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Archéologie

Les habitants du Royaume de Juda savaient lire et écrire, selon les chercheurs de l’Université de Tel-Aviv

Selon une recherche interdisciplinaire révolutionnaire menée conjointement par les Dr. Arie Schaus, Barak Sober et la doctorante Shira Faigenbaum-Golovin du Département de mathématiques appliquées de l’Université de Tel-Aviv, le Prof. Eli Piazetsky de l'École de physique et le Prof. Israel Finkelstein du Département d'archéologie, de nombreux habitants du Royaume de Juda savaient lire et écrire, et l’alphabétisation n’y était pas réservée à une poignée de scribes royaux ou d’aristocrates. L’étude sans précédent, qui a été réalisée en collaboration avec une experte en graphologie de renommée mondiale du Département d'identification criminelle de la police israélienne, sur les inscriptions du fort d’Arad datant du 7e siècle avant notre ère, jette un nouvel éclairage sur la société judéenne à la veille de la destruction du Premier Temple, et sur le contexte de la rédaction des textes bibliques.

Tel arad coverElle a été publiée hier dans la prestigieuse revue PLOS ONE.

« Il existe un débat animé entre les chercheurs quant au fait de savoir si les livres du Deutéronome, de Josué, des Juges, de Samuel et des Rois ont été compilés dans les derniers jours du Royaume de Juda, ou après la destruction du Premier Temple par les Babyloniens », explique le Dr. Shaus. « Une manière de trancher la question est de se demander quand le potentiel d’écriture de tels textes historiques complexes a-t-il effectivement existé. Après la destruction du Premier Temple en 586 av. J.-C., nous ne possédons que de très faibles preuves archéologiques de l'écriture hébraïque à Jérusalem et dans ses environs, alors que la période précédant la destruction du Temple abonde de documents écrits. Mais alors la question se pose : qui a écrit ces textes ? Existait-il une large couche de la population qui savait lire et écrire, ou bien s’agit-il d’une poignée de personnes alphabétisées ? ».

Au moins douze scripteurs différents

Pour répondre à cette question, les chercheurs ont examiné les inscriptions d'Arad, des ostracons (fragments de poterie portant des inscriptions à l’encre) découverts sur le site de Tel Arad dans les années 1960, datant d'environ 600 ans avant notre ère. Tel Arad était un petit poste militaire à la frontière sud du royaume de Juda, dont la surface construite occupait environ deux kilomètres carrés, qui abritait entre 20 et 30 soldats.

« Nous avons examiné la question de l'alphabétisation de manière empirique, à partir de diverses orientations de traitement d'images et d'apprentissage informatique », explique Shira Faigenbaum-Golovin. «Il s’agit de disciplines dont on se sert aujourd'hui entre autre pour identifier et analyser les écritures, les signatures, etc. Le grand défi était d'adapter ces technologies modernes à des ostracons vieux de 2 600 ans. Après de nombreux efforts, nous avons réussi à produire deux algorithmes capables de comparer les lettres et de répondre à la question de savoir si deux ostracons donnés ont été écrits par deux mains différentes ».

Ex 1En 2016, les chercheurs avaient publié dans la revue PNAS une étude réalisée au moyen de ces algorithmes, établissant, avec une probabilité statistique élevée, que 18 textes, les plus longs parmi les inscriptions de Tel Arad, avaient été écrits par au moins quatre auteurs différents. D’après le texte lui-même, les chercheurs étaient même parvenus à la conclusion qu'il s'agissait d'au moins six personnes différentes. L'étude a eu des répercussions dans le monde entier.

A présent, dans une démarche sans précédent, ils ont décidé de comparer les méthodes algorithmiques à celles de science forensique. À cette fin, ils ont adjoint à l’équipe Yana Gerber, une spécialiste de renommée mondiale qui a travaillé pendant 27 ans au laboratoire de vérification des faux papiers du Département d'identification criminelle et à l'Unité nationale pour l'investigation des crimes internationaux de la police israélienne, qui a examiné les ostracons originaux de Tel Arad au Musée d'Israël, au Musée Eretz Israël, à l'Institut d'archéologie Sonia et Marco Nadler de l'Université de Tel-Aviv et dans les entrepôts de l'Autorité des Antiquités d'Israël à Beit Shemesh. Après un examen approfondi, la graphologue a constaté que les 18 textes avaient été écrits par au moins 12 auteurs spécifiques, avec divers degrés de certitude.

Un écart de 2 600 ans effacé

« Cette étude a été palpitante pour moi, peut-être la plus passionnante de toute ma carrière », a déclaré Yana Gerber. «il s’agit d'anciennes inscriptions hébraïques écrites à l'encre sur des fragments en poterie dans des caractères qui m'étaient inconnus auparavant. Pour réaliser une analyse et une comparaison entre les écritures, j’ai étudié les caractéristiques de cette écriture en me servant des compétences et des connaissances que j’ai acquises au cours de ma licence d’archéologie classique et sur la Grèce antique à l’Université de Tel-Aviv. J’ai approfondi jusqu’aux détails microscopiques des documents écrits par des scripteurs de la période du Premier Temple, allant de questions de routine telles que des ordres concernant le mouvement des soldats et l'approvisionnement en vin, huile et farine, jusqu’aux ordres parvenus à la forteresse d'Arad des hauts rangs du système militaire judéen, en passant par la correspondance avec les forteresses voisines. J’ai eu l’impression que le temps s’était figé et que l’écart de 2 600 ans entre les auteurs des ostraca et nous s’était effacé ».

Yana gerberYana Gerber explique que l'acte d'écriture est le résultat de la mise en œuvre de systèmes complexes et spécifiques, le système visuel, le traitement des données et les actions motrices de nombreux muscles, c’est pourquoi l'écriture de chaque personne est unique, et il n'y a pas deux personnes qui possède la même écriture. La comparaison graphologique fait référence à l'ensemble de caractéristiques de l'écriture permettant à l'expert de déterminer si un document donné a été écrit par une personne en particulier. La fluidité de l'écriture, son caractère, la compétence d'écriture, sa rapidité, le rapport avec la ligne et la zone occupée par l'écriture, les espaces entre les lettres / mots / lignes, la grandeur de l’écriture et la taille relative des lettres entre elles, ne constituent que quelques-uns des paramètres utilisés pour l’identification graphologique. Signalons que, selon un arrêt de la Cour suprême, en Israël, une personne peut encourir une condamnation pénale sur la base d’une expertise graphologique.

« Une grande surprise nous attendait », commente le Dr. Schauss: « Yana a identifié plus de scripteurs que nos algorithmes. Il faut comprendre qu'à l'heure actuelle, nos algorithmes sont de nature « prudente », ils savent identifier les cas où les textes ont été écrits par des personnes possédant une écriture sensiblement différente ; dans les autres cas, ils s'abstiennent. Par contre, un expert en graphologie sait non seulement repérer les différences entre les scripteurs de manière plus précise, mais dans certains cas, il peut également arriver à la conclusion que différents textes ont en fait été écrits par une seule personne. Et bien sûr en termes de conclusions, il est très intéressant de voir qui sont les auteurs. Ainsi, grâce à ces résultats, nous avons pu reconstruire tout un schéma de correspondance de la forteresse militaire, qui a écrit à qui et à quel sujet.

Des structures d'éducation

Par exemple, la région d'Arad, zone frontière entre les royaumes de Juda et d’Edom, était sillonnée par une force militaire dont les soldats sont appelés dans les inscriptions « les sectaires », apparemment des mercenaires grecs. Quelqu'un faisant partie de cette force, probablement un commandant ou un officier de liaison judéen, a commandé des fournitures. Il écrit alors au magasinier de la citadelle d’Arad, « donné aux sectaires », c’est-à-dire, donne aux sectaires de la farine, du pain, du vin, etc. Or, grâce à l'identification graphologique, nous pouvons dire une forte probabilité qu'il ne s'agissait pas d'un seul, mais d'au moins quatre commandants différents. Il semblerait qu'à chaque fois qu'un autre officier était envoyé à son tour pour rejoindre la patrouille ».

Selon les chercheurs, ces résultats jettent un nouvel éclairage sur la société judéenne à la veille de la destruction du Premier Temple, et sur le contexte de la rédaction des textes bibliques.

Ex 4 « Il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'un petit fortin, faisant partie d'une ligne d'avant-postes située à la frontière sud du Royaume de Juda », explique le Dr. Sober. « Le fait que nous ayons trouvé au moins 12 scripteurs différents pour les 18 textes permet de tirer des conclusions sur le niveau d’alphabétisation de l’ensemble du royaume. Les gradés responsables du commandement et de la liaison de l'avant-poste, et même le magasinier Elyashiv et le sous-magasinier Nahum, savaient lire et écrire. Quelqu'un le leur avait enseigné, ce qui signifie qu’il faut supposer qu'il existait dans le royaume de Juda des structures d’éducation. Il ne s’agit bien sûr pas d’une alphabétisation presque absolue comme aujourd'hui, mais il semble que des portions considérables des habitants du Royaume de Juda étaient alphabétisées. Ceci est important pour le débat sur la rédaction des textes bibliques. S'il n’y avait eu que deux ou trois scribes dans tout le royaume qui savaient lire et écrire, il n'y aurait pas eu de véritable raison d'écrire des textes complexes ».

Israel Finkelstein« Quiconque a écrit les textes bibliques ne l'a pas fait pour que nous puissions les lire 2600 ans plus tard », conclut le Prof. Finkelstein, « mais pour promouvoir les messages idéologiques de son époque. Les opinions concernant la date de la rédaction des textes bibliques sont divergentes. Certains pensent que les textes historiques de la Bible, du Livre de Josué jusqu’au Deuxième Livre des Rois, ont été écrits à la fin du 7ème siècle avant JC, c'est-à-dire très proche de la période des inscriptions Arad. Il est important de se demander pour qui ces textes ont été écrits. On pensait qu’il y avait des lecteurs, un petit nombre de personnes alphabétisées qui lisaient devant un public qui ne savait pas lire. La découverte de la haute alphabétisation de la Judée éclaire les choses sous un jour différent ».

Le Prof. Finkelstein ajoute: « Jusqu'à présent, le débat sur l'alphabétisation dans le Royaume de Juda était basé sur des arguments circulaires, c'est-à-dire sur ce qui est écrit dans la Bible elle-même, par exemple sur les scribes du royaume. Nous avons déplacé cette discussion vers le domaine empirique. Si dans un endroit éloigné comme Tel Arad il y eu dans un court laps de temps un minimum de 12 auteurs pour 18 inscriptions, sur une population de Judée estimée à pas plus de 120 000 personnes, cela signifie que l'alphabétisation n'était pas le domaine exclusif d'une poignée d'écrivains royaux à Jérusalem. L'écriture des textes bibliques n'était donc pas destinée uniquement aux yeux de l'aristocratie. Même le magasinier de l'avant-poste d'Arad était également capable de les lire ».

 

Photos:

1. Exemples de fragments de poterie portant des inscriptions à l'encre. Crédit: Yana Gerber et l'Autorité des Antiquités d’Israël.

2. Exemples de diverses écritures. (Crédit : Yana Gerber; Institut d'archéologie, Université de Tel-Aviv; Autorité des Antiquités d’Israël).

3. Yana Gerber. (Crédit: Yana Gerber).

4. Exemples de fragments de poterie (Crédit : Michael Kordonsky, Université de Tel Aviv et Autorité des Antiquités d’Israël).

5. Le Prof. Israel Finkelstein. (Crédit : Université de Tel-Aviv).

 

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Une découverte archéologique de l’Université de Tel-Aviv dévoile la vie à Jérusalem au retour de l’exil à Babylone

Un sceau d’argile datant de 2 500 ans, découvert sur le site de fouilles de la Ville de David, sous la direction conjointe du Prof. Yuval Gadot du Département d'archéologie et des cultures de l'ancien orient de l'Université de Tel-Aviv et du Dr. Yiftah Shalev de l'Autorité des Antiquités d'Israël, jette un éclairage sur les activités de reconstruction de Jérusalem à l’époque du retour à Sion après l’exil à Babylone, période que nous connaissions jusqu’à présent principalement à travers la littérature biblique (Livres d’Ezra et Néhémie).

Yuval Gadot cachet ville David Créd IAAUne double estampille et un sceau en argile ont été découverts dans les décombres d'un grand bâtiment démoli lors de la destruction de Jérusalem par Nabuchodonosor, au cours des fouilles archéologiques de l'Autorité israélienne des Antiquités et de l'Université de Tel-Aviv sur le parking Givati de la ville de David. Datés de la période perse, ces vestiges sont susceptibles de nous informer sur la manière dont Jérusalem s’est relevée de l'énorme destruction provoquée par l'armée babylonienne au 6e siècle avant notre ère.

« Malgré les nombreuses fouilles menées à Jérusalem jusqu’à ce jour, les vestiges de la période perse restent extrêmement pauvres. Nous manquons donc d'informations sur le caractère et l'apparence de la ville à cette époque. Aussi la découverte de ces vestiges, dans un contexte archéologique que l'on peut dater avec une haute probabilité, est extraordinaire », soulignent les chercheurs.

Rétablir une vie administrative normale

Les sceaux de l’époque étaient de petits morceaux de roches limoneuses utilisés pour sceller des documents ou des conteneurs (par exemple des jarres de stockage pour les produits agricoles collectés comme impôt), et ils avaient pour fonction de les garder fermés pendant la route vers leur destination. Les objets eux-mêmes n'ont souvent pas survécu (en particulier les lettres) ; par contre les sceaux, faits d’argile cuite similaire à de la céramique, se sont conservés, témoignant de l’existence de rouages administratifs, voire même des personnes qui les géraient.

Selon le Prof. Gadot et le Dr. Shalev, « La découverte de ces estampilles et du sceau dans la ville de David indique que malgré la situation désastreuse de Jérusalem après la destruction babylonienne, des efforts ont été faits pour y rétablir une vie administrative normale, les habitants réutilisant à cet effet les bâtiments qui avaient été détruits ».

The Givati Parking Lot Excavations Cred. IAALa double empreinte a été trouvée sur un gros morceau de roche limoneuse d’environ 4,5 cm, sa taille indiquant qu'elle a été utilisée pour sceller un grand récipient, peut-être une jarre, et non une lettre. L'image représente un personnage assis sur une haute chaise avec un ou deux piliers devant lui. La composition de l'image indique qu'elle a été réalisée avec un sceau de type babylonien. Le personnage est probablement un roi, et le ou les piliers sont des symboles représentant les dieux Nabu et Marduk. Selon le Dr. Ido Koch du Département d'archéologie et des cultures de l'ancien orient, seuls une dizaine d’éléments de ce type, qui semblent avoir été utilisés pendant la période perse ont été trouvés en Israël, dispersés sur plusieurs sites, dont Ein Gedi et Jérusalem. Un autre cachet de ce type de la même période a été découvert au cours des fouilles menées par le Dr. Eilat Mazar sur le flanc oriental de la Ville de David.

Cent ans après

Le sceau est composé d'un grand fragment de poterie de fabrication locale. Sur le dessus est gravé un cadre circulaire divisé en deux sections et il porte plusieurs traits incrustés, qui représentent peut-être deux personnages. Il pourrait également s'agir d'un sceau pseudo-épigraphique (portant des dessins conçus pour simuler des lettres). Au dos du sceau, on distingue une entaille qui pourrait signaler une anse qui y aurait été rattachée dans le passé. Le diamètre du sceau (environ 8 cm) indique qu'il a été utilisé pour sceller de gros objets.

D’autres vestiges ont également été découverts en parallèle, notamment un fragment d'une amulette de Bès ornée d'un visage. Selon les chercheurs, « le fait d'avoir découvert ces nouveaux vestiges sur le versant occidental de la colline de la Ville de David apporte beaucoup d'informations sur sa structure pendant la période du Retour à Sion, époque que nous ne connaissions jusqu'à présent que principalement à travers la littérature biblique (Livres d'Ezra et de Néhémie). Nous savons que Jérusalem a été totalement détruite en 586 avant notre ère, et qu’à leur retour, les exilés ont entrepris de reconstruire la ville, mais le peu de vestiges de cette période a rendu difficile la compréhension de son statut et de sa superficie à cette période. D’après les résultats des fouilles sous le parking Givati, les exilés de retour ont remis en marche le système d’administration de la ville, à l’endroit où il avait existé avant la destruction du Premier Temple, environ 100 ans plus tôt ».

Ces résultats seront présentés lors des 5èmes Journées de Jérusalem de Yad Yitzhak Ben-Zvi et de l'Autorité des Antiquités d'Israël, avec la contribution de la Fondation Uzi et Michal Halevi. La conférence sera filmée et diffusée en direct sur les sites internet de Yad Yitzhak Ben-Zvi et de l'Autorité des Antiquités.

 

Photos :

1. le Prof. Yuval Gadot avec le sceau (Crédit : Autorité des Antiquités d'Israël)

2. Les fouilles du Parking Givati à Jérusalem (Crédit: Autorité des Antiquités d'Israël)

 

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Les archéologues de l’Université de Tel-Aviv identifient les pointes de flèche qui ont détruit la Judée à la période du Premier Temple

Le développement d’un nouveau type de pointes de flèche à trois ailerons avec une structure aérodynamique améliorée (dites pointes de flèche scytho-iraniennes) apparues il y a 2 700 ans, et son utilisation intensive, ont probablement aidé les forces babyloniennes à détruire les principales villes de Judée et notamment Jérusalem, au 7e siècle avant JC. C’est ce qui ressort d’une nouvelle étude du Prof. Oded Lipschits et du Dr. Guy Stiebel du Département d'archéologie et des cultures de l'Ancien Orient de l’Université de Tel-Aviv, qui analyse la relation entre les pointes de flèches utilisées dans les anciens empires et les événements historiques des périodes du premier et deuxième Temple.

L’étude, réalisée par l'étudiant Sean Dugaw, qui a rédigé son mémoire de maitrise sur le sujet, a été publiée dans la revue IEJ.

FlechesLes chercheurs de l'Université de Tel-Aviv ont pour la première fois présenté un modèle reliant les différentes pointes de flèches de la fin de la période du premier temple et du début de la période du second temple avec les événements historiques, définissant quels types de pointes étaient utilisées par les diverses armées des empires de l'ancien Proche-Orient. La plupart des pointes de flèches examinées au cours de l'étude ont été retrouvées dans des couches de destruction correspondant aux campagnes de guerre assyriennes et babyloniennes en Israël, d'autres sur des sites où ces armées ont stationné.

Un nouvel outil de datation

« Les flèches constituaient un élément important de la théorie de la guerre dans le monde antique, et indiquent la capacité de l'ennemi à attaquer à distance », explique le Dr. Guy Stiebel. « L'utilisation des flèches pour la chasse est connue depuis la préhistoire, mais le développement des forces militaires dès la période du bronze ancien a amené une utilisation croissante des arcs et des flèches »

oded.lipschitsDans le cadre de l'étude, les chercheurs présentent un modèle qu'ils sont parvenu à développer, définissant en détail et avec précision l'évolution des types de pointes de flèches à partir du 7e siècle avant JC. « L’établissement de cette nouvelle typologie, de même que la description du processus évolutif des divers types de pointes de flèches et leur attribution chronologique offrent un nouvel outil de datation, permettant de relier les couches archéologiques et les sites où ils ont été trouvés aux activités guerrière des armées d'empire en Israël et à l'extérieur », explique le Prof. Lipschitz.

Selon les chercheurs, à partir du 7ème siècle de notre ère sont apparues des pointes à trois ailerons, caractérisées par une structure aérodynamique améliorée et un trajet stable. Certaines étaient conçues pour pénétrer des armures lourdes, probablement les plus répandeus à cette époque au Moyen-Orient, tandis que d'autres étaient destinées au tir à distance. L’un des points importants de l’étude est justement cette évolution fonctionnelle, qui indique les tactiques de combat et la spécialisation des archers du Levant, connus pour leur grande dextérité et les arcs puissants et complexes qu'ils utilisaient.

Le plus ancien type de pointe de flèche à douille présentant trois ailerons (dites scytho-iraniennes) est apparu dans les armées assyriennes il y a environ 2 700 ans. Selon les chercheurs elles ont probablement été introduites par des mercenaires au service de l'armée assyrienne ou des exilés transportés vers la division nord de l'empire. Ce type de pointe de flèche a disparu du Levant après le retrait de l'empire assyrien.

Le phénomène à la fois le plus ancien et le plus actuel de l'histoire

D'autres variantes de ce type d’armes ont été identifiées dans la région, en particulier pendant les campagnes de guerre de Nabuchodonosor II. L'un de ces types de flèche était fréquent dans l'armée babylonienne dès la fondation de l'empire et on en retrouve sur des sites détruits par les Babyloniens en Assyrie et en Syrie. Il se pourrait que les Babyloniens l'aient adopté des armées madianites ou de leurs alliés scythes, ou bien qu'il ait été utilisé par des mercenaires venant de ces régions. Un autre type n'est apparu dans l'armée babylonienne qu'après la stabilisation de l'empire, et caractérise les campagnes de guerre babyloniennes qui ont ravagé la région, détruisant entre autre les principales villes de Judée, dont Jérusalem. Il est possible que le développement de ce type de pointe de flèche et son utilisation intensive ait aidé les forces de Nabucchodonosor à vaincre leurs ennemis. On retrouve également de telles pointes de flèches sur le site de l’important centre administratif de Ramat Rachel, témoignant clairement de la présence de l'armée babylonienne sur place.

guy stiebelLa plupart des pointes retrouvées datent des périodes perse et hellénistique. Des armes similaires ont également été retrouvées dans les capitales des provinces perses importantes et sur les grands sites des guerres perses et grecques. L'utilisation de ces types de flèche a continué pendant la période hellénistique, et certains d'entre eux ont même été utilisés au début de la période romaine, les archers orientaux étant connus comme les meilleurs même dans les rangs de l'armée romaine.

L’étude s'intègre dans le cadre d’un nouveau programme de deuxième cycle en archéologie et histoire d'Israël, intitulé «Les multiples visages de la guerre» : histoire et archéologie de la guerre en Eretz Israel, un programme interdisciplinaire d'enseignement et de recherche consacré au phénomène à la fois le plus ancien et le plus actuel de l'histoire.

 

Photos:

1. Pointes de flèches scytho-iraniennes (Crédit: Institute of Archeology - Tel-Aviv University)

2. Le Prof. Oded Lipschits (Crédit Tel Aviv University)

3. Le Dr. Guy Stiebel (Crédit: Tel-Aviv University)

 

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Les olives ont été domestiquées pour la première fois il y a 7 000 ans en Israël, d’après une étude de l’Université de Tel-Aviv

Selon une étude internationale réalisée sous la direction du Dr. Dafna Langgut, du laboratoire d’archéo-botanique de l’Université de Tel-Aviv, les hommes ont pour la première fois cultivé l’olivier il y a environ 6 500 à 7 000 ans sur les collines de Galilée dans le nord d’Israël. Selon les chercheurs, l’étude, menée à partir du pollen fossile retrouvé sur tout le pourtour de la Méditerranée, pourra également conduire à découvrir des variétés plus résistantes aux parasites, aux maladies et, éventuellement, au changement climatique.

dafna langgut oliviersElle a été publiée dans la revue Holocene

L’olive, et en particulier l'huile d'olive constituaient un élément de base des économies des anciennes cultures du bassin méditerranéen : l'huile était utilisée pour la cuisine, l'éclairage et à des fins médicinales et rituelles. Mais jusqu'à présent, il n’existait pas de consensus entre les chercheurs quant au lieu et la date où la plante a été domestiquée pour la première fois. On estimait globalement que le passage à la culture de l’olivier se situait il y a 4 000 à 6 000, dans une des régions de la Méditerranée orientale ou centrale.

Des sédiments au fond du Lac de Tibériade et de la Mer Morte

Pour tenter de résoudre cette énigme, le Dr. Dafna Langgut et ses collègues ont eu l'idée d'analyser des échantillons de pollen fossilisé sur tout le pourtour de la Méditerranée dans le but de repérer une augmentation significative du pollen de l'olivier dans la flore de chaque région. En particulier, les chercheurs ont recherché des pics dans la production du pollen d'olivier qui ne seraient pas liés à une présence accrue du pollen de plantes ayant des besoins similaires, comme le chêne et le pistachier, qui auraient pu également bénéficier d'une amélioration des conditions environnementales, ceci pour identifier une augmentation qui ne pourrait s'expliquer que par une intervention humaine dans la culture à long terme de l’arbre. Ils ont également corrélé ces données sur le pollen avec les découvertes archéologiques dans chaque région afin de cartographier la propagation de la culture de l'olivier à travers la Méditerranée.

Dafna Langgut1"La palynologie, ou étude des pollens antiques, a fait de grands progrès ces dernières années, fournissant une quantité d’informations aussi bien sur la production agricole des peuples anciens que sur les effets des catastrophes environnementales survenues il y a des millénaires”, explique le Dr. Langgut. Pour ce type d'études, les chercheurs analysent des sédiments extraits du fond des lacs, des marécages ou d'autres plans d'eau stagnante. En effet, le pollen végétal, transporté par les vents, parcourt parfois des dizaines de kilomètres avant de se déposer à la surface d'un lac et de couler au fond. Là, les graines microscopiques, rapidement recouvertes de limon, sont prises au piège dans un environnement anaérobie et peuvent se conserver pendant des milliers d'années, permettant aux spécialistes de reconstituer un tableau de la végétation existant à différentes périodes.

Des preuves archéologiques

Pour cette étude, les chercheurs ont étudié 23 relevés de pollen de toute la Méditerranée couvrant l'ensemble de l'Holocène, l'ère géologique actuelle, qui a commencé il y a plus de 11 000 ans. Ils ont constaté la présence stable d’un petit pourcentage de pollen d'olivier à travers la Méditerranée tout au long de la période, attribuable aux oliviers sauvages, originaires de la région. Cependant, les chercheurs ont identifié un pic massif de pollen d'olivier, non corrélé à la croissance de la végétation aux exigences similaires, il y a environ 7 000 ans dans la Mer de Galilée (le Lac de Tibériade), puis il y a environ 6 500 ans dans la Mer Morte.

Dafna langgut carte"Il y a 7 300 ans, seulement 3,5% du pollen tombé dans la mer de Galilée provenait d'oliviers”, commente le Dr. Langgut. "Il y a 6900 ans, il dépassait 17%. Cela signifie que la culture à grande échelle des oliviers a commencé à proximité du lac, dans un rayon maximum de 50 kilomètres, ce qui feraient des collines de Galilée, des hauteurs du Golan, ou des hauts plateaux de Judée et de Samarie les lieux possibles de l’apparition des premiers oliviers domestiques".

"En fait parmi ces régions, la Galilée est particulièrement riche en découvertes archéologiques qui la désignent comme une zone où la consommation d'olives et la production d'huile ont commencé très tôt. Il existe même des preuves d'une telle activité antérieures de quelques siècles à la datation donnée par l’analyse du pollen".

Les archéologues ont effectivement retrouvé des noyaux d'oliviers broyés vieux de 7 600 ans dans le village néolithique Hurvat Castra, à proximité de la ville de Haïfa. Par ailleurs, l'analyse de résidus de récipients en argile retrouvés à Ein Zippori, site des périodes néolithique et chalcolithique situé en Basse-Galilée, a révélé des traces d'huile d'olive, datées environ de 7 000 à 8 000 ans.

Le passage vers une société organisée

"Ces premiers échantillons d'huile d'olive ont probablement été produits à partir de fruits d'arbres sauvages", explique le Dr. Langgut. "A cette phase, les agriculteurs n'avaient pas encore maîtrisé la culture de l’olivier, mais ils ‘géraient’ probablement les arbres sauvages en élaguant leurs branches pour augmenter leur rendement. Bien que les olives sauvages soient petites et amères, on peut en produire de l'huile, et il est logique que les humains l'aient compris avant de domestiquer la plante, en raison de la complexité du processus".

"Domestiquer un arbre fruitier est un investissement énorme. Contrairement aux céréales, qui mûrissent en quelques mois, il faut environ quatre ou cinq ans à un olivier pour porter des fruits, et seulement alors il est possible de commencer à sélectionner et à croiser les plantes pour améliorer les rendements ou la qualité des fruits. Les hommes de cette époque devaient donc savoir avec certitude qu'il y avait quelque chose d'utile dans cette entreprise avant de se lancer dedans".

Dafna langgut polenSelon la chercheuse, le début de la culture de l'olivier dans le sud du Levant met en évidence la transition de la fin de la période du néolithique au début de celle du chalcolithique, ou âge du cuivre. Bien que l'urbanisation a encore été longue à venir, les agriculteurs avaient déjà créé des sociétés plus complexes, allant au-delà de la simple subsistance pour produire des denrées de base susceptibles de stimuler le commerce et générer la prospérité.

"Cela montre que ces sociétés disposaient du surplus agricole qui leur permettait d'investir dans la culture de l'olivier, ainsi qu’un système foncier suffisant pour que les gens puissent transmettre la propriété des vergers sur lesquels ils travaillaient pendant la majeure partie de leur vie à la prochaine génération", suppose la chercheuse.

La propagation à travers le Bassin méditerranéen

L’étude suit également la propagation de la culture de l'olivier en dehors de la région du sud du Levant, sur la base de données collectées par des scientifiques de huit pays.

La deuxième zone où l'arbre a été cultivé à grande échelle était en Crète et les îles de la mer Égée il y a entre 6 000 et 5 500 ans. La culture de l'olivier a atteint la Syrie il y a environ 4800 ans, puis la Turquie il y a 3200 ans. Elle s’est propagée en Italie il y a environ 3 400 ans, puis vers la péninsule ibérique il y a environ 2 500 ans, voyageant probablement avec les conquérants grecs et phéniciens. Depuis lors, l'huile d'olive a continué de jouer un rôle central dans les cultures méditerranéennes.

Selon les chercheurs, déterminer le lieu de la domestication d’une culture, non seulement apporte des informations sur l'histoire humaine et le développement des premières sociétés sédentaires, mais peut également avoir des implications pour l'agriculture moderne. En effet, la plupart des espèces, y compris les humains, font preuve d’une plus grande diversité génétique dans la zone où elles ont évolué pour la première fois. Ainsi, localiser l’endroit où l’homme a commencé à manipuler les plantes sauvages peut également conduire à découvrir des variétés plus résistantes aux parasites, aux maladies et, éventuellement, au changement climatique.

 

Photos :

1. Anciens oliviers au pied du Mont du Temple à Jérusalem (Crédit: Université de Tel-Aviv)

2. Le Dr. Dafna Langgut (Crédit: Universitéé de Tel-Aviv) 

3. Carte de la propagation de la culture de l’olivier sur le pourtour de la Méditerranée (BP=before present) (Crédit : Dafna Langgut / Google Earth)

4. a, b : grains de pollen d’olivier fossilisés. c : noyau d’olive trouvé sur le site néolithique de Kfar Samir. d, e : images au microscope de charbon de bois d’olivier. (Crédit : Dafna Langgut / Musée Steinhardt d’histoire naturelle).

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