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Les olives ont été domestiquées pour la première fois il y a 7 000 ans en Israël, d’après une étude de l’Université de Tel-Aviv

Selon une étude internationale réalisée sous la direction du Dr. Dafna Langgut, du laboratoire d’archéo-botanique de l’Université de Tel-Aviv, les hommes ont pour la première fois cultivé l’olivier il y a environ 6 500 à 7 000 ans sur les collines de Galilée dans le nord d’Israël. Selon les chercheurs, l’étude, menée à partir du pollen fossile retrouvé sur tout le pourtour de la Méditerranée, pourra également conduire à découvrir des variétés plus résistantes aux parasites, aux maladies et, éventuellement, au changement climatique.

dafna langgut oliviersElle a été publiée dans la revue Holocene

L’olive, et en particulier l'huile d'olive constituaient un élément de base des économies des anciennes cultures du bassin méditerranéen : l'huile était utilisée pour la cuisine, l'éclairage et à des fins médicinales et rituelles. Mais jusqu'à présent, il n’existait pas de consensus entre les chercheurs quant au lieu et la date où la plante a été domestiquée pour la première fois. On estimait globalement que le passage à la culture de l’olivier se situait il y a 4 000 à 6 000, dans une des régions de la Méditerranée orientale ou centrale.

Des sédiments au fond du Lac de Tibériade et de la Mer Morte

Pour tenter de résoudre cette énigme, le Dr. Dafna Langgut et ses collègues ont eu l'idée d'analyser des échantillons de pollen fossilisé sur tout le pourtour de la Méditerranée dans le but de repérer une augmentation significative du pollen de l'olivier dans la flore de chaque région. En particulier, les chercheurs ont recherché des pics dans la production du pollen d'olivier qui ne seraient pas liés à une présence accrue du pollen de plantes ayant des besoins similaires, comme le chêne et le pistachier, qui auraient pu également bénéficier d'une amélioration des conditions environnementales, ceci pour identifier une augmentation qui ne pourrait s'expliquer que par une intervention humaine dans la culture à long terme de l’arbre. Ils ont également corrélé ces données sur le pollen avec les découvertes archéologiques dans chaque région afin de cartographier la propagation de la culture de l'olivier à travers la Méditerranée.

Dafna Langgut1"La palynologie, ou étude des pollens antiques, a fait de grands progrès ces dernières années, fournissant une quantité d’informations aussi bien sur la production agricole des peuples anciens que sur les effets des catastrophes environnementales survenues il y a des millénaires”, explique le Dr. Langgut. Pour ce type d'études, les chercheurs analysent des sédiments extraits du fond des lacs, des marécages ou d'autres plans d'eau stagnante. En effet, le pollen végétal, transporté par les vents, parcourt parfois des dizaines de kilomètres avant de se déposer à la surface d'un lac et de couler au fond. Là, les graines microscopiques, rapidement recouvertes de limon, sont prises au piège dans un environnement anaérobie et peuvent se conserver pendant des milliers d'années, permettant aux spécialistes de reconstituer un tableau de la végétation existant à différentes périodes.

Des preuves archéologiques

Pour cette étude, les chercheurs ont étudié 23 relevés de pollen de toute la Méditerranée couvrant l'ensemble de l'Holocène, l'ère géologique actuelle, qui a commencé il y a plus de 11 000 ans. Ils ont constaté la présence stable d’un petit pourcentage de pollen d'olivier à travers la Méditerranée tout au long de la période, attribuable aux oliviers sauvages, originaires de la région. Cependant, les chercheurs ont identifié un pic massif de pollen d'olivier, non corrélé à la croissance de la végétation aux exigences similaires, il y a environ 7 000 ans dans la Mer de Galilée (le Lac de Tibériade), puis il y a environ 6 500 ans dans la Mer Morte.

Dafna langgut carte"Il y a 7 300 ans, seulement 3,5% du pollen tombé dans la mer de Galilée provenait d'oliviers”, commente le Dr. Langgut. "Il y a 6900 ans, il dépassait 17%. Cela signifie que la culture à grande échelle des oliviers a commencé à proximité du lac, dans un rayon maximum de 50 kilomètres, ce qui feraient des collines de Galilée, des hauteurs du Golan, ou des hauts plateaux de Judée et de Samarie les lieux possibles de l’apparition des premiers oliviers domestiques".

"En fait parmi ces régions, la Galilée est particulièrement riche en découvertes archéologiques qui la désignent comme une zone où la consommation d'olives et la production d'huile ont commencé très tôt. Il existe même des preuves d'une telle activité antérieures de quelques siècles à la datation donnée par l’analyse du pollen".

Les archéologues ont effectivement retrouvé des noyaux d'oliviers broyés vieux de 7 600 ans dans le village néolithique Hurvat Castra, à proximité de la ville de Haïfa. Par ailleurs, l'analyse de résidus de récipients en argile retrouvés à Ein Zippori, site des périodes néolithique et chalcolithique situé en Basse-Galilée, a révélé des traces d'huile d'olive, datées environ de 7 000 à 8 000 ans.

Le passage vers une société organisée

"Ces premiers échantillons d'huile d'olive ont probablement été produits à partir de fruits d'arbres sauvages", explique le Dr. Langgut. "A cette phase, les agriculteurs n'avaient pas encore maîtrisé la culture de l’olivier, mais ils ‘géraient’ probablement les arbres sauvages en élaguant leurs branches pour augmenter leur rendement. Bien que les olives sauvages soient petites et amères, on peut en produire de l'huile, et il est logique que les humains l'aient compris avant de domestiquer la plante, en raison de la complexité du processus".

"Domestiquer un arbre fruitier est un investissement énorme. Contrairement aux céréales, qui mûrissent en quelques mois, il faut environ quatre ou cinq ans à un olivier pour porter des fruits, et seulement alors il est possible de commencer à sélectionner et à croiser les plantes pour améliorer les rendements ou la qualité des fruits. Les hommes de cette époque devaient donc savoir avec certitude qu'il y avait quelque chose d'utile dans cette entreprise avant de se lancer dedans".

Dafna langgut polenSelon la chercheuse, le début de la culture de l'olivier dans le sud du Levant met en évidence la transition de la fin de la période du néolithique au début de celle du chalcolithique, ou âge du cuivre. Bien que l'urbanisation a encore été longue à venir, les agriculteurs avaient déjà créé des sociétés plus complexes, allant au-delà de la simple subsistance pour produire des denrées de base susceptibles de stimuler le commerce et générer la prospérité.

"Cela montre que ces sociétés disposaient du surplus agricole qui leur permettait d'investir dans la culture de l'olivier, ainsi qu’un système foncier suffisant pour que les gens puissent transmettre la propriété des vergers sur lesquels ils travaillaient pendant la majeure partie de leur vie à la prochaine génération", suppose la chercheuse.

La propagation à travers le Bassin méditerranéen

L’étude suit également la propagation de la culture de l'olivier en dehors de la région du sud du Levant, sur la base de données collectées par des scientifiques de huit pays.

La deuxième zone où l'arbre a été cultivé à grande échelle était en Crète et les îles de la mer Égée il y a entre 6 000 et 5 500 ans. La culture de l'olivier a atteint la Syrie il y a environ 4800 ans, puis la Turquie il y a 3200 ans. Elle s’est propagée en Italie il y a environ 3 400 ans, puis vers la péninsule ibérique il y a environ 2 500 ans, voyageant probablement avec les conquérants grecs et phéniciens. Depuis lors, l'huile d'olive a continué de jouer un rôle central dans les cultures méditerranéennes.

Selon les chercheurs, déterminer le lieu de la domestication d’une culture, non seulement apporte des informations sur l'histoire humaine et le développement des premières sociétés sédentaires, mais peut également avoir des implications pour l'agriculture moderne. En effet, la plupart des espèces, y compris les humains, font preuve d’une plus grande diversité génétique dans la zone où elles ont évolué pour la première fois. Ainsi, localiser l’endroit où l’homme a commencé à manipuler les plantes sauvages peut également conduire à découvrir des variétés plus résistantes aux parasites, aux maladies et, éventuellement, au changement climatique.

 

Photos :

1. Anciens oliviers au pied du Mont du Temple à Jérusalem (Crédit: Université de Tel-Aviv)

2. Le Dr. Dafna Langgut (Crédit: Universitéé de Tel-Aviv) 

3. Carte de la propagation de la culture de l’olivier sur le pourtour de la Méditerranée (BP=before present) (Crédit : Dafna Langgut / Google Earth)

4. a, b : grains de pollen d’olivier fossilisés. c : noyau d’olive trouvé sur le site néolithique de Kfar Samir. d, e : images au microscope de charbon de bois d’olivier. (Crédit : Dafna Langgut / Musée Steinhardt d’histoire naturelle).

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