Alors que l'antisémitisme est au cœur des débats sur les campus occidentaux et dans le discours politique mondial, le Prof. Julie Cooper, nouvelle directrice de l’Institut Stephen Roth pour l’étude de l’antisémitisme et du racisme contemporains de l’Université de Tel-Aviv, l’un des plus anciens centres dédiés à l’étude de l’antisémitisme, explique la perspective spécifique de l'Institut, et pourquoi son emplacement en Israël, au cœur de la tempête, lui offre un avantage distinctif.
Récemment nommée directrice de l'Institut, le Prof. Julie Cooper, spécialiste de l'histoire de la pensée politique, apporte une perspective dépassant l’analyse historique de l’antisémitisme et explorant son intersection avec la pensée politique juive. « J'aborde ce nouveau poste non pas en tant qu’historienne de l’antisémitisme à proprement parler, mais comme spécialiste de politique juive, sachant que les controverses sur l’antisémitisme ont toujours été au cœur du débat politique juif », explique-t-elle.
Une perspective différente
Cette approche nuancée est en accord avec la mission que s'est fixé l’Institut Stephen Roth : analyser l’antisémitisme non pas de manière isolée, mais en le situant dans le contexte du paysage politique contemporain.
Fondé en 1991, l'Institut Stephen Roth est l’un des plus anciens centres dédiés à l’étude de l’antisémitisme. Nommé en hommage à Stephen Roth, défenseur des droits de l’homme, membre de la résistance clandestine ayant aidé les réfugiés juifs à fuir les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, et premier directeur du Congrès juif mondial après la guerre. « Nous ne sommes ni un groupe de défense ni une organisation communautaire. Nous sommes un institut de recherche, dont le but est de mener des études rigoureuses et de rendre ces connaissances accessibles au grand public ».
Alors que l'antisémitisme est au centre des débats sur les campus occidentaux et dans le discours politique mondial, le Prof. Cooper considère que l'institut se distingue non seulement par sa longévité, mais aussi par son emplacement, qui lui offre un avantage distinctif. « Le fait d’être basé en Israël nous confère un mandat unique », dit-elle. « Paradoxalement, Israël est au cœur de la tempête, mais à certains égards, nous ne participons pas aux mêmes débats que ceux qui perturbent, par exemple, les universités aux États-Unis et en Europe », note-t-elle. « Ici l'urgence est différente : il ne s’agit pas de savoir comment parler de la guerre, mais de la guerre elle-même. Cela nous donne une perspective différente et une certaine capacité à aborder des questions plus fondamentales ».

Dans cet esprit, l’Institut sous sa direction se concentrera sur des thèmes tels que les causes culturelles, politiques et économiques de l’antisémitisme contemporain, et explorera ce que la résurgence de l’antisémitisme révèle sur les défis auxquels la démocratie est aujourd’hui confrontée.
Des ressources à la fois pour les universitaires et le grand public
La trajectoire universitaire du Prof. Cooper souligne cette approche interdisciplinaire. Spécialiste de pensée politique juive, elle a beaucoup écrit sur le nationalisme juif, en particulier sur les traditions diasporiques prônant l’autodétermination du peuple juif en dehors du cadre d’un État-nation. A ses yeux, cette perspective pourrait enrichir les études de l'Institut, qui explore l’antisémitisme en lien avec les questions plus larges du nationalisme, du racisme et de la fragilité de la démocratie libérale.
Le site Web remanié de l’institut reflète désormais l’évolution de sa mission. « Nous pensons que la rigueur scientifique et l’accessibilité ne sont pas en conflit », déclare-t-elle. « Au contraire, les recherches de pointe peuvent apporter une réelle contribution à la compréhension du public ». Le site sert désormais de plate-forme de diffusion pour les publications universitaires, des podcasts et des conférences enregistrées, offrant des ressources à la fois aux universitaires et au grand public.
Le Prof. Cooper tente également d'établir un lien entre l’antisémitisme et d’autres formes de haine raciale et ethnique. « L’une des hypothèses fondamentales de notre institut est que l’antisémitisme n’est pas sui generis, mais doit être étudié dans le contexte d’autres formes de préjugés et de discrimination », dit-elle.
L'Institut Stephen Roth explore depuis longtemps ces liens, notamment sous la supervision de l’ancien directeur, le Prof. Scott Ury, qui avait dirigé un projet sur les recoupements entre l’antisémitisme et l’islamophobie. Le Prof. Cooper a l’intention de poursuivre cette tradition.
Le rôle des chercheurs dans la lutte contre l’antisémitisme et le racisme
A ses yeux, la période actuelle, bien que difficile, présente également l'opportunité, pour les études sur l’antisémitisme, de prendre le devant de la scène dans le domaine des études mondiales. « Malheureusement, c’est un moment propice pour l’étude de l’antisémitisme », constate le Prof. Cooper. « Des réseaux internationaux sont actuellement en cours de création, et nous y participons. Nous voulons nous assurer que l’étude de l’antisémitisme soit intégrée dans des discussions universitaires plus larges sur des sujets tels que le recul de la démocratie, le déclin de l’ordre libéral et la montée du populisme ethnonational », explique-t-elle.
Elle souligne également l'importance croissante de ces instituts de recherche dans le climat actuel. « La nature passionnée des débats contemporains sur l’antisémitisme reflète un manque de consensus sur sa définition et sur le caractère unique ou non de sa nature », explique-t-elle. Selon elle, les recherches universitaires, comme celles menées à l'Institut Stephen Roth, peuvent apporter une perspective historique essentielle à ces débats, en montrant l'évolution de l’antisémitisme, ses mutations, et son interaction avec les changements politiques et sociaux.
« Ce sont des questions complexes qui nécessitent une réflexion approfondie au-delà des batailles idéologiques superficielles du discours public pour comprendre pourquoi certaines formes de haine sont réapparues dans notre monde politique ».
Lien vers le site de l'Institut :
https://rothinstitute.sites.tau.ac.il/
Photo :
Le Prof. Julie Cooper (Crédit: Amos Morris-Reich)
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