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Les Mémoires au carrefour des genres et des cultures: séminaire franco-israélien à l'Université de Tel-Aviv

Dans le cadre de la Saison croisée 2018, le Forum de Culture française de l'Université de Tel-Aviv, en partenariat avec l'Institut français d'Israël, a organisé un séminaire sur le thème des Mémoires, qui s'est tenu le mardi 20 novembre, avec la participation du Prof. Jean-Raymond Fanlo de l'Université d'Aix-Marseille, du Dr. Mathilde Bernard de l'Université Paris-Nanterre, et du Dr. Oded Rabinovtich du Département d'histoire de l'UTA.

Memoires 1La séance a été présentée par le Prof. Nadine Kuperty-Tsur, Directrice du Programme de culture française de l'UTA, et introduite par Serge Borg, attaché de coopération éducative et linguistique à l'Institut français et professeur au Département de Français langue étrangère de l'Université de Franche-Comté à Besançon.

Introduisant les interventions, Serge Borg insiste sur la dimension transdisciplinaire des études sur les Mémoires, au carrefour de la littérature et de l'histoire et au croisement du public et du privé, qui intéressent à la fois les historiens et les littéraires, mais aussi les sociologues et les anthropologues. Textes captivants au carrefour entre l'individu et l'histoire, les Mémoires se présentent comme une écriture de soi rétrospective qui constitue un témoignage de son temps. Expression du devoir de mémoire, ils sont aussi une "courroie de transmission pour éviter les amnésies accommodantes".

L'émergence du 'je"

Spécialiste du la littérature du 16e siècle, le Prof. Nadine Kupety-Tsur rappelle que les premiers Mémoires publiés sous ce titre sont ceux de Philippe de Commynes, conseiller des rois Louis XI et Charles VIII: "...et la pratique ne s'est pas désavouée jusqu'à nos jours. Mode d'écriture typiquement français sous l'Ancien Régime, c'est aussi un genre essentiellement masculin, avec des exceptions célèbres comme les mémoires de Marguerite de Valois qui assiste à la Saint Barthélémy, ceux de Marie de Nemours ou de la grande Mademoiselle. Le XIXe siècle a vu naitre une vaste entreprise d'édition de ses manuscrits qui constituent un panorama extensif de l'Ancien Régime". Longtemps dévalorisés par les historiens parce que le moi tente de s'y mettre en valeur, ils sont un objet d'intérêt depuis les années 90 comme sources inépuisables d'informations qui replacent le lecteur au cœur même de la vie de l'époque.

Memoires 2L'intervention du Prof. Jean-Raymond Fanlo met l'accent sur le rapport entre l'individu et l'histoire qui se négocie à travers l'écriture de ces textes. " Un mémoire est tout d'abord un document, un texte qui se veut purement informatif. La pratique des Mémoires se répand dans la seconde partie du 16e siècle. La préoccupation d'informer factuellement devient alors de plus en plus fréquente, mais avec elle également le souci du témoignage, de l'expérience, du vécu. C'est le début de l'autonomie de la personne, de l'émergence du sujet, du "je", de l'apparition du moi, alors diabolisée. Spécialiste d'Agrippa d'Aubigné, poète protestant de la deuxième moitié du 16e siècle, dont on possède les manuscrits, il prend l'exemple des Mémoires de celui-ci: "Méditation religieuse, obsession de soi qui ne peut se réaliser pleinement dans aucun texte. Le "je" prend une importance nouvelle sans jamais vraiment pouvoir se réaliser". Selon le Prof. Fanlo, cette émergence de la subjectivité, combinée à une écriture sèche, simple et décapée, adaptée à la description factuelle, fait des Mémoires du 16e siècle le lieu de l'apparition de la modernité.

Au confluent entre l'individu et l'histoire

Le Dr. Mathilde Bernard présente les Mémoires-journaux de Pierre de l'Estoile aristocrate de l'époque d'Henri III et d'Henri IV, auteur d'un journal utilisé comme une source unique pour l'étude des guerres de religions. "Obsessionnel du témoignage, il consacre autant d'importance à la petite histoire qu'à la grande, et aime par exemple les anecdotes prouvant qu'il ne suffit pas de prétendre d'être un bon catholique pour l'être vraiment". Oscillant entre les genres, "le "je" réceptacle des informations devient peu à peu l'objet-même de son écriture. L'universel se retrouve dans le particulier".

Le Dr. Oded Rabinovitch, historien spécialiste de la sociologie de la littérature et ancien étudiant du Département de français de l'UTA, a étudié le cas particulier des Mémoires et archives de Charles Perrault, documents polémiques à usage de justification. "Le nom de Perrault est connu principalement grâce aux Contes de ma mère l'Oye écrits par Charles", explique-t-il. "Mais toute la famille Perrault était présente sur la scène historique de l'époque, et constamment en but à des attaques personnelles. Homme de son siècle, toujours soucieux de sa carrière et de la réputation familiale, Charles Perrault écrits ses mémoires peu avant sa mort comme une entreprise de justification à l'usage de ses héritiers en vue de conflits potentiels".

Au cours du débat qui suivit, les intervenants ont insisté sur les points communs de ces Mémoires, malgré leur diversité générique: actes testamentaires rétrospectifs, ils constituent généralement une récapitulation de la vie de leurs auteurs avant leur mort. Méditation sur soi-même, ils se caractérisent par un rôle déterminant du subjectif et de l'émotion. Documents de caractère informel, à but informatif, ils présentent cependant une forte dimension polémique. Reflets de l'Histoire, ils se réclament pourtant généralement du privé, et ne sont souvent même pas destinés à la publication, mais à la transmission familiale, bien qu'ils aient pris une fonction d'auto-défense et de justification avec les guerres de religions. Il s'agit de textes intéressants et complexes, à travers lesquels on peut voir comment se négocie l'émergence du "je", et où les auteurs tentent de s'affranchir de l'histoire tout en s'inscrivant dedans.