Le coronavirus a fait flamber l’antisémitisme en ligne, selon le rapport annuel de l’Université de Tel-Aviv

Le Centre Kantor pour l’Etude du judaïsme européen contemporain de l’Université de Tel-Aviv a présenté, comme chaque année à la veille du jour de la commémoration de l’Holocauste, son rapport annuel sur l’antisémitisme dans le monde, en collaboration avec le Congrès juif européen. Parmi les grandes lignes de ce rapport : baisse de la violence physique en raison du confinement, mais aussi aggravation du vandalisme dans les synagogues et les cimetières, et surtout flambée de l’antisémitisme en ligne, accusant les Juifs d’être responsables de cette catastrophe mondiale. La conférence de presse s’est tenue pour la deuxième fois par zoom, le 6 avril 2020, en présence du Dr. Moshe Kantor, Président du Congrès Juif européen, du Prof. Dina Porat, actuelle Directrice du centre et du Prof. Uriya Shavit, son prochain directeur.

caricature mengeleD’après le rapport, le nombre d'incidents antisémites violents dans le monde a diminué de 456 en 2019 à 371 en 2020. En parallèle, le nombre de profanations de synagogues, cimetières et mémoriaux de l'Holocauste, lieux fermés ou non protégés en raison du confinement, devenus une proie facile pour le vandalisme antisémite, a augmenté de plus de 20%. De même de nouveaux phénomènes dont l'ampleur est difficile à quantifier se sont développés sur le réseau, comme le zoombombing et le «darknet».

Le rapport s'appuie sur des milliers de comptes-rendus provenant des divers correspondants du réseau international mis en place par le Centre Kantor il y a quelques années, qui compte environ 60 participants à travers le monde.

Du coronavirus au judéovirus

« Les Juifs ont toujours servi de cible et de bouc émissaire en période de crise sociale et économique, et la pandémie du coronavirus n’a pas fait exception », a déclaré le Dr. Moshe Kantor. « Des théories conspirationnistes se sont répandues, accusant les Juifs et l’Etat d’Israël d’être à l’origine de la pandémie et d’en tirer profit. Le confinement a été comparé aux ghettos et aux camps de concentration, les vaccins décrits comme de dangereuses expériences médicales, et les personnes les refusant comme des victimes persécutées, arborant des étoiles jaunes. Si le nombre d’attaques antisémites physiques a diminué de presque 18% par rapport à 2019 en raison du confinement, celles sur les sites restés ouverts comme les cimetières juifs ou les mémoriaux de l’Holocauste ont augmenté de 25%. De même les appels à la haine antisémite, en diminution sur les principales plateformes en ligne grâce aux nouvelles législations, sont passée sur les réseaux du darknet. Enfin les communautés juives d’Europe sont profondément inquiètes des conséquences du confinement de la plus jeune génération, continuellement exposée à l’antisémitisme en ligne, aux manipulations et la désinformation pendant une grande partie de l’année scolaire. Nous devons faire davantage d’efforts pour atteindre ces jeunes à travers les outils qu’ils utilisent comme source d’information, comme les médias sociaux et les forums numériques ».

dina porat 2020« Le corona a dicté la nature et les dimensions de l'antisémitisme en 2020, année tendue et mouvementée dans le monde entier », a déclaré le Prof. Dina Porat. « Si le nombre d’incidents violents contre les Juifs a diminué dans la plupart des pays, les expressions, à la fois verbales et visuelles, de l’activité antisémite sur la toile sont devenues plus dures et plus scandaleuses. Catastrophe mondiale, la pandémie est mise en parallèle avec la Shoah. Elle a ravivé les préjugés et les superstitions, la peur profonde de l'image du Juif / Israélien comme propagateur de maladies et le coronavirus est devenu le ‘judéovirus’ ».

« L’accusation selon laquelle les Juifs et les Israéliens auraient créé et propagé le coronavirus est l’une des allégations les plus graves parmi toutes celles portées contre les Juifs à travers l'histoire », poursuit-elle. « Dès la propagation de l'épidémie, a commencé à se répandre la rumeur selon laquelle les Juifs ont développé le virus, le diffusent à travers le monde, et vont inventer un médicament et un vaccin contre la maladie pour le vendre à tous les pays et engranger un énorme profit ».

« Au cours des mois suivants, cette diffamation a pris son essor, nous parvenant de dizaines de pays différents. Elle s'est exprimée par une formulation agressive et une variété de caricatures venimeuses, d’abord dans les cercles extrémistes d’extrême-droite tels que les suprémacistes blancs et les Chrétiens ultra-conservateurs, et chez les accusateurs ‘réguliers’ d’Israël, comme la Turquie, l'Autorité palestinienne, et surtout l'Iran qui a consacré des efforts particuliers pour répandre cette accusation sur Twitter et sur le darknet. Mais elle s’est également propagée chez une population non identifiée politiquement ou idéologiquement ».

Moins d’attaques sur les personnes, plus de profanation de cimetières, de synagogues et de mémoriaux

D’après les chercheurs, le confinement dans les différents pays a réduit les possibilités de rencontre physique entre les Juifs et leurs attaquants potentiels, et le nombre d'incidents antisémites violents est passé de 456 à 371. Contrairement à l’an dernier, aucun individu n'a été assassiné en raison de sa judéité, et le nombre de blessures physiques subies par des personnes est passé de près de 170 en 2019 à 107 en 2020. Les cas de dégradation de la propriété privée sont également passés de 130 cas à 84, les personnes se trouvant la plupart du temps chez elles. Dans la plupart des pays, on a noté une diminution du nombre de cas de violence, d'attaques contre des personnes et des biens, des menaces et des incendies criminels ; mais le niveau de vandalisme envers des institutions ou des biens appartenant aux communautés juives est resté le même, voire cas a augmenté. Par exemple le nombre de profanation de synagogues, de cimetières et de mémoriaux dédiés à la Shoah est passé de 130 en 2019 à 159 en 2020.

caricature soldatUne baisse significative de l’ensemble des incidents antisémites a eu lieu en Australie, en Angleterre et surtout en France, où le ministère de l'Intérieur et la communauté juive ont annoncé une baisse de 50% des cas de toutes sortes, en raison du confinement, de même qu'au Canada. Une augmentation a cependant été constatée aux Etats-Unis et en Ukraine.

Zoombombing et darknet

Caractérisée par une fermeture de l’espace public et un isolement des personnes à leur domicile, la période du corona a vu une augmentation considérable de l'activité sur les réseaux sociaux en général, et entre autre d'une activité antisémite, remarquable par son agressivité et sa violence verbale.

Devenue un moyen de communication efficace et courant, la plateforme zoom a fait l’objet d’une nouvelle forme de perturbation, le zoombombing, intrusion brutale au cours d'un événement virtuel organisé, par exemple, par des synagogues et des communautés ou des étudiants juifs, pour l'empêcher de se poursuivre, suivi généralement d’une exploitation de leur scène par l’insertion de croix gammées, de matériel et de discours antisémites etc. Rien qu’aux États-Unis, 200 cas de zoombombing ont été signalés.

Autre tendance de l’année 2020 : les groupes extrêmes, en particulier de droite, tels que les suprémacistes blancs et les néo-nazis, ont quitté les réseaux sociaux visibles et sont descendus vers le darkweb, ou web clandestin, espace d’Internet qui échappe au contrôle et aux restrictions, où ils exploitent librement leurs propres sites. En d'autres termes, la diminution du nombre d'expressions antisémites dans les réseaux visibles, s’est produit en parallèle avec une augmentation de ces activités dans le réseau clandestin.

Vaccin auschwitzOpposition au vaccin et déni de la Shoah

Enfin, dernier point marquant de cette année écoulée : la mise en parallèle du coronavirus et de l'Holocauste, notamment à travers les théories conspirationnistes des opposants aux vaccins. Les restrictions et le confinement destinés à réduire la propagation de l'épidémie ont été comparés à la politique du régime nazi, les opposants accusant les gouvernements d'utiliser des mesures coercitives: mise en parallèle de la quarantaine et de l'emprisonnement dans les ghettos et dans les camps de concentration, des vaccins et des expériences médicales, des certificats de vaccination avec la sélection. Les opposants aux vaccins se décrivent comme persécutés comme les Juifs pendant l’Holocauste, et sur certaines carricatures, le portail du camp d'Auschwitz, porte l’inscription : « Le vaccin rend libre ».

En Allemagne, où la résistance aux vaccins est particulièrement forte, les manifestants sont descendus dans les rues arborant une étoile jaune avec la mention « non vacciné » écrite au centre au lieu du mot « juif », et en traitant la chancelière Merkel de nazie.

Cette approche a été renforcée par l'apparition des vaccins, développés par des entreprises dirigées par des Juifs, comme Tal Zacks, Directeur de la recherche médicale chez Moderna, et Albert Bourla, PDG de Pfizer, ainsi que par la campagne de vaccination en Israël. « Selon ces théories complotistes hallucinantes, Israéliens et Juifs travaillent main dans la main pour faire en sorte qu'Israël soit le premier à se rétablir, et que le reste du monde doive mendier et faire la queue devant les Juifs », explique le Prof. Porat.

 

Photos et illustrations :

1. Illustration comparant le PDG de Pfizer à Mengele, publiée le 20 avril par le militant Jordanien Qutayba Abu Hammad

2. Le Prof. Dina Porat (Crésit: Université de Tel-Aviv)

3. https://twitter.com/LatuffCartoons/status/1246118343075155970

4. Le portail d’entrée d’Auschwitz portant l’inscription : « Le vaccin rend libre » au lieu de : « Le travail rend libre ».

 

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