977 dans une petite ville du Maine aux Etats-Unis, elle est diplômée en biologie marine de l’Université Brown, et a poursuivi ses études pendant un an à l’International Space University de Strasbourg. En septembre 2002, elle a fait partie de l’équipage de la base sous-marine Aquarius, au large de la Floride, dans le cadre d’un programme de la NASA destiné à isoler des groupes de scientifiques en milieu clos, pour étudier leurs comportements dans des conditions similaires à celles de l’équipage d'un vaisseau spatial. Elle a ensuite son doctorat à l'Institut d'océanographie Scripps sur le comportement de plongée et la physiologie des manchots empereur en Antarctique, puis poursuit son activité de recherche au Département de zoologie de l'université de la Colombie-Britannique à Vancouver où elle s'intéresse à la physiologie des animaux vivant en environnements extrêmes, comme les éléphants de mer de Californie et les oies à tête barrée de Mongolie. Elle était professeur assistant au Massachusetts General Hospital de Boston de la Havard Medical School, lorsqu’elle a été sélectionnée par la NASA en 2013.

Jessica Meir« J’ai accompli mon rêve en participant à cette mission spatiale, où j’étais moi-même « l’animal » en conditions extrêmes sur lequel on conduit des expériences pour faire avancer la science », dit-elle. « Ce qui est important, c’est ce que ces expériences peuvent nous apprendre sur la manière de contrôler la vie en conditions extrêmes sur la planète, de manière à la protéger et la préserver pour les générations à venir. La station spatiale, qui est un formidable point d’observation de la terre à partir de l’espace, contient des instruments qui peuvent nous y aider. Par exemple, le Cloud aerosol transport system mesure la diffusion de la pollution (poussière, fumée, aérosols et autres particules) dans l'atmosphère. Rapidscat mesure la vitesse du vent à la surface des océans. Les photos que nous prenons permettent d’étudier la manière dont les choses changent sur notre planète. Par exemple, nous avons pu observer le retrait des glaciers sur plus de 22 ans. En regardant la planète de loin, on ne peut s’empêcher de penser combien elle est fragile, spéciale, et combien nous devons nous efforcer de la protéger. On constate de plus de visu à quel point nous sommes tous interdépendants les uns des autres ».

«La situation présente de grands défis, mais aussi de nombreuses opportunités»

Meir, dont le père était un Israélien d’origine irakienne émigré en Suède pour apprendre la médecine, a dédié cette présentation à l’équipe de la navette spatiale Columbia et en particulier à Ilan Ramon, premier astronaute israélien, qui y a trouvé la mort. « Israël est une partie très importante de moi-même », a-t-elle ajouté.

Le Prof. Colin Price, Directeur du Département d’études environnementales de l’Ecole Porter des sciences de l’environnement et des sciences de la terre, à la tête de la nouvelle initiative de l’UTA pour l’action sur le climat et de l’initiative Frenkel pour le combat contre la pollution, a animé la suite du débat.

Colin Price« Ce symposium est centré sur les deux révolutions que nous connaissons actuellement. La première se déroule dans l’industrie de l’espace. Aujourd’hui, les acteurs principaux dans ce domaine ne sont plus seulement les Etats, la NASA et les autres agences spatiales nationales. L’industrie privée est entrée sur la scène, avec des entreprises comme SpaceX d’Elon Musk, Virgin Galaxy de Richard Branson, ou Blue Origin de Jeff Bezos. Après Ilan Ramon, Eytan Stibbe, le 2e astronaute israélien qui partira dans l’espace, le fera dans le cadre d’une initiative privée. La deuxième révolution est celle de l’énergie. Depuis la révolution industrielle, nous nous reposons sur le fuel pour faire marcher nos économies. Aujourd’hui nous nous dirigeons davantage vers les énergies renouvelables. L’Université de Tel-Aviv prend part à ces deux révolutions. Nous avons lancé cette année notre premier satellite de recherche, TAU-SAT1, un nanosatellite de 3 à 4 kg, de la taille d’une boite de chaussures, conçu par des étudiants de la Faculté d’ingénierie. Nous avons également entrepris cette année une nouvelle initiative d’action pour le climat, dans le but de promouvoir des solutions innovantes aux problèmes posés par le changement climatique.  Notre centre de recherche de la Mer Morte étudie la vie dans des conditions et des environnements extrêmes. La situation actuelle présente de grands défis, mais aussi de nombreuses opportunités de rendre notre planète plus durable, plus propre et plus juste pour nos enfants et petits-enfants. Le symposium de ce soir combine ces deux nouvelles orientations de l’UTA : d’une part les observations à partir de l’espace, de l’autre la durabilité, la préservation de l’environnement et le changement climatique ».

«Si les pays pauvres suivent le même modèle de développement que nous, les dégâts pour la planète seront ingérables» 

Le Prof. Price présente ensuite deux des « étoiles montantes » de l’Université de Tel-Aviv, et tout d’abord le Dr. Ram Fishman, de l’Ecole d’études des politiques sociales, expert en développement durable, spécialisé dans l’étude des pays en développement.

« Voir la Terre à partir de l’espace nous rend également conscient des inégalités qui règnent sur notre planète », dit-il. « Par exemple, en l’observant de nuit, on peut voir les zones éclairées révélant l’activité humaine, et les zones d’ombre, qui témoignent du niveau de privation économique de continents entiers comme l’Afrique. On peut également constater l’étendue des incendies de forêts, des phénomènes de déforestation ou l’appauvrissement des ressources en eau, et mieux comprendre la fragilité de l’existence de centaines de millions d’agriculteurs, les populations les plus pauvres de la planète, et la manière dont ils sont affectés par les effets du changement climatique. Nous devons donc développer des modèles de développement durable capables d’améliorer la prospérité de ces pays, mais qui soient différents de ceux que nous avons suivi. Si ces pays suivent le même modèle de développement que nous, les dégâts qui s’ensuivront seront ingérables pour la planète, et ce sera la fin de tout espoir de la stabiliser. Nous devons donc trouver des modèles de croissance verte permettant d’accroitre la prospérité des pays pauvres sans détruire l’environnement : c’est le but du développement durable. Beaucoup de ces pays considèrent RamIsraël comme un modèle et une source d’innovation. A l’Université, nous avons un programme spécial qui fonctionne avec des entreprises israéliennes et des partenaires en Afrique et en Asie pour aller tester des solutions innovantes sur le terrain avec nos étudiants : par exemple des modèles d’irrigation solaire, de production de bioénergie à partir de déchets, de préservation de l’humidité du sol, d’agriculture de précision etc. En tant que scientifiques, nous avons la responsabilité de mettre fin à l’ère des énergies fossiles. Le campus de l’Université de Tel-Aviv est l’un des leaders en Israël à cet égard ».

Contribuer à l'économie circulaire locale

La seconde « étoile montante » de l’Université présentée par le Prof. Price est le Dr. Vered Blass de l’Ecole des sciences environnementales, spécialiste d’écologie industrielle, science qui quantifie l’impact environnemental des biens et des services dans le but final de conserver les ressources et de les réutiliser.

Vered« Le développement durable est un sujet très vaste qui s’étend bien au-delà de la crise du climat et qui couvre des domaines très divers qui doivent tous être traités », dit-elle. Lorsque l’on parle de développement durable, il est très important de quantifier et d’être transparent. Il existe de nombreux index qui permettent de mesurer l’impact d’une nouvelle technologie au niveau du pays, de l’entreprise et du produit. Nous envisageons le développement durable de manière holistique. Dans une étude récente, nous avons, par exemple, évalué l’impact environnemental du système de distribution d’eau en Israël par comparaison avec d’autres pays (c’est-à-dire la quantité de carbone produite par un mètre cube d’eau du robinet). Nous pouvons ainsi quantifier les changements éventuels de politiques. Nous évaluons les nouveaux produits et technologies en fonction de l’impact du processus lui-même, de leur application possible en termes de géographie, secteurs industriels etc. et surtout qui peut les réutiliser. Le but est d’économiser les produits bruts et de pouvoir les réutiliser pour les conserver dans le cycle de l’économie et contribuer à ce que nous appelons l’économie circulaire locale ».   

 

Photos:

1. Le panel de discusssion

2.  La ministre Tamar Zandberg

3.  Le Dr. Jessica Méir

4. Le Prof. Colin Price

5. Le Dr. Ram Fishman

6. Le Dr. Vered Blass

(captures d'écran pendant le zoom)

 

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