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Prix Hugo Ramniceanu du meilleur entrepreneur d'Israël au fondateur de Get Taxi

Le Prix d'économie Hugo Ramniceanu 2018 du meilleur entrepreneur d'Israël a été décerné à Dave Waiser, fondateur et PDG de Gett (Get Taxi), application israélienne de réservation de taxis présente dans plus de 100 villes du monde, en reconnaissance de sa contribution à l'innovation et à l'économie numérique israélienne. Le prix lui a été remis début mai dans le cadre des évènements du Conseil des Gouverneurs de l'Université de Tel-Aviv, en présence de Dominique Perben, ancien Garde des Sceaux et ancien ministre des transports, du Prof. François Heilbronn, président de l'Association française de l'UTA, et des Prof. Joseph Klafter, président de l'Université et Jacob Frenkel, président du Conseil des Gouverneurs.

Get1"En présidant le dîner d'honneur de l'Association en juin dernier, le ministre de l'économie Bruno Le Maire avait déclaré: 'Vous avez transformé ce pays de sable en or'", rappelle le Prof. François Heilbronn. "Je suis moi-même venu pour la première en Israël en 1961, et aujourd'hui je suis émerveillé de ce que je vois. Israël a 70 ans, et l'Université de Tel-Aviv 60 ans. Ce pays est devenu la Terre promise, et l'UTA a accompli le rêve d'Herzl: réaliser le lien entre l'éducation, l'innovation et l'amitié. Hugo Ramniceanu, qui a été le premier président de notre Association de 1972 à 2008, rêvait qu'Israël, pays de fermiers, d'intellectuels et de rêveurs, devienne aussi un pays d'entrepreneurs. C'est pourquoi il a créé ce Prix".

"Une histoire fascinante"

"C'est toujours non seulement un honneur mais aussi un plaisir pour moi de me retrouver avec les Amis français de l'Université", a déclaré le Prof. Frenkel. "Nous avons développé un lien spécial au fil des ans. Hugo Ramniceanu n'était pas juste un rêveur mais aussi un homme d'action, qui a créé non seulement un prix, mais un héritage. Quant au lauréat de cette année, il a une histoire fascinante, à l'image de beaucoup de gens ici qui ont, pour une raison ou une autre, du changer, se déplacer, penser en dehors de la boite, exceller pour survivre".

Get2"Le fondateur de Gett et l'Université de Tel-Aviv ont des points communs", a affirmé le Prof. Klafter. " Tout deux sont lauréats de la Fondation Blavatnik comme catalyseurs de l'innovation de rupture, misent sur les meilleurs talents et forgent l'avenir du transport. L'Université de Tel-Aviv a inauguré ce vendredi 4 mai son nouvel Institut pour le transport intelligent. Nous attachons une grande importance au développement de ce domaine, et donc nous nous rencontrerons probablement de nouveau".

Le Prix est ensuite remis à Dave Waiser par Monique Barel, fille du regretté Hugo Ramniceanu, et le Prof. Joseph Klafter, en reconnaissance de sa contribution à l'innovation en matière de haute technologie, sa capacité à transformer Gett en une entreprise mondiale opérant dans plus de 100 villes, les valeurs sociales et environnementales qu'il a adopté en la dirigeant, son implication vitale dans le développement de solutions de transport intelligentes en Israël et son rôle dans la représentation de l'innovation israélienne dans le monde.

"Je suis fier de pouvoir rendre à ce pays ce que j'ai reçu de lui"

"Mon père avait un esprit jeune et créatif", a souligné le Dr. Monique Barel. "Chacun reconnait aujourd'hui son caractère visionnaire lorsqu'il a inauguré le Prix il y a dix-huit ans alors qu'on en était encore au début de l'Internet".

Gett, anciennement connue sous le nom de GetTaxi, est une application de réservation de taxis au moyen d'un Smartphone, basée sur un système de GPS qui permet aux chauffeurs et aux passagers de se mettre directement en contact. Commercialisée en 2010, l'application opère actuellement dans plus de 100 villes à travers les États-Unis, le Royaume-Uni, la Russie et Israël. En mai 2016, le groupe Volkswagen y a investi 300 millions de dollars.

Get3"Lorsque nous avons commencé, nous voulions juste avoir une expérience différente et éviter les interminables files d'attente pour obtenir un taxi. Aujourd'hui l'entreprise réalise un milliard de dollars. Nous n'aurions jamais pu imaginer une chose pareille lorsque nous avons lancé notre première course à Tel-Aviv", raconte Dave Waiser. "L'industrie du transport est devenue la deuxième dans le monde. Elle connait actuellement une transformation fondamentale et nous avons la chance de nous trouver au centre de ce changement. Il y a aujourd'hui un milliard de véhicules sur les routes appartenant à des particuliers, mais la tendance est au passage de la propriété des véhicules à une fourniture de service: au lieu de posséder la voiture, nous l'utiliserons comme un service".

"Je viens d'une famille sioniste", poursuit-il. "J'ai fait mon alya à 16 ans à partir de Moscou sans mes parents. Je suis fier de pouvoir rendre à ce pays ce que j'ai reçu de lui". Pour lui, la mondialisation est nécessaire pour les sociétés israéliennes: "Israël est un petit marché. Les sociétés israéliennes qui font du chemin sont mondiales et sont celles qui réussissent à l'exportation".

La Bourse Hugo et Valérie Ramniceanu

La Bourse Hugo et Valérie Ramniceanu a également été remise à cette occasion à Tatiana Oppenheim, étudiante de licence en économie et histoire de l'art, par Michèle Ramniceanu, belle-soeur de Monique Barel.

La cérémonie s'est terminée par une communication de Rebecca Shliselberg, doctorante à l'Institut de recherche sur les transports de l'Université de Tel-Aviv, sur les aspects sociétaux et environnementaux de la révolution des transports intelligents.

Le Prix d'économie Hugo Ramniceanu est décerné chaque année depuis 29 ans pour récompenser les réalisations israéliennes dans le domaine de l'économie, de la recherche technologique et du développement. Son fondateur, le regretté Hugo Ramniceanu, était un industriel du domaine du textile, fervent sioniste et philanthrope, considéré comme l'un des plus grands donateurs en faveur de l'Etat d'Israël.

Get4Parmi les lauréats de ces dernières années, on trouve le Dr Yossi Vardi, l'industriel Stef Wertheimer, l'homme d'affaires et industriel Dov Lautman, l'ancien gouverneur de la Banque d'Israël, le Prof. Yaakov Frenkel, l'ancien maire de Tel-Aviv, Shlomo Lahat, le PDG de Check point Gil Shwed, le président d'El Al, le Prof. Israel (Izzy) Borowitz, l'ancienne PDG de la Banque Leumi Galia Maor, le PDG d'Intel Israël, Maxine Fassberg, les fondateurs de Medinol, Kobi et Judith Richter, le fondateur et PDG de Keter Plastique, Sami Sagol, l'ancien PDG des industries Teva, Eli Hurwitz (décédé), l'ancien PDG de la Banque Hapoalim Amiram Sivan (décédé), l'ancien PDG d'Ossem et président du conseil d'administration Dan Proper, les fondateurs et développeurs de WAZE, Noam Bardin, Uri Levine, Ehud Shabtai et Amir Shenar, le fondateur du groupe pharmaceutique et cosmétique Dr Fisher, le Dr Eli Fischer et Rami Levy. L'an dernier, le prix a été décerné à Etty et Gabi Rotter, co-PDG de Castro

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Inauguration des salles du Centre de soins de l’Ecole dentaire de l'Université de Tel-Aviv: Une situation gagnant-gagnant pour l'Université et le peuple d'Israël

Trois nouvelles salles ont été inaugurées au Centre de soins de l’Ecole de médecine dentaire.de l'Université de Tel-Aviv (dont la salle Septodont à la mémoire de Nestor et Annie Schiller et celle en hommage à Jean et Olivier Princ), ainsi qu'une nouvelle machinerie d'anesthésie, dans le cadre des évènements du Conseil des gouverneurs de l'Université début mai. L'inauguration s'est déroulée au cours d'une émouvante cérémonie en la présence du Prof. François Heilbronn, président de l'Association française de l'UTA, d'Yves-André Amiach, gouverneur de l'Université, Amos Elad, vice-président, du Prof. Ervin Weiss, directeur de l'Ecole dentaire et de la délégation des amis français de l'Université de Tel-Aviv.

PrincLa cérémonie a débuté par une minute de silence et l'allumage d'une bougie du souvenir en la mémoire de Serge Cattan et Olivier Princ. "Serge Cattan était un être ouvert, positif et surtout généreux, qui m'a fidèlement soutenu dans tous mes combats", a déclaré Yves-André Amiach.

"Je suis très touché d'être présent à cette émouvante cérémonie et je remercie la formidable Association française de l'UTA qui fait tant pour l'université", a déclaré Amos Elad. "Ces salles que vous inaugurez sont très importantes pour l'avenir d'Israël. Tout le monde ne comprend pas la nécessité d'aider les personnes les plus nécessiteuses, et c'est la fonction de ce centre. Merci au nom de l'Université à toutes les familles qui contribué à son ouverture. Je sais que votre cœur est toujours avec nous".

"Faire de l'Ecole dentaire de l'Université de Tel-Aviv l'une des meilleures du monde"

Le Prof. François Heilbronn rappelle pour sa part que l'inauguration de ces salles résulte en grande partie du travail sans relâche d'André-Yves Amiach: "Lorsqu'il y a dix ans cette Ecole devait être fermée, ce sont ses efforts sans trêve qui ont permis de la maintenir", a-t-il déclaré.

Erwin"Les études dentaires sont les plus couteuses car la formation est individuelle", explique le Prof. Ervin Weiss."Le cout d'un étudiant en dentisterie est de 80 000 dollars par an. Il s'agit d'un engagement de l'Université de Tel-Aviv, qui implique le maintien d'un équipement de haute technologie adapté au 21e siècle. Nous ne pouvons y parvenir qu'avec votre aide. Notre vision est de faire de l'Ecole dentaire de l'Université de Tel-Aviv l'une des meilleures du monde. Merci de prendre part à la réalisation de ce succès".

Trois salles ont été inaugurées, la première à la mémoire de Jean et Olivier Princ, ce dernier décédé récemment. Les Prof. Heilbronn et Weiss ont remis un certificat à Ginette Princ, épouse du premier pendant plus de quarante ans et mère du second pour "leur générosité et leur fidélité à l'UTA et à l'Ecole de médecine dentaire". "Ta solidité, ton audace, ton amour, ta bienveillance et ta volonté nous ont conduit ensemble sur la route du bonheur, malgré les années sombres", a affirmé Ginette Princ dans son poignant hommage à son époux. "Tu aimais Israël, alors je suis fière à l'occasion des 70 ans de l'Etat, de pouvoir marquer à jamais la mémoire de ton nom dans ce pays que tu chérissais tant".

"Olivier, c'était la détermination et le courage", ajoute-t-elle, cette fois-ci au sujet de son fils, décédé cette année après une longue lutte contre la maladie . "C'était l'amour de l'autre, le respect. Cétait un homme bon et sincère, qui s'est battu toute sa vie. C'est sur cette terre, qui s'est construite à la force du poignet, des luttes, de la volonté et de la détermination à vivre que son nom sera à jamais gravé".

"Nous nous félicitons de ce partenariat avec l'UTA"

La deuxième salle est un don de Michelle et André Amiach et de Claudine et Serge Cattan en l'honneur de leurs petits-enfants Emma, Louise, Taly et Léonie Amiach et Joseph, Ella, Gabriel, Simon, Solal et Raphaël Cattan.

petits enfantsLa salle Septodont a été inaugurée à la mémoire de Nestor et Annie Schiller, anciens présidents de la Fraternité dentaire Alpha Oméga et fondateurs de la société de produits dentaires Septodont. Olivier Schiller, CEO de la société et petits-fils des fondateurs, a souligné les liens forts entre Israël et la société Septodont: "La plupart des fournitures dentaires utilisés en Israël proviennent de la société Septodont", dit-il. "Il est symbolique que cette inauguration prenne place l'année du 70e anniversaire de l'Etat et de son étonnant succès en terme d'innovation. Israël n'a pas de ressources naturelles et doit sa réussite à son système éducatif".

Fondée en 1932 en France, Septodont est une société de pointe dans le domaine des produits pharmaceutiques et des fournitures dentaires, qui distribue ses produits dans le monde entier. La compagnie possède aujourd'hui 4 centres de recherche aux Etats-Unis en France et au Canada, 8 usines dans le monde, emploie plus de 1 000 personnes et est devenu un leader mondial dans le domaine de l'anesthésie dentaire. "A long terme nous voulons nous concentrer sur les soins de santé en général, et pas seulement les soins dentaires", indique Schiller, qui ajoute: "Nous nous félicitons de ce partenariat avec l'UTA".

Une situation gagnant-gagnant pour tous"

Enfin, a été inaugurée la machinerie d’anesthésie offerte par Olivier Schiller ainsi que par le Dr. Armand Stemmer, leader sur le marché dentaire en Europe, et son épouse Ronit Stemmer. "Nous voyons ici un merveilleux exemple de collaboration entre l'UTA et l'industrie qui profite au peuple d'Israël en lui permettant de recevoir des soins pratiquement gratuits", a déclaré le Prof. Weiss en remettant leurs certificats aux donateurs. "En même temps, elle permet d'aider les meilleurs universitaires dans ce domaine. C'est une situation gagnant-gagnant pour tous".

Stemmer Schiller"Toute la dentisterie en Israël est d'un niveau exceptionnel", a déclaré Armand Stemmer. "Merci à André Amiach d'avoir sauvé l'Ecole dentaire, et au Prof. Ervin Weiss d'en avoir fait ce qu'elle est aujourd'hui".

Enfin, André Amiach salue la présence de Stanley Bergman, PDG de la Société Henry Schein, le plus grand distributeur mondial de produits et prestation de services dans le domaine de la santé, et Alan Finkelstein, tous deux également grands donateurs de l'Université: "Avec Armand Stemmer pour l'Europe, Stanley Bergman et Olivier Schiller nous avons avec nous aujourd'hui les principaux leaders de fournitures dentaires dans le monde".

Après les discours d'inauguration eut lieu le dévoilement des plaques.

 

 

 

 

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Lancement du partenariat entre la Faculté de droit de l'Université de Tel-Aviv et Sciences Po

La coopération entre l’Ecole de droit de Sciences Po et la Faculté de droit de l’Université de Tel-Aviv a été lancée début mai lors d'un colloque exceptionnel dans le cadre des évènements du Conseil des Gouverneurs de l'Université, sur le thème : "L’indépendance de la justice". Y participaient Dominique Perben, ancien Garde des sceaux et ancien Ministre des transports, le Prof. François Heilbronn, président de l'Association française de l'Université de Tel-Aviv et professeur à Sciences Po, Sébastien Linden, attaché académique et scientifique de l'Ambassade de France en Israël, le Prof. Jeremy Perelman (Sciences Po), le Prof. Sharon Hannes, Doyen de la Faculté de droit de l'UTA, Dorit Koskas, adjointe du Doyen et le Prof. Yishai Blank (UTA).

GroupeDoritLe Prof. Heilbronn a tout d'abord salué l'ancien Ministre Dominique Perben, accompagné de son épouse Corinne : "Ami de longue date, membre depuis 2005 du comité d'honneur de l'Association des amis de l'Université de Tel-Aviv, et premier Garde des Sceaux en France à avoir pris conscience du danger de l'antisémitisme". Il remercie en outre Sébastien Linden, à l'origine des partenariats et échanges avec Sciences Po alors qu'il était chargé des relations internationales pour le Maghreb et le Moyen-Orient de la célèbre école française.

"Nous avons l'intention de poursuivre notre lune de miel pendant de longues années"

"Il y a plusieurs raisons qui font que nous sommes tous ici aujourd'hui. Tout d'abord, le sionisme politique est né d'une absence totale d'indépendance de la justice amenant à la condamnation l'Alfred Dreyfus en 1895, évènement qui marqua profondément Theodore Herzl, auteur de l'Etat des Juifs. Deuxièmement un voyage en 2005 au cours duquel Richard Descoings, alors président de Sciences Po, signa un accord avec l'UTA, premier partenariat de Sciences Po au Moyen-Orient. Troisièmement, l'existence préalable d'une collaboration entre l'Ecole de droit de sciences Po et la Faculté de droit de l'UTA, née grâce au Prof. Astrid Busekist-Sadoun, professeure à Sciences Po invitée à l'UTA de 2009 à 2011, qui a signalé à l'institution française l'intérêt d'un partenariat avec Israël; coopération qui s'est développée par la suite sous forme d'échanges d'étudiants et d'enseignants sous l'impulsion du Prof. Ruth Amossy. Enfin, en décembre 2017, l'Ecole de droit de Sciences Po a accordé le titre de Docteur honoris causa au Prof. Daphne Barak-Erez, ancienne doyenne de la Faculté de droit de l'UTA et juge à la Cour suprême d'Israël, à l'unanimité des membres de son conseil d'administration".

DoyenLe Prof. Sharon Hannes se félicite pour sa part du développement de cette collaboration : "Nous souhaitons institutionnaliser nos liens. Grâce au Prof. Blank de la Faculté de droit de l'UTA qui fut invité à enseigner à Sciences Po, nous avons pu découvrir une institution passionnante, avec laquelle nous avons développé des échanges, notamment dans le cadre de nos cliniques juridiques. Nous avons l'intention de poursuivre notre lune de miel pendant de longues années".

Ont suivi de très riches interventions sur le thème de la conférence, mettant en valeur les dissemblances entre les systèmes judiciaires français et israéliens, et la manière différente dont se pose la problématique de l'indépendance de la justice qui s'ensuit.

Dominique Perben: Une coexistence nécessaire entre l'indépendance de la justice

et le maintien de la responsabilté politique

Après avoir souligné ses "liens de longue date de complicité et de lucidité" avec le Prof. Heilbronn, ainsi que sa satisfaction de participer au rapprochement et à l'institutionnalisation des relations entre les deux Ecoles de droit, Dominique Perben, qui fut Garde des Sceaux de 2002 à 2005, a abordé le sujet "difficile mais cependant très nécessaire" de l'indépendance de la justice en France.

perben"La démocratie ne peut se résumer à une élection", déclare-t-il. "Il faut aussi beaucoup d'autres choses". A ses yeux, la liberté de la presse est un pôle fondamental de la défense d'un système démocratique, et l'indépendance de la justice est le second. "C'est long de fabriquer une démocratie", ajoute-t-il. En France, on peut la faire remonter à Montesquieu et à son ouvrage l'Esprit des lois qui pose les bases de la séparation des pouvoirs. "Montesquieu avait au contraire peur de la puissance du juge", explique-t-il. "La séparation des pouvoirs doit jouer dans tous les sens. Le système juridictionnel doit la garantir et s'empêcher d'empiéter sur le législatif et l'exécutif. Le juge par exemple, ne doit pas juger de l'opportunité d'une décision gouvernementale".

Dans la Constitution de 1958, la préservation de l'indépendance de la justice est assurée par le Président de la République. "Pourtant, celui-ci n'est pas neutre", relève Dominique Perben, "mais cette décision convenait à l'esprit de la Constitution lors de son établissement". Cette indépendance est assurée par l'inamovibilité du juge qui implique que les avocats ne peuvent choisir leur juge. Cependant il existe une problématique particulière du "Parquet à la française". En France, le ministère public ou Parquet (ou encore les magistrats "debout" par opposition aux magistrats du siège), autorité chargée de défendre l'intérêt de la collectivité et l'application de la loi, est subordonné au Garde des Sceaux qui détient un pouvoir disciplinaire à son égard et peut lui adresser des instructions.

"Lorsque j'étais ministre, j'ai parfois utilisé mes prérogatives pour intervenir dans certains cas individuels (ce qui n'est plus possible depuis en 2013), car les parquets classaient parfois les affaires d'antisémitisme. L'indépendance de la justice n'est pas seulement une autonomie par rapport à l'exécutif, mais aussi à l'égard de ses arrière-pensées". En conclusion, l'ancien ministre souligne qu'il s'agit "de faire coexister la nécessité de l'indépendance de la justice et celle du maintien d'une responsabilité politique pleine et entière; défendre les populations et faire régner l'ordre. Il y a parfois une tension entre les deux. Chaque pays trouve une formule empirique pour réaliser cet équilibre: l'élection des juges aux Etats-Unis, ou la création de l'Ecole nationale de la Magistrature en France. Cependant, il faut noter que le ministre est celui qui assure la responsabilité politique, ce qui n'est pas le cas du juge. L'Etat de droit doit progresser, mais les opinions publiques doivent avoir l'impression que leur sécurité est prise en ligne de compte par le pouvoir politique et mise en œuvre par les juges".

Prof. Yishai Blank, Israël : Une indépendance grignotée

Le Prof. Yishai Blank, de la Faculté de droit de l'Université de Tel-Aviv, qui a enseigné pendant une période à l'Ecole de droit de Sciences Po comme professeur invité ("Une faculté de droit extraordinaire, où j'ai été accueilli très chaleureusement et dont je suis tombé amoureux", dit-il), a pour sa part présenté la problématique de l'indépendance de la justice en Israël.

Pour certains groupes et même certains spécialistes du droit en Israël comme le Prof. Daniel Friedman, explique-t-il, l'indépendance du système judiciaire ne répond pas aux besoins et à la volonté du peuple souverain, et il est nécessaire de lui rendre le pouvoir, ainsi qu'à la Knesset. C'est le sens du projet de loi de "contournement de la Cour suprême" (Piskat Hahitgabrout), tendant à limiter la capacité de celle-ci à annuler les lois de la Knesset, récemment ratifié par le Conseil des ministres.

BlankPar rapport à qui, ou à quoi, peut-on mesurer l'indépendance de la justice ? Pour le Prof. Blank, cela dépend du caractère du régime en place et des menaces qui pèsent sur la société: "Si le pouvoir est fort, l'indépendance se mesurera par rapport à lui. Chaque société fait face à des menaces qui lui sont propres: par exemple la puissance de l'église, du grand capital et des groupes économiquement puissants etc.". L'indépendance de la justice s'exprime à la fois par rapport au gouvernement, à la Knesset, et du système judiciaire lui-même (considérations corporatistes; la règle du précédent et du respect de la jurisprudence, obligatoire dans les pays régis par la common law, comme Israël, contrairement à la France), mais aussi par rapport au consensus majoritaire, contre lequel le tribunal doit parfois savoir prendre position. Cette indépendance est fondamentale, car elle doit permettre à la justice de contrôler les institutions du régime et les centres de pouvoir, De même, seul un système judiciaire indépendant est capable de protéger les minorités.

Comme l'explique le Prof. Blank, la justice en Israël s'est rapidement orientée vers une indépendance forte. Le système judiciaire israélien est entièrement placé sous l'autorité de la Cour suprême, juridiction la plus élevée de l'Etat. Dans les années 80 à 90, celle-ci a peu à peu transformé ses méthodes de travail, passant d'une évaluation formaliste à une défense des valeurs. En 1992, la loi fondamentale sur la Dignité de l'homme et sa Liberté lui a donné la possibilité d'annuler une loi votée par la Knesset pour non-conformité aux principes constitutionnels. En parallèle à cette indépendance croissante de la Cour suprême, il existait en Israël une séparation très nette des pouvoirs et une forte tradition de non intervention du pouvoir politique dans les décisions des juges.

"Actuellement cette indépendance s'effondre. Toutes sortes de mesures sont prises pour la limiter, allant de l'annulation du principe d'ancienneté à la possibilité d'ajouter un nombre de juges en passant par la modification des structures de la commission de nomination des magistrats. Les alliances changent, et le pouvoir politique devient capable de faire nommer qui il le souhaite. Aujourd'hui il y a également d'autres mécanismes de contrôle qui grignotent l'indépendance des juges, notamment par le biais de la vérification de leur fonctionnement bureaucratique, rendu possible par l'informatique. Cependant, même s'il y a motif à inquiétude, les tensions qui se font jour ont également permis de rééquilibrer la répartition sociologique des juges. Ainsi voit-on peu à peu davantage de juges femmes, provenant de la périphérie ou du secteur arabe de la population israélienne".

"Une dépendance dans l'interdépendance"

Le Prof. Jeremy Perelman, directeur de la clinique juridique de Sciences Po, a pour sa part fait un tableau historique de l'évolution de l'indépendance de la justice par rapport au pouvoir politique en France, en mettant l'accent sur deux institutions fondamentales propre au système français: le Conseil constitutionnel et le Conseil d'Etat.

PerelmanLe Conseil constitutionnel a été créé en 1958 dans le but de renforcer l'exécutif contre le Parlement. Son rôle est devenu plus important qu'à l'origine. Il a notamment institué un "bloc de constitutionnalité" englobant les Droits de l'homme. De plus, un nouveau mode de saisine permet depuis 2008 à tout citoyen de le saisir pour contester à postériori la constitutionnalité d'une loi publiée. Il est devenu un gardien essentiel du respect des droits fondamentaux en France. Y siègent toujours cependant de droit les anciens Présidents de la République, ce qui pour le Prof. Perelman, semble un anachronisme.

Le Conseil d'Etat quant à lui présente une étroite imbrication avec le pouvoir politique, et fait pour ainsi dire corps avec l'Etat. Sa relation avec les autorités politique est complexe: chargé de les contrôler, il présente avec elles une grande proximité sociologique. C'est pourquoi, malgré son rôle et sa puissance très importants, il est finalement considéré comme un excellent serviteur de l'Etat. Pour le Prof. Perelman, le système judiciaire français peut donc se caractériser par "la dépendance dans l'interdépendance".

Il note également des changements sociologiques au sein de la magistrature, notamment sa féminisation, sa syndicalisation, et sa diversification sociopolitique. Il relève par ailleurs la méfiance du personnel politique français par rapport au pouvoir des juges: "La France s'est construite sur l'amour des lois, pas sur l'amour des juges".

Les interventions ont été suivies d'un débat avec le public, au cours duquel les intervenants ont pu préciser certains points. "Gouverner, c'est trancher entre deux inconvénients" a déclaré Dominique Perben, qui affirme également avoir peur d'un Conseil constitutionnel qui ne serait composés que de juristes sans aucune expérience de gouvernement. Sur une question d'Odile Cohen, il relève par ailleurs que le rapport de l'autorité judiciaire aux média "est d'une complexité infinie" et qu'il ne simplifie pas le rôle de la justice.

Concernant l'absence de constitution en Israël, le Prof. Blanck rappelle qu'il existe des lois fondamentales résultant d'un statu quo dans la société israélienne, et que l'existence d'une Constitution ne garantit pas la stabilité, comme le prouve les divers changements de Constitutions dans l'histoire de France.

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9 chercheurs du monde entier lauréats du prestigieux Prix Dan David remis à l'Université de Tel-Aviv

Le prestigieux prix Dan David a été remis la semaine dernière à neuf chercheurs et chercheuses exceptionnels du monde entier lors d'une cérémonie festive à l'Université de Tel-Aviv. C'est la 18e année que le prix, d'un montant total de 3 millions de dollars, est décerné dans les trois "dimensions du temps": passé, présent et avenir. Parmi les lauréats: la baronne Mary Warnock (93 ans) et le Prof. Ezekiel Emanuel, frère du maire de Chicago. Désormais considéré comme l'un des plus grands prix internationaux, il a été attribué en présence des Prof. Joseph Klafter, président de l'Université de Tel-Aviv, Itamar Rabinovitch, président de la fondation Dan David et de l'ambassadeur de Grande-Bretagne, David Quarrey.

DAN DAVID WINNERS2018 Le prix prestigieux, au nom de Dan David, homme d'affaires et philanthrope de renommée internationale, décédé depuis plusieurs années, est remis chaque année à des personnes qui ont fait preuve d'une excellence particulière et apporté une contribution exceptionnelle à l'humanité dans le domaine des sciences, des sciences humaines et des arts. La famille du philanthrope était représentée par Gabriela David, son épouse, et son fils Ariel David.

Cette année les prix ont été décernés dans les domaines suivants: dans la dimension du passé: l'histoire de la science; dans la dimension du présent: la bioéthique, et dans celle du futur : la médecine personnalisée.

Lauréats du Prix Dan David pour 2018:

Dimension temporelle du passé : l'histoire de la science

Le Prof. Lorraine Daston, historienne des sciences, directrice de l'Institut Max Planck d'histoire des sciences à Berlin, pour ses recherches historiques sur "la logique", "la preuve", "le fait", "l'observation", "l'objet scientifique", "la loi naturelle", "les données" et "l'objectivité" qui font autorité dans le monde dans le domaine de l'histoire scientifique et intellectuelle de la période moderne.

Le prof. Simon Schaffer, historien et philosophe des sciences de l'Université de Cambridge, pour le changement total qu'il a introduit dans notre compréhension de l'histoire. Ses impressionnants travaux interrogent les rapports entre science, technologie et société, et montrent comment on peut trouver des pratiques relevant de la science empirique et mathématique dans des usages délimités dans le temps et l'espace comme le commerce de troc, les négociations politiques et les activités quotidiennes. .

Le Prof. Evelyn Fox Keller du MIT, physicienne (et féministe, selon sa définition), pour son travail pionnier dans les domaines de la science et du genre, qui a révolutionné notre point de vue sur l'histoire de la science. Ses recherches actuelles portent sur l'histoire et la philosophie de la biologie moderne, du genre et de la science. Le prix lui a été décerné pour sa perspicacité remarquable à discerner la relation entre le féminisme et la science, montrant comment le genre a façonné la réflexion sur la génétique des populations, et sa capacité à imaginer une science libérée du poids du genre. Ses études constituent une étape importante dans la compréhension du rôle et de l'importance historique du langage dans la science, en particulier dans le domaine de la génétique et de la biologie moléculaire.

 

Dimension temporelle du présent : la bioéthique

GloverLe Prof. Jonathan Glover du King's College de Londres, a reçu le prix pour sa contribution originale aux aspects théoriques de la bioéthique, qui a mis à l'ordre du jour scientifique de nombreuses questions, en particulier dans le domaine de l'amélioration humaine (Human Enhancement) et de l'éthique de la fertilité. Ses recherches originales recouvrent des sujets divers, allant de la nature humaine à la guerre et l'Holocauste, en passant par l'éthique de la génétique, la neuro-éthique et les questions psychiatriques.

Le Prof. Ezekiel Emanuel de l'Université de Pennsylvanie a reçu le prix pour sa promotion de la bioéthique, grâce à la précieuse combinaison de ses compétences de médecin, de responsable politique et d'universitaire. Le Prof. Emanuel est un pionnier de la question des traitements de fin de vie et de l'éthique de la recherche. Il a été le premier à montrer que les patients demandant l'euthanasie ne le faisaient pas à cause de la douleur mais en raison de leur détresse émotionnelle, leur état dépressif et leur désespoir. Son travail sur les relations médecin-patient représente un tournant dans le domaine et est largement utilisé dans le monde dans le cadre des programmes d'études et de la formation des étudiants en médecine.

La Baronne Mary Warnock a reçu le prix pour son rôle central dans le développement des aspects éthiques pratiques de la biologie et de la médecine, en particulier pour sa contribution à l'éthique de l'embryologie et de la génétique et leurs implications éthiques et philosophiques pour les technologies de la fertilité et la recherche dans le domaine des handicapés. Marie Warnock a apporté une contribution significative à la promotion de la santé et du bien-être dans la société en brisant les barrières entre le monde universitaire et la pratique éthique.

Dimension temporelle du Futur : la médecine personnalisée

Le prof. Mary-Claire King de l'Université de Washington a reçu le prix pour son leadership dans le domaine de la génétique médicale et son importante contribution à l'étude des bases moléculaires de divers cancers. Son travail révolutionnaire a mené à la découverte des mutations du gène BRCA1 dont la présence implique un risque accru de cancer du sein et de l'ovaire chez les femmes. Cette découverte fondamentale contribue à la compréhension de la tendance au cancer héréditaire précoce et révolutionne l'approche médicale du dépistage du cancer, des interventions individuelles et de l'adaptation du traitement au type spécifique de la maladie.

Dan Dqvid Israel harari Baronne Lorrqine Evelyne Mary Keller King

Le Prof. Bert Vogelstein de l'Ecole de Médecine Johns Hopkins a reçu le prix pour sa contribution fondatrice à la compréhension de la génétique et de la génomique du cancer. Le Prof. Vogelstein a développé et mis en œuvre des méthodologies performantes pour l'analyse simultanée de milliers de gènes et de génomes permettant une caractérisation complète du paysage génomique de divers cancers. Ses recherches ont ouvert la voie au diagnostic précoce de la maladie, sa caractérisation précise et à l'adaptation du traitement individuel aux patients atteints.

Le Prof. Carlo Croce de l'Université de l'Ohio a reçu le prix pour son travail pionnier sur la détection des gènes responsables de divers types de leucémie et de lymphome. Sa vaste connaissance de la cytogénétique et de la biologie moléculaire lui a permis d'identifier le rôle des principaux oncogènes comme catalyseurs du développement, de la progression du cancer et de sa résistance au traitement. Il a également montré le rôle des microARN dans la formation du cancer. Ses nombreuses découvertes permettent un diagnostic précis de la maladie, la personnalisation des traitements et le développement de nouveaux médicaments anticancéreux.

Selon la tradition, les lauréats du prix reverseront 10% de son montant pour le financement de 20 bourses d'études pour de jeunes doctorants et post-doctorants en Israël et à l'étranger.

Parmi les précédents lauréats du Prix Dan David, on compte le violoncelliste Yo Yo Ma (2006), le Maestro Zubin Mehta (2007), les écrivains Amos Oz (2008) et AB Joshua (2017), l'ancien vice-président des États-Unis et lauréat du prix Nobel de la paix Al Gore (2008), l'ancien Premier ministre britannique Tony Blair (2009), le Prof. Robert Gallo (2009), Margaret Atwood, les frères Ethan et Joel Cohen, cinéastes (2011), le philosophe Leon Wizeltier (2013) et la neuropsychologue Prof. Brenda Milner (2014).

Photos: Israel Hadari

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"La vérité germe de la terre et la justice se reflète des cieux": Visite exceptionnelle des Amis de l'Université de Tel-Aviv à la Cour Suprême

L'Association française de l'Université de Tel-Aviv et son président François Heilbronn, en compagnie de l'ancien Garde des Sceaux Dominique Perben et de Dorit Koskas, adjointe au Doyen de la faculté de Droit de l'Université, a effectué dimanche 6 mai une visite exceptionnelle à la Cour Suprême de l'Etat d'Israël. Elle y a été reçue par la juge Daphne Barak-Erez, ancienne doyenne de la Faculté de Droit de l’Université de Tel-Aviv et Docteur honoris causa de Sciences Po, qui a fait bénéficier ses membres de sa riche expérience, et éclairé la question compliquée du droit israélien, au cours d'une passionnante table ronde.

PerbendaphnafrancoisLe Prof. Daphne Barak-Erez est juge à la Cour Suprême d’Israël depuis mai 2012, Spécialiste de droit constitutionnel et administratif, elle est devenue professeure titulaire à l'UTA à l’âge de 27 ans. Juriste internationalement reconnue, elle a fait ses études à l’université de Tel-Aviv et son post-doctorat à l'Ecole de Droit de Harvard. Elle a de plus enseigné comme professeur invité dans de nombreuses facultés de droit dans le monde, dont celles de Stanford, Columbia, Duke, Virginie, UCLA et Toronto. Auteure de plus de 40 ouvrages, elle a été nommée en décembre 2017 Docteur honoris causa de l’Ecole de Droit de Sciences Po, titre qui lui a été conféré par un vote unanime du Conseil de l’Institut.

La juge Barak-Erez s'est déclarée très honorée de cette rencontre, et a répondu de bonne grâce aux nombreuses questions de la délégation.

Des juges "généralistes"

Les juges de la Cour suprême, a-t-elle expliqué, sont des "généralistes", qui traitent de toutes les questions qui leur sont présentées, sans spécialisation : "C'est l'une des différences les plus importantes entre mon rôle à la Cour suprême et le monde universitaire très spécialisé, qui constitue à la fois l'un des plus grands défis et l'une des caractéristiques qui me séduit le plus".

Sur une question de l'ancien ministre Dominique Perben, la juge explique les bases du droit constitutionnel israélien: "Dès janvier 1949, quelques mois après la proclamation de l'Etat, ont eu lieu les élections d'une Assemblée constituante. Il existait donc dès l'origine une volonté d'établir une constitution pour le pays. Mais la longue guerre d'indépendance, de même que les conflits entre les différents groupes sociaux, essentiellement entre laïcs et religieux, possédant des visions de l'Etat aux antipodes les unes des autres ont amené à un compromis: repousser à plus tard l'élaboration d'une Constitution unique précédée d'un Préambule source de conflit, et se mettre d'accord sur des lois fondamentales régissant les rapports entre les pouvoirs publics, qui seraient unifiées dans une future Constitution. C'est bien ainsi que la Cour suprême considère ces 13 lois fondamentales : comme des chapitre d'une Constitution". Selon la juge Barak-Erez, ces lois couvrent près de 97% des sujets à traiter: "On pensait alors que les 2 à 3% de questions restant à résoudre se simplifieraient avec le temps, mais elles sont en fait devenues plus compliquées…".

CSGroupe

Sur l'épineuse question de la laïcité versus religion, la juge précise que :"La loi israélienne est laïque. La législation est aux mains de la Knesset. Le problème est autour de l'expression "juif et démocratique", contenue dans la Déclaration d'indépendance de l'Etat d' Israël. Pour certains elle signifie simplement que la population du pays est en majorité juive, et que le pays doit adopter des éléments de culture juive, comme la langue, les jours fériés etc. Pour d'autres, cela signifie que l'Etat lui-même doit intégrer des éléments du judaïsme. Enfin il y a les éléments concernant la famille, comme le mariage civil, qui, dans le cas de l'établissement d'une Constitution, poseraient problème. Dans les faits, cela marche très bien: le concubinage est reconnu par le droit civil et le mariage civil à Chypre est reconnu par les autorités civiles. Il s'agit d'un compromis avec lequel chacun peut vivre".

Concernant la polémique autour de la protection des minorités par la Cour suprême, la juge précise que : "la loi de la majorité est importante, mais elle n'est pas suffisante pour assurer la démocratie". Sur la question de l'immigration illégale des pays d'Afrique (Soudan, Erythrée etc. ) vers Israël: "Nous sommes un pays de réfugiés. C'est dire que cette question est proche de notre cœur. Mais tous ces réfugiés demandent à venir en Israël et dans aucun autre pays de la région, comme l'Egypte ou autres. Il existe une constante tension entre les idéaux et les contraintes de la réalité".

Questionnée sur le cas le plus difficile qu'elle a eu jusqu'à présent à juger, elle répond que : "les difficultés pour un juge ne sont pas forcément les grandes questions, mais plutôt le fait d'envisager les conséquences de ses décisions pour les personnes dont le cas est jugé. Je rencontre sur une base journalière des tragédies, viols, familles brisées etc. auxquelles j'échappais lorsque j'enseignais à l'université, où les personnes, même dans le cas où elles proviennent de milieux difficiles, sont déjà sur la voie d'un avenir meilleur".

Le système judiciaire israélien

La rencontre a été précédée d'une visite de la Cour suprême elle-même, au cours de laquelle la délégation a eu l'occasion de se familiariser avec son fonctionnement, et celui du système judiciaire israélien.

csjugesLa Cour suprême est la plus haute instance judiciaire de l'Etat d'Israël. Située depuis la création de l'Etat dans le 'Quartier russe' de Jérusalem, dans l'ancien bâtiment de la Cour Suprême du Mandat britannique, elle a rejoint en 1992, le Quartier Ben-Gourion, cité administrative du pays, inauguré par le Premier Ministre David Ben Gourion en décembre 1949, et qui comprenait déjà la Knesset, la banque d'Israël, et depuis peu également le contrôleur de l'Etat.

Le système judiciaire et le droit israéliens sont hérités du mandat britannique et donc de la common law. Il comporte trois niveaux de juridiction. Les 29 tribunaux de paix jugent en première instance les affaires civiles jusqu'à la somme de deux millions et demi de shekels, et les affaires pénales pour les délits allant jusqu'à 7 ans de prison (y compris les affaires familiales, violations du code de la route et les infractions commises par des mineurs). Les 6 tribunaux de district sont compétents pour toutes les affaires allant au-delà, et fonctionnent comme cour d'appel pour les tribunaux de paix. La Cour Suprême est seule compétente pour un second appel. Environ 10 000 cas par an arrivent à la Cour Suprême en deuxième appel, généralement à partir des tribunaux de district. Ce fut le cas notamment pour les procès d'Eichmann, de Dameniuk, d'Yigal Amir pour l'assassinat d'Itzhak Rabin, de Moshé Katzav pour abus sexuels et d'Ehud Olmert pour pots de vin. Contrairement à la Cour de cassation en France qui renvoie les jugements vers les tribunaux subalternes, la Cour suprême tranche. Elle fonction de plus comme Haute Cour de Justice ('Bagatz'), notamment en ce qui concerne le contrôle juridictionnel des décisions de l'Etat et celui de la constitutionnalité des lois, et peut être à ce titre saisie par tout résident du pays, y compris par des non citoyens, comme par exemple des réfugiés demandant le droit d'asile, ou des habitants de la Bande de Gaza.

La Cour Suprême est composée de 15 juges, et présidée par le plus ancien. L'actuelle présidente en est Esther Hayut, qui a succédé en 2017 à Miriam Naor, partie à la retraite obligatoire à l'âge de 70 ans. Ses juges sont nommés par comité composé de neuf personnes: deux ministres (dont le ministre de la justice), deux députés (de partis politiques différents), trois juges de la Cour suprême et deux avocats du Barreau. Ils sont élus par une majorité de sept voix sur neuf, le système assurant ainsi en principe le consensus autour de la personne du juge.

L'architecture du bâtiment

SallepasperdusLe bâtiment actuel de la Cour suprême a été conçus par les architectes Ram Karmi et Ada Karmi-Melamed (sa sœur), qui se sont efforcé de respecter le caractère de la ville, en le construisant en pierre de Jérusalem et en introduisant une dimension de symbolique spirituelle, voire biblique, dans l'architecture. La lumière naturelle est utilisée le plus possible pour éclairer le bâtiment: ainsi, dans les salles d'audience, la lumière vient du ciel, l'idéal vers lequel on doit se diriger, car d'après le Livre des Psaumes (85:12) : "la vérité germe de la terre et la justice se reflète des cieux".

Le sol est orné de formes géométriques carrées et de lignes droites, symbolisant les lois, le Droit et la Règle. La lumière, par contre, entre dans le bâtiment par des cercles (Maagalei Tsedek, les "cercles de Justice", Psaumes, 23:3). Ce sont les lois qui doivent nous mener vers l'idéal ultime, la Justice. Les cinq salles d'audience s'ouvrent sur la vaste salle des pas perdus par des portails symbolisant les portes de la ville où se tenait la justice dans les temps bibliques ('Chaarei Tsedek', Deut. 16:18). Les juges siègent au nombre minimum de trois, face aux avocats et aux visiteurs. Il n'y a ni témoins, ni jurés.

Au centre du bâtiment la bibliothèque, ouverte au public est construite autour d'une pyramide, qui résume l'ensemble de ce symbolisme: à son sommet se trouvent des ouvertures circulaires qui permettent à la lumière du soleil de pénétrer à l'intérieur, alors que la structure même de la pyramide de caractérise par des lignes droites et des angles aigus: les lois doivent mener à la Justice.

Les cliniques juridiques de l'UTA

A l'issue de la visite, Dorit Koskas, adjointe au Doyen de la Faculté de droit, a présenté à la délégation le travail des cliniques juridiques de l'Université de Tel-Aviv, mini-cabinets d'avocat indépendants à l'intérieur de la faculté, qui permettent aux étudiants d'allier outils académiques et expérience pratique. Leur objectif est double: tout d'abord pédagogique, car les étudiants peuvent toucher à la pratique juridiques dans le cadre de vrais dossiers d'intérêt général ayant un impact important sur la société israélienne, mais également social puisque les cliniques fournissent des services juridiques aux populations qui n'y ont pas accès. "Nous avons actuellement 8 cliniques juridiques, dirigées par 15 avocats, qui traitent de cas Pro bono (pour le bien public à titre gracieux), et accueillent 150 étudiants par an, autour de questions comme les demandes d'asile politique, le droit au logement, les Droits de l'Homme, les droits des survivants de l'Holocauste, ou les recours collectifs" explique-t-elle. "Les étudiants vont au tribunal, écrivent des ébauches de documents, et font tout le travail d'un avocat sous la supervision de leur professeur et de l'avocat en charge de la clinique. Depuis 8 mois notamment, les cliniques ont pris en charge le combat juridique concernant le dossier des réfugiés et sont parvenues à stopper l'expulsion qui était prévue".

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