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Hommage au village du Chambon-sur-Lignon, Juste parmi les Nations, à l'Université de Tel-Aviv

Dans le cadre de la Saison croisée France-Israël 2018, une riche et passionnante journée d'étude sur le thème "Ecrivains et penseurs autour du Chambon-sur-Lignon, Juste parmi les Nations" s'est déroulée à l'Université de Tel-Aviv le lundi 29 octobre 2018. Organisée par les Amis français et les Amis francophones de l'Université, en collaboration avec le Programme de culture française, et avec le soutien du Ministère des Affaires Étrangères israélien et de l'Institut français, elle avait pour but de rendre hommage à ce village de Haute-Loire à majorité protestante qui a massivement sauvé des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, et abrité un grand nombre d'intellectuels de premier plan dont l'œuvre a marqué la pensée du 20e siècle. La journée a eu lieu en présence du Prof. Yaron Oz, Recteur de l'Université de Tel-Aviv, de Madame Barbara Wolffer, directrice de l'Institut français, de M. Emmanuel Halpérin, Commissaire général de la Saison croisée et de Madame Eliane Wauquiez-Motte, Maire du Chambon-sur-Lignon, avec la participation de nombreux chercheurs israéliens et français ainsi que de descendants de témoins des évènements.

stella birnbaum maire 2Elle a été suivie par un public nombreux, qui a exprimé son intérêt ainsi que son admiration pour la remarquable tenue intellectuelle d’un événement combinant la recherche scientifique et l’émotion suscitée par un épisode exceptionnel de l’Histoire de France et des Juifs.  

Cet évènement a été initié et coordonné par le Prof. Ruth Amossy, professeur émérite de l'Université de Tel-Aviv, et le Prof. Dina Porat, Directrice du Centre Kantor pour l'Etude du Judaïsme contemporain de l'Université, avec l’aide du Prof. Nathalie Heinrich, commissaire de l'exposition "Ecrivains et penseurs autour du Chambon-sur-Lignon" et du Prof. François Heilbronn, Président de l'Association française de l'Université de Tel-Aviv et Vice-président du Mémorial de la Shoah.

"Une bravoure collective"

"Il s'agit d'un évènement très important et très particulier pour nous", a déclaré le Prof. Yaron Oz, qui a souligné son contraste avec les récents évènements de Pittsburg. "A l'Université, nous luttons nous aussi pour transmettre à nos étudiants les valeurs de pluralisme et d'espoir en l'humanité".

maire"L'histoire de ce village est celle d'une bravoure collective, à laquelle est également venue se greffer une vie intellectuelle intense", a relevé Barbara Wolffer, qui a remercié l'Université de Tel-Aviv et l'Association des Amis francophones et français "partenaires précieux qui font vivre la langue et la culture française en Israël et contribuent au développement des liens entre les deux pays".

"Ces derniers temps, sont publiés en France un certain nombre d'ouvrages qui mettent en exergue l'aspect négatif des relations entre la France et les Juifs, et il est naturel que nous rendions également hommage aux ceux qui ont contribué à les protéger", a remarqué Emmanuel Halpérin. "Les habitants du Chambon ont sauvé des individus non pas parce qu'ils étaient juifs, mais parce qu'il s'agissait d'êtres humains. Je pense que le village mériterait aussi de recevoir le Prix Nobel de la Paix".

Eliane Wauquiez-Motte, maire de Chambon-sur-Lignon a pour sa part déclaré qu'elle était "honorée que cet évènement ai compté parmi ceux de la Saison croisée France-Israël et nous permette de présenter l'histoire de notre village. Les habitants de cette zone rurale pauvre à forte majorité protestante ont accueilli, hébergé et sauvé des milliers de réfugiés juifs d'origine étrangère ou française pendant la guerre. Cette vaste opération de sauvetage a été le fait de centaines de personnes : pasteurs, paysans et habitants qui ont agi à titre individuel ou dans le cadre de multiples réseaux d'entraide. Il n'y a eu aucune dénonciation et, à l'exception de la rafle de 1943, aucun réfugié juif n'a été déporté ni arrêté. Cependant, cette histoire, qui a concerné des centaines de personnes, a été tue après la guerre. Ces gens sont des 'taiseux' qui ont agit comme il l'on fait 'parce qu'il fallait le faire'".

L'importance du protestantisme

La maire retrace ensuite le long déroulement qui a abouti à la création du musée de Chambon, lieu unique dédié à l'histoire des Justes et des résistants pendant la Seconde guerre mondiale, qui s'étend sur 400 m²: "Il a fallu attendre les années 70 pour que l'histoire refasse surface. Mais notre musée n'a vu le jour qu'en 2013, soixante-dix ans après la guerre. Il est le résultat de la volonté de sauver l'Histoire de l'oubli et de transmettre aux jeunes générations. Nous l'avons appelé non pas 'musée', mais 'Lieu de Mémoire', car les habitants ne voulaient pas être considérés comme des héros. Chez nous, contrairement aux autres villages de France, aucune rue ne porte le nom de personnes. Nous avons fait le choix de raconter un récit collectif plutôt que celui d'individus. L'histoire du Chambon permet de ne pas désespérer de la nature humaine face à l'horreur de la Shoah", conclut-elle.

Groupe 1

La première partie de la journée a été dédiée à un hommage au Chambon. "Un village qui comptait 2300 personnes en a sauvé de 3000 à 5000", a relevé le Prof. Dina Porat. "Les opérations de sauvetage au village, situé dans le sud-est de la France, à proximité de la frontière avec la Suisse, ont débuté en juillet 42, alors qu'Auschwitz commence à fonctionner et que les Allemands tentent de regrouper les Juifs de France lors de la rafle du Vel d’Hiv. Elles impliquaient non seulement de cacher les réfugiés, mais aussi de les nourrir et de leur procurer de faux papiers". Egalement historienne en chef du Yad Vashem, le Prof. Porat explique ensuite les critères selon lesquels cette institution décerne le titre de Juste parmi les Nations : le sauveteur a mis en danger sa vie ou son statut, sans l'espoir d'en retirer une quelconque compensation, financière ou autre. D'autre part, le récit des faits doit venir de témoignages directs. Enfin, la première condition est qu'il s'agisse de personnes non juives. De plus, le Yad Vashem ne décerne généralement pas le titre à des organismes, mais à des personnes. Dans le cas du Chambon, des arbres ont été plantés au nom du pasteur André Trocmé et de sa femme Magda, ainsi qu'à celui de 30 autres personnes du village. De plus, en 1990, le Yad Vashem décide d'octroyer une reconnaissance collective au village, sous la forme d'un jardin comprenant un mémorial.

"Une lumière dans un monde de ténèbres"

Selon le Prof. Porat, le Yad Vashem a jusqu'à présent reconnu le titre de Juste à 26 000 individus. " Ces personnes n'ont en commun ni leur âge, ni leur niveau d'éducation, ni leur statut social", relève-t-elle. "Peut-être l'adhérence aux valeurs chrétiennes, mais pas toujours". Cependant, elle relève l'importance du protestantisme dans l'épisode du Chambon, village peuplé de descendants des Huguenots persécutés pendant des siècles par les catholiques pour raison religieuse. "Les habitants ont vu dans les Juifs des compagnons de misère qu'ils avaient le devoir d'aider. A ce titre, le pasteur Trocmé, son épouse Magda et leur cousin Daniel, mort en déportation après la rafle de 1943, ont constitué en quelque sorte des guides spirituels et des modèles de comportement. Malheureusement ces personnes sont restées une minorité, sinon notre histoire aurait été différente. Six millions de Juifs ont été exterminés. Mais ceux qui ont été sauvés apportent une lumière dans cette obscurité".

Public"Le Chambon est un lieu central de l'honneur de la France, une lumière dans un monde de ténèbres", a déclaré le Prof. François Heilbronn. "Il représente la France telle qu'on l'aime : libre et résistante. Ces habitants sont la preuve qu'il y avait une autre France qui n'oubliait pas les valeurs de Liberté, Egalité, Fraternité. C'est pourquoi c'est l'un des deux seuls villages au monde reconnus comme Juste parmi les Nations". Le Prof. Heilbronn souligne les liens entre le village et le Mémorial de la Shoah, depuis la création en 1943 de son ancêtre, le Centre de Documentation Juive Contemporaine, par le grand historien Léon Poliakov, alors l'un des résistants les plus actifs du Chambon. "Aujourd'hui nous rendons hommage à ce petit Plateau du Vivarais où de fiers Protestants ont su tendre la main, symbole de la solidarité entre ces deux minorités françaises aux valeurs communes de tolérance, fraternité, d'étude et de résistance face à l'oppression".

Témoignages de descendants

Le Prof. Nathalie Heinich, auteur du beau catalogue Écrivains et penseurs autour du Chambon-sur-Lignon et curatrice de l'exposition du même nom qui s'est déroulée cet été au Lieu de Mémoire du village, explique que son père, protestant, a lui-même été réfugié sur le Plateau du Vivarais-Lignon, haut lieu du protestantisme. "Il s'agit d'un lieu isolé à 1000m d'altitude, dont le train a compensé l'isolement", raconte-t-elle. Pagnol et Camus y ont séjourné, Paul Ricœur, prisonnier de guerre, y prend à la Libération son premier poste de professeur de philosophie, au Collège Cévenol, créé par le Pasteur Trocmé. Alexandre Grothendieck qui deviendra le plus grand mathématicien français du 20e siècle y arrivera en 1942 par le Secours suisse. André Chouraqui, et Jules Isaac qui obtiendra du Pape la suppression des homélies antisémites dans les prêches y ont également séjourné. Le philosophe Jacob Gordin, considéré comme le précurseur du renouveau de la pensée juive en France, y crée l'"Ecole des Prophètes". Le Prof. Heinich énumère ensuite la liste impressionnante des chefs-d'œuvre de la littérature et de la pensée du 20e siècle qui ont été écrits sur le Plateau, dont La Peste de Camus, La femme du boulanger de Marcel Pagnol etc…

Annie IsabelleUne partie de cette session a été consacrée aux témoignages de descendants des enfants cachés. Laurent Dassault, Directeur général délégué du groupe Dassault, a raconté avec beaucoup d'émotion que sa mère a été cachée dans une maison au Chambon en aout 1944, et a évoqué la manière insolite dont il a découvert son histoire, qu’elle ne lui avait jamais racontée. Ariane Bois, romancière, auteur de Sans oublier, fait état du double héritage qui la rattache à la tradition du Chambon : "La famille de mon père, protestante, vient de la proche commune de Dieulefit, et ses membres ont été formés au Collège Cévenol du Chambon. Ma mère, juive, a été cachée pendant la guerre dans un pensionnat catholique en Normandie. Ses silences, ses craintes, ses moments d'absence, m'ont fait pressentir ce que pouvaient ressentir ces enfants cachés réfugiés dans le silence; la honte non pas d'avoir été Juifs, mais d'avoir été des victimes. Dans mon roman, Sans oublier, je raconte l'histoire d'une jeune femme qui part à la recherche du secret de sa mère après la mort de celle-ci, sur les traces d'un enfant caché. C'est un roman sur le deuil, la résilience et le courage. Je suis heureuse d'avoir pu recréer, par ce roman, ce lien entre l'histoire de mon père et celle de ma mère".

"Pour que nos enfants sachent aussi ouvrir leur porte"

Lors de l'intervention suivante, également très émouvante, le Prof. Emmanuel Grupper, de l'Academic College de Kiryat Ono, a raconté l'histoire de sa mère Claire Grupper, alors enceinte de lui, cachée au Chambon pendant un an et demi. "La communauté juive de Roanne dont je suis issu a été sauvée grâce à la population du Chambon. Mais ce n'est que dans les années 80 que nous avons réussi à renouer des liens avec cette famille". Le Prof. Grupper œuvre alors pour faire reconnaitre Fernand et Hélène Court, qui ont recueilli sa mère, comme Justes parmi les Nations. C'est ainsi que leurs descendants, notamment leur fille Isabelle et leur nièce Annie, venues spécialement à la Journée d’étude, ont eu connaissance de la bravoure de leurs parents pendant la guerre. "Sinon nous n'aurions jamais entendu parler de cette histoire", commente Annie Court. "Notre famille a fait cela sans rechercher de gloire", ajoute Isabelle. "Quand j'ai questionné mon père il n'avait rien à dire tellement tout semblait simple et évident. Mais à présent nous avons envie de raconter, pour que nos enfants sachent aussi ouvrir leur porte".

CompagnonLors de la session suivante, présentée par le Prof. Nadine Kuperty-Tsur, Directrice du Programme de culture française de l'UTA, le Prof. Patrick Cabanel, directeur d'Etudes à l'Ecole pratiques des Hautes Etudes (EPHE), a mis en lumière les 'affinités électives' en Juifs et Protestants en France. "Entre 10 et 11% des Justes de France sont des Protestants, alors que ceux-ci ne représentent que 1% de la population française", dit-il. Le Prof. Cabanel explique cette anomalie statistique par les tendances philosémites du protestantisme des Huguenots. "Il s'agit d'un philosémitisme théologique lié à Jean Calvin, premier théologien chrétien qui a réussi à sortir de l'antijudaïsme, et a connu l'exil pendant toute sa vie. On pourrait également le définir comme dreyfuso-laïco-républicain. L'adversaire est le même que pour les Juifs : le catholicisme antisémite, vers lequel tendait Vichy. Les Protestants d'alors pensaient que le régime se retournerait contre eux après en avoir fini avec les Juifs. Les Protestants d'aujourd'hui ont certes changé, et se sentent plus Français que Protestants. Mais il reste quand même dans le protestantisme français un groupe profondément fidèle aux Juifs et à Israël".

La seconde partie de la journée a été consacrée aux intellectuels et écrivains qui se réfugièrent au Chambon pendant la guerre. Le Prof. Antoine Compagnon du Collège de France a présenté le séjour sur le Plateau d'Albert Camus, arrivé en aout 1942 pour soigner sa tuberculose, qui s'y retrouvera "coincé" jusqu'en novembre 1943 suite au débarquement des Alliés en Afrique du nord l'empêchant de rejoindre Oran, sa ville natale. "C'est pour lui un séjour d'enfermement, un 'loisir lettré'. Il lit Proust, Kafka et la Bible, et commence à y rédiger La Peste et Le Malentendu". Cependant, selon le Prof. Compagnon, il faut être prudent quant à l'influence de la Résistance sur l'écrivain à cette époque : "Ses biographes sont très partagés à ce sujet. Les indices sur son engagement à cette période sont très ténus. La Peste a été un roman très attaqué pour son caractère de 'bons sentiments' et non d'action. Camus n'était pas profondément engagé à cette époque ; il le sera dès son arrivée à Paris en 1943".

L''Ecole des Prophètes'

WormsLes sessions suivantes, présentées par le Prof. Renée Poznanski, titulaire de la chaire Avnon d'Etudes sur l'Holocauste de l'Université Ben Gurion du Néguev, ont été consacrées aux intellectuels juifs réfugiés près du Chambon entre 1939 et 1945. Le Prof. Frédéric Worms, Directeur-adjoint pour les Lettres de l'ENS, a présenté "la constellation intellectuelle du Chambon", et tenté de déceler sa signification. "Ce n'est pas seulement un moment de la rencontre entre le judaïsme et la France au 20e siècle, c'est un passage secret entre les deux cultures. Du capitaine Dreyfus à l'éthique de Levinas, tout se rassemble dans ce corridor dérobé au cœur de la France pendant la seconde guerre mondiale". On y retrouve Jules Isaac dont toute la famille a été ensuite raflée à Clermont-Ferrand, et Léon Poliakov, le grand historien de l'antisémitisme, pionnier de l'histoire de la Shoah. Emmanuel Levinas, prisonnier de guerre en Allemagne, "y sera présent à travers les intellectuels juifs, dont Jacob Gordin et Georges Varda qui fonderont 'l'Ecole des Prophètes' dans l'aile d'une ferme désaffectée de Chaumargeais, à quatre kilomètres du Chambon, où ils donneront des leçons talmudiques et des cours de philosophie juive jusqu'en 1944. Chacun apporte un moment de l'histoire intellectuelle. Ils ont en commun un retour à une éthique absolue à travers le judaïsme, face au mal absolu, l'antisémitisme. Tous dessinent la constellation du Chambon qui est encore la nôtre".

Leo CoryLe Prof. Leo Corry, Doyen de la Faculté des Lettres de l'UTA, a consacré son intervention à la figure haute en couleurs d'Alexandre Grothendieck, génie des mathématiques et pionnier du mouvement écologiste. Né en Allemagne d'un père russe de famille orthodoxe qui sera déporté en 1942 et d'une mère anarchiste d'origine protestante, il grandit chez un pasteur antinazi, et sera caché au Chambon de 1942 à 1944. Dans ses mémoires, Récoltes et Semailles, publiées en 1985, il racontera comment les réfugiés sont parvenus à survivre grâce au sentiment de solidarité. Lié à Laurent Schwarz, puis au groupe de Nicolas Bourbaki, Grothendieck va révolutionner le domaine de la géométrie algébrique. Lauréat de la médaille Fields en 1966, il refusera de se rendre en Russie pour la recevoir. Rompant avec les institutions, il rejoint alors les milieux contestataires et écologistes. Le Prof. Cory a mis en valeur la vie très particulière de ce personnage, fondateur de la mathématique moderne, et en même temps révolté et critique vis-à-vis de la science.

"Une épopée de l'histoire de france contre celle de la honte et de la compromission"

La présentation du Prof. Pierre Birnbaum, de l'Université Paris I-Sorbonne, a porté sur Léon Poliakov et son rapport au régime de Vichy. Issu d'une famille juive russe immigrée en France, Poliakov entre dans la Résistance en 1940, convoyant des juifs en danger vers le plateau du Chambon. Par la suite co-fondateur du Centre de Documentation juive contemporaine, il consacrera sa vie à étudier l'histoire de l'antisémitisme et sera un pionnier de l'étude de la shoah. Cependant, ses positions vis-à-vis du régime de Vichy sont complexes, explique le Prof. Birnbaum : "Poliakov hésite, écrivant parfois que Vichy applique les mesures allemandes avec plus que zèle, parfois arguant que le sort relativement plus clément des Juifs de France lui était dû. Sa position reflète la multiplication des variables qui rendent compte à la fois de la déportation des Juifs de France et de leur survie".

Birnbaum denisEnfin, le Dr. Denis Charbit de l'Université Ouverte d'Israël à Raanana a présenté André Chouraqui, connu pour sa traduction de la Bible dans les années 70, qui a rejoint la Résistance de 1942 à 1944, avec pour mission de placer des enfants juifs amenés par l'OSE. A Chambon, il rejoindra l'Ecole des Prophètes. "L'épisode du Chambon a marqué toute la démarche de Chouraqui jusqu'à sa mort", explique le Dr. Charbit. "Fidèle à son engagement, il continuera de lier son destin à celui des jeunes en devenant par la suite le délégué permanent des écoles de l'Alliance Israélite Universelle. Son passage à l'Ecole des Prophètes de Chaumargeais a été capital pour son parcours intellectuel. Il existe une continuité entre l'effervescence intellectuelle de l'Ecole et le renouveau de la pensée judaïque de la fin des années cinquante. De plus le séjour en milieu protestant a probablement muri son projet de traduction de la Bible. Enfin, pour Chouraqui les prémisses d'un dialogue interreligieux sont nés de la fraternité et de la compréhension trouvée chez les habitants du Chambon".

"L'épisode du Chambon constitue une épopée de l'histoire de France contre celle de la honte et de la compromission. L'Ecole des Prophètes a constitué un horizon d'espérance qui souligne la nécessité de seconder la résistance armée par l'action esthétique, philosophique et intellectuelle, nourritures spirituelles porteuses et créatrices de sens dans un contexte ambiant qui poussait l'humanité à agir à rebrousse-poil du réel. Enfin, il met en lumière l'élite des 'petits', des 'sans-grades' grâce auxquels il a été possible de ne jamais désespérer de l'homme malgré la barbarie du siècle", conclut le Dr. Charbit.

Cette journée réussie, très riche et en même temps très émouvante, s'est terminée par la projection de la version courte du documentaire de Pierre Sauvage "Les armes de l'esprit".

Elle a été suivie d'un cocktail offert par la Israel Discount Bank.

 

Sur les photos, en partant du haut, de gauche à droite:

- Le Prof. Ruth Amossy (UTA), Laurent Dassault et Madame Eliane Wauquiez-Motte, Maire du Chambon

Madame Eliane Wauquiez-Motte

- Prof. Dina Porat (UTA), Prof. Ruth Amossy, Prof. François Heilbronn, Prof. Pierre Birnbaum (Sorbonne), Ariane Bois-Heilbronn, Prof. Renée Poznanski (BGU), Dr. Denis Charbit (OpenU), Prof. Antoine Compagnon (Collège de France). Au premier rang: Prof. Frédéric Worms (ENS), Prof. Patrick Cabanel (EPHE).

- Annie et Isabelle Court, descendantes de Fernand et Hélène court, Justes parmi les Nations.

- Prof. Antoine Compagnon

- Prof. Frédéric Worms

- Prof. Leo Corry (UTA)

- Prof. Pierre Birnbaum et Dr. Denis Charbit

 

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Diner de gala de l'Association française de l'Université de Tel-Aviv pour la pré-ouverture de l'Hôtel Lutetia

Les Amis français de l'Université de Tel-Aviv ont organisé la semaine dernière un prestigieux dîner de gala à l'occasion de la réouverture de l'Hôtel Lutetia, emblématique établissement de la Rive Gauche de Paris, en présence de Bruno Le Maire, ministre de l'Économie et des Finances, invité d'honneur, de Dominique Perben, ancien ministre de la Justice, du Prof. Joseph Klafter, Président de l'Université, et du Prof. François Heilbronn, président des Amis français.

Gala Lutetia 7.18Participaient également au diner le philanthrope et homme d'affaire israélien Alfred Akirov, docteur honoris causa de l'UTA, qui parrainait l'évènement, Claude Cohen-Tannoudji, Prix Nobel, Jean-Michel Wilmotte, l'architecte chargé de la rénovation de l'hôtel, Jean Robert Pitte, de l'Académie des Sciences Morales et Politiques, Amos Elad, Vice-président de l'UTA, ainsi que de nombreux membres de l'Association, des hommes d'affaires israéliens et des sympathisants et amis français.

 Le ministre Bruno Le Maire, qui a récemment visité l'Université de Tel-Aviv avec une délégation française, s'est vu remettre la médaille du Président de l'Université par le Prof. Klafter, en reconnaissance de son rôle central dans le renforcement des relations israélo-françaises, en particulier dans les domaines universitaires et économiques; de ses efforts pour combattre l'antisémitisme et le racisme en France et son engagement pour renforcer la position de la communauté juive de France; son précieux soutien à l'Association française de l'Université de Tel-Aviv depuis de nombreuses années; et son amitié chaleureuse et de longue date envers l'État d'Israël et le peuple juif.

L'événement a marqué la pré-ouverture de l'emblématique Hôtel Lutetia, lieu historique qui a eu droit à une nouvelle jeunesse après une fermeture de quatre ans pour rénovation. Initialement ouvert en 1910 pour loger les fournisseurs et la clientèle provinciale du Bon Marché, l'hôtel s'est vu réquisitionné par les forces d'occupation nazie pendant la seconde guerre mondiale. Fermé en 2014 pour travaux il a été restauré dans son décor Art nouveau par l'architecte renommé Jean-Michel Wilmotte et son équipe.

Dans son allocution, le Prof. Klafter a évoqué les liens internationaux de l'Université de Tel-Aviv qui permettent au monde de partager l'excellence scientifique et technologique israélienne, à un moment où certains gouvernements et groupes divers tentent d'isoler Israël. Il a également évoqué les efforts de l'Université pour restaurer l'image d'Israël dans le monde et mettre en valeur sa contribution positive au bien-être des populations du globe.

Le Prof. François Heilbronn a souligné le dynamisme des relations entre la France et Israël dans les domaines scientifiques, culturels et universitaires. Il a particulièrement insisté sur les relations académiques entre l'université de Tel-Aviv et les institutions françaises majeures comme Sciences Po, la Sorbonne, l'EHESS (Ecole des hautes études en sciences sociales) et d'autres.

 

Sur la photo, de droite à gauche : le Prof. François Heilbronn, Président de l'Association, le ministre de l'Economie et des Finances Bruno Le Maire, le Prof. Klafter, Président de l'UTA et l'homme d'affaires Alfred Akirov (Crédit: Samuel Saadoun)

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Les amis de l’Université de Tel-Aviv sur le chantier de fouilles de Megiddo

En avant-première de l'ouverture de la saison des fouilles, les Amis francophones de l'Université de Tel-Aviv se sont rendus sur l’impressionnant site archéologique de Megiddo, que leur a fait découvrir le Prof. Israël Finkelstein du Département d'archéologie de l'Université, co-directeur du chantier depuis vingt ans.

FinkelMegiddo est l’un des plus importants sites archéologiques en Israël et dans tout le Levant pour l’âge du bronze (3300 à 1200 BCE[1]) et du fer (1200 à 586 BCE – destruction du premier temple et exil à Babylone), c'est-à-dire la période biblique. Située en Basse-Galilée, en surplomb de la vallée de Jezréel, silo à grains de l'Israël antique, l'ancienne ville de Megiddo dominait les principales routes commerciales et militaires reliant l'Assyrie, Byblos et l'Egypte (la Route de la Mer, qui deviendra la Via Maris des Romains). C’est pourquoi on y retrouve des traces de peuplement allant du 7e millénaire jusqu'à 500 BCE, soit un empilement de couches archéologiques de 35 civilisations.

"Une icône culturelle"

Pour cette raison, le site de Megiddo a été le plus fouillé du Levant, depuis la mission de la German Society for Oriental Research (1903-1905) aux fouilles d'Yigaël Yadin dans les années 60, en passant par la grande expédition de l'Université de Chicago en 1925, financée par une donation de la famille Rockefeller. Les fouilles actuelles sont menées depuis 1994 par l'Université de Tel-Aviv, en collaboration avec l'Université de Pennsylvanie, et plus récemment le Collège de France. Le site comportant le plus de monuments intacts de la période biblique en Israël, l'Unesco l’a inclus en 2004 dans la liste du Patrimoine mondial comme représentant le monde de la Bible. Sur le chantier travaillent des étudiants de deuxième et troisième cycles de l’Université de Tel-Aviv et de diverses universités dans le monde.

Fouilles2Megiddo, explique le Prof. Finkelstein, est mentionnée dans toutes les archives étudiées par les historiens et les archéologues: les écrits bibliques, les inscriptions égyptiennes (période du bronze) et les sources assyriennes, car elle devient la capitale de l'Assyrie après la chute du royaume d'Israël en 722 BCE. Dans le nouveau Testament, Megiddo est le lieu de l'Armageddon (déformation de son nom hébreu ‘Har Megiddo’, la colline de Megiddo), où se déroulera la dernière bataille entre les forces du Bien et celle du Diable.

« Megiddo est une icône culturelle », explique le Prof. Finkelstein qui rappelle qu'elle fut choisie pour la première visite en Israël du représentant officiel de l'Eglise catholique, le pape Paul VI, en 1964. (« Je viens à vous de la ville éternelle de Rome », avait déclaré celui-ci au Président Shazar qui avait alors répondu « Et moi, je viens à vous de la cité éternelle de Jérusalem, capitale de David, vers Megiddo, capitale de Salomon »).

Un tombeau royal

Comme le précise le Prof. Finkelstein, les fouilles de Megiddo se concentrent sur deux périodes différentes de l'histoire : celle de l'âge du bronze (3000-1200 BCE), période cananéenne, où la ville fut le riche centre de l'administration égyptienne du pays de Canaan, et celle de l'âge du fer, période des rois d'Israël. Les fouilles de l'Université de Chicago ont révélé la stratification chronologique du site et mis à jour les principaux monuments visibles aujourd'hui: l'enceinte sacrée, les fortifications monumentales et les portes (période du bronze), le système hydraulique souterrain les palais et les écuries (période du fer). « Malheureusement les méthodes de travail à cette époque était très différente des nôtres », rappelle le Prof. Finkelstein. « Les archéologues de l’Université de Chicago ont excavé jusqu'à la roche avec des bulldozers, sectionnant tout le haut  du tell, soit près de deux mètres. Aujourd'hui nous creusons très lentement, pas plus de 10 cm par semaine, et le moindre vestige trouvé est daté au carbone 14, par des méthodes de plus en plus précises. L’importance du site justifie un réexamen de la chronologie par les méthodes utilisées de nos jours ».

escaliersLa découverte la plus récente mise à jour par les équipes du Prof. Finkelstein lors de la dernière saison de fouilles en 2016 est un ensemble de tombeaux, dont l’un, monumental, surnommé le "tombeau royal", dans lequel ont été déterrés de nombreux bijoux en or et ivoire, est l’un des plus grands et des plus riches de la période trouvés en Israël. Les nouvelles méthodes utilisées par les chercheurs, comprenant notamment la biologie moléculaire, ont permis d’analyser l'ADN d'échantillons osseux de deux hommes trouvés enterrés parmi les tombeaux, révélant qu'ils étaient frères, âgés l'un de 25 ans l'autre de 35, tous deux atteints d'une maladie osseuse. Les chercheurs pensent que ces tombeaux faisaient partie d'un cimetière réservé aux personnes influentes de l'entourage du roi. Par ailleurs, l’analyse des vestiges végétaux trouvés aux alentours indiquent l’existence probable d’un jardin à proximité du palais.

Des traces de vanille

« Les vestiges que nous avons dévoilés sont analysés dans les laboratoires du monde entier », explique le Prof. Finkelstein, qui signale notamment que l'une des trouvailles les plus curieuses sont des traces de vanille, apparemment importée d'Inde en 1600 BCE lorsque le pays de Canaan était sous le contrôle des Egyptiens. « Grâce à l'utilisation des technologies modernes notre lecture archéologique et historique est aujourd'hui moins simpliste », commente-t-il. « D’ailleurs le nom du premier roi de Megiddo dont la trace a été retrouvé dans les lettre d'el-Amarna en Egypte, au XIVe siècle BCE, Biridiya, indique également son origine indo-iranienne ».

« L’archéologie est une science expérimentale en trois dimensions. Ces dernières années se déroule une véritable révolution dans la transcription des découvertes. Nous possédons des logiciels qui nous permettent de reconstruire des modèles en 3 D très précis que nous réactualisons chaque jour. De plus des drones photographient périodiquement le site à partir d’en haut pour reconstituer un modèle global ».

AgnesLe site de Megiddo est au centre de controverses entre les archéologues : « Il existe un conflit sur la datation de certains des monuments découverts à Megiddo », explique le Prof. Finkelstein, « mais la datation au carbone 14 nous permet d’être de plus en plus précis ». Ainsi la porte principale de la ville attribuée par Yigaël Yadin à Salomon, devenue un symbole de la grandeur de celui-ci, aurait en fait été construite par Jeroboam II au 8e siècle BCE. « Son rôle n’est que peu évoqué dans la Bible, mais c’était pourtant un roi puissant qui a régné pendant 45 ans». De même les palais attribués à Salomon par Yigaël Yadin sont en fait postérieurs, et dus au roi Omri, fondateur du royaume d’Israël.

Ce n’est pas le seul présupposé archéologique contredit par le Prof. Finkelstein: selon lui, des deux royaumes rivaux qui ont coexisté entre 931 et 720 BCE, celui de Juda et celui d’Israël, le second était dominant : « Les deux royaumes ont coexisté en tout et pour tout durant 200 ans, et pendant 100 ans, c’est celui d’Israël qui a dominé, alors que la Bible présente les rois de Judée comme prépondérants », dit-il. 

Première manifestation de la vie urbaine

A côté des palais, le site de Megiddo présente également des zones de peuplement dont l’étude permet d’entrevoir la vie quotidienne des habitants: « Nous avons ici la plus intéressante manifestation de la première vie urbaine au Levant, quelque chose d’unique dans l’histoire humaine », commente le Prof. Finkelstein. « Ce que vous voyez ici est le meilleur de ce que l’archéologie peut proposer : à la fois une coupe transversale ‘verticale’, chronologique, de 4000 ans d’histoire à travers des niveaux de cultures et civilisations différentes, et une approche "horizontale" ou multi-facettes de chaque période permettant une comparaison anthropologique de la vie dans les palais et à l’extérieur, au sein de la population de la ville ».

A ce propos il rappelle une des ses récentes études en collaboration avec le Prof. Eliezer Piasetzky de l'Ecole de physique de l’UTA qui, basée sur l'analyse informatisée de 16 inscriptions trouvées sur le site de Tel Arad, forteresse militaire située dans une zone périphérique du royaume de Judée, a conclu à un niveau d'alphabétisation élevé de la population de la Judée à la fin du 7e siècle BCE. Outre l’analyse informatique, le Prof. Finkelstein s’aide également des méthodes de recherche en sciences de la vie, notamment de l’analyse génétique, qui a permis d’extraire la composition ethnique des habitants, entre autre de constater qu’une partie de la population de la ville de la période du bronze venait du Caucase, découverte en adéquation avec l’origine du nom du premier roi de Megiddo.

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Enfin, pour le Prof. Finkelstein, l’origine du discours eschatologique (sur la fin du monde) et messianique viendrait de l’évènement qui est à ses yeux le plus important parmi les nombreux épisodes bibliques qui se sont déroulés à Megiddo : la mort en 609 BCE de Josias, 16e roi de Judée, exécuté ou tué sur le champ de bataille par les Egyptiens selon les versions. Josias, à l’origine d’un retour du peuple de Judée vers la religion, après les exactions de ses prédécesseurs, est considéré comme le dernier roi légitime du royaume de Judée. Sa défaite à Megiddo marque la fin du règne de la lignée de David, le début de la résurgence du contrôle de l’Egypte sur la région, et la montée de l'empire babylonien. D’où selon le Prof. Finkelstein, l’origine de la tradition chrétienne de l’Armagedon, la catastrophe, qui sera aussi le lieu de la rédemption.

Professeur au Département d'archéologie et des civilisations du Proche-Orient antique de l'Université de Tel-Aviv, le Prof. Israël Finkelstein est détenteur de la chaire d'archéologie de l'ancien Israël à l'âge du bronze et du fer. Il est membre de l'Académie israélienne des Sciences et des lettres et 'correspondant étranger' de l'Académie française des Inscriptions et Belles Lettres depuis 2014.Groupe2

Lauréat du Prix Dan David 2005, il a été nommé en 2009 Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres par le ministre français de la Culture. Il est lauréat du Prix Delalande Guérineau décerné par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres pour son livre Le royaume biblique oublié. Considéré comme l'un des principaux spécialistes du Levant dans le monde, il est connu pour l'usage de méthodes de recherche de pointe, combinant l'exégèse traditionnelle des textes avec l'informatique et les sciences de la vie.


[1] BCE : Avant l’ère commune (Before Common Era en anglais, équivalent de avant JC)

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"Je veux éveiller tout le monde": le réalisateur français Georges Benayoun à l'Université de Tel-Aviv

Le réalisateur français Georges Benayoun, invité de l'Association des amis francophones de l'Université Tel-Aviv, a présenté le 30 avril à l'Université son film documentaire-choc: "Complotisme: les alibis de la terreur", diffusé en janvier dernier sur France3. A l'issue de la projection, il a répondu aux questions du public. Un plongeon au cœur de la complosphère où s'agitent les conspirationnistes et leurs complices.

BenayounLa projection a été introduite par le Prof. Ruth Amossy, professeur émérite du Département de français de l'Université de Tel-Aviv. Agnès Goldman, déléguée générale de l'Association, a rappelé que ses évènements ont pour but de soutenir les étudiants de l'Université, et précisé que les fonds récoltés à l'issue de la soirée serviront à l'achat d'une caméra en 3D pour l'Ecole de Cinéma et Télévision de l'UTA.

"Georges Benayoun a tenu à offrir cette projection à l'association et a fait un voyage éclair à Tel-Aviv pour être parmi nous ce soir", a-t-elle déclaré. "Il s'est battu pour faire exister ce film, allant jusqu'à racheter les droits de son co-producteur frileux qui voulait couper des scènes. Le documentaire de ce soir touche au sujet sensible des théories du complot qui séduisent de plus en plus de jeunes par ses explications simplistes dans un monde toujours plus complexe".

Un documentaire "clair et courageux"

Réalisateur et producteur, Georges Benayoun a produit de nombreux films et séries à succès ainsi que des documentaires comme 'L'assassinat de Ilan Halimi : une affaire française', en 2014. "Complotisme", une co-production Mayanne Film avec la participation de France Télévision et la voix d'André Dussolier, a été réalisé entre 2015 et 2017, "pendant la vague de terreur la plus meurtrière qu'aie connue la France", a-t-il expliqué en amont de la projection. "Avec le co-auteur, Rudy Reichstadt, nous avons essayé de décrypter la place de ce phénomène dans la justification des actes de terreur, sur la base d'archives et d'entretiens avec des intellectuels spécialistes de la déradicalisation, des journalistes et des victimes du terrorisme".

BenayounStellaAgnesLa projection du documentaire, qualifié par le public de "clair et courageux", a été suivie d'un débat au cours duquel l'auteur a pu expliquer sa motivation pour le réaliser, et les difficultés qu'il a rencontré.

"Je voulais que le mot Jihad apparaisse dans le titre", a-t-il affirmé."Mais la chaine France 3 pour lequel le film a été tourné a trouvé que c'était trop 'clivant'. Il existe un déni total soigneusement entretenu autour de ce thème. Ce film était un OVNI. On n'imagine pas ce que cela a été pour les journalistes de France 3 de le diffuser. Quinze jours avant la projection nous avons eu des dizaines de demandes d'interviews qui ont toutes été annulées au dernier moment. Après la diffusion, il n'y a eu aucune réaction. Le seul qui semble avoir quelque peu évolué suite au film est Thierry Ardison, mis en cause. Par contre, nous avons fait un très beau score sur France 3", conclue-t-il sur ce point.

"Il y a deux théories du complot qui se complètent dans ce film", explique-t-il: " celle du 'complot judéo-croisé' selon laquelle la responsabilité de la haine du musulman pèse sur les Juifs et l'occident, et celle du 'complot fabriqué', plus 'scientifique' pour laquelle toutes les actions visant à discréditer les musulmans sont organisées par les services secrets qui implantent des agitateurs etc.". Il raconte que le film comportait une partie historique de 25 minutes qui a dû être écourtée à cause d'impératifs de distribution. "Je veux éveiller tout le monde et pas seulement les jeunes. J'ai voulu montrer des choses que les gens n'avaient pas vu", a-t-il déclaré.

L'école débordée

Entre autre, le documentaire présente des morceaux d'archives rares dans lesquelles on voit notamment le prédicateur Tariq Ramadan aux côtés du directeur du site Médiapart, Edwy Plenel : "Si l'on veut creuser, il existe deux idéologies très fortes basées sur le même processus d''entrisme', c'est-à-dire de pénétration dans la société pour la faire exploser de l'intérieur: le troskysme et celle des Frères musulmans", commente-t-il. "Se rapprochement est symbolisé par le côte-à-côte entre ces deux personnes".

Quant à la capacité de nos sociétés à faire face au mythe du complotisme, voire à y échapper, l'auteur est pessimiste: "J'ai présenté ce film devant des jeunes de 16 ans, et leurs réactions m'ont abasourdies, car ils réfutent les faits. Le problème est préoccupant, puisqu'on ne saurait construire de société sans bases communes. Mon sentiment est donc que c'est un peu tard, malgré les efforts actuels du Ministère de l'éducation nationale dans ce domaine. Nous sommes témoins d'une accumulation de signes qui font qu'on ne comprend plus ce qui est en train de se passer en France et ailleurs en Europe. A cela vient se greffer un problème social: dans les quartiers musulmans, les pères sont souvent absents, les mères travaillent pour faire vivre leurs enfants qui se trouvent livrés à eux-mêmes et incontrôlés; ce qui fait qu'il y a peu d'espoir que le changement vienne du côté des familles".

La réaction ne viendra pas non plus par Internet, car, dit-il : "Pour 42 000 sites complotistes, il y en a 42 prenant leur contrepied. Le rapport est donc de 1 pour 1000". Le seul point d'espoir pour Georges Benayoun réside dans l'idéalisme de certains enseignants "qui y croient encore": "Pendant le tournage de mon documentaire 'Profs en territoires perdus de la République', j'ai rencontré des gens formidables, qui se levaient tous les matins pour aller affronter leurs élèves. Pour moi ce sont des héros, et s'il y a un espoir, il est là. C'est l'école qui peut déconstruire les processus. Malheureusement elle est débordée".

"Arrêtez d'inviter des Soral et des ramadan à s'exprimer !"

Pour lui, par contre, la presse a une part de responsabilité dans la diffusion du phénomène, car elle donne un plateau au tenant des théories complotistes sans leur donner la contradiction: "Arrêtez d'inviter des Soral et des Ramadan à s'exprimer ! Vous faites leur gloire", dit-il.

A ses yeux le travail de déconstruction des mythes doit être accompli par la communauté musulmane elle-même: "il existe une petite intelligentsia dans l'islam qui se lève, et qu'il faut d'ailleurs soutenir car elle est en danger. C'est à elle de s'exprimer et de faire ce travail".

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Le Dr. Ariel Tolédano à l'Université de Tel-Aviv: "J'ai voulu transmettre, je suis un passeur"

Le Talmud est-il précurseur de la médecine moderne ? Tel était le titre de la passionnante conférence donnée dimanche 22 avril par le Dr. Ariel Toledano en exclusivité à l'Université de Tel-Aviv, à l'invitation de l'Association des Amis francophones de l'Université. Pendant plus d'une heure, il a entrainé son nombreux public dans une plongée au cœur de cet océan de connaissance qu'est le Talmud, montrant comment un savoir retranscrit entre les 3e et 6e siècles préfigure les sciences contemporaines.

ToledanocoverEn amont de la conférence, Agnès Goldman, déléguée générale de l'Association, a rappelé que celle-ci, créée il y a deux ans, a pour but le financement de bourses pour les étudiants de l'Université et la subvention de programmes de recherche. Elle remercie au passage la Banque Discount, qui soutient les évènements de l'Association, et annonce le lancement d'une opération de crowdfounding les 25-26 et 27 mai pour l'achat d'une caméra 360 degrés pour l'Ecole de cinéma de l'UTA.

'Le coeur comprend la connaissance'

Le Prof. Stella Amossy, professeur émérite du Département de français de l'Université de Tel-Aviv, présente ensuite le conférencier, médecin vasculaire, chargé d'enseignement d'Histoire de la médecine à l'Université René Descartes - Paris V, et auteur de nombreux ouvrages reliant la médecine et la tradition judaïque, dont La médecine du Talmud et Médecine et Kabbale.

C'est en étudiant l'histoire de la circulation sanguine que le Dr. Tolédano, passionné d'histoire de la médecine, en est venu à s'intéresser à son lien avec le Talmud. Pour lui, pas de doute, les bases de la médecine moderne y figurent déjà en filigrane: "Il faut comprendre qu'à l'époque gréco-romaine, la conception du corps humain était différente de la notre", explique-t-il. "C'était le foie et non le cœur, qui était considéré comme le centre de l'organisme, et l'on pensait que les artères transportaient non du sang mais de l'air". Il est alors tombé sur un vif débat qui se déroule dans le traité Houlin du Talmud de Babylone, entre deux personnages: Schmuel, proche de la tradition gréco-romaine, et Rav qui, lui, pensait que les vaisseaux parvenaient au cœur.

ToledqnosignqtureCompilation des interprétations de la Bible par les Sages, le Talmud, de la racine hébraïque LMD (qui a donné notamment LAMAD, apprendre, et LIMED, enseigner), est le texte central du judaïsme rabbinique. "Toutes les spécialisations médicales sont abordées dedans", commente le Dr. Tolédano, qui précise le lien particulier entre le texte et la médecine vasculaire: "Les deux lettres frontières de la Torah, le Bet (B) et le Lamed (L), sont celles qui forment le mot LEV, 'cœur' en hébreu". L'hébreu, relève-t-il, est la seule langue dans laquelle les lettres ont des noms. Rabbi Akiba, considéré comme l'un des fondateurs du judaïsme rabbinique, nous donne justement le sens de la lettre Lamed, la seule de l'alphabet hébraïque qui se situe au-dessus de l'interligne, et "nous tire vers le haut. Le nom de la lettre est formé des initiales des mots 'Lev Mevin Dat': 'le cœur comprend la connaissance'. Lorsque que le cœur cesse de battre, la vie cesse; de même lorsqu'on arrête d'apprendre".

Les principes fondamentaux de la médecine moderne

De plus dans la Bible hébraïque, chaque lettre possède une valeur numérique, ce qui permet d'aller plus loin dans l'interprétation des textes: c'est la Gematria, sur laquelle est fondée la kabbale. "Le Lamed est associé au 30. Les lettres du mot LEV, Lamed et Bet, s'additionnent pour former 32, soit les 22 lettres de l'alphabet hébraïque et les 10 nombres premiers, c'est-à-dire l'ensemble de la connaissance. Les médecins cherchent ce que le corps cache, et les kabbalistes ce que le texte cache".

toledqnodeboutMais selon le Dr. Tolédano, ce n'est pas seulement la compréhension des règles de l'anatomie que l'on retrouve dans la Bible et le Talmud, mais également celles de principes fondamentaux de la médecine moderne. Par exemple: la prévention, née pour lui dans le texte de la Bible, dans le Livre de l'Exode, chapitre 15, verset 26, littéralement: 'Si tu es fidèle à toutes ses lois, aucunes des maladies dont j'ai frappé l'Egypte ne t'atteindra, car je suis Dieu ton médecin', verset traduit et interprété dans la Bible rabbinique comme 'moi l'Eternel, je te préserverai': "Le médecin agit d'abord par la prévention, notion parfaitement moderne".

Autre idée moderne du Talmud qui s'oppose à la conception dualiste d'Hippocrate en vigueur à la même époque: l'union du corps et de l'esprit. "Pour Maimonide, la plus éminente autorité rabbinique du Moyen-âge, le corps est quelque chose de magnifique. A travers la fonctionnalité des organes, Dieu a accompli quelque chose de complet et de merveilleux. De même, pour le Rabbin Moshe Isserles, codificateur du Choulkhan Aroukh pour les communautés ashkénazes, Dieu accompli des merveilles à travers le corps humain. C'est l'idée de l'union du corps et de l'esprit, qui s'oppose à la pensée gréco-romaine du dualisme".

Prévention, contamination et thérapie génique

Le Dr. Tolédano poursuit son inventaire des concepts contemporains ayant fait leur apparition dans le Talmud avec l'idée de contagiosité, selon laquelle des particules invisibles à l'œil nu peuvent être responsables des maladies. Idée, qui a du attendre 1865 pour naitre en Europe avec Louis Pasteur, le conférencier rappelant d'ailleurs que vingt ans auparavant, un médecin viennois qui avait découvert que les femmes en couche mourraient de fièvre puerpérale lorsque leurs médecins passaient directement des autopsies aux accouchements et proposait qu'ils se désinfectent les mains entre les deux, avait fini sa vie dans un hôpital de fous. "Dans la Torah, on ne peut consommer le corps d'un animal mort ('nevela', charogne) ni même le toucher. C'est l'idée du corps mort qui contamine ". De même dans le récit des serpents brûlants dont la morsure fit mourir les Hébreux dans le désert. Pour les en préserver Dieu dit à Moïse 'confectionne-toi un serpent'. Et celui-ci en fabriqua un en cuivre, 'Nekhoshet', mot de la même racine que 'Nakhash', serpent en hébreu: c'est le mal et le remède ensemble, principe de la thérapie génique. D'ailleurs Moïse est pour moi un grand hygiéniste". Le Dr. Tolédano avance même l'hypothèse d'un contact possible entre un chercheur talmudique du 19e siècle, Israël Rabinovitch, dont on sait qu'il avait rencontré le célèbre physiologiste Claude Bernard, avec Pasteur, lorsque celui-ci faisait ses recherches sur la rage.

Pour terminer sur une note d'espérance, le Dr. Tolédano donna l'exemple de Sarah, épouse d'Abraham, qui eu le bonheur de retrouver son flux mensuel à un âge avancé, "…alors que chez Hypocrate, les règles sont conçues comme quelque chose de pathologique. Dieu voulait donner à Abraham l'espoir d'avoir une descendance. C'est cette forme d'espérance que j'avais envie de vous donner ce soir. Bien que fils et arrière-petit fils de rabbin, je suis avant tout un médecin, mais j'ai voulu transmettre, je suis un passeur".

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La conférence, émaillée de Gematria et de citations bibliques en parfait hébreu, fut suivi d'un débat avec le public. Elle avait été précédé d'un cocktail au cours duquel le Dr. Tolédano a dédicacié son livre, La médecine du Talmud.

 

Les Amis francophones de l'Université de Tel-Aviv

Tél.: 972 (3) 6408769  I e-mail: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

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