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Un « QG » ultra-orthodoxe à l'Université de Tel-Aviv qui aide bénévolement le front intérieur israélien en temps de guerre

Changement important dans la société ultra-orthodoxe en Israël : dès le soir du 7 octobre, le Dr. Nechumi Yaffe du Département de politique publique de l’Université de Tel-Aviv a organisé un « Quartier Général orthodoxe » qui fournit à la fois de la nourriture, des équipements, et un réseau d'accompagnement pour les familles des victimes. « C’est comme si les ultra-orthodoxes prenaient soudainement conscience de la notion de citoyenneté et de solidarité ».

nechumi yaffeQuelques minutes après la fin du shabbat, que les Israéliens appellent désormais le « shabbat noir », le 7 octobre 2023, le Dr. Nechumi Yaffe, chercheuse spécialisée dans l'étude de la population orthodoxe au Département de politique publique de l’Université de Tel-Aviv, a commencé à organiser ce qui est devenu le « quartier Général ultra-orthodoxe 'Frères du front intérieur' », l’un des plus grands efforts de volontariat de la population ultra-orthodoxe d’Israël dans l'un des moments les plus difficiles qu'ait connu le pays.

Aider le front intérieur israélien

Le but de ce « Quartier Général » : aider le front intérieur israélien à la fois par des dons de nourriture et d'équipement, et par l'activation d'un réseau d'assistance pour les familles des victimes pendant les enterrements et la semaine de deuil. Le Dr. Yaffe raconte que le groupe a créé une équipe chargée d'acheter et de transporter des fournitures, y compris des équipements d'une valeur de plusieurs millions de dollars provenant de donateurs étrangers et incluant des gilets, des casques etc. Le QG a également créé « Shomer Israël », un corps de sécurité qui renforcera la police urbaine, et organisé d'autres groupes de volontaires qui aménagent les abris dans le nord, aident à l'évacuation des populations et assistent les centres logistiques.

Les objectifs du « Quartier Général orthodoxe » se concentrent sur trois projets. Tout d'abord trouver du personnel pour préparer des repas et procurer le nécessaire aux milliers de personnes évacuées et aux soldats appelés à servir sur la ligne de front. Au cours des premières semaines de la guerre, les volontaires ont cuisiné plus de 100 000 repas et collecté près de 9 millions de shekels pour acheter et livrer des fournitures.

QG orthodoxe

Le deuxième volet de cet effort consiste à apporter un soutien aux familles lors des funérailles et des périodes de deuil (shivas), ou au contraire pour célébrer d'heureux évènements si elles ne disposent pas des ressources nécessaires pour les organiser. Les bénévoles veillent à ce que les familles obtiennent tout ce dont elles ont besoin. Jusqu'à présent, plus de 4 000 bénévoles ont assisté à des funérailles et accompagné des personnes en deuil.

Enfin, la troisième partie de l'initiative consiste à trouver des personnes pour aider dans l'agriculture où sur d'autres lieux de travail qui souffrent du manque de personnel en raison de la guerre. Le QG a fait appel à divers séminaires et yeshivas, et jusqu'à présent plus de 6 540 personnes en tout se sont portées volontaires.

Une chercheuse ultra-orthodoxe dans un monde universitaire laïc

Issue d’une famille hassidique, le Dr. Yaffe compte parmi les premiers chercheurs orthodoxes dans le monde universitaire.  Elle raconte qu'elle voulait être enseignante dès son plus jeune âge. Entrée comme éducatrice dans un séminaire ultra-orthodoxe, elle y a lancé un nouveau programme d'études en histoire y compris des études sur le Moyen-Orient. Ce furent ses premiers pas vers l'université. « J'ai senti que c'était le monde auquel je devais appartenir. Un an plus tard, je me suis inscrite en Master de résolution des conflits. Puis, j'ai rencontré le Prof. Avner de Shalit et le Prof. Eran Halperin qui sont devenus mes directeurs de thèse ».

orthodoxes et soldats au Mur

« Dès le début, j'ai voulu explorer la société ultra-orthodoxe d'où je venais », explique-t-elle. Et en effet, sa thèse de doctorat explorait la pauvreté dans la société ultra-orthodoxe, les relations entre ultra-orthodoxes et laïcs et le besoin de supériorité morale et d’auto-différenciation de cette société. Elle tentait de retrouver l'infrastructure morale expliquant pourquoi les ultra-orthodoxes ne font pas partie du récit collectif et quel est le rôle de la pauvreté dans cette équation. Le Dr. Nechumi Yaffe a effectué son travail postdoctoral à l'Université Princeton aux Etats-Unis, où elle a étudié des questions similaires au sein de la société ultra-orthodoxe américaine. À son retour en Israël, elle a rejoint le Département de politique publique de la Faculté des sciences sociales de l'Université de Tel-Aviv.

Aujourd'hui, elle enseigne, fait des recherches et dirige l'institut de recherche « Données vraies » qui collecte des données sur la société ultra-orthodoxe à l'aide d'enquêtes et à travers l'équipe de rédaction du plus grand site Internet ultra-orthodoxe au monde, « Kikar HaShabbat ».

Une prise de conscience

Sa vaste activité académique et l'ensemble des données en sa possession lui ont permis d'activer dès le début de la guerre un large réseau de volontaires au sein de la communauté ultra-orthodoxe, auquel s'est joint le site Web « Kikar Hashabbat ». Environ 14 000 volontaires ont rejoint l'initiative dès les premiers jours. « Les téléphones n'arrêtent pas de sonner, les gens se battent pour faire partie du QG », raconte-t-elle avec enthousiasme. A l'inverse de la période du corona, où la société orthodoxe s'est renfermée sur elle-même en maintenant sa différenciation, cette fois des dizaines de milliers de volontaires veulent apporter leur contribution à la société israélienne et prêter main-forte au front intérieur ».

Le phénomène est remarquable compte tenu de l’attitude d’isolement et de non-implication que la population ultra-orthodoxe adopte habituellement à l’égard de toute action affiliée à l’État d'Israël. « La compréhension du sens de la citoyenneté et l'engagement rapide de la société ultra-orthodoxe pour apporter sa contribuer au front intérieur israélien pénètrent désormais les milieux les plus conservateurs de cette société. Parmi les volontaires, on trouve des représentants de tous les courants de la société ultra-orthodoxe, des Lituaniens aux sépharades en passant par les Hassidim, des ultra-conservateurs aux modernistes. Je crois que ce qui les a motivés, c’est le sentiment de responsabilité qui découle du fait d’appartenir au peuple juif : nous sommes en guerre, nous sommes en crise, nous devons aider », explique le Dr. Yaffe.

« C’était une occasion de mobiliser les cœurs et de changer les mentalités parmi les ultra-orthodoxes. C’est comme s'ils prenaient soudainement conscience de la notion de citoyenneté et de solidarité », a-t-elle récemment déclaré au quotidien israélien Yediot Aharonot.

Un rayon de lumière et une source d'espoir

Pour permettre au réseau de fonctionner efficacement, le Dr. Yaffe et son équipe ont organisé des formations improvisées pour les jeunes ultra-orthodoxes pour leur apprendre à gérer des feuilles Excel et à travailler sur ordinateur. « Maintenant, nous avons des responsables pour chaque région du pays, et je n’ai plus besoin de m’impliquer personnellement », déclare fièrement le Dr. Yaffe.

Elle a déjà mené 11 enquêtes depuis le début de la guerre.  « Je ne peux pas m’arrêter, je suis accro aux données », plaisante-t-elle. Selon elle, les données montrent un changement marqué dans les attitudes des volontaires orthodoxes à l’égard de la nation et de la solidarité. « Nous avons pu constater un réel changement. Cette forte augmentation du volontariat est peut-être temporaire, mais je suis sûre que les choses ne seront plus les mêmes dans le secteur ultra-orthodoxe de la population après la fin de la guerre », conclut-elle.

« En parallèle, l'initiative permet également d'exposer directement le public laïc au public ultra-orthodoxe, par le biais de réunions et d'entraide et non à travers les gros titres des journaux et les stéréotypes. Dans les jours difficiles que nous traversons tous et surtout après la séparation sectorielle pendant la période du Corona, c'est un rayon de lumière et une source d'espoir ».

 

Photos: 

1.  Le Prof. Nechumi Yaffe

2. Le QG orthodoxe à l'Université de Tel-Aviv (crrédit: Dr. Nechumi Yaffe)

3. Ultra-orthodoxes dansant avec des soldats israéliens au Mur des Lamentations.

 

FONDS D'URGENCE
Tsahal a rappelé 6 000 étudiants et étudiantes de l'Université de Tel-Aviv
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