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Visite de solidarité de l'Université de Pennsylvanie (USA) à l'Université de Tel-Aviv

Solidarité universitaire internationale en temps de guerre : alors que l'antisémitisme se développe de manière inquiétante sur les campus américains, une délégation de 30 professeurs de l'Université de Pennsylvanie (UPenn) aux Etats-Unis a entrepris la semaine dernière une visite de solidarité à l'Université de Tel-Aviv. Son objectif était double : exprimer son soutien indéfectible à leurs homologues israéliens et mieux comprendre les conséquences des événements déchirants survenus le 7 octobre. L'effort de collaboration a abouti à un symposium conjoint intitulé « 7 octobre : faire face au traumatisme, une exploration exhaustive des perspectives sociales, politiques et psychologiques », avec la participation d'experts sur les traumatismes et la guerre, ainsi que du cinéaste israélien Avi Nesher.

UPenn 1 580« Dans les semaines qui ont suivi le 7 octobre, nous nous sommes sentis très proches sur le plan émotionnel, bien que très éloignés physiquement. Je suis heureux que tant de collègues, dont beaucoup que je n'avais jamais rencontrés auparavant, m'aient rejoint pour cette visite », a déclaré le Prof. Michael Kahana, professeur de psychologie à l’Université de Pennsylvanie, à l’origine de la lettre ouverte de soutien à Israël envoyée par son université et de la visite en cours. « Ensemble, nous en sortirons plus forts ».

« Choisir de venir montre votre soutien et votre empathie envers le peuple d'Israël et les universités israéliennes »

Le Prof. Ariel Porat, Président de l'Université de Tel-Aviv, a remercié la délégation de l'UPenn : « En ces temps plus difficiles que jamais, où nous nous sentons, nous Israéliens, si isolés et si incompris par le monde, cet acte de venir nous rencontrer est profondément significatif. Choisir de venir montre votre soutien et votre l'empathie envers le peuple d'Israël et les universités israéliennes ».

Abordant les défis auxquels l'université a été confrontée depuis le début de la guerre, le Prof. Porat explique qu'immédiatement après le 7 octobre, près d'un tiers des étudiants de premier cycle ont été appelés dans la réserve. Par conséquent, l’année universitaire a été décalée de plus de deux mois et n’a démarré que le 31 décembre 2023, pour éviter de perdre toute l’année. Des dispositions spéciales ont été prises pour aider les soldats réservistes à faire face à leurs études tout en continuant de servir dans l'armée.

Au-delà des défis logistiques, les tensions potentielles entre les communautés juive et arabe sur le campus constituaient un obstacle supplémentaire. L'Université de Tel-Aviv, déterminée à garantir un environnement sûr pour tous, a déployé des efforts substantiels pour assurer un début d'année universitaire en douceur et sans incidents. « Nous sommes sensibles à la liberté d’expression, même lorsqu’elle entre en conflit avec d’autres valeurs. Même en temps de guerre, la démocratie, les droits de l'homme et les droits civils ne sont pas suspendus », a commenté le Prof. Porat.

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Au cours du symposium, le célèbre cinéaste israélien Avi Nesher a présenté une perspective particulière sur le traumatisme à travers le prisme du cinéma, par le biais de deux de ses films, The Matchmaker et The Image of Victory. The Matchmaker se penche sur le lien profond qui unit le peuple israélien, formé en réaction à l'Holocauste. Nesher met en lumière le post-traumatisme collectif découlant de l’Holocauste, force omniprésente mais tacite dans la psyché nationale israélienne. Les événements du 7 octobre, en réactivant ce traumatisme profondément enraciné, ont puissamment résonné dans la nation. Dans L’image de la victoire, qui raconte le raid égyptien de 1948 contre un kibboutz, Nesher tisse des récits opposés, et soutient que le pouvoir du cinéma réside dans sa capacité à obliger le public à affronter et finalement à reconnaître des vérités inconfortables. Pour Nesher, qui a toujours insisté sur la nécessité de reconnaître les récits contradictoires, la négation complète du récit israélien observée sur de nombreux campus universitaires américains, est ressentie comme une trahison majeure, dans la mesure où les universités sont les premiers endroits où les récits contradictoires devraient être acceptés.

Un traumatisme de groupe

Le Prof. Itamar Rabinovitch, ancien président de l'UTA, ex-ambassadeur d'Israël aux États-Unis (1993-1996) et professeur invité à l'UPenn, Harvard et Stanford, a présenté une analyse politique succincte du conflit en cours. Décrivant les événements du 7 octobre comme la crise la plus grave qu'ait connu l'Etat d'Israël depuis sa création, il l'a attribué à des échecs politiques, stratégiques, du renseignement et militaires. Selon lui, les divisions internes du pays, exacerbées par les tentatives visant à affaiblir la démocratie, ont créé une opportunité pour l'adversaire. La politique visant à renforcer le Hamas aux dépens de l’Autorité palestinienne s’est retournée contre nous, conduisant à un transfert important d’argent du Qatar entre les mains du Hamas. Les échecs des services de renseignement ont aggravé la situation, entraînant une réponse tardive de la part des Forces de défense israéliennes.

Le Prof. Rabinovitch a souligné que le conflit actuel n'est pas une simple guerre avec Gaza mais représente la première guerre entre Israël et l'Iran, avec des perspectives de solution incertaines, de même que les futurs plans pour Gaza. « Cependant », conclut-il, « la force et la résilience de la société civile israélienne incitent à l’optimisme quant à l’avenir ».

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Le troisième panel du symposium, Perspectives sur le traumatisme, a proposé un examen complet des dimensions psychologiques et sociales du sujet. Le Prof. Talma Hendler, du Département de psychologie de l'UTA, modératrice de la séance, a souligné l'impact collectif des événements du 7 octobre sur chaque individu en Israël, créant un sentiment partagé de traumatisme de groupe.

Relever les défis de santé mentale

Le Prof. Bruria Adini a présenté les résultats d'une étude longitudinale lancée après l'attaque, évaluant la détresse et la résilience de divers groupes sociaux. Les premières mesures effectuées à la mi-octobre ont révélé des niveaux de détresse sans précédent, qui se sont progressivement atténués en novembre. La résilience sociétale a atteint son apogée le 23 octobre, marqué par le rassemblement de divers groupes de solidarité. Cependant, au fil du temps, celle-ci a connu un déclin, tandis que la résilience individuelle a continué de croître. Les facteurs influençant la résilience individuelle comprenaient l'espoir, la résilience communautaire, le soutien du gouvernement et les tendances religieuses. Une plus grande vulnérabilité a été observée chez les 30 à 40 ans, potentiellement attribuée à des facteurs de stress accrus liés aux finances, à la carrière, aux responsabilités familiales et à l'incertitude quant à l'avenir.

Le Prof. Gil Zaisman, détenteur de la chaire de psychiatrie de la Faculté de médecine de l'Université de Tel-Aviv, s'est penché sur les problèmes de santé mentale impliqués par le massacre du 7 octobre. L’attaque, marquée par une extrême cruauté et des violences sexuelles, a déclenché un syndrome de stress post-traumatique même chez les personnes non directement impliquées, exacerbé par la diffusion en ligne d’images enregistrées par des terroristes.

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Pour contrecarrer ces effets, les professionnels israéliens de la santé mentale ont lancé diverses initiatives. Les victimes immédiates ont été soignées et des initiatives telles que le Centre régional de traumatologie, des unités de soins de jour pour les victimes sexuelles et un Centre pour enfants et adolescents ont été créées.

Le Prof. Yair Bar-Haim a présenté la création du Centre national pour le TSPT sur le campus de l'Université de Tel-Aviv, initialement prévue pour fin 2025. L'ampleur sans précédent de l'attaque du 7 octobre a nécessité un calendrier accéléré, le centre ayant traité ses premiers patients le 1er janvier.

Les femmes dans l'attaque du 7 octobre

En plus du traitement des personnes atteintes de TSPT, les chercheurs de l'UTA travaillent activement à mettre en place des mesures préventives pour les soldats, notamment l'utilisation d'un logiciel conçu pour les entraîner à diriger leur attention vers les menaces potentielles, méthode qui a fait ses preuves pour réduire considérablement le risque de développer un TSPT par la suite. Suite aux événements du 7 octobre, une équipe dirigée par le Prof. Bar-Haim a développé une application spécifique, qui a été téléchargée sur les téléphones portables de tous les soldats des unités de combat.

Le Prof. Daphna Hacker, spécialiste des études sur les femmes et membre du Comité des Nations Unies pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes, a examiné la guerre sous l'angle du genre. Israël étant le premier et le seul pays à avoir rendu rendre le service militaire obligatoire pour les hommes et les femmes, 36 % des étudiants de l'Université de Tel-Aviv appelés dans les réserves sont des femmes, dont beaucoup sont engagées dans des combats actifs. Notamment, une unité de chars entièrement féminine a repoussé avec succès une attaque du Hamas contre un kibboutz le 7 octobre, combattant pendant 17 heures.

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Dans le même temps, de nombreuses Israéliennes femmes et jeunes filles, ont été victimes de violences sexuelles le 7 octobre. Le choc provoqué par le nombre massif de victimes a au début donné la priorité à l’identification et à l’enterrement des victimes plutôt qu’à la collecte de preuves médico-légales, compliquant ainsi la reconnaissance internationale de la violence.

« Tous les otages, quel que soit leur sexe, doivent être rapatriés »

Un autre problème grave dans ce domaine réside dans la lutte pour obtenir la libération des otages détenus par le Hamas. La Croix-Rouge n'a pas été autorisée à leur rendre visite, ce qui rend impossible d'établir leur état de santé et de donner la priorité à ceux qui doivent être libérés en premier. « Tous les otages, quel que soit leur sexe, doivent être rapatriés », conclut le Prof. Hacker.

Le Dr. Yael Lahav, du Département de thérapie occupationnelle de la Faculté de médecine de l'UTA, a exploré le traumatisme de la captivité, en mettant l'accent sur l'exposition à de multiples facteurs de stress, notamment la torture, les abus sexuels, la privation et l'isolement. Le retour au pays pour les anciens otages devient une transition difficile, avec des difficultés à se sentir en sécurité et à reprendre une vie normale au milieu de maisons détruites et d’êtres chers perdus. Les dures réalités auxquelles sont confrontés les otages de retour contribuent à des problèmes de santé à long terme, à un vieillissement prématuré et à une mortalité précoce. De plus, un traumatisme secondaire affecte la famille et les amis des otages, se manifestant également par des symptômes de TSPT. Le Dr. Lahav a souligné la nécessité d'un soutien complet en matière de santé mentale et d'une compréhension sociétale pour faciliter la réintégration des anciens otages dans la vie quotidienne.

Un engagement commun  en faveur de la collaboration universitaire

En conclusion des débats, le Prof. Milette Shamir, Vice-Présidente de l'Université pour l'international, a exprimé son inquiétude face à la vague croissante de boycotts universitaires, en particulier dans les sciences sociales, le droit et les sciences humaines. Tout en reconnaissant les gestes de soutien, tels que le report par l’UE des délais de demande de subventions pour les chercheurs israéliens, elle a souligné l’importance de contrer ces boycotts.

Les membres de la délégation de l'UPenn ont exprimé leur sincère soutien à leurs homologues israéliens. Ils ont proposé des idées pour élargir les collaborations de recherche et les opportunités d’études à l’étranger pour les étudiants américains et israéliens. Les suggestions comprenaient des programmes d'été, des stages de recherche, des bourses de premier cycle et des projets communs, reflétant un engagement à renforcer les liens universitaires dans une période difficile.

La visite de solidarité de l'UPenn à l'Université de Tel-Aviv a donc servi non seulement de geste de soutien, mais également de plate-forme de discussions interdisciplinaires sur les traumatismes, la résilience et la poursuite collaborative de la connaissance. Alors que les deux institutions traversent les conséquences complexes des attentats du 7 octobre, leur engagement commun en faveur de la collaboration universitaire témoigne du pouvoir durable de l’éducation et de la compréhension en période d’adversité.

 

Photos:

1.  Les participants au symposium

2.  De gauche à droite: le Prof. Peter Decherney (UPenn), le cinéaste Avi Nesher et le Dr. Shmulik Divdevani  (Ecole de cinéma de l'UTA)

3. Le Prof. Itamar Rabinovitch

4.  Le Prof. Michael Kahana (UPenn)

5. De gauche à droite: le Prof. Karen Avraham, Doyenne de la Faculté de médecine de l'UTA, le Prof. Michael Kahana, le Prof. Milette Shamir et le Prof. Itzhak Fried ( Université de Californie à Los Angeles)

 

 

FONDS D'URGENCE
de l'Université de Tel-Aviv
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et soutenir l'unité d'études sur le post-trauma de l'Ecole de psychologie
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