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Des archéologues de l'Université de Tel-Aviv ont peut-être retrouvé Emmaüs, lieu présumé de la réapparition de Jésus après la crucifixion

Les fouilles menées conjointement depuis août 2017 par le Prof. Israël Finkelstein du Département d'archéologie de l'Université de Tel-Aviv et les Prof. Thomas Römer et Christophe Nicolle du Collège de France continuent de porter leurs fruits. La découverte cet été des murs massifs d'une fortification hellénistique vieille de 2 200 ans qui pourrait avoir été construite par Bacchidès, le général séleucide vainqueur de Judas Maccabée, pourrait également aider à identifier l'emplacement de la ville d'Emmaüs, où, selon les Evangiles, Jésus serait apparu pour la première fois après sa résurrection.

KiriyatYearimL'étude, qui a de larges implications pour l'archéologie biblique et l'histoire chrétienne, sera publiée le 24 octobre dans la revue New Studies in the Archaeology of Jerusalem and its Region, et a déjà fait l'objet d'un article dans le journal HaAretz du 3 septembre.

De l'Arche d'Alliance aux garnisons romaines

Située sur l'une des plus hautes collines des monts de Judée, à 12 km à l’ouest de Jérusalem, la ville biblique de Kiriyat Yéarim est principalement connue comme le dernier endroit où l'Arche d'alliance a été entreposée par Eléazar avant d'être conduite à Jérusalem par le roi David. Les archéologues ont entre autre déjà mis à jour les vestiges d'un sanctuaire colossal de cette période: des restes de murs massifs en pierre de trois mètres d'épaisseur, soutenant une sorte de podium rectangulaire, qui, selon le Prof. Finkelstein, auraient pu abriter un centre de culte ou d'administration israélite aux VIIIe et VIIe siècles avant notre ère, alors que se côtoyaient les Royaumes d'Israël au nord et de Juda au sud.

La saison de fouilles qui vient de s'écouler a cependant mis au jour des preuves de l'existence d’au moins deux phases ultérieures sur le site. L'une d'elle est un autre ensemble de fortifications imposantes, datées de la première moitié du deuxième siècle avant JC., soit la fin de la période hellénistique dans la région, composées de murs massifs d'une épaisseur de trois mètres et d'une hauteur atteignant parfois deux mètres, ainsi que ce qui semble être les vestiges d'une tour.

FinkelsteinIDD'après le Prof. Finkelstein, ce fortin hellénistique a été réparé et restauré plus de 200 ans plus tard, à l’époque romaine, au premier siècle de notre ère, et a alors probablement été occupé par une garnison militaire, comme en témoigne la découverte de carreaux romains, de pièces de monnaie et de clous du type de ceux utilisés dans les sandales de légionnaire. Quatre inscriptions retrouvées sur le site de Kiriath Yearim et dans le village voisin d'Abou Ghosh montrent que la ville a abrité un détachement de la 10ème légion romaine après la fin de la première révolte juive (66-73 C. E.).

La mort de Judas Maccabée

Au deuxième siècle avant J.-C Juda Maccabée et ses frères se révoltent contre l'empire hellénistique séleucide. Le triomphe de Juda sur les Grecs et de reconquête de Jérusalem et du Temple en 164 av. J.-C. est célébré pendant la fête de Hanoukka, mais il a fallu plusieurs décennies pour que les Juifs recouvrent un semblant d’indépendance sous les successeurs de Juda, la dynastie hasmonéenne. Juda Maccabée lui-même fut tué en 160 av. J.-C. à la bataille d'Elasa par une armée séleucide dirigée par Bacchidès, général envoyé en Judée pour enrayer la rébellion. Celui-ci reprit alors Jérusalem et, selon le premier livre des Maccabées et l'historien romain juif Flavius Josèphe, construisit un anneau de forteresses protégeant les abords de la capitale.

D'après le Prof. Thomas Römer, la frénésie de construction de Bacchidès a abouti à l'édification de fortifications à grande échelle en Judée au cours de cette période. Flavius Josèphe ainsi que le premier Livre des Maccabées donnent la liste des villes fortifiées par le général, comprenant Béthel, Jéricho, Gezer, Bet Horon et d’autres. Kiriath Yearim n'y figure pas sous ce nom, mais les listes mentionnent cependant un lieu non identifié quelque part à l’ouest de Jérusalem, sur la route stratégique reliant la ville à Jaffa et la côte méditerranéenne, désigné sous le nom d'Emmaüs. Dans la mesure où il n'existe pas d'autre fort hellénique important à l'ouest de Jérusalem, les Prof. Finkelstein et Römer suggèrent que la colline de Kiryat Yéarim et le village voisin d'Abou Ghosh soient identifiées avec l'Emmaüs fortifié par Bacchidès.

L'Evangile selon Luc

Selon les Evangiles, c'est sur la route d'Emmaüs que Jésus est apparu à deux de ses disciples à la suite de sa crucifixion et de sa résurrection. Dans le livre de Luc (24: 13-35), les deux disciples ne reconnurent pas immédiatement Jésus, mais une fois parvenus à Emmaüs, ils rompirent le pain avec lui pendant le souper, et alors "leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent". La scène a été dépeinte d'innombrables fois par des artistes occidentaux, de Caravage à Rembrandt. Or, le Livre de Luc situe le village d'Emmaüs à 60 stades de Jérusalem, soit environ 11 kilomètres, mesure qui correspond bien à la distance qui la sépare de la colline de Kiryat Yéarim et d'Abou Ghosh.

Kiriath JearimNéanmoins, au moins deux autres sites à proximité revendiquent fortement le nom d'Emmaüs. Traditionnellement, l’Emmaüs de l'époque de Jésus a été identifiée avec ce qui deviendra plus tard la ville byzantine d'Emmaüs Nicopolis, située dans la vallée de l’Ayalon, à proximité du carrefour de Latroun, qui correspond à la description donnée dans le premier Livre des Maccabées du lieu de la bataille d'Emmaüs, où Judas Maccabée a écrasé les forces séleucides quelques années avant sa rencontre fatale avec Bacchidès. Cependant, Emmaüs Nicopolis se trouve à 25 kilomètres de Jérusalem, soit plus du double de la distance donnée par Luc.

Autre "candidat" possible : le village moderne de Motza, situé entre Kiryat Yéarim et Jérusalem. L'idée vient du fait que Favius Josèphe, dans son livre Les Guerres des Juifs contre les Romains, mentionne un Emmaüs où l'empereur Vespasian permit à 800 vétérans de son armée de s'installer pour fonder une colonie (colonia en latin).

Mais la région de Motza est trop proche de Jérusalem pour correspondre à la distance indiquée dans l'Evangile de Luc.

Selon le Prof. Römer, d'anciennes traditions relient également Kiriyat Yéarim et Abou Ghosh à Emmaüs, comme en témoigne la magnifique église de la Résurrection d'Abou Gosh, construite par les Croisés au XIIe siècle. "Géographiquement, je pense que la distance qui nous sépare de Jérusalem convient parfaitement, et que donc Kiryiat Yéarim aurait pu être l'Emmaüs du Nouveau Testament", conclut-il.

Reste que les chercheurs ne peuvent évidemment pas se prononcer sur le fait qu'une apparition miraculeuse se soit réellement produite sur le site; mais l’archéologie biblique peut donner un aperçu du contexte historique des textes religieux et de leur degré de précision dans la description de lieux tenus pour sacrés par des millions de personnes dans le monde entier.

 

Crédit: The Shmunis Excavations at Kiriath-Jearim

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