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Archéologie

On traitait déjà les fractures il y a 35 000 ans, d’après les archéologues de l’Université de Tel-Aviv

Une étude menée par un groupe de chercheurs du Département d’anatomie et d’anthropologie de la Faculté de médecine de l’Université de Tel-Aviv, sous la direction du Prof. Israël Hershkovitz et du Dr. Hila May, sur les os du pied d’un adolescent qui avait subi une fracture grave il y a 35 000 ans, révèle que ce jeune a reçu des soins lui permettant non seulement de survivre, mais aussi de se remettre de sa blessure. Selon les chercheurs, cette propension des premiers hommes à soutenir les membres affaiblis de leur communauté est probablement la principale raison de la survie de ces groupes, et s'est finalement avérée être la clé du succès de notre espèce.

L’étude a été récemment publiée dans le Journal of Human Evolution.

Manot footLes archéologues travaillant sur le chantier de fouilles de la grotte de Manot en Galilée occidentale, qui a déjà livré des trésors de vestiges paléolithiques, ont découvert les restes des ossements du pied d’un jeune adulte, datant de 36 000 à 38 000 ans, portant les signes d’une fracture grave remarquablement bien ressoudée.

"Nous avons retrouvé ces ossements au cours de plusieurs saisons de fouilles consécutives entre 2014 et 2017", explique le Dr. Hila May du Département d’anatomie et anthropologie de la Faculté de médecine et du Centre Dan David pour l’étude de l’évolution humaine et la recherche biohistorique de l'Université de Tel- Aviv. "Mais nous sommes arrivés à la conclusion qu'ils appartenaient à la même personne, à la fois parce qu'ils ont été retrouvés dans la même couche archéologique et à proximité les uns des autres, et parce qu'ils s'imbriquaient parfaitement entre eux".

Solidarité sociale préhistorique

En examinant les ossements, les chercheurs ont pu constater les marques révélatrices d’une fracture cicatrisée dans le deuxième os du métatarse, ensemble de cinq os longs situés au milieu du pied, survenue longtemps auparavant dans la vie de cette personne. "La personne est décédée jeune, mais des années plus tard, et de causes inconnues mais qui n’avaient probablement rien à voir", explique le Dr. May. "La fracture s'est probablement produite dans l'enfance à la suite d'une chute ou de celle d’un objet sur son pied".

Manot foot 2Les examens au scanner de l'os ont confirmé l'hypothèse et permis d’identifier une fracture dans laquelle le métatarse était disloqué de l'os du tarse adjacent. "Ce type de blessure est encore courant aujourd'hui, en particulier chez les athlètes et les enfants. Même à présent, une fracture de ce type peut nécessiter une intervention chirurgicale, ou au moins le port d’un plâtre pendant 6 à 12 semaines avant que le patient puisse reprendre une activité normale", explique le Dr. May.

"Bien que l'adolescent blessé ait pu se déplacer à l'aide d'un bâton lui servant de béquille de fortune, il aurait été incapable de s'appuyer sur son pied à cause de la douleur et a donc été complètement dépendant du reste du groupe pendant un certain temps", explique le Prof. Hershkovitz. "Cela signifie que la société disposait de suffisamment de ressources pour soutenir les personnes handicapées, temporairement ou définitivement. Nous ne savons pas grand-chose sur le fonctionnement des sociétés préhistoriques, et ces découvertes nous ouvrent une fenêtre sur leurs mécanismes de soutien et de solidarité sociale".

Des connaissances médicales de base

Les chercheurs estiment même que le corps a été placé dans la grotte exprès pour y être enterré, faisant potentiellement preuve de compassion non seulement pour les faibles, mais aussi pour les morts. "La présence de plusieurs artefacts tels que des outils en silex et des coquillages apportés d'ailleurs peut suggérer que nous sommes en présence d'un enterrement organisé".

israel Ershkovitz Profile"On peut également spéculer que les habitants de la grotte possédaient des connaissances médicales de base et aient su fixer une attelle pour le pied blessé, en utilisant un os ou un morceau de bois pour immobiliser le membre pendant un certain temps et favoriser la guérison. Sinon, la fracture n'aurait pas aussi bien guéri".

Les chercheurs pensent qu’il s’agissait du pied d’un garçon, sans cependant établir ce fait avec certitude, car ils n'ont pu en extraire l'ADN. "En Israël, l'ADN se détruit très rapidement à cause de la chaleur du climat. De plus, extraire l'ADN d'un os du pied est difficile, contrairement à d’autres parties du squelette où la matière osseuse est plus compact", explique le Dr. May.

Ils estiment cependant qu’il s’agissait d’un jeune de 15 à 20 ans, qui appartenait à un groupe de chasseurs-cueilleurs installé dans la région. "Nous savons qu'il y a environ 15 000 ans, l'espérance de vie moyenne des chasseurs-cueilleurs était d'environ 30 ans".

Une population hybride Homo Sapiens/ Néendertal

Selon la forme et la taille de l'os, le pied appartenait à un Homo Sapiens. Cependant, les chercheurs ont également pu y déceler certains traits néandertaliens. Ceci concorde avec les études antérieures d'autres restes humains trouvés à Manot, qui ont conclu que la grotte était habitée par une population hybride Sapiens-Néandertal. "Nous ne savons pas quel était le modèle de leur interaction, si les femmes se rendaient dans les groupes néandertaliens ou le contraire, mais nous savons que les humains modernes se sont croisés avec les Néandertaliens, contrairement à ce que l'on a pensé pendant de nombreuses années", a déclaré le Dr. May. "Le fait que nous ayons repéré des caractéristiques néandertaliennes dans les restes que nous avons trouvés dans la grotte de Manot signifie qu'ils s'accouplaient et qu’ils avaient des enfants ensemble, même s'ils avaient une morphologie différente. Nous savons que tous les homo sapiens qui ont quitté l'Afrique il y a environ 65 000 ans possédaient des gènes néandertaliens. Cela soulève une question très intéressante sur la façon dont nous définissons les espèces".

Hila May profile"Apparemment tous les humains d’aujourd’hui comportent encore un petit pourcentage d'ADN néandertalien, bien qu'en quantité beaucoup plus faible que nos lointains ancêtres de Manot", ajoute le Prof. Hershkovitz. "La composante génétique néandertalienne alors était beaucoup plus forte qu'aujourd'hui, mais ses éléments se sont lentement dilués dans le patrimoine génétique et ont pour la plupart disparu".

Le pied cassé guéri de la grotte de Manot n'est ni la première ni la plus ancienne preuve que nos ancêtres prenaient soin des malades et des handicapés. Des signes de compassion et de soutien altruiste ont été découverts non seulement chez les Homo sapiens mais aussi chez les Néandertaliens, qui semblaient capables de prendre soin même des personnes les plus gravement handicapées. Elle est quand même significative car nous disposons de très peu de connaissances sur ces groupes de chasseurs-cueilleurs, et surtout sur leur comportement social.

"Nous savons qu'ils vivaient en petits groupes, composés peut-être de quelques dizaines d'individus, se déplaçant en fonction des disponibilités alimentaires. En règle générale, les hommes partaient à la chasse tandis que les femmes s’occupaient de la cueillette, de la nourriture et des enfants", commente le Dr. May.

La découverte vient s’ajouter à la masse croissante de preuves qui montrent que les hominiens préhistoriques étaient tout sauf des brutes primitives. "Ils ne laissaient pas les personnes malades mourir quelque part, et prenaient soin de celles qui étaient plus faibles", explique le Prof. Hershkovitz. "En fait, la naissance de sociétés complexes qui ont amené les hominiens à coopérer sur des tâches difficiles et à se soutenir mutuellement lorsqu'un individu s’affaiblissait est probablement la principale raison de la survie de ces groupes, et s'est finalement avérée être la clé du succès de notre espèce".

 

Photos :

1. Grotte de Manot (la flèche indique l’endroit où le pied a été retrouvé. Crédit photo: Prof. Israel Hershkovitz)

2. Les os de l'étude (Crédit: Sarah Borgel)

Les archéologues de l'Université de Tel-Aviv découvrent un temple similaire au Temple de Salomon

Selon les archéologues de l'Université de Tel-Aviv, le temple découvert sur le site de Tel Moza, près de Jérusalem, fouillé sous la direction du Prof. Oded Lipschits et du doctorant Shua Kisilevitz du Département d'archéologie de l'université, est à bien des égards similaire au sanctuaire construit par le roi Salomon, décrit en détail au Chapitre 6 du Premier Livre des Rois, dont il est contemporain. Selon eux, les recherches sur le site sont susceptibles de contribuer grandement à la compréhension de la période du premier temple et à la comparaison des découvertes archéologiques avec le récit biblique.

Motza1L'article a été publié récemment dans la revue Biblical Archaeology Review.

"Les fouilles de Tel Motza ont commencé en 1993 sous la responsabilité de l'Autorité israélienne des antiquités, lors de la construction d'une nouvelle bretelle de sortie de l'autoroute n°1", explique Shua Kisilevitz. "Des fouilles supplémentaires ont été effectuées en 2002, 2003 et 2012-13. Elles ont mis au jour un site important, principalement de l'époque du Premier Temple (du 10e siècle au début du 6e siècle avant JC, période de l'âge du fer 2). Les vestiges témoignent de la présence d'un important centre économique et administratif dans la fertile vallée de Motza, avec des dizaines de silos et deux grands entrepôts de céréales. Au centre du site a été trouvé le complexe monumental d'un temple aux plans caractéristiques de ceux de l'orient antique. Entre autre, on a découvert un autel pour les sacrifices, une table pour déposer des offrandes et de nombreux objets de culte, comme des figurines en poterie de forme humaine et en forme de chevaux, ainsi qu'un grand piédestal de culte orné. Le temple de Motza est le seul complexe de ce type découvert à ce jour sur les territoires des royaumes de Juda et d'Israël. Son plan architectural et les décorations qui ornent les objets de culte sont similaires à ceux attribués au Temple de Salomon à Jérusalem, qui est décrit en détail au Chapitre 6 du Premier Livre des Rois".

Une découverte sans précédent

En mars 2019, suite à l'achèvement de la construction du pont menant à Jérusalem et au déblayage des remblais qui recouvraient le site, les archéologues sont revenus à Tel Motza, dorénavant chantier de fouilles de l'Université de Tel-Aviv. "Les fouilles de cette saison ont été très ciblées et avaient un double objectif", explique Kisilevitz. "Premièrement, continuer de mettre au jour la structure du temple, et deuxièmement, de faire progresser la compréhension du site en utilisant des technologies scientifiques avancées. Nous avons constaté que le bâtiment mesurait au moins 21 mètres de long et avons découvert sous la cour du temple des restes d'un autre bâtiment de culte, probablement du 10ème siècle avant JC".

Selon les chercheurs, le complexe avec ses différentes couches représente une découveMotza4rte sans précédent dans l'archéologie d'Israël: un complexe de bâtiments rituels érigés au début de l'âge du fer, y compris un temple qui a existé pendant la majeure partie de la période du Premier Temple, aux côtés du temple Salomon à Jérusalem. Par conséquent, le site contribue grandement à la compréhension de l'évolution du culte en Judée, ainsi que du processus de formation du Royaume de Juda.

Les chercheurs ont prélevés des échantillons de matériaux provenant des quatre strates exposées sur le côté est du temple et les ont fait analyser à l'aide de diverses technologies: OSL (méthode de datation des échantillons de sol), carbone 14 pour la datation des matériaux organiques, et des techniques de micro-archéologie utilisant des microscopes, des rayons infrarouges et d'autres appareils scientifiques pour révéler ce qui échappe à l'œil nu. "Les résultats des tests donneront de nombreuses informations sur le temple", explique Kisilevitz. "Entre autres, nous espérons qu'ils nous aideront à déterminer les dates des différentes strates, à vérifier si la structure a été abandonnée à moment donné, et à reconstituer la nature des activités qui ont eu lieu dans la cour du temple, où se déroulait la plus grande partie du rite. Par contre, le bâtiment lui-même n'était accessible qu'aux prêtres, aussi nous espérons que de nouvelles fouilles dans cette zone révéleront encore d'autres objets de culte".

Un autre temple en Judée

"Les découvertes des fouilles de Tel Motza, passées, présentes et futures, sont d'une grande importance pour comprendre la période du Premier Temple et comparer les découvertes archéologiques avec la Bible", conclut le Prof. Lipschits. "L'existence même d'un temple similaire au temple de Salomon à quelques kilomètres de Jérusalem soulève de nombreuses questions, car le texte biblique est rempli du récit des luttes avec les lieux de culte en dehors de Jérusalem, et déclare même explicitement que le Dieu d'Israël ne devrait être adoré que dans le temple de Jérusalem. De plus, les livres des Rois 2 et Chroniques 2 nous parlent de deux réformes religieuses qui s'attaquent justement à cette question: la réforme du roi Ézéchias à la fin du 8ème siècle avant JC et celle plus radicale du roi Josias, qui a détruit tous les lieux de culte en dehors de Jérusalem à la fin du Motza27ème siècle. Nous espérons que nos découvertes nous aideront à répondre à une série de questions intrigantes: qui a érigé le temple de Motza et quand? Quels rituels s'y sont déroulés ? Quelle était la relation entre la communauté du temple de Motza et celle du temple de Jérusalem? Les prêtres du temple de Motza ont-ils à un moment donné accepté la suprématie des prêtres et des dirigeants du temple de Jérusalem, et si oui, quand cela s'est-il produit? Le temple de Motza a-t-il survécu aux réformes religieuses d'Ézéchias et de Josias, et a-t-il continué d'exister jusqu'à la destruction du royaume de Juda par les Babyloniens en 586 avant JC?".

Deux saisons de fouilles supplémentaires sont prévues à Tel Motza, au printemps 2020 et au printemps 2021, avec la participation d'étudiants et de chercheurs israéliens et du monde entier, en particulier d'Allemagne, de République tchèque et des États-Unis. Les chercheurs sont convaincus que de nombreuses découvertes passionnantes les attendent encore sur ce site unique qui n'arrête pas de surprendre ...

 

Photos:

1. Photographie aérienne du temple à la fin de la saison des fouilles en 2013 (Crédit: Skyview, IAA)

2. Tête d'une figurine humaine (Crédit: C. Amit, IAA)

3. Figurine de cheval (Crédit: C. Amit, IAA)

 

Des dizaines d'inscriptions du Royaume d'Israël ont été écrites par deux personnes seulement, selon une étude innovante de l'Université de Tel-Aviv

Selon une étude du Département de mathématiques de l'Université de Tel-Aviv, menée sous la direction des Prof. Israel Finkelstein du Département d'archéologie et des cultures de l'Orient antique et Eli Piazetsky de l'Ecole de physique, des dizaines d'ostraca de Samarie, le plus ancien corpus d'inscriptions en hébreu ancien, retrouvé dans la capitale de l'ancien Royaume d'Israël, ont été écrites par deux personnes seulement, probablement des scribes ou des fonctionnaires du roi Jéroboam Ben Joas mentionné dans le Livre des Rois. L'étude, réalisée au moyen d'un algorithme développé par des archéologues, des mathématiciens et des physiciens de l'université, a une grande importance pour mieux comprendre les procédures administratives du Royaume d'Israël, dans la première moitié du 8ème siècle avant JC, et les étapes de son processus d' alphabétisation.

Samaria ostracaElle a été publiée le 22 janvier dans la revue PLOS ONE.

Y ont participé le Prof. Eli Turkel, les Dr. Arie Shaus et Barak Sober et la doctorante Shira Faigenbaum-Golovin, du Département de mathématiques appliquées.

Une administration vieille de 2800 ans

"Les inscriptions de Samarie ont été retrouvées au début du 20e siècle lors des fouilles archéologiques du site de Samarie, capitale de l'ancien royaume d'Israël", explique le Prof. Finkelstein. "Ce sont des fragments d'argile portant des écritures tracées à l'encre (ostracon, pluriel ostraca), qui étaient utilisés comme documents administratifs. Chacun porte une courte inscription en hébreu ancien: l'année du roi, la marchandise - vin ou huile, l'emplacement géographique d'où proviennent les marchandises, et parfois le nom de l'expéditeur. Elles ont apparemment été écrites au cours d'une période de 7 ans à l'époque de l'important roi Jéroboam II (Jéroboam fils de Joas), qui régna dans la première moitié du 8e siècle avant JC. Les marchandises ont été envoyées par la tribu Menashé au cœur du royaume, vers les environs de la capitale, et certains des noms figurant sur les inscriptions sont également mentionnés dans la Bible. Pendant longtemps, les chercheurs se sont demandé si ces inscriptions avaient été écrites par les représentants du roi dans ces régions à l'extérieur de la capitale, ou par les fonctionnaires du roi dans la capitale elle-même à l'arrivée des marchandises, une telle connaissance permettant de mieux comprendre les processus administratifs du royaume, et d'évaluer le partage de l'alphabétisation à cette époque. Nous avons voulu préciser la question en nous demandant quel est le nombre d'auteurs des inscriptions de Samarie?".

FinkelsteinIDPour répondre à cette question, les chercheurs ont utilisé un algorithme permettant d'analyser les manuscrits, qu'ils avaient développé lors d'une étude précédente sur des ostraca trouvées à Arad, un poste militaire éloigné du royaume de Judée, environ 600 avant JC. "La méthode est basée sur la comparaison de manuscrits par toutes les combinaisons possibles, afin de déterminer s'ils ont été écrits par des personnes différentes", explique Shira Faigenbaum-Golovin. "A Arad, l'algorithme a montré que les 16 inscriptions trouvées ont été écrites par au moins quatre personnes. Lorsque nous avons appliqué l'algorithme à 31 des ostracons de Samarie, nous avons constaté qu'elles avaient au moins deux auteurs. Mais cette fois-ci, nous avons voulu obtenir le nombre le plus précis possible, ou en termes statistiques, le nombre le plus probable d'auteurs".

L'alphabétisation dans le Royaume d'Israël

Les chercheurs ont donc effectué une estimation statistique des erreurs possibles de l'algorithme, qui peuvent découler du fait que les inscriptions de Samarie sont courtes et contiennent peu de lettres. "Nous avons effectué des simulations pour estimer les erreurs possibles sur de courtes sections extraites des inscriptions d'Arad, que nous connaissions déjà", explique le Dr. Barak Sober. "Par exemple, nous avons appliqué l'algorithme sur des segments courts pris dans une même inscription provenant d'Arad, dont nous savions donc à l'avance qu'ils avaient été écrits par la même personne. Nous avons alors constaté que l'algorithme ne s'est presque pas trompé et en avons conclu qu'il était également exact pour l'analyse des inscriptions de Samarie. Et après cette vérification, le nombre d'auteurs des inscriptions de Samarie s'est avéré être effectivement de deux, avec une certitude de 95%".

eli piasetsky"Malgré de nombreuses tentatives, nous n'avons trouvé aucune caractéristique textuelle qui pourrait être attribuée à l'un des auteurs en particulier", ajoute le Dr. Arye Shaus. "Il semble que tous les deux aient opéré au cours des mêmes années, reçu des expéditions des mêmes endroits et manipulé les mêmes types de marchandises. En d'autres termes, on peut émettre l'hypothèse que les deux auteurs ou fonctionnaires travaillaient en parallèle, peut-être par roulement, et se suppléaient".

"Nous avons donc développé un nouvel outil important pour explorer des textes anciens", conclut le Prof. Piazetsky. "Les spécialistes de ce domaine, appelé paléographie, étudient aujourd'hui la forme des lettres, le matériel et l'encre, le contenu, etc. Désormais, grâce à notre méthode, ils peuvent également déterminer le nombre d'auteurs des documents. Dans le cas des inscriptions de Samarie, les résultats nous aident à mieux comprendre les procédures administratives du Royaume d'Israël. Une autre conclusion possible est que le fait que, contrairement à la situation un siècle plus tard dans le Royaume de Judée à la veille de sa destruction, la connaissance du processus d'écriture n'était pas encore très courante en Israël à cette époque, la première moitié du 8ème siècle avant JC, et était concentrée principalement autour du Palais du Roi. Il est possible que cette capacité ait également permis l'écriture de textes littéraires, du genre des écrits prophétiques d'Osée et d'Amos, qui ont vécu à l'époque du Royaume d'Israël".

 

Photos:

  1. Ostraca de Samarie (Crédit: The Semitic Museum, Harvard University).
  2. Le Prof. Israel Finkelstein.
  3. Le Prof. Elie Piazetsky.

Les archéologues de l'Université de Tel-Aviv retrouvent une dalle sur laquelle l'Arche d'Alliance aurait pu être entreposée

Le Dr. Zvi Lederman et le Prof. Shlomo Bunimovitz du Département d'archéologie de l'Université de Tel-Aviv ont retrouvé une dalle en pierre massive reposant horizontalement sur deux rochers plus petits, dans un temple datant du 12e siècle av. JC, époque à laquelle le peuple d'Israël était en guerre contre les Philistins, sur le site archéologique de Bet Shemesh, à 20 kilomètres à l'ouest de Jérusalem. Selon les chercheurs, cette dalle particulière pourrait rappeler la "grande pierre" biblique sur laquelle les Philistins ont déposé l'Arche d'Alliance qu'ils avaient dérobée aux Israélites.

BetShemeshTable"Ce serait un cas rare où l'on voit fusionner le récit biblique avec une découverte archéologique", a déclaré le Dr. Lederman qui dirige les fouilles de l'Université de Tel-Aviv sur le site biblique de Bet Shemesh.

Le bâtiment identifié comme un temple, dans lequel a été découvert la fameuse dalle était isolé des zones résidentielles et avait des murs plus solides, comme l'explique le Prof. Bunimovitz. C'était aussi un carré parfait, de 8,5 mètres de côté, dont les angles étaient orientés suivant les points cardinaux. A l'est est située une plate-forme (bamah) comme on en retrouve couramment pour les cérémonies religieuses. À l'intérieur du bâtiment on a retrouvé deux grosses pierres rondes concaves dans lesquelles des gouttières ont été creusées, qui pourraient avoir été utilisées pour des libations de vin ou bien comme pressoirs à olives miniatures pour produire de l'huile sacrée, selon le Dr. Lederman. Les chercheurs ont également découvert des cruches et des tasses en poterie décorées ainsi qu'un tas d'os d'animaux. " Il existe de nombreuses preuves du fait qu'il s'agissait bien d'un temple, et non d'un espace domestique standard", commente le Prof. Bunimovitz.

Profané par les Philistins

Pour le mettre à jour, les archéologues ont dû creuser à travers plusieurs couches d'un matériau noir épais, qu'ils pensaient initialement être des cendres qui se seraient formées lorsque le bâtiment a été incendié. Mais l'analyse a révélé qu'il s'agissait de crottes d'animaux. Selon le Dr. Lederman, le site a été transformé en enclos peu de temps après sa destruction, dans une intention de profanation, probablement par les Philistins, dont la ville la plus proche, Tel Batash, n'était qu'à sept kilomètres de Bet Shemesh.

Les 12e et 11e siècle avant notre ère correspondent à l'époque de l'Israël pré-monarchique, pendant laquelle des juges comme Samson et Deborah régnaient sur les douze tribus. Bet Shemesh est alors décrite comme une ville frontalière entre les Israélites et les Philistins, dans une région où les deux peuples se sont souvent affrontés. Et en effet, les archéologues ont identifié quatre couches d'agglomérations distinctes qui se sont succédées à cette époque, montrant que l'endroit a été conquis, abandonné ou détruit et reconstruit plusieurs fois en deux siècles. C'est au cours de l'une de ces périodes que le temple retrouvé a été détruit, indiquant donc que les profanateurs étaient probablement les Philistins conquérants.

BetShemeshtempleLa dalle trouvée semble expliquer l'importance attachée à l'époque à ce site. "Nous nous sommes vite rendu compte qu'il devait s'agir d'une table", explique le Dr. Lederman. De plus, celle-ci semble correspondre au profil de la "grande pierre" sur laquelle, selon le premier livre de Samuel, l'Arche d'Alliance reposait lorsqu'elle a été amenée à Beth Shemesh par les Philistins. Selon la Bible, après que les Israélites se soient installés sur la Terre Promise, l'Arche a été placée à Shiloh, au nord de Jérusalem, mais a ensuite été capturée par les Philistins lors d'un combat. Dieu a alors punis ces derniers pour leur arrogance, leur affligeant maladies et fléaux tant et si bien qu'ils placèrent l'Arche sur un chariot et la ramenèrent aux Israélites à Bet Shemesh avec des objets en or pour apaiser la colère divine.

Quand l'archéologie et la Bible se rencontrent

"Les gens de Beth Shemesh faisaient alors la coupe du blé dans la vallée; ils levèrent les yeux et virent l'arche, et se réjouirent à cette vue. Alors le chariot entra dans le champ de Josué de Beth Shemesh et s'y arrêta; là se trouvait une grosse pierre. On fendit en morceaux le bois du chariot et l'on offrit les vaches en holocauste à l'Eternel. Les Lévites descendirent l'arche de l'Eternel et le coffre qui l'accompagnait, contenant les objets d'or, et posèrent le tout sur la grosse pierre". (1 Samuel 6: 13-15).

La Bible raconte encore comment Dieu a abattu les habitants de Bet Shemesh qui avaient osé regarder à l'intérieur de l'arche, qui a ensuite été emmenée à Kiriath Yearim, où elle est restée pendant 20 ans avant d'être transportée à Jérusalem par le roi David.

S'il est presque impossible, expliquent les chercheurs, de prouver sur le plan archéologique que l'arche a bien reposé sur cette table en pierre particulière, la découverte suggère cependant que le récit biblique, probablement compilé à la fin du 7e siècle av. JC sous le roi Josias, reposait sur une tradition beaucoup plus ancienne rapportant l'existence de la "grande pierre" de Beth Shemesh qui fonctionnait comme un foyer important de culte au 12ème siècle avant notre ère - et donc corrobore la théorie selon laquelle le récit biblique transmet certaines traditions beaucoup plus anciennes dont certaines, comme celle-ci peuvent être reliées à des découvertes archéologiques.

Le nom de la ville, Beth Shemesh, signifie "maison du soleil" et suggère que ses premiers habitants adoraient la divinité solaire cananéenne. D'un autre côté, les os d'animaux trouvés dans le temple, de même que dans l'ensemble des villes de l'âge du fer de la région, n'incluent pas de porc, faisant écho à l'interdiction juive de manger du porc. La quasi-absence d'os de porc dans les sites du Levant a depuis longtemps été identifiée par les archéologues comme l'un des premiers traits culturels distinctifs des Cananéens et des premiers Israélites au début de l'âge du fer, permettant de les distinguer des Philistins. "Toute l'archéologie de Beth Shemesh et des hauts plateaux de Canaan montre un lent processus de construction d'identité de ce que nous appellerons finalement le peuple d'Israël, face à la culture païenne des Philistins".

 

Photos: Dr. Zvi Lederman

Des dents humaines de 40 000 ans découvertes par des chercheurs de l'Université de Tel-Aviv dans une grotte en Galilée

Le Dr. Racheli Sarig, de l'École de médecine dentaire et du Centre Dan David pour l'Etude de l'histoire humaine de l'Université de Tel-Aviv, en collaboration avec le Dr. Omri Barzilai de l'Autorité des antiquités d'Israël, a découvert six dents humaines provenant d'un homo sapiens et d'un homme du Neandertal, dans une grotte de Galilée occidentale. L'étude révèle que les humains ont immigré d'Europe vers le Levant il y a 40 000 ans, et ouvre une ère nouvelle dans la connaissance du développement de la culture de la région.

Manot dentsElle a été récemment été publiée dans le Journal of Human Evolution.

Les dents ont été découvertes dans la grotte de Manot, qui fait depuis ces dix dernières années l'objet de fouilles menées par le Dr. Barzilai de l'Autorité des antiquités d'Israël, le Prof. Israël Hershkowitz du Centre Dan David de l'Université de Tel-Aviv et le Prof. Ofer Marder de l'Université Ben Gourion du Néguev, afin de suivre l'évolution de l'homme moderne en Israël.

L'homme du Néandertal s'est assimilé à l'homme moderne 

"La découverte est d'une grande importance pour identifier les habitants qui habitaient la grotte il y a des dizaines de milliers d'années", explique le Dr. Sarig. "Les dents se conservent mieux que les os car elles sont en émail, la matière la plus résistante du corps humain. Plus important encore, la structure, la forme et la topographie (saillies à la surface) de la dent possèdent une forte composante génétique qui permet d'identifier les dents avec des populations spécifiques. Dans la présente étude, nous nous sommes basés sur la forme externe et interne de ces dents pour en déterminer les caractéristiques et l'appartenance. Nous avons pour cela effectué des tests approfondis de micro-tomodensitométrie et d'analyses 3D sur quatre de ces dents".

Manot CarteLes résultats obtenus ont surpris les chercheurs: une des dents présentait une morphologie typique de l'homo sapiens, l'homme moderne; une possédait des traits caractéristiques de l'homme du Neandertal, et les deux autres montraient une combinaison rare de caractéristiques néanderthaliennes et modernes. Selon les chercheurs, une telle combinaison n'a été retrouvée jusqu'à présent que chez des populations européennes du début du Paléolithique supérieur, il y a environ 40 000 ans. La combinaison a récemment confirmée au moyen d'analyses génétiques, impliquant que l'homme du Neandertal s'est assimilé à l'homme moderne en Europe.

Une des révolutions culturelles les plus importantes de l'histoire de l'humanité

"Les dents de la grotte de Manot revêtent une importance cruciale, car jusqu'à présent nous n'avions pas trouvé de restes humains de cette période en Israël, ce qui représentait une lacune importante dans nos connaissances", note le Prof. Hershkowitz. "Cette étude novatrice raconte pour la première fois l'histoire d'une population responsable de l'une des révolutions culturelles les plus importantes de l'histoire de l'humanité".

"Les dents ont été trouvées dans des couches archéologiques associées à la culture dite aurignacienne, une culture riche et développée associée à la fin de la période du Neandertal et au début du paléolithique supérieur en Europe, signifiant une nouvelle ère dans le développement culturel de l'humanité moderne", explique le Dr. Rachel SarigBarzilay. "En fonction des études génétiques récentes qui ont montré qu'en Europe de l'Est les Néandertaliens se sont assimilés à la population aurignacienne locale, il semblerait que la présence de caractéristiques néandertaliennes dans les dents découvertes à Manot puisse être interprétée comme une preuve supplémentaire du fait que l'origine de la culture aurignacienne à l'est de la Méditerranée provienne d'Europe. Ces populations ont peut-être cherché à s'éloigner des conditions climatiques extrêmes qui régnaient dans leur pays d'origine à l'époque, point culminant de la dernière période glaciaire".

"Nos découvertes sont particulièrement importantes car elles mettent en lumière une période relativement inconnue de l'histoire de l'humanité en Israël", conclut le Dr. Sarig. "On pensait jusqu'à présent que les Néandertaliens auraient disparu du Levant il y a 50 000 ans avec l'arrivée des populations humaines modernes d'Afrique. La découverte de caractéristiques de l'homo sapiens et de Néandertalien dans des dents d'il y a 38 000 ans dans la grotte de Manot étaye l'hypothèse selon laquelle la population qui a émigré ici, probablement d'Europe, était mélangée et il est possible qu'elle ait apportée avec elle sa culture de l'époque. Ainsi, nos recherches apporte la connaissance d'un autre moment dans la séquence évolutive et culturelle de l'humanité, une pièce supplémentaire dans le vaste puzzle que constitue l'histoire humaine".

 

Photos :

1. La grotte de Manot avec indication de la zone où ont été retrouvées 3 des dents (crédit: Prof. Israel Hershkowitz). En superposé: molaire supérieure et inférieure datant de 38 000 ans trouvée dans la grotte de Manot. (Crédit: Dr. Racheli Sarig)

2. Carte de la grotte avec l'indication de l'emplacement des zones où les dents ont été trouvées. Photo: Dr. Racheli Sarig

3 . Dr. Racheli Sarig (Crédit: Porte-parole de l'Université de Tel-Aviv)