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Journée de commémoration de la Shoah à l'Université de Tel-Aviv :« S'il y a pu avoir une reconstruction personnelle et nationale après la Shoah, ce sera le cas cette fois encore »

La cérémonie de commémoration de la Shoah et de l'héroïsme en l'honneur des survivants de l'Holocauste et à la mémoire de ses victimes, s'est déroulée lundi 6 mai sur le campus, en présence d'un large public d'étudiants, de professeurs et d'invités, partageant le sentiment général que cette année, plus que jamais, il était crucial de raconter et de commémorer ce qui est arrivé à nos frères et nos sœurs. Au cours d'un moment particulièrement émouvant de la cérémonie, il a été demandé au public de se lever et de compter de 1 à 132, pour illustrer le nombre inconcevable des otages israéliens encore captifs à Gaza.

yom hashoah dina porat580 1« Cette année tout particulièrement, nous constatons une fois de plus que les mots ne parviennent pas à exprimer l'ampleur de l'horreur et l'étendue de la perte », a déclaré le Prof. Eyal Zisser, vice-recteur de l'université. « Il n'y a pas de mots capables d'expliquer et aucun langage capable d'appréhender ce qui s'est passé. Et pourtant c'est arrivé ! A des millions de personnes réelles, dont le seul péché était d'être juif. Dans notre malheur, nous trouvons un réconfort dans la grandeur des récits de bravoure et d'humanité qui sont comme des phares dispersés sur un océan de ténèbres et de mort. Aujourd'hui encore, nous continuons de puiser notre force dans ces histoires et d'en tirer des leçons sur le caractère sacré de la vie, la détermination et la résilience dont sont capables les êtres humains même face aux circonstances les plus horribles ».

« Par leur mort, ils nous ont ordonné l'espoir »

« Cette année, une dimension douloureuse supplémentaire s'est ajoutée à cette journée, à l'ombre de la guerre dans laquelle nous nous trouvons depuis l'attaque terroriste du 7 octobre, au cours de laquelle des Juifs ont été massacrés en nombre et d'une manière que nous n'avions pas connu depuis la Shoah. Le cri 'plus jamais ça' résonne comme le fondement de notre existence ici, sur cette terre, nous unissant dans un destin commun ineffaçable. Nous voici blessés, tristes, souffrant du manque de nos être chers, mais toujours debout et fiers, et continuant de dire 'plus jamais ça'. Cependant, nous ne pouvons pas nous définir uniquement comme le phénix juif, qui renaît constamment de ses cendres. Alors que nous sommes confrontés aux défis auxquels fait face l'Etat d'Israël, nous devons continuer à construire et à établir ici une société démocratique et une culture riche. Ainsi le peuple juif pourra-t-il continuer de croitre et prospérer sur la terre de ses ancêtres, dans la sécurité, et constituer un exemple pour les nations du monde ».

Danielle Zilber, présidente de l'Association des étudiants, a exhorté ceux-ci à se souvenir de leur rôle pour l'avenir de l'État d'Israël. « Une partie du devoir de souvenir de ceux qui sont tombés, c'est aussi de porter leurs espoirs perdus… Nous devons non seulement nous souvenir, mais aussi rappeler au monde les horreurs qui se sont produites et ne le pas les laisser oublier, peu importe le temps écoulé depuis l’Holocauste. Au nom de ceux qui sont tombés, nous sommes ici aujourd'hui, avec l'espoir perdu de 6 millions de nos frères et de nous sœurs. En leur nom, nous disons 'plus jamais ça', et pour eux, nous devons nous souvenir ».

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David Gur, militant dans les mouvements sionistes clandestins en Hongrie pendant la deuxième guerre mondiale, et actuellement président de l'Association pour l'étude des mouvements de jeunesse sionistes en Hongrie. Les réseaux clandestins auxquels il participa, qui fournissait des papiers et assuraient nourriture et abri aux enfants orphelins, a sauvé la vie à des milliers de Juifs. Il est monté sur la scène avec sa petite-fille. « J’ai 98 ans. Pendant la guerre, j’en avais 18, j'étais plus jeune que vous l'êtes à ce jour. Aujourd'hui, je suis venu parler d'espoir et d'héroïsme, pas de victimes, de douleur et de perte. Je suis reconnaissant d'avoir pu participer à l'entreprise de sauvetage exceptionnelle et immense du Mouvement clandestin de la jeunesse sioniste en Hongrie. L'existence des réseaux clandestins, le courage des jeunes Juifs face à des forces terrifiantes, méritent d'être entendus et rappelés, comme faisant partie des ressources du peuple juif, et leur histoire doit être transmise comme un exemple de résistance, de lutte pour sauver les Juifs, d'unité et l'espoir, inspiration pour les générations futures ».

Plus le crime est grand, plus le déni est profond

Le Prof. Dina Porat, historienne principale du « Yad Vashem » et professeur au Département d'histoire juive de l'Université de Tel-Aviv, a raconté la tragédie personnelle de sa famille habitant dans les villages en bordure de la Bande de Gaza et posé trois questions essentielles pour l'époque que nous vivons.

« Il semble que nous ressentons tous que ce jour de commémoration de la Shoah est très différent de ceux qui l'ont précédé. Les événements du 7 octobre ont immédiatement suscité une série d'associations et de souvenirs qui faisaient depuis longtemps partie de la mémoire collective. Le mot "Shoah" pour décrire le meurtre des Juifs par les nazis et leurs collaborateurs n'a pas été choisi par un comité ou une institution académique. Son utilisation est née spontanément au sein du public, et pas par hasard : il s'agit d'une expression biblique, décrivant une force naturelle qui apparaît soudainement, de manière inattendue. Sans avis préalable, sans préparation possible. Le 7 octobre a fait réapparaitre immédiatement non seulement le mot « Shoah » et les associations qui y sont liées, mais aussi des questions qui nous accompagnent depuis l'Holocauste, et peut-être pouvons-nous nous appuyer sur l'expérience accumulée depuis ».

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« Première question : comment a-t-on abordé le travail de mémoire et de commémoration ? Comment a-t-on rassemblé des dizaines de milliers de témoignages provenant de dizaines de pays dans des langues différentes et les a-t-on regroupés en un seul endroit, au Yad Vashem ? Aujourd'hui la question est encore plus aiguë, compte tenu de l'immense prolifération des outils de communication et de photographie, de documentation et de diffusion. Si on ne fait pas un effort pour rassembler dans un endroit unique au moins des copies de tous les témoignages entendus et diffusés sur les médias en Israël et dans le monde sur ce qui s'est passé le 7 octobre, il n'y aura pas de tableau complet dans l'avenir.

« Deuxième question : dès la fin de la Shoah, son déni a immédiatement commencé. En fait, les Allemands ont commencé à cacher des preuves pendant qu'elle se produisait. Cette tentative enseigne que plus le crime est grand, plus le déni est profond. Non seulement l’Holocauste mais bien d’autres crimes ont été niés, parce que le déni favorise l’oubli, et qu’il permet d’échapper à la punition. Le premier livre niant la Shoah a été publié dès 1945. Après le 7 octobre, nous n'avons pas eu le temps de nous retourner que déjà on entendait dire qu'il n'y avait aucune preuve de ces évènements et ce n'était pas possible qu'ils se soient produits.

Faire le choix de la vie

« Troisième question : est-il approprié de faire la fête pendant et après une catastrophe ? En mars 1943, il y a 80 ans, les étudiants de l'Université hébraïque débattaient de l'opportunité d'organiser le carnaval traditionnel de Pourim quelques mois seulement après qu'on ait appris le meurtre systématique des Juifs en Europe. Aujourd'hui aussi, nous avons débattu de la question de ce qu'il fallait faire à Pourim et à Pessah, et la semaine prochaine, le Jour de l'Indépendance. Deux chemins parallèles se sont développés, la colère et le chagrin à côté de la continuation de la vie et le fait de marquer les fêtes et les festivals, peut-être justement pour faire le choix de la vie.

« Depuis ce terrible jour, tant de jeunes ont été enterrés, trop jeunes, et c'est pourquoi, malgré toute la tristesse, il a été décidé de continuer, de regarder vers l'avenir, de faire du bénévolat. Près de deux mille survivants ont été évacués de leurs maisons le 7 octobre, parmi eux plus de cinq cents habitants de la bordure de Gaza. Il n'y a pas de réaction uniforme parmi les survivants, chacun d'entre eux réagit à sa manière, mais certains d'entre eux disent : il ne fait aucun doute que c'était un jour terrible, avec de graves conséquences pour tous les aspects de nos vies, mais la comparaison avec l'Holocauste n'est pas directe, et ceux qui font cette comparaison le savent, car avec toute la douleur et les ressemblances, il est clair même pour ceux qui utilisent le mot Shoah qu'il s'agit d'un événement complètement différent dans ses dimensions. Et s'il y a eu un renouveau de la vie et une reconstruction des vies personnelles et nationales après la Shoah, il y aura aussi une cette fois-ci. Peut-être pas demain ni même après-demain, mais elle aura lieu ».

 

Photos :

  1. Le Prof. Dina Porat et Iris Ben Moshe, interprète en langue des signes
  2. Le Prof. Eyal Zisser
  3. David Gur et sa petite-fille

(Crédit: Université de Tel-Aviv)

 

 

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