Remise du 20e prestigieux Prix international Dan David de l’Université de Tel-Aviv

La 20e cérémonie du prestigieux Prix international Dan David pour contribution exceptionnelle à l’humanité a eu lieu pour la deuxième fois par zoom lundi 10 mai 2021, en présence du Président de l’Etat d’Israël, Réuven Rubi Rivlin, du Président de l’Université, également Président du Conseil d’administration du Prix, le Prof. Ariel Porat, et de Ariel David, fils du fondateur du Prix. La cérémonie a été présentée par Tamar Ish Shalom, journaliste de la chaine 13 de la télévision israélienne. Le lauréat du Prix dans la dimension du présent est le Directeur de l'Institut national des allergies et maladies infectieuses (NIAID) du Département américain de la Santé, Anthony Fauci.

FauciCréé par le regretté philanthrope international Dan David, décédé il y a dix ans, le Prix, qui tient son quartier général à l’Université de Tel-Aviv, est attribué tous les ans dans les trois dimensions du temps, passé, présent et avenir. Cette année, en raison de la pandémie, ses domaines d’attribution étaient liés à la médecine.

Une année d'espoir et de résilience

« Mon père a établi ce Prix pour récompenser et soutenir les auteurs d’une contribution fondamentale à l’humanité dans tous les domaines », a déclaré Ariel David. « Il a créé une formule originale permettant de mettre en lumière les questions particulièrement pertinentes pour notre époque. Avec l’apparition du Covid il a semblé naturel de concentrer les trois prix dans le domaine de la santé et de la médecine, y compris la manière dont l’humanité a fait face aux maladies dans le passé, comment nous nous y confrontons aujourd’hui et les nouveaux outils à notre disposition pour les combattre dans l’avenir. Cette année a été terrible pour la plus grande partie du monde, une période de souffrance et de deuil, dont nous ne sommes malheureusement pas encore sortis. Mais cela aura également été une année d’espoir et de résilience face à un énorme défi. LesRivlin lauréats que nous célébrons aujourd’hui incarnent parfaitement cet esprit de résilience et leurs accomplissements sont de nouvelles preuves du fait que la raison et la recherche scientifiques sont nos seules véritables armes dans la lutte contre toute maladie. Chers lauréats, ce prix n’est qu’une modeste contribution à la dette de l’humanité toute entière envers vous, et une marque de reconnaissance pour vos accomplissements. Puisse-t-il vous soutenir dans votre quête de nouvelles découvertes et aider à promouvoir la nouvelle génération de chercheurs ».

Histoire de la santé et médecine moléculaire

Dans la dimension du passé, le Prix, décerné dans le domaine de l’histoire de la santé et de la médecine, a été attribué au Prof. Alison Bashford de l'Université de Nouvelle-Galles du Sud (UNSW) de Sydney, pour ses travaux sur la dimension mondiale de la médecine et de la santé dans le monde moderne, sur l’histoire de la quarantaine, du traitement des maladies infectieuses et du contrôle médico-légal aux frontières ; au Prof. Katharine Park, professeur émérite d'histoire des sciences à l'Université de Harvard, spécialiste de la place des Poratfemmes dans la médecine dans l'Europe médiévale et à la Renaissance ; et le Prof. Keith Wailoo, de l’Université de Princeton, pour ses recherches sur l’ethnicité et la santé publique, l'équité dans la santé, les implications sociales de l'innovation médicale et les politiques de la maladie.

Dans la dimension du futur, le Prix a été décerné dans le domaine de la médecine moléculaire. Les lauréats sont : le Prof. Zelig Eshhar de l'Institut Weizmann des Sciences, ancien Directeur de la recherche en immunologie au Centre médical Ichilov-Sourasky à Tel-Aviv, inventeur des cellules CAR-T[1] pour le traitement du cancer ; le Dr. Carl June, Directeur du Centre d’immunothérapie cellulaire et de l’Institut de recherche sur l’immunothérapie du cancer de l’Ecole de médecine de l’Université de Pennsylvanie, pour avoir appliqué la méthode des cellules CAR-T sur des patients atteints de leucémie grave et du lymphome des lymphocytes B ainsi que sur des enfants malades du cancer ; et le Dr. Steven Rosenberg, Chef du service de chirurgie de l'Institut national du cancer de Bethesda, dans le Maryland, professeur à l’Ecole de médecine de l’Université George Washington et à l’Institut Karolinska de Stockholm en Suède, pionnier de l’application de l’immunothérapie aux  patients atteints d'un cancer avancé.

Lutte contre le sida et le covid-19

Dans la dimension du présent, le Prix, décerné dans le domaine de la santé publique, a été remis au Dr. Anthony Fauci. Directeur de l’Institut national des allergies et maladies infectieuses (NIAID) des Instituts américains de la santé, où il supervise la recherche sur les maladies infectieuses et le système immunitaire depuis 36 ans. Le Dr. Fauci est devenu célèbre pour avoir été l’architecte du plan d’urgence américain pour la lutte contre le SIDA lancé en 2003, sauvant des millions de vie dans les pays en développement, et actuellement pour avoir guidé l’Amérique dans sa lutte contre le Covid-19. 

Ariel David«C’est un grand plaisir d’être avec vous ici ce soir », a-t-il déclaré. « Je suis si ravi et ému par ce prix que je reçois avec humilité. Je n’aurais jamais imaginé, lorsque j’ai commencé mon parcours, me retrouver un jour en train de parler avec des collègues en Israël sur des sujets concernant la santé mondiale ».

Ci-dessous des extraits de l’interview réalisée par la journaliste Tamar Ish Shalom avant la cérémonie:

Q. : Auriez-vous jamais pensé vivre une pandémie semblable à la grippe de 1918 de votre vivant ?

R : Les gens m’ont souvent demandé quel était mon pire cauchemar. Et j’ai toujours répondu : l’apparition d’un nouveau virus qui passe d’un animal à un humain qui aurait deux caractéristiques principales : un, de se répandre d’une manière extraordinairement rapide d’une personne à l’autre, et deux d’avoir la capacité de provoquer un degré considérable de morbidité et de mortalité. Lorsque ces deux choses se rejoignent,  vous obtenez une pandémie dévastatrice.

"Un temps précieux a été perdu"

Q. : A votre avis, quelle et la plus grande erreur faites par les gouvernements lorsqu’il est devenu clair que la pandémie s’étendait ?

R. : Je ne pense pas qu’on puisse véritablement parler d’erreurs, mais certaines choses n’ont pas été entièrement évaluées à temps, par exemple l’idée du confinement. Les gouvernements ont eu peur d’être accusés de surréagir à quelque chose qui n’était pas vraiment un gros problème. Mais avant le recul, on se rend compte qu’un temps précieux a été perdu.

Fauci TamarQ. : Que pouvons-nous faire pour régler le problème du retard de vaccination dans les pays d’Asie et d’Afrique ?

R. : Les pays comme les Etats-Unis et les pays d’Europe occidentale qui ont la capacité d’obtenir des vaccins pour eux-mêmes doivent faire le maximum pour aider immédiatement les pays comme l’Inde et ceux d’Afrique du Sud qui ont un grand besoin de vaccins à les obtenir le plus rapidement possible, et également les aider à développer la capacité de fabriquer leur propre vaccin.

Q. : Dans quelle mesure êtes-vous inquiet de l’apparition des nouveaux variants insensibles aux vaccins ?

R. : Nous prenons cela très au sérieux. Heureusement le variant qui domine aux Etats-Unis et en Israël, le B117 [variant britannique], est très sensible au vaccin. Certains autres, comme le sud-africain, le sont moins.

"Israël est proche de l'immunité grégaire"

Q. : Pensez-vous que le virus finira par disparaitre, ou bien devrons-nous nous faire revacciner tous les ans comme pour la grippe ?

R. :  Je pense que les pays vont finir par contrôler le virus. Il y aura une immunité grégaire dans différents pays, je suis presque certain qu’Israël y arrivera parce que vous en êtes déjà proche. Je suppose que ce sera également le cas des Etats-Unis et d’autres pays développés. Mais cela ne va pas dire que nous allons éliminer le virus. Je pense que nous devrons probablement faire des rappels de vaccins, tous les ans ou peut-être tous les deux ans, et ce pendant plusieurs années.

Q. : Qu’en est-il de la vaccination des enfants ?

R. : Je recommande fortement la vaccination des enfants. Même s’ils ne tombent généralement pas gravement malades du covid, mais c’est cependant le cas pour une certaine proportion d’entre eux. De plus, ils peuvent constituer un véhicule important de la dissémination du virus dans la communauté.  

Q. : Sommes-nous dans un nouveau monde où la science et les positions antisciences s’opposent de plus en plus ?

R. : Il y un nombre considérable de personnes qui défient la science, n’y croient pas, pense qu’elle est « fake », ce qui est très troublant car la science par sa nature même recherche la vérité et la connaissance de la réalité. Je pense que cela peut même devenir pire.

Q : Etes-vous déjà venu en Israël

R. : Moi oui, mais ma femme n’a jamais visité le pays et le souhaite vraiment. Aussi nous devrons vraiment y venir ensemble.  

La cérémonie a été agrémentée d’un intermède musical par le chœur de chambre de l’Ecole de musique Buchmann-Metha de l’Université de Tel-Aviv, sous la direction du Prof. Ronen Borshevsky.

Lauréats

En 20 ans d’existence, le Prix Dan David a récompensé 120 lauréats, dont le metteur en scène Peter Brook (2005), le violoncelliste Yo-Yo Ma (2006), le chef d’orchestre Zubin Mehta (2007), l’écrivain Amos Oz (2008), l’ancien Vice-Président des Etats-Unis Al Gore (2008), l’ex-Premier Ministre britannique Tony Blair (2009), les frères Coen (2011), l’économiste Esther Duflo (2013), le fondateur de Wikipédia Jimmy Wales (2015), l’historienne Arlette Farge (2016), le romancier A. B. Yoshua (2017), et le fondateur d’Ali Baba Jack Ma.

 

Photos:

1. Le Dr. Anthony Fauci

2. Le Président de l'Etat d'Israël Reuven Rivlin

3. Le Président de l'Université de Tel-Aviv, le Prof. Ariel Porat

4. Ariel David

5. Le Dr. Fauci et la journaliste Tamar Ish-Shalom

6.  De gauce à droite: le Prof. Alison Bashford, le Prof. Katherine Park, le Prof. Keith Wailoo, le Dr. Carl June, le Dr. Steven Rosenberg et le Prof. Zelig Eshhar .

(Captures d'écran pendant la cérémonie)  

 

FONDS DE SOUTIEN D’URGENCE
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[1] Les cellules CAR-T (de l'anglais chimeric antigen receptor ou récepteur antigénique chimérique) sont des molécules créées en laboratoire pour permettre aux cellules immunitaires de type lymphocytes T de reconnaître et de cibler des protéines présentes à la surface d'autres cellules, par exemple à la surface de cellules tumorales.

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