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Les familles politiques israéliennes expliquées à l'Université de Tel-Aviv: 3. Centre, partis religieux, partis arabes

Après la droite et la gauche, la troisième et dernière séance du mini-cycle de conférences sur les familles politiques en Israël donné par le Dr. Denis Charbit dans le cadre de l'Association des Amis francophones de l'Université de Tel-Aviv a été consacrée aux trois autres grandes lignées qui complètent le paysage complexe de la vie politique israélienne : les partis religieux, arabes et ceux du centre.

Contrairement aux deux précédentes familles, les partis religieux et les partis arabes sont des partis sociologiques qui s'adressent à une clientèle spécifique de la population israélienne, croyants et pratiquants pour les uns, Arabes israéliens pour les autres, et non des partis idéologiques. Cependant l'homogénéité sociale de ces groupes n'empêche pas leur division qui recouvre des clivages idéologiques fondamentaux.

Sionisme religieux et religieux antisionistes

Au sein des partis religieux, le clivage se situe autour du rapport à l'Etat d'Israël. La division entre les partis actuels est la réplique au 21e siècle du conflit fondamental qui a divisé les courants religieux au début du 20e au sujet du sionisme. L'actuel parti Yahadut Hatorah descend de l'Agoudat Israël, parti créé en 1912 en Russie, comme bras politique du judaïsme orthodoxe, et dont l'idée force était de refuser la modernité, préserver un mode de vie traditionnel centré sur la communauté et lutter contre les courants modernistes et réformistes qui se faisaient jour au sein du judaïsme. D'où par exemple le choix de conserver un habit spécifique marquant le désir de se séparer du monde moderne. Avec l'apparition du sionisme se rajoute à cela un rejet viscéral de ce courant. Pour les ultra-orthodoxes en effet, seul Dieu peut décréter la fin de l'exil annonciateur de la rédemption, et rien ne peut être fait pour hâter ce processus. De ce point de vue le sionisme, mouvement politique dont le but était de regrouper les Juifs en Israël pour y former un Etat est une hérésie du judaïsme. Le sionisme, pensent les ultra-orthodoxes, emprunte ses notions de base au judaïsme mais les déforme : la terre d'Israël devient un territoire, le peuple d'Israël un peuple ethnolinguistique calqué sur les autres et non un peuple saint qui ne vit que par le respect des lois, et la Torah est remplacée par des lois non religieuses. La fonction historique du mouvement sioniste, explique le Dr. Charbit, a été de libérer les Juifs de la religion en légitimant une autre conception du judaïsme privilégiant la dimension nationale. Aussi, et bien qu'il ait été contraint par la réalité à des compromis (participation au gouvernement, vote des femmes et apprentissage de l'hébreu), ce courant reste aujourd'hui encore fidèle à ses conceptions antisionistes.

La seconde tendance, celle du sionisme religieux, est représentée aujourd'hui par Le Foyer juif (Habait HaYehudi), parti national religieux de Naftali Benet, héritier du parti Mizrahi (acronyme pour Merkaz ruhani, Centre religieux), fondé en 1902 en Russie par Rabbi Itzhak Yaakov Reiness. Celui-ci considérait le sionisme non pas comme un messianisme concurrent de la religion, mais plutôt comme un effort de philanthropie collective pour relever le niveau matériel et moral du peuple juif. Sa référence est celle du Retour biblique de Babylone, suite à l'exil résultant de la déportation des Juifs du royaume de Juda après la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor en 586 av. J.-C. Dans les années 30, le Rav Abraham Itzhak Hacohen Kook, considéré comme le père du sionisme religieux, développe une doctrine qui voit dans le retour à la terre d'Israël le début de la rédemption finale. Selon lui, Dieu a précisément choisi les Juifs les plus laïcs pour effectuer le retour à la Terre. Cette révolution idéologique sera conduite par son fils, Zvi Yehouda Kook, dans les années qui suivirent la guerre des six jours. Selon ce dernier, Dieu nous a offert la victoire pour rétablir un lien direct avec le berceau du peuple juif: le Royaume de Judée. C'est là le vrai Retour. Or le sionisme de gauche ne franchira pas ce pas: c'est pourquoi l'heure du sionisme religieux est venue. Le Rabbi Zvi Yehouda Kook sera à l'origine du mouvement messianique du Bloc de la Foi (Goush Emounim) qui prône le retour des Juifs en Judée-Samarie, même au défi des institutions de l'Etat d'Israël, mais s'éteindra néanmoins en tant que mouvement organisé dans les années 80.

Un projet messianique

Cependant, depuis la fin des années 1970, le parti national religieux a pris en charge ce projet messianique. Devenu le Mafdal, qui prit la suite du Mizrahi en 1956, et aujourd'hui Le Foyer juif depuis 2008, c'est un parti neosioniste qui trouve la plus grande partie de son électorat dans le demi-million de Juifs actuellement installés en Judée-Samarie, et forme des élites sociales avec l'ambition de renverser le projet sioniste traditionnel. Il est en faveur de l'établissement d'un état théocratique à long terme qui serait le résultat d'un consentement général à un régime de ce type. En attendant, il veille à ce qu'au moins l'espace public soit, autant que faire se peut, conforme à la Halakha par l'intermédiaire de lois votées par la Knesset : pas de transports publics le shabbat, cacherout obligatoire à l'armée etc.… Cette "politisation du judaïsme" s'est doublée de la tendance à "judaïser la politique": les grands problèmes de l'Etat doivent être réglés en fonction de la Loi juive (Halakha). Si la continuation de la présence dans les territoires était considérée par les gouvernements travaillistes comme une question de sécurité, depuis la révolution du Goush Emounim, le parti national religieux considère que les Juifs ont mission d'y rester, l'ère messianique annulant l'éventuel titre de propriété des Palestiniens sur la terre. Pour Ayelet Shaked et Naftali Benet, dirigeants du parti Bayit Yehudi, il faut annexer sans plus attendre les zones B et C établies par les accords d'Oslo en 1995, en accordant la citoyenneté israélienne aux Palestiniens. Depuis l'accession de Benet à la tête du parti, celui-ci ne cacha pas son ambition de se poser en successeur du Likoud.

Enfin, le parti Shas, créé dans les années 80 et dont le grand leader fut le rabbin Ovadia Yosef, reproduit dans le monde religieux le conflit ashkénaze/séfarade qui s'est peu à peu apaisé dans le monde laïc, créant notamment son propre réseau scolaire El Hamaayan face aux yéshivot ashkénazes.

Partis arabes

Le PKP, parti communiste de Palestine, a été créé en 1920 par des membres du Poalei Zion (mouvement sioniste marxiste) exaltés par la révolution soviétique. Devenu le Maki (parti communiste israélien), puis le Rakah, il a peu à peu perdu son électorat juif pour devenir un parti à majorité arabe, seul parti israélien cependant à prôner une rhétorique de fraternité entre Arabes et Juifs. Il est inclus dans le Hadash (Front démocratique pour la paix et l'égalité) qui fut le premier à inventer la formule "Deux Etats pour deux peuples". Nés du développement du multiculturalisme dans les années 80, ces partis rassemblent aujourd'hui la quasi-totalité du vote arabe: seuls 15% des Arabes israéliens votent actuellement pour des partis non-arabes. Dans les années 90 naquirent le parti islamiste israélien et le parti nationaliste arabe (Balad, parti de Hanin Zoabi), qui ne reconnait pas le caractère juif de l'Etat d'Israël, et se manifeste par des actions ou des paroles provocatrices. Ces partis se sont unifiés en 2015 malgré leurs divergences pour passer le seuil d'éligibilité, alors augmenté à 3,25%. La liste unifiée (HaReshima Haméchoutefet) devient alors le 3e parti à la Knesset avec 13 députés. Son programme comprend la mise en cause de ce qu'elle considère comme l'occupation et la colonisation et le combat pour une plus grande égalité entre les populations juives et arabes.

Les partis du Centre, qui trouvent leur origine dans le parti des Sionistes Généraux créé par Haïm Weizman au début du 20e siècle, ont pour fonction de faciliter la volatilité électorale en proposant, au lieu d'un saut de gauche à droite ou de droite à gauche, de se reporter sur un parti centriste. Ils jouent principalement sur l'usure des grands partis. Depuis les années 70 jusqu'à nos jours, ils comptent de 10 à 15 députés en moyenne, ce qui est suffisant pour participer à la coalition gouvernementale. Le parti Kadima d'Ariel Sharon (2005- 2015) a laissé la place à Koulanou de Moshe Kahlon (centre droit) et à Yesh Atid de Yaïr Lapid (centre gauche).

Dans son discours dit des 4 tribus (2015), le Président Rivlin a déclaré que la société israélienne est aujourd'hui composée de 4 tribus principales, chacune ayant la conviction d'être menacées par les 3 autres, mais qui forment l'identité israélienne et dont l'importance numérique est appelée à devenir équivalente: les laïcs, les religieux, les orthodoxes et les Arabes. Selon lui, ces 4 groupes n'ont que deux choix: soit continuer de tenter de menacer l'autre, ce qui conduira immanquablement à la guerre civile, soit apprendre à travailler ensemble et à définir un civisme israélien commun à tous les quatre.

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