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Les habitants du Royaume de Juda savaient lire et écrire, selon les chercheurs de l’Université de Tel-Aviv

Selon une recherche interdisciplinaire révolutionnaire menée conjointement par les Dr. Arie Schaus, Barak Sober et la doctorante Shira Faigenbaum-Golovin du Département de mathématiques appliquées de l’Université de Tel-Aviv, le Prof. Eli Piazetsky de l'École de physique et le Prof. Israel Finkelstein du Département d'archéologie, de nombreux habitants du Royaume de Juda savaient lire et écrire, et l’alphabétisation n’y était pas réservée à une poignée de scribes royaux ou d’aristocrates. L’étude sans précédent, qui a été réalisée en collaboration avec une experte en graphologie de renommée mondiale du Département d'identification criminelle de la police israélienne, sur les inscriptions du fort d’Arad datant du 7e siècle avant notre ère, jette un nouvel éclairage sur la société judéenne à la veille de la destruction du Premier Temple, et sur le contexte de la rédaction des textes bibliques.

Tel arad coverElle a été publiée hier dans la prestigieuse revue PLOS ONE.

« Il existe un débat animé entre les chercheurs quant au fait de savoir si les livres du Deutéronome, de Josué, des Juges, de Samuel et des Rois ont été compilés dans les derniers jours du Royaume de Juda, ou après la destruction du Premier Temple par les Babyloniens », explique le Dr. Shaus. « Une manière de trancher la question est de se demander quand le potentiel d’écriture de tels textes historiques complexes a-t-il effectivement existé. Après la destruction du Premier Temple en 586 av. J.-C., nous ne possédons que de très faibles preuves archéologiques de l'écriture hébraïque à Jérusalem et dans ses environs, alors que la période précédant la destruction du Temple abonde de documents écrits. Mais alors la question se pose : qui a écrit ces textes ? Existait-il une large couche de la population qui savait lire et écrire, ou bien s’agit-il d’une poignée de personnes alphabétisées ? ».

Au moins douze scripteurs différents

Pour répondre à cette question, les chercheurs ont examiné les inscriptions d'Arad, des ostracons (fragments de poterie portant des inscriptions à l’encre) découverts sur le site de Tel Arad dans les années 1960, datant d'environ 600 ans avant notre ère. Tel Arad était un petit poste militaire à la frontière sud du royaume de Juda, dont la surface construite occupait environ deux kilomètres carrés, qui abritait entre 20 et 30 soldats.

« Nous avons examiné la question de l'alphabétisation de manière empirique, à partir de diverses orientations de traitement d'images et d'apprentissage informatique », explique Shira Faigenbaum-Golovin. «Il s’agit de disciplines dont on se sert aujourd'hui entre autre pour identifier et analyser les écritures, les signatures, etc. Le grand défi était d'adapter ces technologies modernes à des ostracons vieux de 2 600 ans. Après de nombreux efforts, nous avons réussi à produire deux algorithmes capables de comparer les lettres et de répondre à la question de savoir si deux ostracons donnés ont été écrits par deux mains différentes ».

Ex 1En 2016, les chercheurs avaient publié dans la revue PNAS une étude réalisée au moyen de ces algorithmes, établissant, avec une probabilité statistique élevée, que 18 textes, les plus longs parmi les inscriptions de Tel Arad, avaient été écrits par au moins quatre auteurs différents. D’après le texte lui-même, les chercheurs étaient même parvenus à la conclusion qu'il s'agissait d'au moins six personnes différentes. L'étude a eu des répercussions dans le monde entier.

A présent, dans une démarche sans précédent, ils ont décidé de comparer les méthodes algorithmiques à celles de science forensique. À cette fin, ils ont adjoint à l’équipe Yana Gerber, une spécialiste de renommée mondiale qui a travaillé pendant 27 ans au laboratoire de vérification des faux papiers du Département d'identification criminelle et à l'Unité nationale pour l'investigation des crimes internationaux de la police israélienne, qui a examiné les ostracons originaux de Tel Arad au Musée d'Israël, au Musée Eretz Israël, à l'Institut d'archéologie Sonia et Marco Nadler de l'Université de Tel-Aviv et dans les entrepôts de l'Autorité des Antiquités d'Israël à Beit Shemesh. Après un examen approfondi, la graphologue a constaté que les 18 textes avaient été écrits par au moins 12 auteurs spécifiques, avec divers degrés de certitude.

Un écart de 2 600 ans effacé

« Cette étude a été palpitante pour moi, peut-être la plus passionnante de toute ma carrière », a déclaré Yana Gerber. «il s’agit d'anciennes inscriptions hébraïques écrites à l'encre sur des fragments en poterie dans des caractères qui m'étaient inconnus auparavant. Pour réaliser une analyse et une comparaison entre les écritures, j’ai étudié les caractéristiques de cette écriture en me servant des compétences et des connaissances que j’ai acquises au cours de ma licence d’archéologie classique et sur la Grèce antique à l’Université de Tel-Aviv. J’ai approfondi jusqu’aux détails microscopiques des documents écrits par des scripteurs de la période du Premier Temple, allant de questions de routine telles que des ordres concernant le mouvement des soldats et l'approvisionnement en vin, huile et farine, jusqu’aux ordres parvenus à la forteresse d'Arad des hauts rangs du système militaire judéen, en passant par la correspondance avec les forteresses voisines. J’ai eu l’impression que le temps s’était figé et que l’écart de 2 600 ans entre les auteurs des ostraca et nous s’était effacé ».

Yana gerberYana Gerber explique que l'acte d'écriture est le résultat de la mise en œuvre de systèmes complexes et spécifiques, le système visuel, le traitement des données et les actions motrices de nombreux muscles, c’est pourquoi l'écriture de chaque personne est unique, et il n'y a pas deux personnes qui possède la même écriture. La comparaison graphologique fait référence à l'ensemble de caractéristiques de l'écriture permettant à l'expert de déterminer si un document donné a été écrit par une personne en particulier. La fluidité de l'écriture, son caractère, la compétence d'écriture, sa rapidité, le rapport avec la ligne et la zone occupée par l'écriture, les espaces entre les lettres / mots / lignes, la grandeur de l’écriture et la taille relative des lettres entre elles, ne constituent que quelques-uns des paramètres utilisés pour l’identification graphologique. Signalons que, selon un arrêt de la Cour suprême, en Israël, une personne peut encourir une condamnation pénale sur la base d’une expertise graphologique.

« Une grande surprise nous attendait », commente le Dr. Schauss: « Yana a identifié plus de scripteurs que nos algorithmes. Il faut comprendre qu'à l'heure actuelle, nos algorithmes sont de nature « prudente », ils savent identifier les cas où les textes ont été écrits par des personnes possédant une écriture sensiblement différente ; dans les autres cas, ils s'abstiennent. Par contre, un expert en graphologie sait non seulement repérer les différences entre les scripteurs de manière plus précise, mais dans certains cas, il peut également arriver à la conclusion que différents textes ont en fait été écrits par une seule personne. Et bien sûr en termes de conclusions, il est très intéressant de voir qui sont les auteurs. Ainsi, grâce à ces résultats, nous avons pu reconstruire tout un schéma de correspondance de la forteresse militaire, qui a écrit à qui et à quel sujet.

Des structures d'éducation

Par exemple, la région d'Arad, zone frontière entre les royaumes de Juda et d’Edom, était sillonnée par une force militaire dont les soldats sont appelés dans les inscriptions « les sectaires », apparemment des mercenaires grecs. Quelqu'un faisant partie de cette force, probablement un commandant ou un officier de liaison judéen, a commandé des fournitures. Il écrit alors au magasinier de la citadelle d’Arad, « donné aux sectaires », c’est-à-dire, donne aux sectaires de la farine, du pain, du vin, etc. Or, grâce à l'identification graphologique, nous pouvons dire une forte probabilité qu'il ne s'agissait pas d'un seul, mais d'au moins quatre commandants différents. Il semblerait qu'à chaque fois qu'un autre officier était envoyé à son tour pour rejoindre la patrouille ».

Selon les chercheurs, ces résultats jettent un nouvel éclairage sur la société judéenne à la veille de la destruction du Premier Temple, et sur le contexte de la rédaction des textes bibliques.

Ex 4 « Il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'un petit fortin, faisant partie d'une ligne d'avant-postes située à la frontière sud du Royaume de Juda », explique le Dr. Sober. « Le fait que nous ayons trouvé au moins 12 scripteurs différents pour les 18 textes permet de tirer des conclusions sur le niveau d’alphabétisation de l’ensemble du royaume. Les gradés responsables du commandement et de la liaison de l'avant-poste, et même le magasinier Elyashiv et le sous-magasinier Nahum, savaient lire et écrire. Quelqu'un le leur avait enseigné, ce qui signifie qu’il faut supposer qu'il existait dans le royaume de Juda des structures d’éducation. Il ne s’agit bien sûr pas d’une alphabétisation presque absolue comme aujourd'hui, mais il semble que des portions considérables des habitants du Royaume de Juda étaient alphabétisées. Ceci est important pour le débat sur la rédaction des textes bibliques. S'il n’y avait eu que deux ou trois scribes dans tout le royaume qui savaient lire et écrire, il n'y aurait pas eu de véritable raison d'écrire des textes complexes ».

Israel Finkelstein« Quiconque a écrit les textes bibliques ne l'a pas fait pour que nous puissions les lire 2600 ans plus tard », conclut le Prof. Finkelstein, « mais pour promouvoir les messages idéologiques de son époque. Les opinions concernant la date de la rédaction des textes bibliques sont divergentes. Certains pensent que les textes historiques de la Bible, du Livre de Josué jusqu’au Deuxième Livre des Rois, ont été écrits à la fin du 7ème siècle avant JC, c'est-à-dire très proche de la période des inscriptions Arad. Il est important de se demander pour qui ces textes ont été écrits. On pensait qu’il y avait des lecteurs, un petit nombre de personnes alphabétisées qui lisaient devant un public qui ne savait pas lire. La découverte de la haute alphabétisation de la Judée éclaire les choses sous un jour différent ».

Le Prof. Finkelstein ajoute: « Jusqu'à présent, le débat sur l'alphabétisation dans le Royaume de Juda était basé sur des arguments circulaires, c'est-à-dire sur ce qui est écrit dans la Bible elle-même, par exemple sur les scribes du royaume. Nous avons déplacé cette discussion vers le domaine empirique. Si dans un endroit éloigné comme Tel Arad il y eu dans un court laps de temps un minimum de 12 auteurs pour 18 inscriptions, sur une population de Judée estimée à pas plus de 120 000 personnes, cela signifie que l'alphabétisation n'était pas le domaine exclusif d'une poignée d'écrivains royaux à Jérusalem. L'écriture des textes bibliques n'était donc pas destinée uniquement aux yeux de l'aristocratie. Même le magasinier de l'avant-poste d'Arad était également capable de les lire ».

 

Photos:

1. Exemples de fragments de poterie portant des inscriptions à l'encre. Crédit: Yana Gerber et l'Autorité des Antiquités d’Israël.

2. Exemples de diverses écritures. (Crédit : Yana Gerber; Institut d'archéologie, Université de Tel-Aviv; Autorité des Antiquités d’Israël).

3. Yana Gerber. (Crédit: Yana Gerber).

4. Exemples de fragments de poterie (Crédit : Michael Kordonsky, Université de Tel Aviv et Autorité des Antiquités d’Israël).

5. Le Prof. Israel Finkelstein. (Crédit : Université de Tel-Aviv).

 

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