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Distanciation et hygiène ont permis de vaincre le typhus dans le ghetto de Varsovie, d’après un chercheur de l’Université de Tel-Aviv

Distanciation sociale, isolation des malades, respect des mesures d’hygiène ainsi que les efforts considérables et continus des institutions médicales et sociales de la communauté, ont grandement contribué à endiguer l’épidémie massive de typhus dans le ghetto de Varsovie pendant la Seconde guerre mondiale, évitant des dizaines de milliers de décès. C’est ce qui ressort d’une étude menée par le Prof. Lewi Stone de l’Unité de Biomathématique de la Faculté des Sciences de la vie de l’Université de Tel-Aviv, et de l’Ecole des Sciences mathématiques de l’Université RMIT de Melbourne, Australie. Les leçons de cette éradication quasi-miraculeuse de la maladie peuvent être enrichissantes aujourd’hui ; malheureusement presque tous les Juifs qui ont réussi à survivre à l’épidémie ont été exterminés dans les camps de la mort.

ghetto de VarsovieL’étude a été publiée dans la revue Science Advances le 24 juillet. Y ont également participé des chercheurs de l’Université Polytechnique de Hong Kong, du Toura College de Berlin, de l’IBED d’Amsterdam ainsi que de l’Université d’Amsterdam.

« Les épidémies, pandémies et maladies infectieuses ont joué un rôle majeur dans l'histoire humaine », expliquent les chercheurs. « Leur capacité à ravager rapidement les populations a causé, à plusieurs reprises, des millions de morts. En temps de guerre elles sont amplifiées par la famine et la présence d’autres maladies infectieuses, entraînant souvent des catastrophes de proportions extrêmes, comme la grippe espagnole à la fin de la Première Guerre mondiale, qui a tué plus de 50 millions de personnes. Cependant, malgré les dangers pour la santé publique présentés par ces catastrophes massives, leurs dimensions sociales et politiques sont souvent mal explorées. Dans la présente étude, nous avons voulu observer l’impact de la maladie et de la famine dans le ghetto de Varsovie depuis le moment où il a été bouclé, jusqu'à sa liquidation à partir de juillet 1942, les 260 000 rescapés de la maladie étant alors déportés vers les chambres à gaz de Treblinka. Nous avons essayé de quantifier les événements qui se sont produits pendant cette période dite ‘d'extermination indirecte’ et d’en fournir une nouvelle reconstruction ».

La famine dans le ghetto

« L'Holocauste fait référence à l'anéantissement par les nazis de quelque 6 millions de membres de la communauté juive européenne pendant la Seconde Guerre mondiale (1939-1945). Cependant on sait moins que ce génocide a été déclenché en grande partie pour de prétendus problèmes de santé publique, l’obsession allemande de la maladie et la crainte des épidémies », expliquent les chercheurs. « Plus précisément, l’Allemagne avait une peur panique du typhus qui avait causé 5 millions de morts au peuple allemand et à son armée après la Première Guerre mondiale. Ce fut le prétexte donné par les nazis pour transférer en masse les Juifs d’Europe atteints de la maladie dans des ghettos et des camps isolés et fermés pendant la guerre, puis justifier la liquidation de ces mêmes ghettos, habitants compris ».

L’épidémie de typhus du ghetto de Varsovie a connu deux vagues. La première a débuté pendant le siège de Varsovie en septembre 1939, les bombardements aériens ayant gravement endommagé le système d'égouts de la ville et contaminé l'approvisionnement en eau. Simultanément, un grand nombre de réfugiés ont afflué vers Varsovie, augmentant la probabilité d'une infection provenant de l'extérieur. Cette première épidémie, relativement modérée s'est terminée naturellement pendant la saison estivale vers août 1940.

Lewi StoneLes Allemands craignant une nouvelle vague créèrent alors une ‘zone de maladie restreinte’, qui deviendra plus tard le ghetto de Varsovie. La totalité des quelque 400 000 juifs de la ville se trouvèrent confinés sur ce territoire de 3,4 km2 (soit une densité de 5 à 10 fois supérieure à celle de la ville la plus dense du monde), qui fut entouré d’un mur de briques de 3 m de haut, avec interdiction d’en sortir sous peine de mort. En quelques mois, les habitants rationnés commencèrent à mourir de faim, le taux de mortalité atteignant alors 4 000 à 5 000 décès par mois.

La propagation du typhus a rapidement suivi la famine. Le typhus est une bactérie propagée par les poux du corps, qui prolifèrent dans des conditions de mauvaise hygiène, de saleté, de surpeuplement et de froid. La période d'incubation est de 14 jours, la maladie entraînant une forte fièvre, des maux de tête, des douleurs musculaires, des nausées, des frissons et des éruptions cutanées, la mort pouvant survenir en quelques jours dans le pire des cas. Selon les rapports des principaux épidémiologistes résidant dans le ghetto, un total de 80 000 à 110 000 habitants ont été infectés au cours des deux vagues d’épidémie qui s’est propagée suivant la ‘dynamique des feux de forêt’ ».

Un 'revirement' inattendu de la maladie

Cependant, au début de l'hiver 1941, l'épidémie a connu une régression rapide, puis a disparu. Selon les chercheurs, ce « revirement » tout à fait inattendu de la maladie est dû à plusieurs faits. A partir de mai 1941, un réseau diversifié d’entraide sociale et d’organisations médicales a été mis en place par la communauté et fut intensément impliqué dans la lutte contre l’épidémie, l’éducation sanitaire et l’hygiène. De nombreux cours sur l'hygiène publique et les maladies infectieuses ont été organisés, ainsi que des centaines de conférences publiques sur la lutte contre le typhus et les épidémies. Une université clandestine a été créée pour former de jeunes étudiants en médecine, par des spécialistes et des scientifiques qui vivaient dans le ghetto. La propreté des immeubles et des appartements était encouragée et souvent appliquée. La transmission de la maladie dans le ghetto se faisant généralement par contact ou proximité avec un individu déjà infecté, qui permettait aux poux de passer de l'un à l’autre, la distanciation sociale était considérée par tous comme une mesure de simple bon sens, et était pratiquée par les résidents, qui évitaient les contacts accidentels et pratiquaient de même l'auto-isolation à domicile. Enfin, des programmes et mesures d'assainissement complexes ont été élaborés par le Département et Conseil de la santé du ghetto dans le but d'éradiquer le typhus. Ces efforts, étant données les conditions régnant dans le ghetto, ont été qualifiés par les survivants de « médecine surhumaine ».

Selon les chercheurs, bien que le taux de létalité du covid-19 soit beaucoup moins élevé que celui du typhus dans le ghetto de Varsovie (de 1 à 2% contre près de 20%), il existe des parallèles intéressants entre les deux tentatives d'éradication de l’épidémie : « Le confinement en Chine continentale a été réalisé au moyen d’une mise en quarantaine draconienne, de méthodes de distanciation sociale et d’interdiction de voyager. En revanche, à Hong Kong et à Taiwan, le nombre d'infections au covid-19 s'est stabilisé malgré des approches moins rigides. À l'instar de ces régions, le ghetto de Varsovie disposait de nombreuses institutions internes, civiles, médicales et sociales, qui ont travaillé intensément pendant de nombreux mois pour enrayer l'épidémie, explorant toute une gamme de stratégies. Les efforts constants et continus de la communauté et des organisations d'entraide pour éradiquer l'épidémie ont certainement contribué à abaisser le taux de transmissibilité au-dessous du seuil critique, ce qui a amené à une fin précoce et soudaine de l'épidémie. D’après notre analyse quantitative, si près de 100 000 habitants du ghetto sont morts pour la plupart de faim et de maladie jusqu'à juillet 1942, un nombre similaire voire supérieur a été sauvé grâce aux activités antiépidémiques des institutions de secours autonomes ».

Enfin les auteurs tirent des conclusions d’ordre historique sur l’utilisation des pandémies à des fins idéologiques : « Les nazis ont justifié le génocide par le contrôle supposé de la propagation de la maladie, illustrant la capacité de l’humanité à se retourner contre elle-même, sur la base de principes épidémiologiques basés sur la race, simplement en raison de l’apparition d’une bactérie. Ce sont là des cas évidents de maladies utilisées comme arme de guerre et prétextes de génocide. Aujourd'hui, plus que jamais, la société doit comprendre comment un virus ou une bactérie peut créer des ravages absolus, entraînant l'humanité vers l’extrémité du mal ».

 

Photos:

1. Bâtiment du ghetto de Varsovie et vestiges des murs du ghetto (Crédit: Wikipédia Commons: Ely1 / CC BY-SA (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)

2. Le Prof. Lewi Stone.

 

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