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Eric Marty à l'Université de Tel-Aviv

Le Prof. Eric Marty, le grand spécialiste de Roland Barthes, était le lundi 24 novembre 2019, l'invité du Département de culture française de l'Université de Tel-Aviv, où il a donné une conférence sur le thème: "Roland Barthes: littérature, philosophie et antiphilosophie". La rencontre, initiée par le Club littéraire jurassien et son Président Vincent Froté, et organisée en collaboration avec l'Association des Amis francophones de l'université, s'est déroulée en présence de l'Ambassadeur de France en Israël Eric Danon et de son épouse. Elle a été présentée par le Prof. Nadine Kuperty-Tsur, directrice du Département.

Marty2"C’est un très grand plaisir que d’accueillir un ami d’Israël et l’un des universitaires qui font si bien le lien entre les deux pays", a déclaré l’Ambassadeur en ouverture de la conférence. Le Prof. Kuperty –Tsur ensuite introduit Éric Marty, professeur de littérature française contemporaine à l’université Paris Diderot, essayiste, romancier, poète, auteur de pièces radiophoniques et éditeur des œuvres complètes de Roland Barthes. Après avoir présenté sa rencontre exceptionnelle avec l’écrivain, qui a changé le cours de sa vie, elle insiste sur son engagement en faveur d’Israël, qui s’est manifesté notamment dans ses deux ouvrages Bref séjour à Jérusalem (2003) et Une querelle avec Alain Badiou (2007), ainsi que ses prises de position contre la campagne anti-israélienne du mouvement BDS (Boycott, désinvestissement, sanctions).

"Penser avec Barthes"

"Mon rapport avec ce pays est plus poétique que politique", a déclaré le Prof. Marty "Ecrire, s’est engager sa propre personne, sa manière d’être. Israël me met en état d’écrire à chaque fois que j’y suis. Pour moi ce sont des visages, des paysages, des lieux, une certaine façon d’être, un certain rapport à l’histoire. J’ai un rapport inspiré avec le peuple d’Israël ". 

Comme il l’a expliqué, la conférence a été centrée non pas tant sur l’œuvre de Barthes que sur sa pensée : " A mesure que Barthe s’éloigne de nous, j’ai envie de penser non plus sur lui, mais avec lui ". Selon lui, le contexte des années 1950 à 1980, dans lesquelles s’est développée toute l’œuvre de Roland Barthes, lui ont permis de prendre une position centrale dans le discours de la modernité : " Ce sont des années d’éclatement des savoirs, des paroles et des écritures, un moment de très grande liberté, de déconstruction des discours. C’est cela qui  permis à Barthes de trouver sa place".

Marty10La première partie de la conférence fut consacrée à la position de Barthes par rapport à la philosophie. Le Prof. Marty rappelle la phrase de l’écrivain à la fin de sa vie : " Jamais un philosophe ne fut mon guide ". Il n’en reste pas moins qu’il éprouva toujours le besoin de se situer par rapport à la philosophie à la fois comme langage et comme discours, tout en refusant de s’identifier à la figure du philosophe. En effet, Barthes qui fut " l’un des démolisseurs de la société française et de ses signes aliénants ", abandonne peu à peu la position critique qu’il avait adopté au début et qui fut celle des intellectuels de son époque, pour prendre celle de l’antiphilosophe adepte du ‘rien-faire’, forme d’oisiveté philosophique : " soit l’on considère que le réel n’est que construction idéologique et sociale, et par conséquent la position du philosophe se doit effectivement d’être critique, soit il est totalement impénétrable, et alors il faut ‘poétiser’, rechercher le sens inaliénable des choses. L’intellectuel est alors en position d’accueillir ce sens, d’où l’idée du ‘rien-faire philosophique’, sorte d’oisiveté métaphysique, d’existence minimale dans le sens des philosophies orientales ".

Le "rien-faire philosophique"

Dans la seconde partie de la conférence, le Prof. Marty s’attache à la figure du philosophe. L’autoportrait Roland Barthes par Roland Barthes pastiche le dialogue entre Criton et Socrate avant la mort de celui-ci : Barthes met en scène le bel Alcibiade qui séduit Socrate et le convainc de ne pas mourir. " La philosophie juste, celle de Socrate, devient liée à la jouissance et s’oppose à celle de l’Europe déviée, morbide et mensongère. C’est celle de l’antiphilosophe, celui qui ne renonce pas à Alcibiade mais au contraire cède à son désir. Par là Barthes rejoint la métaphysique de Heidegger sur l’’être-là’, l’être humain dans son existence ici et maintenant ". C’est dans cette optique que Barthes développe la notion de neutre, de ‘non-vouloir-saisir’ : " Pour Barthes, le langage nous envahit lourdement, le monde est trop expressif et l’écrivain doit parvenir à ‘inexprimer l’exprimable’, à amaigrir le trop-plein ".

" Le rien-faire philosophique est l’horizon possible de toute pensée ", conclue Eric Marty. " Il est l’expression d’une liberté de pensée totale, car aucun concept ne peut le sanctionner. En cela la démarche adoptée par Barthes est la plus moderne et la plus difficile ".  La conférence a été suivie d’une séance de questions-réponses avec la salle, les nombreuses interventions montrant l’intérêt éveillé au sein du public par cette très riche présentation.

 

Photos:

1. Le Prof. Nadine Kuperty-Tsur et le Prof. Eric Marty.

2. L'Ambassadeur de france en Israël Eric Danon.

 

Première conférence Israël à l'écran à l'Université de Tel-Aviv

La première d'une série de trois conférences sur le cinéma israélien, organisée par l'Association des Amis francophones de l'Université de Tel-Aviv, s'est tenue le jeudi 7 novembre sur le thème :"Comprendre la société israélienne à travers ses documentaires". Au cours d'un exposé passionnant illustré par de nombreuses séquences filmées, le Dr. Yael Munk, professeur à l'Ecole de cinéma de l'UTA et à l'Université ouverte d'Israël a présenté les enjeux du cinéma documentaire israélien, à la recherche de la mémoire d'une société complexe dont il bouscule les tabous. Le cycle de conférences est au profit du Département d'animation de l'Ecole de cinéma de l'Université.

AgnesMunkStellaLa conférence a été précédée d'une courte présentation de l'Association francophone de l'UTA par Agnès Goldman, sa directrice, et de la projection d'un film sur le Département de cinéma de l'Université de Tel-Aviv, le plus ancien du pays (il a été créé en 1972), devenu Ecole Steve Tisch de film et télévision en 2015. Le Département a formé des générations de cinéastes dont certains sont devenus des grands noms de l'industrie cinématographique mondiale, comme les metteurs en scène Ari Folman (Valse avec Bashir), Yaron Shani (Ajami), Dror Moreh (The Gatekeepers), ou les scénaristes-producteurs de télévision Gideon Raff (Homeland) et Hagai Levi (In Treatment/En analyse). L'Ecole produit plus de 124 courts-métrages par an et participe à de multiples festivals dans le monde; ses étudiants ont remporté de nombreux prix internationaux. Son nouveau programme de média numériques, créé il y a quatre ans, la met en prise sur les développements les plus à la pointe de l'univers du cinéma. Enfin le Festival international du Film d'étudiants, qui compte parmi les plus importants du genre dans le monde, est organisé tous les ans à Tel-Aviv par les étudiants de l'Ecole.

"Le cinéma israélien vaut la peine d'être connu"

"Peu de cinémas ont autant d'emprise sur la société dans laquelle ils évoluent", déclare le Dr. Munk. "Le cinéma israélien vaut la peine d'être connu. Même ses comédies les plus légères expriment un inconscient collectif révélateur d'une société". Comme elle l'explique, le cinéma documentaire israélien n'a pas toujours connu la gloire. "Pendant les deux premières décennies de l'Etat, il était financé essentiellement par des Juifs américains et c'était surtout un cinéma de propagande". Le changement s'est fait progressivement, en particulier avec le cinéaste David Perlov, qui réalisa son premier documentaire, "A Jérusalem", en 1963 : "un documentaire d'ambiance qui donne la priorité aux images", commente le Dr. Munk. "Perlov a réalisé des chefs d'œuvre à partir de choses triviales, les choses des gens dont personne ne raconte l'histoire".

David perlovLa conférencière en profite pour préciser que 'documentaire' n'est pas synonyme de 'vérité' :"Le cinéma traduit toujours un biais qui colore la vérité. Détours, coupures, montages, la réalité est manipulée pour obtenir un certain effet". Dans les années 70, les guerres qui se suivent donnent prétexte à de nombreux documentaires. Mais le grand changement se fait avec le "Journal" de David Perlov, documentaire tourné entre 1972 et 1986, dans lequel le cinéaste filme toute sa vie, montrant une autre manière de voir Israël. "Perlov habitait sur l'actuelle place Rabbin, alors place des Rois d'Israël. Toute l'histoire d'Israël pendant cette période a défilé sous ses fenêtres. C'est la naissance du 'cinéma du Moi', qui met le moi du réalisateur au centre du documentaire".

Une nouvelle étape est franchie en 1989, avec le chef d'œuvre documentaire d'Orna Ben-Dor: "A cause de cette guerre là", sur le chanteur Yehuda Poliker, qui relate la tragédie de ses parents rescapés de la Shoah. "C'était un thème dont on ne parlait pas à l'époque en Israël. A partir de ce moment-là, un grand nombre de documentaires vont tourner autour de l'Holocauste. On commence à parler de "l'exil", en se tournant vers le passé, pour essayer de le comprendre et de l'incorporer au présent".

"Le documentaire vient corriger l'Histoire"

Dans cette lignée, on peut citer le film de Tsipi Reibenbach en 1993, "Choice and Destiny", sur le quotidien de ses parents survivants de l'holocauste: "Un quotidien basé sur la survie, la préparation et l'obsession de la nourriture. On voit apparaitre l'expérience de son père, zonder commando dans les camps de la mort. Un passé qui continue de vivre dans un quotidien neutre et vide, ce que coûte d'exister dans le présent avec les cauchemars du passé. Un des documentaires les plus primés du cinéma israélien".

La conférencière présente encore deux extraits de film. D'abord "L'appartement", réalisé en 2011 par Arnon Goldfinger, ancien étudiant de l'Université de Tel-Aviv, lauréat de l'Ophir israélien du meilleur documentaire, dans lequel il tente de dénouer une énigme liée au passé, par des indices retrouvés dans l'appartement de sa grand-mère, lorsque la famille s'assemble pour le vider peu après sa mort. " Le film part d'une histoire privée pour évoluer vers une enquête historique et familiale. Une histoire personnelle mais aussi l'histoire d'un peuple. C'est la grande découverte de l'histoire d'Israël qui n'a pas été racontée. Le documentaire vient corriger l'Histoire, rajouter une strate de ce qui n'a pas été dit. A voir absolument".

Michal AviadDernier extrait présenté, celui de "Dimona Twist" de Michal Aviad, enseignante à l'Ecole de cinéma de l'UTA, prix Van Leer du meilleur documentaire en 2016. "Aviad reconstruit l'histoire des femmes. Ici, ce sont sept femmes arrivées en bateau dans les années 60, essentiellement d'Afrique du nord. Les documentaires sur les Juifs orientaux sont le fait aussi bien de réalisateurs ashkénazes que séfarades. C'est tout un côté de l'histoire qui a été camouflé, l'histoire de ces communautés qui n'ont pas eu droit à la parole". Le film montre comment ces femmes sont parvenues à surmonter le traumatisme d'avoir été parachutées dans le désert sans autre préparation. "La juxtaposition de matériel d'archive venu dans ce cas-là en particulier de France, et d'interviews ou de témoignages, créé quelque chose de très fort". Sur le même principe, Michal Aviad tourne en 2013 le film 'Pionnières', sur les femmes au kibboutz, qui juxtapose les documents du kibboutz et les journaux intimes :"Le rêve et la désillusion", commente-t-elle.

"Le thème primordial du documentaire israélien est la mémoire", conclue le Dr. Munk. "Les films documentaires présentent les différents groupes de la société et aborde ses tabous: la vie en Diaspora, la souffrance de ceux qui sont arrivés trop tôt… sujets jusque là peu évoqués pour ne pas entacher l'image d'une société encore en construction".

Les deux prochaines conférences de ce passionnant cycle qui constitue une excellente introduction au cinéma israélien et donne envie de faire plus ample avec, auront lieu le 25.11 ("Comment les séries israéliennes ont conquis le monde") et le 28.11 ("L'évolution du cinéma israélien"). Par ailleurs, le 15 décembre aura lieu la troisième et dernière visite organisée par l'Association à la Maison de David Ben Gourion à Tel-Aviv, avec la projection du documentaire de Yael Perlov, fille de David Perlov et enseignante à l'Ecole de cinéma de l'université : "Ben Gourion – Epilogue", qui a reçu l'Ophir du meilleur documentaire l'an dernier.

 

Photos:

1. De gauche à droite: Agnès Goldman, le Dr. Yael Munk, le Prof.nRuth Amossy (Crédit Liora Houbani)

2. David Perlov (Crédit : Wikipédia)

3. Michal Aviad (Crédit : Wikipédia).

Avant-première mondiale de J'accuse pour les Amis francophones de l'Université de Tel-Aviv

"J'accuse", film de Roman Polanski avec Jean Dujardin et Louis Garrel, a été projeté en avant-première mondiale pour les Amis francophones de l'Université de Tel-Aviv, lundi 11 novembre 2019 au Cinema City Glilot, au cours d'une soirée au profit des étudiants de l'université, en présence de l'Ambassadeur de France en Israël, Eric Danon, de l'attaché de coopération scientifique et universitaire Paul Furia, et de l'attachée audiovisuelle, Stéphanie Rabourdin. Le film a été présenté par le Prof. Elie Barnavi, conseiller auprès du Musée de l'Europe et ancien Ambassadeur d'Israël en France, et suivi d'un débat avec le Prof. Dina Porat sur le thème: "120 après, l'Affaire Dreyfus est-elle toujours pertinente ?".

Jaccuseeliambdina"L'Association est fière de vous présenter ce film, qui a remporté deux prix à la Mostra de Venise, dont le Lion d'Argent, et ne sera projeté à Paris que la semaine prochaine", a déclaré Agnès Goldman, directrice de l'Association des Amis francophones de l'UTA. Après avoir présenté l'Université de Tel-Aviv, première université de recherche d'Israël, et l'Association "pont culturel entre Israël et la France", elle a remercié le distributeur du film United King et son producteur, Ilan Goldman, et annoncé que la soirée va permettre de financer deux bourses et demie d'étudiants.

Le camp de la démocratie a gagné

Le Prof. Ruth Amossy a ensuite introduit le Prof. Elie Barnavi, professeur émérite de l'Université de Tel-Aviv, conseiller auprès du Musée européen de Bruxelles et Ambassadeur d'Israël en France entre 2000 et 2002, qui a présenté le film. "Il existe deux manières fondamentales de considérer l'Affaire Dreyfus", a-t-il déclaré. "La première et la plus courante est qu'elle dévoile les aspects les plus sombres de la France de la fin du 19e siècle: une armée veule, une presse immonde, un antisémitisme qui ronge les rouages de l'Etat et de la société. La seconde, à laquelle je souscris, est une vision plus optimiste: l'Affaire Dreyfus a dressé deux camps l'un contre l'autre, l'un conservateur, nationaliste, antisémite, et l'autre démocratique et lumineux qui l'a finalement emporté". Le Prof. Barnavi, rappelle que "L'Affaire" a renforcé Théodore Herzl dans sa conviction que les Juifs doivent posséder un Etat à eux face à une Europe antisémite, mais selon lui, le sionisme naissant a également été influencé par la vision optimiste, car : "le pays qu'Herzl et les fondateurs de l'Etat ont voulu créer était conforme aux idéaux de ce camp qui a gagné, basés sur la défense de la démocratie et des droits de l'homme. Ces gens qui ont quitté l'Europe ont voulu emporter avec eux sa meilleure part".

jaccusebarnaviLa projection a été suivie d'un débat avec le Prof. Dina Porat, Directrice du Centre Kantor de l'Université de Tel-Aviv pour l'étude du judaïsme contemporaine et historienne principale du Yad Vashem, qui, après avoir qualifié le film d'excellent, a détaillé cinq points qui a ses yeux, font qu'il est très pertinent aujourd'hui. Tout d'abord, il aborde le thème de la loyauté des Juifs envers le pays dans lequel ils vivent, toujours remise en question :"Récemment encore le Président Trump a posé la question de savoir si les Juifs américains sont plus loyaux à l'Amérique qu'à Israël, spécifiant qu'il les croyait d'avantage loyaux à Israël. Au Centre Kantor, nous publions chaque année un rapport sur l'antisémitisme dans le monde, et nous savons que cette remise en cause existe aujourd'hui". Par ailleurs, de nos jours, les Juifs sont plus actifs qu'ils ne l'étaient à l'époque de Dreyfus et ne se taisent plus. Ils quittent la France, la Suède, l'Irlande, l'Amérique du sud etc. "Contrairement à ce qui s'est passé à l'époque de Dreyfus, aujourd'hui les Juifs luttent activement contre l'antisémitisme, et partent".

L'importance d'une justice indépendante

Le troisième point mis en valeur par le Prof. Porat est la responsabilité des intellectuels, incarnée par Emile Zola, condamné à un an de prison pour son intervention, et qui a dû s'enfuir en Grande-Bretagne à une incarcération. "Zola est un intellectuel qui a pris sa responsabilité. Aujourd'hui, les intellectuels doivent également avoir le courage de parler haut et fort contre l'antisémitisme, et lutter comme Zola l'a fait. Se comporter autrement reviendrait pour eux à un abandon de leur responsabilité".

jaccusepublicLe Prof. Porat a également évoqué le déchirement de la société française de l'époque en deux camps, d'une part les Dreyfusards, intellectuels et libéraux, de l'autre l'armée et le gouvernement. "Aujourd'hui, en particulier dans les pays démocratiques, il arrive souvent que les sociétés se divisent et se polarisent en deux groupes, comme c'est le cas actuellement aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne au sujet du Brexit. C'est là que le pouvoir judiciaire doit remplir son rôle, pour que les divisions de la société puissent s'exprimer sans en arriver à la violence, qui est la fin de la démocratie. Le cas Dreyfus montre l'importance d'une justice indépendante, qui fonctionne selon des valeurs, contrairement au pouvoir judicaire de l'époque qui obéissait au gouvernement et à ses ministres".

Enfin, elle conclut sur l'importance pour les Juifs de lutter pour l'ensemble des minorités: "Le respect des minorités est un éléments essentiel de la démocratie, et l'on a vu les graves conséquences que sa négation présente pour les Juifs. C'est pourquoi ceux-ci doivent lutter non seulement pour leurs droits propres, mais aussi pour ceux de toutes les minorités. C'est la leçon de ce film".

 

Photos:

1. De gauche à droite: le Prof. Elie Barnavi, l'Ambassadeur de France en Israêl,  Eric Danon et le Prof. Dina Porat (Crédit: Agnès Goldman).

2.  Le Prof. Elie Barnavi (Crédit: Noa Sitbon).

Un professeur de l'Université Libre de Bruxelles à l'Université de Tel-Aviv

Le Prof. Emmanuelle Danblon, spécialiste de rhétorique à l'Université Libre de Bruxelles (ULB), a donné récemment deux conférences, l'une à l'Ambassade de Belgique, à l'initiative de l'Association francophone de l'Université de Tel-Aviv et de sa directrice Agnès Goldman, en présence de l'Ambassadeur de Belgique en Israël Olivier Belle, sur "Les nouveaux visages de la conspiration"; la seconde dans le cadre du groupe de recherche ADARR de l'UTA, dirigé par le Prof. Ruth Amossy, sur "La post-vérité".

Agnesmanuolivier"Cette conférence est la deuxième organisée par l'Association dans la Résidence de l'Ambassadeur de Belgique. La première avait été donnée par le Prof. Guy Haarscher, spécialiste de philosophie du droit", rappelle le Prof. Ruth Amossy, qui explique que Guy Haarscher comme Emmanuelle Danblon sont les continuateurs d'un grand professeur de l'ULB, Chaïm Perelman, auteur de La nouvelle rhétorique et à l'origine de l'Ecole de Bruxelles, école de pensée qui s'illustre dans le domaine des sciences humaines. Le Prof. Emmanuelle Danblon, représente la troisième génération des élèves de Chaim Perelman.

Directrice du GRAAL, groupe de recherche en argumentation et en linguistique, le Prof. Danblon est l'auteur de nombreux ouvrages fondamentaux dans ce domaine: Rhétorique et rationalité (2002, Prix de la Fondation Perelman), Argumenter en démocratie (2004), La fonction persuasive (2005), Les rhétoriques de la conspiration (2010), L'homme rhétorique (2013).

Une théorie du complot peut être démontée sur le plan argumentatif sans perdre son efficacité auprès du public

En amont de sa conférence, elle a présentée l'Ecole de Bruxelles dont elle est l'héritière : " Chaïm Perelman a produit son œuvre au milieu du 20e siècle, après la deuxième guerre mondiale, partant d'un constat très important : le type de rationalité que nous avons appris à l'école et dont nous avons hérité avec le modèle cartésien ne peut rien contre la propagande de masse et toutes les dérives de la manipulation. Je voudrais aujourd'hui essayer de remettre ce message au gout du jour à propos, non plus cette fois de la propagande hitlérienne, mais d'un phénomène d'actualité qui doit retenir toute notre attention: la question du conspirationisme et des théories du complot".

Danblon ambassadeSelon elle, l'Ecole de Bruxelles se démarque du courant normatif hérité des philosophes du monde anglo-saxon qui mettent l'accent sur un idéal de rationalité et sur des critères de validité des raisonnements. Pour eux, les théories du complot sont basées sur des erreurs de raisonnement et de jugement (les fallacies), et donc si l'on trouve le moyen de débusquer celles-ci, la vérité éclatera au grand jour. A côté de cette conception normative, explique le Prof. Danblon, il existe une autre école également répandue dans le domaine de la rhétorique: celle qui organise des concours d'éloquence, qui, certes, apprennent aux jeunes à prendre la parole, mais les obligent à produire des raisonnements sur des sujets abstraits déconnectés de la réalité : "Notre propre approche rhétorique présente quatre caractéristiques importantes. Elle est technique: nous enseignons une boite à outils et la façon de les utiliser. Elle est politique, car nous voulons qu'il y ait un lien direct avec les problèmes du moment. Elle est euristique, car elle présente une volonté de faire en sorte qu'on puisse toujours découvrir de nouveaux arguments. Enfin, elle est humaniste, c'est-à-dire qu'elle a le projet de servir à l'amélioration de la société".

Pour le Prof. Danblon, le conspirationisme est un objet d'étude qui s'impose à cette approche: " C'est l'idée selon laquelle on peut voir des complots partout. Plusieurs disciplines s'y intéressent: historiens et philosophes essaient de rétablir la vérité factuelle, les psychologues essaient d'en comprendre les bénéfices émotionnels. Le rhétoricien, lui, va essayer de saisir les raisons de l'efficacité de ce type de discours. C'est très important car le fait qu'une théorie du complot puisse être démontée sur le plan de sa validité argumentative ne va pas pour autant lui faire perdre son efficacité auprès du public".

"Les théories du complot nous permettent de regagner une partie de notre besoin de donner du sens aux choses"

Quelle va être l'attitude du rhétoricien face aux théories du complot ? "Tout d'abord, il faut résister à la tentation normative qui va chercher à débusquer les erreurs de raisonnement dans ces théories, car comme les 'complotistes', nous avons nous-mêmes tendance à interpréter les indices. Or, le raisonnement par l'indice, s'il a l'avantage d'être rapide et souple, repose trop sur les intuitions qui peuvent nous tromper, et donc son degré de fiabilité n'est pas certain. La solution que je préconise, c'est non pas de condamner nos intuitions, mais de les mettre à l'épreuve de la critique. Les théoriciens du complot passent insensiblement de l'indice à la preuve. Par exemple le 'complot de la lune', qui partant de 'l'indice' du drapeau américain planté sur l'astre qui flottait malgré l'absence d'atmosphère sur la lune, en déduisait que l'épisode du débarquement sur la lune était une énorme supercherie montée par la NASA; le drapeau flottant transformé en indice se donnant comme une preuve à partir de laquelle on induit l'existence de tout un complot caché".

DanblonpublicLe Prof. Danblon dresse ensuite un portrait du conspirationniste, qui emprunte à deux visions du monde différentes: "une vision archaïque où l'on retrouve un monde déterministe dans lequel tout est à sa place et tout a du sens, avec en plus l'idée de forces occultes, le mécanisme du bouc émissaire et une conception de la politique en termes de rapport de force où la citoyenneté est un combat et pas une coopération. La seconde topique est un emprunt à la vision du monde moderne, comportant un goût prononcé pour la critique et le raisonnement, et même un appel à la responsabilité citoyenne : on nous cache des choses, mais nous sommes en droit de les connaitre et de les révéler. Ces deux topiques présentent un caractère désenchanté: nous sommes, nous les modernes, orphelins de sens et d'horizon, et quelque part, par des voies biaisées, les théories du complot vont nous permettre de regagner une partie de notre besoin de donner du sens aux choses".

"Il ne suffit pas de s'intéresser au logos, aux arguments rationnels exposés par l'orateur, il faut aussi tenir compte de l'ethos du pathos"

Comment repérer les complotistes à travers le discours ? Ici, le Prof. Danblon se tourne vers la rhétorique d'Aristote, reprise et développée par Perelman, basée sur les trois 'preuves': logos, ethos, pathos. Il ne suffit pas de s'intéresser au logos, aux arguments rationnels exposés par l'orateur, il faut aussi tenir compte de l'ethos, l'image qu'il montre de lui à son auditoire en présentant son discours, et du pathos, ensemble des émotions et sentiments qu'il fait naitre chez son public. Selon le Prof. Danblon, l'ethos conspirationniste est celui d'un intellectuel, expert, indépendant, marginal, guide et prophète: "Il se présente comme quelqu'un qui est capable de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas, et surtout de déceler dans la masse d'indices autour de nous des choses que tout le monde ne voit pas". Quant aux émotions crées par le discours conspirationniste, elles sont toujours contradictoires et 'douces-amères' : " L'émotion type suscitée par ce genre du discours est le ressentiment, c'est-à dire le sentiment que nous sommes incapables de lutter contre les choses qui arrivent, parce que les forces occultes sont beaucoup trop puissantes; mais en même temps, il y a un sentiment de fascination et d'envie face à ceux qui 'dirigent' le grand complot. On remarque également des émotions qui relèvent à la fois de la peur et du soulagement: d'un côté on nous dit qu'il existe des gens très puissants qui sont en train de fomenter des choses par derrière, de l'autre que l'on va tout à coup nous révéler les raisons pour lesquelles nous ne comprenons rien à cette situation". Pour déconstruire le discours conspirationiste, il ne suffit donc pas de s'intéresser à son logos en démontant les différences entre indice et preuve; il faut aussi tenir compte de ses stratégies d'ethos et de pathos.

Enfin, autre mécanisme essentiel: l'effet de révélation ("Je vais vous expliquer ce qui s'est passé"), dont la puissance joue un rôle important dans l'efficacité de ce discours.

Pour illustrer son propos, le Prof. Danblon passe ensuite à l'analyse d'un cas pratique: le procès en cour d'Assise de Mehdi Nemmouche suite à l'attentat du Musée juif de Bruxelles, au cours duquel quatre personnes ont été assassinées. " Les avocats de l'inculpé on plaidé le complot, d'abord du Mossad, puis international, stratégie qui aurait pus être efficace, car les jurés ne sont pas des experts mais des personnes comme vous et moi susceptibles d'être convaincues par des stratégies argumentatives relevant aussi bien du logos que du pathos et de l'ethos. De plus, ce procès était extrêmement médiatisé, l'avocat de Nemmouche se présentant comme un grand justicier, et les avocats de la partie civile craignaient, non pas que Nemmouche ne soit pas condamné car il y avait suffisamment de preuve pour cela, mais que le discours médiatisé de son avocat ne fascine l'opinion publique et qu'il obtienne sinon une victoire juridique, du moins un succès politique et médiatique; ce qui ne fut heureusement pas le cas".

Le Prof. Danblon termina sa brillante conférence à l'ambassade par une citation d'Antonio Gramsci: "Le vieux monde se meurt. Le nouveau monde tarde à paraitre. Et dans ce clair-obscur surgissent les monstres".

 

'Ce que la post-vérité n'est pas'

Sa communication présentée dans le cadre du groupe de recherche francophone ADARR (Argumentation, Rhétorique et Analyse du Discours), d'ordre plus philosophique, proposait un questionnement passionnant sur le thème de la post-vérité, ou plutôt comme l'indiquait le titre de la conférence :"Ce que la post-vérité n'est pas".

Partant d'une définition du Dictionnaire d'Oxford qui caractérise la "post-vérité", nouveau concept apparu en 2017, comme une situation dans laquelle: "les faits objectifs ont moins d'influence que les appels à l'émotion et les opinions personnelles pour modeler l'opinion publique", le Prof. Danblon chercha tout d'abord à réhabiliter les émotions dans la rhétorique: "En arrière-plan de cette définition négative on retrouve une condamnation des émotions. Or je pense qu'il y a un grand danger à rechercher la culpabilité des émotions et des intuitions dans les phénomènes rhétoriques".

Poussant plus loin sa réflexion, elle nous présente comme les héritiers de deux visions du monde : la modernité, et la postmodernité. La modernité a cherché à effacer le besoin de vraisemblance poétique défini par Aristote, qui relevait du domaine du probable et de l'acceptable et tenait compte des croyances, des opinions et des représentations en vigueur, pour le remplacer par la recherche de la Vérité. Or, pour le Prof. Danblon : "C'est une grave erreur de penser que nous n'avons pas besoin du vraisemblable, car dès lors, la notion prend de nouveaux visages, comme la représentation d'un monde juste et contrôlable, ou bien la résistance imaginative, déni du réel et refus de l'accepter tel qu'il est". A ses yeux, la vraisemblance poétique d'Aristote doit venir au secours de la vérité, pour nous permettre de la 'supporter' :"C'est l'usage de la poétique qui nous permet de vivre", dit-elle. La postmodernité, elle, a fustigé la notion de Vérité pour la remplacer à son tour par le relativisme, dans une conception où tout devient discours et points de vue.

Nous sommes donc aujourd'hui dans l'ère de la post-vérité. Plutôt que de s'attaquer à qu'elle est, le Prof. Danblon préfère définir 'ce qu'elle n'est pas'. Ce n'est ni le mensonge, propagande noire, qui prend l'apparence de vérité, ni la propagande blanche, qui assume ouvertement son origine, basée sur l'absence de démocratie, ni le politiquement correct. "Nous avons voulu nous passer de la vraisemblance, mais elle revient sous des formes pathologiques, comme les fake news, ou les 'faits alternatifs' proposés par l'administration Trump, création d'un monde où l'on aimerait vivre. Nous devons repasser par un apprentissage de la rhétorique pour réapprendre à fréquenter des représentations vraisemblables, plus proches de notre raison ".

 

Les activités de l'Association francophone de l'Université de Tel-Aviv reprendront à la rentrée avec un nouveau programme riche en évènements et en conférences, au bénéfice de bourses pour les étudiants de l'Université.

 

Photos: Ambassade de Belgique

Projection en avant-première d'Astérix pour les Amis francophones de l'Université de Tel-Aviv

Une projection en avant-première israélienne du film Astérix et le Secret de la potion magique, organisée par l'Association des Amis francophones de l'Université de Tel-Aviv et sa directrice Agnès Goldman, a eu lieu hier 16 juin dans la salle CinémaMax du Cinema City Glilot. Le public, composé d'adultes et d'enfants, a pu ce réjouir de la qualité et de l'humour de ce long métrage, César du meilleur film d'animation pour 2019, qui sortira sur les écrans israéliens en octobre.

ObelixÀ la suite d’une chute lors de la cueillette du gui, le druide Panoramix décide qu’il est temps d’assurer l’avenir du village. Accompagné d’Astérix et Obélix, il entreprend de parcourir le monde gaulois à la recherche d’un jeune druide talentueux à qui transmettre le Secret de la Potion Magique…

Le film, œuvre originale réalisé par Alexandre Astier, avec la voix de Christian Clavier dans le rôle d'Astérix, n'est basé sur aucun album en particulier, mais sur l'ensemble des aventures d'Astérix, bande dessinée créée en 1959 par René Goscinny et Albert Uderzo. Sorti en France en décembre 2018, il a reçu le César du meilleur film d'animation en 2019 et a déjà réalisé un box office de plus de 47 millions de dollars.

"Ce soir nous sommes tous des enfants", a déclaré Agnès Goldman qui a remercié la Israel Discount Bank pour son soutien ainsi que le distributeur du film en Israël. Elle rappelle que le but de l'Association est de créer un pont entre la France et Israël, de faire connaitre aux francophones les recherches de l'Université de Tel-Aviv et de financer des bourses d'étudiants. "En 2018 nous avons pu financer 10 bourses grâce à nos évènements et espérons doubler ce chiffre en 2019. La soirée de ce soir permettra probablement d'en assurer une supplémentaire. Donner une bourse change une vie".

Le film sortira sur les écrans israéliens en octobre.

Agnes