Slide background
Slide background
Slide background

nov1

A LA UNE

Les dernières nouvelles de l'Université de Tel-Aviv


events

EVENEMENTS

Aucun événement

video

VIDEOS

vid1

semel uni2

SOUTENIR L’UNIVERSITÉ

Soutenez la recherche et les étudiants


Lancement du groupe francophone belge des Amis de l'Université de Tel-Aviv

"Les démocraties peuvent-elles survivre au populisme ?". Tel était le thème de la conférence du Prof. Guy Haarscher, philosophe et professeur émérite de l'Université libre de Bruxelles (ULB) organisée jeudi 11 janvier par l'Association des Amis de l'Université de Tel-Aviv. L'évènement, qui s'est déroulé à la Résidence de Belgique, en présence de l'ambassadeur, Olivier Belle, marque le lancement d'une série d'activités de l'Association destinée plus spécialement à la communauté francophone belge d'Israël.

Belgique 1La conférence a été introduite par l'Ambassadeur de Belgique, qui a chaleureusement accueilli le nombreux public dans la nouvelle résidence, inaugurée il y a huit mois, ainsi que le conférencier qu'il a connu lorsqu'il était lui-même étudiant à la Faculté de droit de l'ULB: "un orateur brillant, fluide et concret, capable d'expliquer les sujets les plus compliqués".

Après avoir annoncé la création du groupe francophone belge en vue de diversifier les activités de l'Association, ainsi que le programme des prochains évènements, dont le mini-cycle de conférences du Dr. Denis Charbit sur les partis politiques en Israël, et la conférence du Prof. Sefy Hendler en histoire de l'art, le Prof. Ruth Amossy a à son tour présenté le Prof. Guy Haarscher, ex-doyen de la Faculté des Lettres de l'ULB et ancien président du Centre Chaim Perelman de philosophie du Droit, auteur de nombreuses publications dans le domaine de la philosophie, en particulier sur les droits de l'homme et la laïcité.

Une "désinvolture vis-à-vis de l'établissement des faits"

L'intérêt du Prof. Haarscher pour le phénomène du populisme (terme qui, comme il le relève, n'est pas assumé par ceux qui en sont accusé) remonte au lendemain des évènements de Charlie Hebdo, qui selon lui ont démontré : "à quel point les démocraties libérales se trouvent 'coincées' entre leurs opposants et ceux qui prétendent exercer le pouvoir au nom du peuple". Lors des séances d'hommage qui se sont déroulées dans les lycées à la suite des évènements, rapporte le conférencier, on a pu noter les réticences de certains élèves, en partie pour des raisons ayant trait à des valeurs ou à des préjugés instillés chez eux depuis leur enfance, mais aussi parce qu'ils réfutaient les faits. Or, s'il est encore possible, selon le Prof. Haarscher, de lutter contre le premier phénomène, celui des valeurs, le second est beaucoup plus problématique. Cela d'autant plus que ce même public de jeunes accepte sans discussion les faits qui leurs sont présentés par leurs gourous, car ils viennent "renforcer leurs préjugés au lieu de les heurter. Le danger est que chacun aura ses propres fait et ainsi, comme le dit Hannah Arendt, 'il n'y aura plus de monde commun'", explique le conférencier.

Belgique 2C'est ce phénomène de "désinvolture vis-à-vis de l'établissement des faits" qui pour le  Prof. Haarscher, caractérise le populisme. Selon lui, avec l'élection de Trump, on a vu reparaitre ce mode de pensée non plus aux marges des sociétés, mais au centre de la plus grande démocratie du monde.

Le populisme (du latin "populus" – "peuple) désigne un type de discours et de courant politique qui prétend "rendre le pouvoir au peuple" en attaquant les élites accusées de frustrer celui-ci et d'excercer le pouvoir dans leur propre intérêt. Adoptant un discours "politiquement correct", dont les prémisses sont acceptables par tous, les populistes en tirent toute sortes de conséquences au service de leurs thèses, en espérant que le public ne fera pas attention aux sophismes utilisés dans leur raisonnement. C'est le cas, par exemple du discours de Trump sur les "oubliés", ou de celui de Marine Le Pen tentant de dédiaboliser le Front National en adoptant le langage de la démocratie.

"Le peuple a toujours raison"

Le populisme, explique le Prof. Haarscher, joue sur l'ambigüité de la définition du peuple, d'une part comme nation et identité historique, de l'autre dans sa dimension sociale, comme synonyme de population pauvre ou de conditions modestes.  Il donne comme exemple le discours du FN, qui joue à la fois sur la corde sociale, s'adressant à la classe ouvrière française et lui affirmant qu'elle est grugée par l'Europe et le capitalisme international, et sur les peurs identitaires. De même, l'électorat de Trump est particulièrement fort à la fois dans les régions sinistrées comme celle des Grands Lacs, et chez les Evangéliques du sud aux valeurs conservatrices. "Le populisme construit son discours par la confusion et permet à des personnes qui n'ont rien à voir les unes avec les autres de se considérer comme 'le peuple'".

Belgique 3L'autre aspect du populisme est la critique de la notion d'élite. "Les élites républicaines étaient composées de personnes capables de faire fonctionner les sociétés complexes", explique le Prof. Haarscher. Les populistes connotent péjorativement la notion, procédant à des généralisations hâtives et englobant tous leurs adversaires (la presse, les juges et les universités) sous l'appellation "d'élites corrompues, incompétentes et criminelles", faisant en parallèle appel à un peuple mythifié et indéfini mais "qui a toujours raison", pour les démasquer.

Or, rappelle le Prof. Haarscher, "les démocraties libérales sont basées sur la notion d'Etat de Droit qui s'impose aux gouvernés comme aux gouvernants, et les constitutions y sont gardées par des juges indépendants". Ni le peuple ni les gouvernants ne peuvent donc être mis au-dessus de l'Etat de Droit dans les démocraties libérales.

"Quand les inégalités se creusent, si on ne prend pas en compte ceux qui se sentent 'lâchés' on ouvre la voie au démagogues et aux populistes", conclut le Prof. Haarscher. "Mais le discours populiste est dangereux car il a pris aujourd'hui le visage du 'politiquement correct' tout en donnant une vision fondamentalement radicalisée d'un peuple mythifié opposé à des élites diabolisées".

La conférence a été suivie d'un débat intéressant et animé avec la salle.

j'aime: