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Conférences ‘Israël à l’écran’ à l’Université de Tel-Aviv : les séries télévisées et le cinéma israéliens à la conquête du monde

Les deuxième et troisième conférences du cycle 'Israël à l’écran' organisé par l’Association des Amis francophones de l’Université de Tel-Aviv, se sont déroulées les lundi 25 et jeudi 28 novembre. Le Prof. Yaël Munk, enseignante à l’Ecole de Cinéma et télévision Steve Tisch de l’Université de Tel-Aviv et Directrice du Département de cinéma de l’Université ouverte d’Israël, a présenté l’impressionnante évolution qui a conduit le cinéma et les séries télévisés israéliens à la conquête du monde, au cours de conférences passionnantes illustrées de nombreux extraits de films.

Munk1Le cinéma israélien a débuté avant la création de l’Etat, avec le film de Chaïm Halachmi, Oded le vagabond (en hébreu ‘Oded Ha noded’), sorti en 1933, film muet en en noir et blanc racontant l’histoire d’un jeune d’un pensionnat qui va se promener avec ses camarades et se perd dans la campagne. " Les premiers films étaient surtout diffusés à l’étranger pour construire l’image du pays ", explique le Prof. Munk. "Les Israéliens à l’époque allaient très peu au cinéma ". Les films qui suivirent la deuxième guerre mondiale avaient quant à eux pour but de montrer la transformation des rescapés de la Shoah, arrivés en Israël après les persécutions en Europe, amaigris, et apeurés, en ‘Nouveau juif’, beau, robuste, sans crainte et défrichant la nature, à l’image des jeunes ‘Tsabars’ locaux, dont le prototype était l’acteur Assi Dayan.

Sallah Shabati

Le tournant s’est produit en 1964 avec la réalisation du film Sallah Shabati d’Ephraïm Kishon, lui-même nouvel immigrant de Hongrie rescapé de la Shoah. Le film, à forte dimension parodique, raconte l’histoire fictive d’un nouvel immigrant arrivé d’un pays arabe avec une famille nombreuse, analphabète et sans métier, qui décide de s’adapter au système israélienne de la ‘combine’. Très schématique et caricatural, ironique, critiquant la bureaucratie israélienne, Sallah Shabati fut le premier film à raconter l’histoire des Juifs orientaux, et a posé les fondations d’un débat qui se poursuit jusqu’à aujourd’hui en Israël, dans la société et au cinéma. Il a connu un énorme succès local, a été nommé aux Oscars la même année et son acteur principal, Haïm Topol, a depuis accompli une carrière internationale.

Munk2Sur le même thème mais dans un registre dramatique, le Prof. Munk signale également l’important film de Hanna Azoulay Hasfari, Sh’Chur, sorti en 1995, avec Ronit Elkabetz et Gila Almagor, les deux ‘divas’ du cinéma israélien. Premier récit autobiographique d’une femme orientale, il a changé la représentation des orientaux au cinéma.

Sallah Shabati fut à l’origine de toute une série de films dits ‘films Borekas’, perpétuant les mêmes stéréotypes. Très populaires en Israël dans les années 60, ces films n’étaient cependant pas exportables à l’étranger.

La guerre qui nous accompagne

Autre thème caractéristique du cinéma israélien : la guerre qui nous accompagne. " La première guerre du Liban de 1982 a laissé de nombreux traumatismes parmi la population ", explique le Prof. Munk. "Mais comme c’est souvent le cas pour les traumatismes, personne n’en a parlé à l’époque. Vingt-cinq ans plus tard, trois films sur le sujet sont sortis coup sur coup : Beaufort de Joseph Cedar (2007), nommé pour l’oscar du meilleur film étranger, Valse avec Bachir d’Ari Folman (2008), nommé pour la Palme d’or du festival de Cannes et l’Oscar du meilleur film étranger, et Lebanon de Samuel Maoz, Lion d’or de la Mostra de Venise en 2009". Ces films, explique-t-elle, sont basés sur la mémoire personnelle des réalisateurs qui racontent leur propre histoire et leurs propres peurs. "Pendant les années 80 le cinéma israélien traitait du conflit, mais sans attirer le public. L’essor est venu lorsque les cinéastes ont commencé à parler d’eux-mêmes. Ces films montrent comment le cinéma peut traduire le subjectif à l’écran. Dans le cas du film d’Ari Folman, la technique de l’animation permet même de choisir les couleurs et les formes". La conférencière ajoute que Valse avec Bachir est une coproduction israélo-franco-allemande, et que de nombreux films israéliens sont réalisés en coproduction avec la France ces vingt dernières années.

Munk3Cette dernière constatation l’amène à envisager le cas d’Amos Gitaï, l’un des cinéastes israéliens les plus connus et apprécié dans le monde, dont dix des nombreux films ont été nominés pour la Palme d’Or du festival de Cannes ou le Lion d’or du festival de Venise (Kippour a reçu le Prix François Chalais du Festival de Cannes en 2000), mais qui est cependant peu apprécié en Israël.

Dernier point abordé : l’émergence des femmes comme réalisatrices dans le cinéma israélien. Elle donne l’exemple de ‘Or, Mon trésor’, film de Keren Yedaya sorti en 2004, qui raconte l’histoire des relations d’une prostituée et de sa fille. "C’est un film sur les ‘invisibles’, ceux dont l’histoire n’intéresse personne, et en particulier, c’est un film de femme, capable de traiter d’un sujet féminin sans exhibitionnisme et en respectant leur dignité ".

Lors de l’intéressant débat qui s’est éveillé lors de la séance de questions réponse, la conférencière souligne que " le cinéma israélien est un cinéma pluraliste qui reflète l’image de la démocratie israélienne ", et c’est probablement ce qui explique son succès dans le monde.

Hedva et Shlomik

Mais plus encore que le cinéma, ce sont les séries télévisées qui représentent le mieux la percée israélienne sur les écrans mondiaux. "Pendant très longtemps les productions originales télévisées israéliennes n’intéressaient personne, et surtout pas les Israéliens ", relève le Prof. Munk. " Aujourd’hui, elles sont primées dans le monde entier et adaptées dans de nombreuses langues".

La télévision israélienne, raconte le prof. Munk, débute en 1967, pendant la guerre des six jours, essentiellement à cause des informations : " Lors de la naissance de l’Etat, Ben Gourion était contre la création d’une télévision pour ne pas corrompre la jeune génération. A partir de la guerre des Six jours, il en a compris la nécessité, car les Israéliens ne pouvaient écouter les informations que sur la télévision jordanienne, donc sur les chaines d’un pays ennemi. Au début il n’y avait qu’une seule chaine, en noir et blanc jusqu’au milieu des années 80".

Munk4La première série télévisée, Hedva et Shlomik, sortie en 1971, racontait l’histoire d’un couple qui quitte le kibboutz pour s’installer à la ville. "La série a eu beaucoup de succès. Elle traitait d’un sujet d’actualité en Israël à l’époque et présentait une dimension documentaire importante. Les séries étaient alors réalisées avec peu de budget, et chacune était un évènement ".

Effectuant un bond dans le temps de plus de 30 ans, la conférencière passe ensuite à la première série israélienne qui connut un succès mondiale : In Treatment (en hébreu BeTipul), de Hagaï Levi. Adoptant un format original à l’époque, la série suit la thérapie de cinq patients chez leur analyste, chaque session durant un épisode. Le sixième jour est consacré à la thérapie du psychologue lui-même chez son superviseur, l'actrice Gila Almagor. " Chaque personne présente une histoire très israélienne", explique le Prof. Munk. "Le psychologue est interprété par Assi Dayan, le plus grand acteur israélien, qui représente lui-même l’archétype de l’Israélien avec ses forces et ses faiblesses : né dans le premier moshav du pays (Nahalal), fils du Général Moshé Dayan, frère de la politicienne Yael Dayan, il a commencé sa carrière cinématographique dans le rôle du Tsabar, beau et héroïque. Mais il a également subi les traumatismes des combats auxquels il a participé, notamment pendant la guerre de Kippour, et sa vie a été écourtée par la drogue ". La série a été écrite par plusieurs scénaristes, dont Ari Folman, et réalisée avec des moyens minimalistes : "Tout se passe à huis-clos dans la même pièce fermée, celle où le psychologue reçoit ses patients. La série ne gagne que par la force de ses acteurs ". Achetée d’abord aux Etats-Unis, puis adaptée en Italie, au Japon, en Russie, au Portugal etc., BeTipul est la série qui a ouvert la création télévisée israélienne vers le monde.

La transition d'un monde calme à un univers bouleversé

Pourquoi les séries israéliennes sont-elles devenues si intéressantes aux yeux du public mondial ? "Probablement parce que le monde a changé. Le terrorisme est passé à l’avant-scène, atteignant des pays habitués à la tranquillité. Cette transition d’un monde calme à un univers bouleversé se retrouve dans les séries israéliennes ". La seconde de ces séries à avoir connu un succès international fut Hatufim (Enlevés), sortie en 2010 alors que Gilad Shalit était prisonnier du Hamas. "Deux prisonniers de guerre rentrent dans leur famille après dix-sept ans passés au Liban. Mais le drame commence avec leur retour au pays. Leur réception en Israël est ambivalente : d’un côté la joie de les retrouver, de l’autre, seulement deux d'entre eux sur trois sont rentrés. De plus la captivité les a transformés et traumatisés. Personne ne sait comment les recevoir. La série montre leurs difficultés à se réadapter, renforcées par l’attitude méfiante des services secrets. Cette fois, il s’agit d’une production d’envergure avec de nombreux figurants, des acteurs professionnels avec un jeu subtil, une série fantastique à regarder absolument ". Hatufim a été achetée par la télévision américaine et adaptée sous le nom de Homeland.

Dernière série présentée lors de la conférence : Zagouri Empire de Maoz Zagouri, sortie en 2014, sur une famille nombreuse marocaine de Beer Sheva, dans laquelle le fils préféré, né circoncis, est considéré comme le ‘Messie’. " Il s’agit d’une série comique, qui prend des situations difficiles et les rend drôles. Dans cette famille personne ne supporte l’autre, et la discorde est permanente, contrairement au mythe des familles séfarades unies et aimantes. Mais malgré toute cette haine et ces conflits incessants, les membres parviennent à surmonter ces difficultés ". La deuxième saison s’ouvre sur la journée de commémoration de l’Holocauste. Le père, l’acteur Moshé Ivgy, refuse de se lever pendant la sirène. " C’est la première fois qu’on ose montrer aussi ouvertement l’animosité des orientaux pour les ashkénazes", commente le Prof. Munk. "La série réussit à déchirer le consensus de l’identité israélienne. Maor Zagouri a réussi à faire frémir la société israélienne en abordant des questions dont on ne parlait pas. C’est une prise de position humoristique, drôle et intelligente ".

Enfin, elle note que dans ces trois séries, le service militaire tient un rôle important. " La télévision israélienne commence à oser parler des traumatismes du service militaire. De plus en plus de séries traitent de ce sujet ".

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