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Les Amis francophones de l'Université de Tel-Aviv sur les traces des Manuscrits de la Mer Morte

Une mémorable journée d'excursion "Sur les traces des Manuscrits de la Mer Morte", a été organisée le mercredi 4 décembre par l'Association des Amis francophones de l'Université de Tel-Aviv et sa directrice Agnès Goldman. Les participants ont pu revivre la fabuleuse aventure de ces fameux rouleaux, vieux de 2000 ans mais écrits en hébreu quasi-moderne, depuis leur découverte sur le site de Qumran dans le désert de Judée jusqu'à leur exposition au Sanctuaire du Livre du Musée d'Israël à Jérusalem. La visite, qui combinait à la fois des paysages saisissants et dépaysants, et une captivante remontée à travers le temps a été commentée en anglais par le Prof. Noam Mizrahi, Directeur du Département d'Etudes bibliques de l'université et spécialiste de l'étude des manuscrits bibliques, avec l'excellente traduction de Marion Forster Bleiberg. L'Ambassadeur de France en Israël, Eric Danon s'est joint à la visite en compagnie de son épouse.

Grand groupeLa descente vers la Mer Morte, le point le plus bas du monde, à 400 mètres au dessous du niveau de la mer à travers le Désert de Judée, constitue en même temps une prodigieuse remontée dans le temps. "En une heure et demie nous revenons 2 000 ans en arrière", a relevé le Prof. Mizrahi. "L'histoire de la découverte des manuscrits de la Mer Morte est intimement liée à celle de la fondation de l'Etat d'Israël. Les manuscrits ont été découverts le 29 novembre 1947, date du vote du plan de partition de l'ONU décidant de la création de l'Etat hébreu. Pour la première fois depuis l'époque helléniste, le monde reconnaissait l'aspiration du peuple juif à revenir vers sa terre".

"Le plus grand puzzle de l'humanité"

Comme il le rappelle, la période helléniste (de la conquête de la région par Alexandre le Grand en 332 av. JC jusqu'à la conquête romaine en 63 av. JC), ouvre la culture locale à l'Europe. "Le grand changement est celui de l'alphabétisation et de l'éducation, qui a changé la manière dont les personnes comprenaient leur relation avec Dieu. Auparavant 99:% de la population était illettrée. Dans la Bible la relation avec Dieu se faisait par communication orale. Dieu parlait à des prophètes, comme Moïse, qui eux-mêmes s'adressaient au peuple. Le seul texte écrit de la période biblique est celui des dix commandements, inscrits 'par le doigt de Dieu'. A la période helléniste, on commence à valoriser les textes et les livres. C'est pourquoi les rouleaux de la Mer Morte, datent de la culture helléniste".

GrotteLes Manuscrits de la Mer Mort sont composés de huit rouleaux découverts en 1947 et de plus de 25 000 fragments de textes retrouvés depuis dans le Désert de Judée, qui ont permis la reconstitution de quelque 950 manuscrits. "Pour cela nous avons du jouer pendant 70 ans pour reconstruire le plus grand puzzle de l'humanité". Par chance les huit premiers rouleaux étaient presque complets. Ils ont été découverts par des Bédouins alors que Quram était encore situé en Jordanie. Quatre d'entre eux ont été vendus à un marchand d'antiquités de Bethlehem qui les a lui-même cédé à un évêque syrien à la tête du monastère syriaque orthodoxe de Jérusalem. L'archéologue israélien Eléazar Sukenik, qui a eu vent de la découverte, en achète trois pour le compte de l'Université hébraïque. La plupart des fragments trouvés dans les premières années ont été adressés par le Département des Antiquités jordaniennes à l'Ecole Biblique de Jérusalem, établissement de recherche religieux français tenu par des prêtres dominicains, qui seront donc les premiers à étudier ces textes. Ils seront abrités au Musée archéologique jordanien de la Jérusalem-est, aujourd'hui le Musée Rockefeller. En 1954, l'archéologue Yigal Yadin fils d'Eléazar Sukenik, convainc l'Etat d'Israël d'acheter les quatre autres. Ce n'est qu'après la guerre des six jours en 1967 que les Israéliens auront accès à l'ensemble de ces documents.

Trois groupes qui se détestaient

"Nous devons remercier Youssouf Saad, le Directeur du Musée jordanien de l'époque, qui a préservé ces fragments entre 1947 et 1967, ainsi que les frères Albina qui les ont photographiés", commente le Prof. Mizrahi. "Car la pire des choses arrivée à ces manuscrits, conservés pendant 2 000 ans à l'abri dans des grottes du Désert de Judée, a été leur découverte, qui les a exposés à la lumière. Depuis ils ont commencé à se dégrader. Aujourd'hui les recherches sur les textes se font sur des images multi-spectrales et non sur les originaux. Par ailleurs la lumière à infrarouge facilite dans de nombreux cas la lecture, parfois même la rend possible. Mais à chaque fois que je vois les originaux, je garde le même enthousiasme que la première fois".

Paysage 2La majorité des manuscrits de la Mer Morte et des fragments ont été découverts à Qumran ou à côté. Le reste était éparpillé dans d'autres sites du Désert de Judée situés à proximité, comme Massada ou Nahal Hever. Tous les fragments ont été trouvés dans des grottes, préservés par la poussière karstique, résultant de l'érosion des roches calcaires. Il s'agit de manuscrits écrits entre le 3e siècle av. JC, et le 1er siècle après, c'est-à-dire au cours d'une période où la Judée change plusieurs fois de régime. Au début, elle fait partie de l'Empire séleucide, dynastie hellénistique qui avait son centre en Syrie. Au 2e siècle avant JC les Juifs se révoltent contre cette dynastie (à Hanoukka) et établissent le Royaume Asmonéen, qui prendra lui-même fin avec la conquête de Jérusalem par Pompée en 63 av. JC. La Judée fera alors partie de l'Empire romain. Au début, elle est dirigée par le roi Hérode, et les Romains laissent aux Juifs un semblant d'indépendance. Hérode, le plus grand bâtisseur d'Israël, entreprend des travaux de rénovation du Temple d'Ezra et Néhémie (Second Temple), construit le port de Césaré, ainsi que de nombreuses forteresses, comme Massada, Hérodion etc. Mais peu à peu, les Romains prennent le contrôle total de la Judée, jusqu'à la Grande Révolte, qui sera écrasée en 70 ap. JC.

"La principale source historique sur cette époque sont les œuvres de l'historien Yossef ben Matityahou, plus connu sous son nom romain Flavius Josèphe, qui nous apprend que la société juive de l'époque était profondément divisée en trois mouvements principaux: les Pharisiens, le groupe le plus populaire, qui donnera naissance au judaïsme rabbinique, les Sadducéens, secte des prêtres de Jérusalem, riche minorité, et les Esséniens, courant le plus spiritualiste et ésotérique, dont les membres étaient parfois magiciens, guérisseurs et prédisaient l'avenir. Ces trois groupes se détestaient, et les Rouleaux de la Mer Morte retracent les nombreuses polémiques entre ces groupes de l'époque".

La communauté Yahad

Les fouilles qui ont suivi la découverte des manuscrits ont mis à jour les restes d'un site remontant de 150 à 130 ans av. JC, généralement considéré comme le lieu d'établissement des Esséniens, bien que la question soit contestée. En effet, des chercheurs considèrent le site comme une place fortifiée hasmonéenne, interprétation confortée par la présence des ruines de la tour de garde, qui dominent le site, surplombant la route qui suit les bords de la Mer Morte. "En faveur de la thèse qui attribue le site aux Esséniens on peut citer le fait qu'il s'agit d'un lieu totalement isolé, convenant à une communauté en quête spirituelle", explique le Prof. Mizrahi. "De même, dans l'une des grottes, surnommée "grotte de la bibliothèque", on a retrouvé 15 000 à 25 000 fragments de manuscrits entassés sur le sol". Parmi les centaines d'"ouvrages" de cette énorme bibliothèque, certains dataient de périodes plus anciennes, suggérant que les résidents étaient arrivés sur place avec leurs propres livres.

Noam et MarionLes fouilles ont révélé un large ensemble de constructions, probablement utilisées par le groupe comme des bâtiments publics. Selon le Prof. Mizrahi, les participants de la secte habitaient probablement dans les alentours, dans la centaine de grottes de la région. "En été la chaleur ici est insupportable, autour 40° à l'ombre. Les gens devaient donc vivre vivent dans les grottes".

On pense qu'il s'agit d'une communauté d'environ 100 à 200 personnes, vivant une vie d'étude ascétique. L'un des premiers rouleaux découverts, intitulé Manuel de discipline, ou Règle de la communauté, dévoile le fonctionnement de la secte, dont la vie quotidienne était réglée dans ses moindres détails. Il s'agissait d'une communauté hiérarchisée qui vivait sous la direction d'un "Maitre de justice" ('More Tsedek'), sorte de "kibboutz", ou de couvent. Dans l'une des pièces on a découvert un "trésor" de 560 pièces d'argent, qui provenait probablement de l'apport des membres, qui partageaient à la fois l'étude et la fortune. La communauté de Qumran se désignait elle-même sous le nom de Yahad (ensemble). Elle était composée uniquement d'hommes. Les membres étaient soumis à une période de probation de deux ans. "L'absence de femmes fait qu'il n'y avait pas de renouvellement des générations", souligne le Prof. Mizrahi. "Il s'agissait donc d'une communauté de volontaires. On pense qu'il s'agissait de personnes d'âge mûr qui venaient ici pour réaliser une retraite et vivaient dans l'ascétisme après avoir créé une famille".

Pureté religieuse

Les Esséniens prenaient leurs repas en commun et en silence dans un réfectoire devenu l'une des salles du Musée, situé à l'entrée du site, où l'on a retrouvé 700 bols en poterie dont certains sont exposés. "Une vaisselle très simple et non décorée", commente le Prof. Mizrahi. "Modestie et humilité faisaient partie de leur mode de vie. Etant donné les dimensions modestes de la pièce, on peut supposer qu'ils dinaient en 'équipes'. Ils se nourrissaient de pain et de vin, de viande d'animaux sacrifiés, de lentilles, pois chiche, légumes et de fruits. On a retrouvé près de 100 000 noyaux de dattes, avec lequel on faisait du miel et peut-être du vin".

L'une des caractéristiques de cette communauté était le respect rigoureux des règles de pureté et d'impureté. "Il s'agissait d'une communauté extrême sur le plan religieux. Ils avaient l'obsession de la pureté, spirituelle et corporelle", explique le Prof. Mizrahi. Cette obsession se traduit par l'existence sur le site de 14 bains rituels 

Miqveou mikvés. Comme le souligne le conférencier, il fallait investir une grande énergie pour conserver l'eau de ces bains au milieu du désert. L'eau, qui provient des pluies de la région de Hébron et Bethlehem, arrive dans la région par les oueds. Elle était acheminée par un système hydraulique complexe comprenant un aqueduc et plusieurs bassins de stockage. "Les principales sources d'impureté sont les alluvions du corps, le sang (ce qui explique l'absence de femmes dans la communauté) et la mort (les cadavres). En outre, si l'on est touché par une personne impure, on devient soi-même impur par contamination. Les membres de la communauté se purifiaient donc dans le miqvé deux fois par jour". De plus, contrairement à la Bible, la pureté devait être extérieure et intérieure. "Dans la Bible l'impureté est technique, c'est pourquoi les prêtres devaient se purifier, 95% de la population étant des paysans. Ici l'idée devient celle de la pureté de l'âme et de l'esprit, conception qui a inspiré le christianisme".

L'imminence du Jugement Dernier

"Cette idée de pureté intérieure était une véritable paranoïa chez les Esséniens. Ils vivaient dans une crainte quotidienne. On ne peut vivre dans une telle intensité pendant longtemps. Aussi s'attendaient-ils à une rédemption eschatologique imminente: l'Apocalypse, le Jugement dernier, la victoire des Fils de la Lumière contre les Fils des ténèbres, guerre à laquelle ils ont consacré un livre entier, un genre de 'Star war', mais où le Futur serait demain. Cette dichotomie leur semblait découler de l'univers lui-même: le noir et le blanc, le jour et la nuit se retrouvent chez les humains bons ou mauvais, et même chez les anges. Le royaume humain reflète le royaume céleste".

"Chaque jour où le salut n'était pas arrivé était pour eux une déception. Beaucoup de communautés juives du pays vivaient dans cette attente, ce qui a donné lieu à la naissance du christianisme. Pour le christianisme, la Rédemption a eu lieu, il faut juste la reconnaitre, reconnaitre le Messie pour arriver au salut. Il s'agit donc d'un processus né à l'intérieur du judaïsme lui-même. Le christianisme fait partie du développement des courants spirituels juifs. Après la destruction du Temple, le judaïsme rabbinique prendra une autre voie. Pour lui, c’est cette attente de l'Apocalypse qui a amené à la catastrophe et à la destruction du Temple. Il ne met pas l'accent sur le combat entre les bons et les mauvais".

Le Sanctuaire du Livre au Musée d'Israël à Jérusalem

AdolfoLa visite du Sanctuaire du Livre a été introduite par le Prof. Adolfo Roitman, curateur du Sanctuaire, qui le décrit comme: "L'un des endroits les plus iconiques d'Israël". Construit en 1965, c'est l'une des premières galeries du Musée d' Israël. Le bâtiment lui-même raconte l'histoire de la secte: le dôme blanc surplombant un bâtiment situé au deux-tiers sous le niveau du sol, faisant face à un mur noir de basalte, reflétant la topique théologique de la Lutte des fils de la lumière contre les fils des ténèbres de la communauté Yahad. Le dôme a la forme du couvercle des jarres dans lesquelles ont été trouvés les manuscrits, "jarres très particulières qu'on ne trouve qu'à Qumran". L'entrée du sanctuaire imite celle d'un temple égyptien pour évoquer l'idée de l'entrée dans un temple. Les escaliers qui y conduisent rappellent ceux de la descente dans un mikvé.

"Les textes, écrits en paléo-hébreu, sont lisibles par un Israélien moderne", poursuit le Prof. Mizrahi. Un quart d'entre eux sont des textes bibliques que les Esséniens recopiaient et préservaient. "Tous ces textes sont identiques à ceux que nous connaissons aujourd'hui, cependant, certains présentent certaines différences substantielles, montrant que la secte poursuivait un travail de développement du texte. L'approche moderne du judaïsme est très différente de celle de l'époque. Aujourd'hui, on ne touche pas au texte parce qu'il est sacré, à l'époque, il fallait le retoucher justement parce qu'il était sacré".

Le Livre d'Isaïe

Des exemplaires de tous les livres bibliques ont été découverts à Qumran, parfois même plusieurs copies du même livre. Certains livres étaient plus 'populaires' que d'autres au sein de la communauté: le Livre des Psaumes, par exemple, existe en 36 copies différentes, celui d'Isaïe, qui parle de la venue du Messie, l'un des livres les plus rappelés dans le Nouveau Testament, en 20 copies. Le plus impressionnant est une copie du Livre d'Isaïe, seul rouleau biblique de Qumran préservé dans son intégralité (734 centimètres de long), l'un des plus vieux préservé dans le monde, écrit autour de l'année 100 av. JC.

MaquetteLe reste des Manuscrits de Qumran est constitué par des livres apocryphes (non canoniques), notamment ce qu'on appelle les rouleaux sectaires, les Pesharim, travail d'exégèse de la Bible, portant soit sur un sujet spécifique, soit un commentaire passage par passage de la Bible et des Livres des Prophètes, comme Isaïe, Nahum et Habakuk. Parmi les manuscrits exposés, on peut citer le Rouleau du Temple, découvert en 1956, acquis par Yigal Yadin en 1967, dont l'essentiel est constitué par le plan et les pratiques du Temple à construire; le Livre de Daniel, le plus récent des livres bibliques (sa composition finale date du règne d'Antiochus - 175 à 163 av. JC. L'exemplaire présent au Musée est daté de 160 av. JC., soit 10 ans après l'écriture du livre original; des manuscrits psalmiques, contenant plus de 4000 psaumes; le fameux Livre de la guerre des fils de la lumière contre les fils des ténèbres, détaillant par le menu comment mener la guerre proche; le Rouleau de cuivre ou inventaire d'un trésor caché et le Testimonia, collection de citations bibliques portant sur l'attente du Messie et la fin des temps. "Aujourd'hui nous essayons de développer des outils informatiques pour identifier à quels rouleaux sont liés les fragments. Dans le cas des rouleaux conservés dans des jarres, l'intérieur est mieux préservé que l'extérieur, donc l'écart de dégradation des fragments permet de reconstituer les rouleaux".

Le Codex d'Alep

La journée s'est terminée par la visite du Codex d'Alep, exposé dans la salle du sous-sol du Sanctuaire du Livre. "A l'époque médiévale, il n'y a plus de parchemin mais des codex", explique le Prof. Mizrahi. "Alors que les manuscrits sont des morceaux de peau d'animaux cousus ensemble de manière consécutive, les codex, eux sont disposés les uns sur les autres et cousus sur le côté, comme un livre. Dans le monde chrétien, ils existent dès l'époque byzantine. Mais chez les Juifs, ils n'apparaissent que vers le 9e et 10e siècle".

L'histoire du Codex d'Alep est liée à la codification des textes bibliques au Moyen-âge. "Aujourd'hui à la synagogue les rouleaux écrits sont en hébreu avec seulement des consonnes et il faut deviner les voyelles. C'est également le cas pour les rouleaux de Qumran. Les Anciens corrigeaient sans arrêt le texte. Après la destruction du Temple, on discute l'interprétation, mais plus le texte lui-même. Il a donc fallu un mécanisme d'annotation pour stabiliser le texte et indiquer aux scribes comment l'écrire et le vocaliser. C'est la naissance de la massora (tradition), qui a abouti au texte massorétique. Les massorètes écrivaient les Codex, à partir desquels on peut mesurer l'exactitude d'un texte. Celui d'Aharon Ben Moshe Ben Asher écrit au 10e siècle à Tibériade, a été érigé en norme. Avec la vocalisation, la langue est devenue seulement liturgique. Aujourd'hui elle est de nouveau orale, et il n'y a donc plus besoin de vocalisation".

Le Codex d'Alep, d'une exactitude de 99%, est la plus ancienne version connue de la massora. Ecrit à Tibériade entre 910 et 930, il a été amené en Egypte où il sera utilisé par le Rambam qui s'est basé sur lui pour ses écrits. Puis il arrive à Khaled (Alep) dans la communauté juive de Syrie où il reste jusqu'en 1948. Disparu pendant les émeutes suivant la création de l'Etat, il réapparait dix ans plus tard en Israël.

L'excursion servira au financement d'une bourse pour un doctorant du Département d'Etudes Bibliques de l'Université de Tel-Aviv, qui travaille sur les Rouleaux de la Mer Morte et analyse les différences entre ces textes et ceux que nous connaissons aujourd'hui à l'aide d'outils scientifiques et de méthodes de psycholinguistique. "Nous essayons de relier les étudiants à leur histoire, pour que les jeunes générations et le grand public soient conscients de leur héritage culturel".

 

Les "plus" de l'excursion" - Le saviez-vous ?

L'origine du nom de Tel-Aviv

Tel-Aviv, de tel (site en forme de monticule formé au cours des siècles par l'accumulation de différentes couches d'habitations humaines) et aviv (mot hébreu signifiant 'printemps',la ville la plus moderne du pays, est mentionnée dans le Livre d'Ezéchiel par les Juifs en exil à Babylone. Mais en akkadien, langue des Babyloniens, le mot Abubu signifie 'le grand déluge'. Tel Aviv est désignée comme la seule montagne qui survivra le déluge. Dans l'Etat d'Israël moderne le nom de la ville a pris un autre sens. C'est la traduction du titre du livre de Théodore Herzl : Altneuland (Terre ancienne-Terre nouvelle), traduit par Nahum Sokolov comme Tel-Aviv.

Des grottes qui remontent à la préhistoire

Paysage MMDans la préhistoire (il y a environ 90 millions d'années), la région était recouverte par la mer. En se retirant, elle a laissé des roches sédimentaires friables (calcaire, dolomite, craie et argile). C'est pourquoi l'érosion et les précipitations y provoquent la formation d'une multitude de grottes. Les grottes de la région de Qumran ne sont pas visitables car elles abritent une population de chauve-souris endémique qui n'existe que dans cette région, et protégée.

Une mosaïque de cultures

Qumran fait face au Mont Nebo, situé de l'autre côté de la Mer Morte, d'où Moïse a contemplé la Terre Promise sans y entrer. A la période du Second Temple, et en particulier après la chute de l'empire séleucide, la région passe sous la domination économique des Nabatéens, peuple commerçant ayant sa capitale à Pétra. Elle connait alors un trafic commercial important et les langues s'y côtoient. A quelques kilomètres au sud se trouve l'oasis Ein Guédi, la communauté la plus riche de la contrée. On y fabrique notamment le basalme, parfum célèbre et coûteux, produit à partir d'un arbuste qui ne pousse que dans ces lieux, et qui explique l'intérêt des Romains pour le contrôle de la région. Le site est donc à la jonction de plusieurs cultures qui s'y côtoient, et notamment de deux communautés, l'une ascète et l'autre opulente.

Pourquoi les Hébreux sont-ils devenus Le Peuple du Livre ?

"Au départ, on pensait que Dieu s'adresse aux êtres humains. Déjà à la période du second temple, ce n'est plus le cas. Dieu était devenu silencieux. Les gens se sont donc mis à lire les livres qui racontaient les révélations faites aux générations précédentes. D'où l'importance de l'alphabétisation pour maintenir l'identité spirituelle du peuple. La Bible est devenue le centre de la vie religieuse. C'est la première fois dans l'histoire des religions qu'un livre devenait si important. Ce modèle a servi d'inspiration au christianisme puis à l'islam".

 

Nos évènements sont organisés par l'Association des Amis francophones

de l'Université de Tel-Aviv en Israël

Déléguée générale: Agnès Hana Goldman

tCette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Pour participer à une bourse:

⬧ Par carte bancaire, téléphoner à l’Association au 03.640.67.80
(9h-13h).
⬧ Par chèque au nom de : French Friends of Tel Aviv University .
POBOX 39655 TLV 6139601.
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Conférences ‘Israël à l’écran’ à l’Université de Tel-Aviv : les séries télévisées et le cinéma israéliens à la conquête du monde

Les deuxième et troisième conférences du cycle 'Israël à l’écran' organisé par l’Association des Amis francophones de l’Université de Tel-Aviv, se sont déroulées les lundi 25 et jeudi 28 novembre. Le Prof. Yaël Munk, enseignante à l’Ecole de Cinéma et télévision Steve Tisch de l’Université de Tel-Aviv et Directrice du Département de cinéma de l’Université ouverte d’Israël, a présenté l’impressionnante évolution qui a conduit le cinéma et les séries télévisés israéliens à la conquête du monde, au cours de conférences passionnantes illustrées par de nombreux extraits de films.

Munk1Le cinéma israélien a débuté avant la création de l’Etat, avec le film de Chaïm Halachmi, Oded le vagabond (en hébreu ‘Oded Ha noded’), sorti en 1933, film muet en noir et blanc racontant l’histoire d’un jeune d’un pensionnat qui va se promener avec ses camarades et se perd dans la campagne. " Les premiers films étaient surtout diffusés à l’étranger pour construire l’image du pays ", explique le Prof. Munk. "Les Israéliens à l’époque allaient très peu au cinéma ". Les films qui suivirent la deuxième guerre mondiale avaient quant à eux pour but de montrer la transformation des rescapés de la Shoah, arrivés en Israël après les persécutions en Europe, amaigris, et apeurés, en ‘Nouveau juif’, beau, robuste, sans crainte et défrichant la nature, à l’image des jeunes ‘Tsabars’ locaux, dont le prototype était l’acteur Assi Dayan.

Sallah Shabati

Le tournant s’est produit en 1964 avec la réalisation du film Sallah Shabati d’Ephraïm Kishon, lui-même nouvel immigrant de Hongrie rescapé de la Shoah. Le film, à forte dimension parodique, raconte l’histoire fictive d’un nouvel immigrant arrivé d’un pays arabe avec une famille nombreuse, analphabète et sans métier, qui décide de s’adapter au système israélien de la ‘combine’. Très schématique et caricatural, ironique, critiquant la bureaucratie israélienne, Sallah Shabati fut le premier film à raconter l’histoire des Juifs orientaux, et a posé les fondations d’un débat qui se poursuit jusqu’à aujourd’hui en Israël, dans la société et au cinéma. Il a connu un énorme succès local, a été nommé aux Oscars la même année et son acteur principal, Haïm Topol, a depuis accompli une carrière internationale.

Munk2Sur le même thème mais dans un registre dramatique, le Prof. Munk signale également l’important film de Hanna Azoulay Hasfari, Sh’Chur, sorti en 1995, avec Ronit Elkabetz et Gila Almagor, les deux ‘divas’ du cinéma israélien. Premier récit autobiographique d’une femme orientale, il a changé la représentation des orientaux au cinéma.

Sallah Shabati fut à l’origine de toute une série de films dits ‘films Borekas’, perpétuant les mêmes stéréotypes. Très populaires en Israël dans les années 60, ces films n’étaient cependant pas exportables à l’étranger.

La guerre qui nous accompagne

Autre thème caractéristique du cinéma israélien : la guerre qui nous accompagne. " La première guerre du Liban de 1982 a laissé de nombreux traumatismes parmi la population ", explique le Prof. Munk. "Mais comme c’est souvent le cas pour les traumatismes, personne n’en a parlé à l’époque. Vingt-cinq ans plus tard, trois films sur le sujet sont sortis coup sur coup : Beaufort de Joseph Cedar (2007), nommé pour l’oscar du meilleur film étranger, Valse avec Bachir d’Ari Folman (2008), nommé pour la Palme d’or du festival de Cannes et l’Oscar du meilleur film étranger, et Lebanon de Samuel Maoz, Lion d’or de la Mostra de Venise en 2009". Ces films, explique-t-elle, sont basés sur la mémoire personnelle des réalisateurs qui racontent leur propre histoire et leurs propres peurs. "Pendant les années 80 le cinéma israélien traitait du conflit, mais sans attirer le public. L’essor est venu lorsque les cinéastes ont commencé à parler d’eux-mêmes. Ces films montrent comment le cinéma peut traduire le subjectif à l’écran. Dans le cas du film d’Ari Folman, la technique de l’animation permet même de choisir les couleurs et les formes". La conférencière ajoute que Valse avec Bachir est une coproduction israélo-franco-allemande, et que de nombreux films israéliens sont réalisés en coproduction avec la France ces vingt dernières années.

Munk3Cette dernière constatation l’amène à envisager le cas d’Amos Gitaï, l’un des cinéastes israéliens les plus connus et apprécié dans le monde, dont dix des nombreux films ont été nominés pour la Palme d’Or du festival de Cannes ou le Lion d’or du festival de Venise (Kippour a reçu le Prix François Chalais du Festival de Cannes en 2000), mais qui est cependant peu apprécié en Israël.

Dernier point abordé : l’émergence des femmes comme réalisatrices dans le cinéma israélien. Elle donne l’exemple de ‘Or, Mon trésor’, film de Keren Yedaya sorti en 2004, qui raconte l’histoire des relations d’une prostituée et de sa fille. "C’est un film sur les ‘invisibles’, ceux dont l’histoire n’intéresse personne, et en particulier, c’est un film de femme, capable de traiter d’un sujet féminin sans exhibitionnisme et en respectant leur dignité ".

Lors de l’intéressant débat qui s’est éveillé lors de la séance de questions réponse, la conférencière souligne que " le cinéma israélien est un cinéma pluraliste qui reflète l’image de la démocratie israélienne ", et c’est probablement ce qui explique son succès dans le monde.

Hedva et Shlomik

Mais plus encore que le cinéma, ce sont les séries télévisées qui représentent le mieux la percée israélienne sur les écrans mondiaux. "Pendant très longtemps les productions originales télévisées israéliennes n’intéressaient personne, et surtout pas les Israéliens ", relève le Prof. Munk. " Aujourd’hui, elles sont primées dans le monde entier et adaptées dans de nombreuses langues".

La télévision israélienne, raconte le prof. Munk, débute en 1967, pendant la guerre des six jours, essentiellement à cause des informations : " Lors de la naissance de l’Etat, Ben Gourion était contre la création d’une télévision pour ne pas corrompre la jeune génération. A partir de la guerre des Six jours, il en a compris la nécessité, car les Israéliens ne pouvaient écouter les informations que sur la télévision jordanienne, donc sur les chaines d’un pays ennemi. Au début il n’y avait qu’une seule chaine, en noir et blanc jusqu’au milieu des années 80".

Munk4La première série télévisée, Hedva et Shlomik, sortie en 1971, racontait l’histoire d’un couple qui quitte le kibboutz pour s’installer à la ville. "La série a eu beaucoup de succès. Elle traitait d’un sujet d’actualité en Israël à l’époque et présentait une dimension documentaire importante. Les séries étaient alors réalisées avec peu de budget, et chacune était un évènement ".

Effectuant un bond dans le temps de plus de 30 ans, la conférencière passe ensuite à la première série israélienne qui connut un succès mondiale : In Treatment (en hébreu BeTipul), de Hagaï Levi. Adoptant un format original à l’époque, la série suit la thérapie de cinq patients chez leur analyste, chaque session durant un épisode. Le sixième jour est consacré à la thérapie du psychologue lui-même chez son superviseur, l'actrice Gila Almagor. " Chaque personne présente une histoire très israélienne", explique le Prof. Munk. "Le psychologue est interprété par Assi Dayan, le plus grand acteur israélien, qui représente lui-même l’archétype de l’Israélien avec ses forces et ses faiblesses : né dans le premier moshav du pays (Nahalal), fils du Général Moshé Dayan, frère de la politicienne Yael Dayan, il a commencé sa carrière cinématographique dans le rôle du Tsabar, beau et héroïque. Mais il a également subi les traumatismes des combats auxquels il a participé, notamment pendant la guerre de Kippour, et sa vie a été écourtée par la drogue ". La série a été écrite par plusieurs scénaristes, dont Ari Folman, et réalisée avec des moyens minimalistes : "Tout se passe à huis-clos dans la même pièce fermée, celle où le psychologue reçoit ses patients. La série ne gagne que par la force de ses acteurs ". Achetée d’abord aux Etats-Unis, puis adaptée en Italie, au Japon, en Russie, au Portugal etc., BeTipul est la série qui a ouvert la création télévisée israélienne vers le monde.

La transition d'un monde calme à un univers bouleversé

Pourquoi les séries israéliennes sont-elles devenues si intéressantes aux yeux du public mondial ? "Probablement parce que le monde a changé. Le terrorisme est passé à l’avant-scène, atteignant des pays habitués à la tranquillité. Cette transition d’un monde calme à un univers bouleversé se retrouve dans les séries israéliennes ". La seconde de ces séries à avoir connu un succès international fut Hatufim (Enlevés), sortie en 2010 alors que Gilad Shalit était prisonnier du Hamas. "Deux prisonniers de guerre rentrent dans leur famille après dix-sept ans passés au Liban. Mais le drame commence avec leur retour au pays. Leur réception en Israël est ambivalente : d’un côté la joie de les retrouver, de l’autre, seulement deux d'entre eux sur trois sont rentrés. De plus la captivité les a transformés et traumatisés. Personne ne sait comment les recevoir. La série montre leurs difficultés à se réadapter, renforcées par l’attitude méfiante des services secrets. Cette fois, il s’agit d’une production d’envergure avec de nombreux figurants, des acteurs professionnels avec un jeu subtil, une série fantastique à regarder absolument ". Hatufim a été achetée par la télévision américaine et adaptée sous le nom de Homeland.

Dernière série présentée lors de la conférence : Zagouri Empire de Maoz Zagouri, sortie en 2014, sur une famille nombreuse marocaine de Beer Sheva, dans laquelle le fils préféré, né circoncis, est considéré comme le ‘Messie’. " Il s’agit d’une série comique, qui prend des situations difficiles et les rend drôles. Dans cette famille personne ne supporte l’autre, et la discorde est permanente, contrairement au mythe des familles séfarades unies et aimantes. Mais malgré toute cette haine et ces conflits incessants, les membres parviennent à surmonter ces difficultés ". La deuxième saison s’ouvre sur la journée de commémoration de l’Holocauste. Le père, l’acteur Moshé Ivgy, refuse de se lever pendant la sirène. " C’est la première fois qu’on ose montrer aussi ouvertement l’animosité des orientaux pour les ashkénazes", commente le Prof. Munk. "La série réussit à déchirer le consensus de l’identité israélienne. Maor Zagouri a réussi à faire frémir la société israélienne en abordant des questions dont on ne parlait pas. C’est une prise de position humoristique, drôle et intelligente ".

Enfin, elle note que dans ces trois séries, le service militaire tient un rôle important. " La télévision israélienne commence à oser parler des traumatismes du service militaire. De plus en plus de séries traitent de ce sujet ".

 

Voir le compte-rendu de la première conférence (sur le cinéma documentaire israélien) :

Première conférence Israël à l'écran à l'Université de Tel-Aviv

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Eric Marty à l'Université de Tel-Aviv

Le Prof. Eric Marty, le grand spécialiste de Roland Barthes, était le lundi 24 novembre 2019, l'invité du Département de culture française de l'Université de Tel-Aviv, où il a donné une conférence sur le thème: "Roland Barthes: littérature, philosophie et antiphilosophie". La rencontre, initiée par le Club littéraire jurassien et son Président Vincent Froté, et organisée en collaboration avec l'Association des Amis francophones de l'université, s'est déroulée en présence de l'Ambassadeur de France en Israël Eric Danon et de son épouse. Elle a été présentée par le Prof. Nadine Kuperty-Tsur, directrice du Département.

Marty2"C’est un très grand plaisir que d’accueillir un ami d’Israël et l’un des universitaires qui font si bien le lien entre les deux pays", a déclaré l’Ambassadeur en ouverture de la conférence. Le Prof. Kuperty –Tsur ensuite introduit Éric Marty, professeur de littérature française contemporaine à l’université Paris Diderot, essayiste, romancier, poète, auteur de pièces radiophoniques et éditeur des œuvres complètes de Roland Barthes. Après avoir présenté sa rencontre exceptionnelle avec l’écrivain, qui a changé le cours de sa vie, elle insiste sur son engagement en faveur d’Israël, qui s’est manifesté notamment dans ses deux ouvrages Bref séjour à Jérusalem (2003) et Une querelle avec Alain Badiou (2007), ainsi que ses prises de position contre la campagne anti-israélienne du mouvement BDS (Boycott, désinvestissement, sanctions).

"Penser avec Barthes"

"Mon rapport avec ce pays est plus poétique que politique", a déclaré le Prof. Marty "Ecrire, s’est engager sa propre personne, sa manière d’être. Israël me met en état d’écrire à chaque fois que j’y suis. Pour moi ce sont des visages, des paysages, des lieux, une certaine façon d’être, un certain rapport à l’histoire. J’ai un rapport inspiré avec le peuple d’Israël ". 

Comme il l’a expliqué, la conférence a été centrée non pas tant sur l’œuvre de Barthes que sur sa pensée : " A mesure que Barthe s’éloigne de nous, j’ai envie de penser non plus sur lui, mais avec lui ". Selon lui, le contexte des années 1950 à 1980, dans lesquelles s’est développée toute l’œuvre de Roland Barthes, lui ont permis de prendre une position centrale dans le discours de la modernité : " Ce sont des années d’éclatement des savoirs, des paroles et des écritures, un moment de très grande liberté, de déconstruction des discours. C’est cela qui  permis à Barthes de trouver sa place".

Marty10La première partie de la conférence fut consacrée à la position de Barthes par rapport à la philosophie. Le Prof. Marty rappelle la phrase de l’écrivain à la fin de sa vie : " Jamais un philosophe ne fut mon guide ". Il n’en reste pas moins qu’il éprouva toujours le besoin de se situer par rapport à la philosophie à la fois comme langage et comme discours, tout en refusant de s’identifier à la figure du philosophe. En effet, Barthes qui fut " l’un des démolisseurs de la société française et de ses signes aliénants ", abandonne peu à peu la position critique qu’il avait adopté au début et qui fut celle des intellectuels de son époque, pour prendre celle de l’antiphilosophe adepte du ‘rien-faire’, forme d’oisiveté philosophique : " soit l’on considère que le réel n’est que construction idéologique et sociale, et par conséquent la position du philosophe se doit effectivement d’être critique, soit il est totalement impénétrable, et alors il faut ‘poétiser’, rechercher le sens inaliénable des choses. L’intellectuel est alors en position d’accueillir ce sens, d’où l’idée du ‘rien-faire philosophique’, sorte d’oisiveté métaphysique, d’existence minimale dans le sens des philosophies orientales ".

Le "rien-faire philosophique"

Dans la seconde partie de la conférence, le Prof. Marty s’attache à la figure du philosophe. L’autoportrait Roland Barthes par Roland Barthes pastiche le dialogue entre Criton et Socrate avant la mort de celui-ci : Barthes met en scène le bel Alcibiade qui séduit Socrate et le convainc de ne pas mourir. " La philosophie juste, celle de Socrate, devient liée à la jouissance et s’oppose à celle de l’Europe déviée, morbide et mensongère. C’est celle de l’antiphilosophe, celui qui ne renonce pas à Alcibiade mais au contraire cède à son désir. Par là Barthes rejoint la métaphysique de Heidegger sur l’’être-là’, l’être humain dans son existence ici et maintenant ". C’est dans cette optique que Barthes développe la notion de neutre, de ‘non-vouloir-saisir’ : " Pour Barthes, le langage nous envahit lourdement, le monde est trop expressif et l’écrivain doit parvenir à ‘inexprimer l’exprimable’, à amaigrir le trop-plein ".

" Le rien-faire philosophique est l’horizon possible de toute pensée ", conclue Eric Marty. " Il est l’expression d’une liberté de pensée totale, car aucun concept ne peut le sanctionner. En cela la démarche adoptée par Barthes est la plus moderne et la plus difficile ".  La conférence a été suivie d’une séance de questions-réponses avec la salle, les nombreuses interventions montrant l’intérêt éveillé au sein du public par cette très riche présentation.

 

Photos:

1. Le Prof. Nadine Kuperty-Tsur et le Prof. Eric Marty.

2. L'Ambassadeur de france en Israël Eric Danon.

 

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Première conférence Israël à l'écran à l'Université de Tel-Aviv

La première d'une série de trois conférences sur le cinéma israélien, organisée par l'Association des Amis francophones de l'Université de Tel-Aviv, s'est tenue le jeudi 7 novembre sur le thème :"Comprendre la société israélienne à travers ses documentaires". Au cours d'un exposé passionnant illustré par de nombreuses séquences filmées, le Dr. Yael Munk, professeur à l'Ecole de cinéma de l'UTA et à l'Université ouverte d'Israël a présenté les enjeux du cinéma documentaire israélien, à la recherche de la mémoire d'une société complexe dont il bouscule les tabous. Le cycle de conférences est au profit du Département d'animation de l'Ecole de cinéma de l'Université.

AgnesMunkStellaLa conférence a été précédée d'une courte présentation de l'Association francophone de l'UTA par Agnès Goldman, sa directrice, et de la projection d'un film sur le Département de cinéma de l'Université de Tel-Aviv, le plus ancien du pays (il a été créé en 1972), devenu Ecole Steve Tisch de film et télévision en 2015. Le Département a formé des générations de cinéastes dont certains sont devenus des grands noms de l'industrie cinématographique mondiale, comme les metteurs en scène Ari Folman (Valse avec Bashir), Yaron Shani (Ajami), Dror Moreh (The Gatekeepers), ou les scénaristes-producteurs de télévision Gideon Raff (Homeland) et Hagai Levi (In Treatment/En analyse). L'Ecole produit plus de 124 courts-métrages par an et participe à de multiples festivals dans le monde; ses étudiants ont remporté de nombreux prix internationaux. Son nouveau programme de média numériques, créé il y a quatre ans, la met en prise sur les développements les plus à la pointe de l'univers du cinéma. Enfin le Festival international du Film d'étudiants, qui compte parmi les plus importants du genre dans le monde, est organisé tous les ans à Tel-Aviv par les étudiants de l'Ecole.

"Le cinéma israélien vaut la peine d'être connu"

"Peu de cinémas ont autant d'emprise sur la société dans laquelle ils évoluent", déclare le Dr. Munk. "Le cinéma israélien vaut la peine d'être connu. Même ses comédies les plus légères expriment un inconscient collectif révélateur d'une société". Comme elle l'explique, le cinéma documentaire israélien n'a pas toujours connu la gloire. "Pendant les deux premières décennies de l'Etat, il était financé essentiellement par des Juifs américains et c'était surtout un cinéma de propagande". Le changement s'est fait progressivement, en particulier avec le cinéaste David Perlov, qui réalisa son premier documentaire, "A Jérusalem", en 1963 : "un documentaire d'ambiance qui donne la priorité aux images", commente le Dr. Munk. "Perlov a réalisé des chefs d'œuvre à partir de choses triviales, les choses des gens dont personne ne raconte l'histoire".

David perlovLa conférencière en profite pour préciser que 'documentaire' n'est pas synonyme de 'vérité' :"Le cinéma traduit toujours un biais qui colore la vérité. Détours, coupures, montages, la réalité est manipulée pour obtenir un certain effet". Dans les années 70, les guerres qui se suivent donnent prétexte à de nombreux documentaires. Mais le grand changement se fait avec le "Journal" de David Perlov, documentaire tourné entre 1972 et 1986, dans lequel le cinéaste filme toute sa vie, montrant une autre manière de voir Israël. "Perlov habitait sur l'actuelle place Rabbin, alors place des Rois d'Israël. Toute l'histoire d'Israël pendant cette période a défilé sous ses fenêtres. C'est la naissance du 'cinéma du Moi', qui met le moi du réalisateur au centre du documentaire".

Une nouvelle étape est franchie en 1989, avec le chef d'œuvre documentaire d'Orna Ben-Dor: "A cause de cette guerre là", sur le chanteur Yehuda Poliker, qui relate la tragédie de ses parents rescapés de la Shoah. "C'était un thème dont on ne parlait pas à l'époque en Israël. A partir de ce moment-là, un grand nombre de documentaires vont tourner autour de l'Holocauste. On commence à parler de "l'exil", en se tournant vers le passé, pour essayer de le comprendre et de l'incorporer au présent".

"Le documentaire vient corriger l'Histoire"

Dans cette lignée, on peut citer le film de Tsipi Reibenbach en 1993, "Choice and Destiny", sur le quotidien de ses parents survivants de l'holocauste: "Un quotidien basé sur la survie, la préparation et l'obsession de la nourriture. On voit apparaitre l'expérience de son père, zonder commando dans les camps de la mort. Un passé qui continue de vivre dans un quotidien neutre et vide, ce que coûte d'exister dans le présent avec les cauchemars du passé. Un des documentaires les plus primés du cinéma israélien".

La conférencière présente encore deux extraits de film. D'abord "L'appartement", réalisé en 2011 par Arnon Goldfinger, ancien étudiant de l'Université de Tel-Aviv, lauréat de l'Ophir israélien du meilleur documentaire, dans lequel il tente de dénouer une énigme liée au passé, par des indices retrouvés dans l'appartement de sa grand-mère, lorsque la famille s'assemble pour le vider peu après sa mort. " Le film part d'une histoire privée pour évoluer vers une enquête historique et familiale. Une histoire personnelle mais aussi l'histoire d'un peuple. C'est la grande découverte de l'histoire d'Israël qui n'a pas été racontée. Le documentaire vient corriger l'Histoire, rajouter une strate de ce qui n'a pas été dit. A voir absolument".

Michal AviadDernier extrait présenté, celui de "Dimona Twist" de Michal Aviad, enseignante à l'Ecole de cinéma de l'UTA, prix Van Leer du meilleur documentaire en 2016. "Aviad reconstruit l'histoire des femmes. Ici, ce sont sept femmes arrivées en bateau dans les années 60, essentiellement d'Afrique du nord. Les documentaires sur les Juifs orientaux sont le fait aussi bien de réalisateurs ashkénazes que séfarades. C'est tout un côté de l'histoire qui a été camouflé, l'histoire de ces communautés qui n'ont pas eu droit à la parole". Le film montre comment ces femmes sont parvenues à surmonter le traumatisme d'avoir été parachutées dans le désert sans autre préparation. "La juxtaposition de matériel d'archive venu dans ce cas-là en particulier de France, et d'interviews ou de témoignages, créé quelque chose de très fort". Sur le même principe, Michal Aviad tourne en 2013 le film 'Pionnières', sur les femmes au kibboutz, qui juxtapose les documents du kibboutz et les journaux intimes :"Le rêve et la désillusion", commente-t-elle.

"Le thème primordial du documentaire israélien est la mémoire", conclue le Dr. Munk. "Les films documentaires présentent les différents groupes de la société et aborde ses tabous: la vie en Diaspora, la souffrance de ceux qui sont arrivés trop tôt… sujets jusque là peu évoqués pour ne pas entacher l'image d'une société encore en construction".

Les deux prochaines conférences de ce passionnant cycle qui constitue une excellente introduction au cinéma israélien et donne envie de faire plus ample avec, auront lieu le 25.11 ("Comment les séries israéliennes ont conquis le monde") et le 28.11 ("L'évolution du cinéma israélien"). Par ailleurs, le 15 décembre aura lieu la troisième et dernière visite organisée par l'Association à la Maison de David Ben Gourion à Tel-Aviv, avec la projection du documentaire de Yael Perlov, fille de David Perlov et enseignante à l'Ecole de cinéma de l'université : "Ben Gourion – Epilogue", qui a reçu l'Ophir du meilleur documentaire l'an dernier.

 

Photos:

1. De gauche à droite: Agnès Goldman, le Dr. Yael Munk, le Prof.nRuth Amossy (Crédit Liora Houbani)

2. David Perlov (Crédit : Wikipédia)

3. Michal Aviad (Crédit : Wikipédia).

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Avant-première mondiale de J'accuse pour les Amis francophones de l'Université de Tel-Aviv

"J'accuse", film de Roman Polanski avec Jean Dujardin et Louis Garrel, a été projeté en avant-première mondiale pour les Amis francophones de l'Université de Tel-Aviv, lundi 11 novembre 2019 au Cinema City Glilot, au cours d'une soirée au profit des étudiants de l'université, en présence de l'Ambassadeur de France en Israël, Eric Danon, de l'attaché de coopération scientifique et universitaire Paul Furia, et de l'attachée audiovisuelle, Stéphanie Rabourdin. Le film a été présenté par le Prof. Elie Barnavi, conseiller auprès du Musée de l'Europe et ancien Ambassadeur d'Israël en France, et suivi d'un débat avec le Prof. Dina Porat sur le thème: "120 après, l'Affaire Dreyfus est-elle toujours pertinente ?".

Jaccuseeliambdina"L'Association est fière de vous présenter ce film, qui a remporté deux prix à la Mostra de Venise, dont le Lion d'Argent, et ne sera projeté à Paris que la semaine prochaine", a déclaré Agnès Goldman, directrice de l'Association des Amis francophones de l'UTA. Après avoir présenté l'Université de Tel-Aviv, première université de recherche d'Israël, et l'Association "pont culturel entre Israël et la France", elle a remercié le distributeur du film United King et son producteur, Ilan Goldman, et annoncé que la soirée va permettre de financer deux bourses et demie d'étudiants.

Le camp de la démocratie a gagné

Le Prof. Ruth Amossy a ensuite introduit le Prof. Elie Barnavi, professeur émérite de l'Université de Tel-Aviv, conseiller auprès du Musée européen de Bruxelles et Ambassadeur d'Israël en France entre 2000 et 2002, qui a présenté le film. "Il existe deux manières fondamentales de considérer l'Affaire Dreyfus", a-t-il déclaré. "La première et la plus courante est qu'elle dévoile les aspects les plus sombres de la France de la fin du 19e siècle: une armée veule, une presse immonde, un antisémitisme qui ronge les rouages de l'Etat et de la société. La seconde, à laquelle je souscris, est une vision plus optimiste: l'Affaire Dreyfus a dressé deux camps l'un contre l'autre, l'un conservateur, nationaliste, antisémite, et l'autre démocratique et lumineux qui l'a finalement emporté". Le Prof. Barnavi, rappelle que "L'Affaire" a renforcé Théodore Herzl dans sa conviction que les Juifs doivent posséder un Etat à eux face à une Europe antisémite, mais selon lui, le sionisme naissant a également été influencé par la vision optimiste, car : "le pays qu'Herzl et les fondateurs de l'Etat ont voulu créer était conforme aux idéaux de ce camp qui a gagné, basés sur la défense de la démocratie et des droits de l'homme. Ces gens qui ont quitté l'Europe ont voulu emporter avec eux sa meilleure part".

jaccusebarnaviLa projection a été suivie d'un débat avec le Prof. Dina Porat, Directrice du Centre Kantor de l'Université de Tel-Aviv pour l'étude du judaïsme contemporaine et historienne principale du Yad Vashem, qui, après avoir qualifié le film d'excellent, a détaillé cinq points qui a ses yeux, font qu'il est très pertinent aujourd'hui. Tout d'abord, il aborde le thème de la loyauté des Juifs envers le pays dans lequel ils vivent, toujours remise en question :"Récemment encore le Président Trump a posé la question de savoir si les Juifs américains sont plus loyaux à l'Amérique qu'à Israël, spécifiant qu'il les croyait d'avantage loyaux à Israël. Au Centre Kantor, nous publions chaque année un rapport sur l'antisémitisme dans le monde, et nous savons que cette remise en cause existe aujourd'hui". Par ailleurs, de nos jours, les Juifs sont plus actifs qu'ils ne l'étaient à l'époque de Dreyfus et ne se taisent plus. Ils quittent la France, la Suède, l'Irlande, l'Amérique du sud etc. "Contrairement à ce qui s'est passé à l'époque de Dreyfus, aujourd'hui les Juifs luttent activement contre l'antisémitisme, et partent".

L'importance d'une justice indépendante

Le troisième point mis en valeur par le Prof. Porat est la responsabilité des intellectuels, incarnée par Emile Zola, condamné à un an de prison pour son intervention, et qui a dû s'enfuir en Grande-Bretagne à une incarcération. "Zola est un intellectuel qui a pris sa responsabilité. Aujourd'hui, les intellectuels doivent également avoir le courage de parler haut et fort contre l'antisémitisme, et lutter comme Zola l'a fait. Se comporter autrement reviendrait pour eux à un abandon de leur responsabilité".

jaccusepublicLe Prof. Porat a également évoqué le déchirement de la société française de l'époque en deux camps, d'une part les Dreyfusards, intellectuels et libéraux, de l'autre l'armée et le gouvernement. "Aujourd'hui, en particulier dans les pays démocratiques, il arrive souvent que les sociétés se divisent et se polarisent en deux groupes, comme c'est le cas actuellement aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne au sujet du Brexit. C'est là que le pouvoir judiciaire doit remplir son rôle, pour que les divisions de la société puissent s'exprimer sans en arriver à la violence, qui est la fin de la démocratie. Le cas Dreyfus montre l'importance d'une justice indépendante, qui fonctionne selon des valeurs, contrairement au pouvoir judicaire de l'époque qui obéissait au gouvernement et à ses ministres".

Enfin, elle conclut sur l'importance pour les Juifs de lutter pour l'ensemble des minorités: "Le respect des minorités est un éléments essentiel de la démocratie, et l'on a vu les graves conséquences que sa négation présente pour les Juifs. C'est pourquoi ceux-ci doivent lutter non seulement pour leurs droits propres, mais aussi pour ceux de toutes les minorités. C'est la leçon de ce film".

 

Photos:

1. De gauche à droite: le Prof. Elie Barnavi, l'Ambassadeur de France en Israêl,  Eric Danon et le Prof. Dina Porat (Crédit: Agnès Goldman).

2.  Le Prof. Elie Barnavi (Crédit: Noa Sitbon).

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