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A la barbe du BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions) : Signature d'un accord de coopération entre le Collège de France et l'Université de Tel-Aviv

Dans le cadre de la Saison France-Israël 2018, un prestigieux colloque interdisciplinaire s'est déroulé au Collège de France en collaboration avec l'Université de Tel-Aviv, le 7 juin 2018, en présence de Dominique Perben, ancien Garde des Sceaux, et des Prof. Alain Prochiantz, administrateur du Collège de France, Eyal Zisser, vice-recteur de l'Université de Tel-Aviv, François Heilbronn, président de l'Association française de l'UTA et Claude Cohen-Tannoudji, Prix Nobel de Physique. Organisé à l'initative des Prof. Antoine Compagnon (Collège de France) et Ruth Amossy (UTA), il a réuni d’éminents chercheurs des deux pays devant une salle comble et a été l’occasion de la signature d'un accord de coopération pour renforcer les liens déjà solides et anciens entre les deux institutions, et ce malgré les attaques sans succès lancées par le BDS contre la prestigieuse institution française.

College de France 2Les intervenants ont tous relevé les relations de longue date entre le Collège de France et l'Université de Tel-Aviv ainsi que la vigueur et l’ancienneté des liens scientifiques entre les deux pays. "Cet accord signé ce jour porte une symbolique historique puissante. Il est placé sous des traditions pluri-centenaires chères à nos cœurs", a déclaré François Heilbronn. Rappelant les efforts du BDS pour demander l’interdiction de la saison croisée France-Israël, il remercié chaleureusement le Collège de France: " qui loin de la 'vulgate' nous accueille ici dans cette éminente enceinte, collège de Vatable, Renan et Berger. Je veux ainsi voir dans la succession de ces liens d’amitié et de courage au travers de l’histoire, l’expression d’une amitié que rien ne dément et qui trouve sa pleine expression dans la signature de la convention de ce jour".

Archéologie biblique et littérature

Quatre thèmes ont fait l'objet de tables rondes entre les chercheurs des deux pays: archéologie biblique, littérature et société, énergies renouvelables, physique quantique et théorie des cordes.

Les Prof. Israël Finkelstein (UTA) et Thomas Römer (Collège de France) ont présenté les premiers résultats d'un projet conjoint de l'Université de Tel-Aviv et du Collège de France sur le chantier de fouilles de Kiriath-jearim, lancé en aout 2017 sur un site biblique situé sur l'une des plus hautes collines des monts de Judée à 12 km à l’ouest de Jérusalem, dans le but d’enrichir les connaissances sur le statut, l’étendue et l’organisation des territoires des royaumes de Juda et d'Israël à l’âge du fer (1200 à 1000 av. J.-C., période des Juges et du début de la royauté). La ville biblique de Kiriyat jéarim est en effet le dernier endroit où l'Arche d'alliance a été entreposée par Eléazar pendant une période de vingt ans avant d'être conduite à Jérusalem par le roi David (Premier Livre de Samuel 7:1; I Chron 13, 5-8). Elle fut également probablement le lieu d’un temple de Ba‘al, comme le suggère son nom antérieur, Kiriath-Baal (Jos. 15,60 ; 18,14). La session visait à démontrer le pouvoir de la combinaison de l'exégèse biblique et de l'archéologie moderne dans la reconstruction de l'histoire de l'ancien Israël et à décrire le contexte historique de la composition du texte biblique.

College de france StellaFace à la désaffection actuelle des étudiants pour les Lettres et les Humanités en général, la session suivante tentait de réfléchir sur les manières dont la littérature contemporaine peut servir d’espace de débats, de controverses, voire de polémiques, sur des questions sociétales, et d'analyser ce que la littérature peut nous apprendre sur notre société et sur nous-mêmes. Pour le Prof. Amossy, la fonction des Lettres "ne relève pas du faire, mais de la réflexion sur ce faire, d’un exercice de compréhension et d’analyse critique. Penser, interroger, sonder le monde dans lequel nous vivons est essentiel à la fois pour donner du sens à notre vécu, et pour influer sur nos décisions et nos comportements". Spécialiste d'argumentation et d'analyse du discours, elle examine comment "le discours littéraire oriente le lecteur vers certaines façons de voir, de comprendre, de sentir la réalité sociale. Le travail de l’analyste est de montrer comment ce discours dit le monde autrement, et ce que chaque œuvre nous invite à interroger et à repenser, dans une remise en question de nos habitudes et de nos certitudes". Pour le Prof. Compagnon, cependant, "la littérature (la vraie) déjoue tout projet didactique; on la lit malgré lui, elle lui survit, s’en débarrasse comme d’un échafaudage". Il évoque ainsi une conception postmoderne selonn laquelle "la littérature ne sert à rien, inutile, gratuite (objet esthétique), et c’est pour ça qu’on l’aime… la littérature se revendique comme maudite, étrangère, sans pouvoir". Il plaide en faveur d'une réhabilitation de la dimension littéraire du travail, souvent passée inaperçue.

Energies renouvelable et gravité quantique

Lors de la session suivante, les Prof. David Andelman (UTA), Guy Deutscher (Collège de France) et Didier Roux (Académie des Sciences) ont discuté du défi crucial posé par la question de la quantité limitée des ressources naturelles sur terre et des dangers qu'elle implique pour l'environnement, en raison du rythme croissant de la population mondiale, de la croissance économique et de l'urbanisation. En outre, utiliser les combustibles fossiles comme principale source d'énergie augmente de manière alarmante la quantité de CO2 et d'autres polluants rejetés dans l'atmosphère, et peut avoir de graves conséquences sur la déstabilisation de la biosphère. Les énergies renouvelables étant souvent proposées comme la solution optimale à ces problèmes mondiaux, les chercheurs ont abordé le rôle et les limites des énergies renouvelables, meilleur futur candidat en remplacement des combustibles fossiles. Ils ont présenté le rôle essentiel joué par l'entropie dans la compréhension de la production énergétique actuelle, de l'augmentation de la pollution et de toutes les tendances irréversibles possibles. En outre, ils ont discuté de l'importance cruciale du stockage de l'énergie, de l'adaptation du réseau électrique et de la nécessité d'une planification de la politique énergétique à long terme (30 à 50 ans). La session s'est conclue sur la nécessité d'avoir une approche plus scientifique dans le domaine des énergies renouvelables et des questions environnementales.

Collegede FranceFrancoisEnfin, la dernière session portait sur la théorie de la gravité quantique. Un des plus grands défis de la physique moderne est de réconcilier la théorie de la gravitation d'Einstein et la mécanique quantique (branche de la physique qui a pour but de décrire des phénomènes que la physique classique échoue à expliquer comme les trous noirs ou l'origine de l'univers), qui constituent deux piliers essentiels de notre compréhension de l'univers. Toutes deux vérifiées avec un succès remarquable, ces théories sont mutuellement incompatibles. Les deux présentations complémentaires de Marc Henneaux et Yaron Oz visaient tout d'abord à expliquer brièvement les principes de la théorie d'Einstein et celles de la mécanique quantique, ainsi que les idées qui ont révolutionné la physique sur lesquelles elles reposent. Puis a été abordé le conflit entre ces deux théories. Enfin les chercheurs ont exposés les tentatives actuelles de synthèse cohérente à travers la théorie des cordes, qui offre à l'heure actuelle les meilleures perspectives de succès pour fournir une description de la gravité quantique, unification de la mécanique quantique et de la théorie de la relativité générale. De plus la théorie des cordes ne s'arrête pas là, et par sa richesse, a jeté des ponts fructueux et parfois inattendus avec d'autres domaines de la physique présentant également des défis passionnants (hydrodynamique et turbulence, physique de la matière condensée et supraconductivité à haute température, information quantique).

Le colloque c'est tenu en dépit des protestations entre autres de l'Association des universitaires pour le respect du droit international en Palestine, dont des membres étaient venu distribuer des tracts devant le bâtiment pendant le colloque, et qui dans un article intitulé "La coupable indulgence du Collège de France", avait qualifié la signature de l'accord entre les deux institutions de "scandaleuse" et la saison croisée France-Israël "d'indigne".

Le Prince Albert de Monaco sur le campus de l'Université de Tel-Aviv

Le Prince Albert II de Monaco était hier 12 juin 2018 sur le campus de l'Université de Tel-Aviv, où il a été reçu par le Prof. Joseph Klafter, Président de l'Université, le Prof. Jacob Frenkel, président du conseil des gouverneurs et Amos Elad, vice-président. Il y a rencontré de nombreux chercheurs et étudiants, et y a reçu le titre de Docteur honoris causa de l'Université de Tel-Aviv, au cours d'une cérémonie festive qui s'est déroulée dans le bâtiment Porter des Etudes sur l'Environnement, une de ses préoccupations centrales depuis de nombreuses années.
Le Prince était accompagné de son conseiller en communication, David Tomatis, de Bernard Fautrier, secrétaire général de la Fondation Prince Albert, et de son aide de camp, le Lieutenant-colonel Michaël Benichou. Participaient également à la visite Ilan Beck, consul de Monaco à Tel-Aviv, le Prof. François Heilbronn, président de l'Association française de l'Université de Tel-Aviv, Danielle Schemoul, déléguée générale de l’association et Agnès Goldman, déléguée générale de l’Association francophone.

Honoriscausa2Le titre de Docteur honoris causa de l'Université lui a été remis "En reconnaissance de son engagement profond en faveur de la préservation de l'environnement au bénéfice des générations futures, ses efforts pour la promotion de la coopération multilatérale en vue du développement de nouvelles solutions aux défis environnementaux, en particulier liés au climat, à l'eau et à la biodiversité; ses liens chaleureux avec la communauté juive de Monaco, et sa longue amitié et son soutien pour Israël et le peuple juif".

"l'UTA est en pointe dans les domaines de la préservation, de l'optimisation et de l'utilisation de l'eau"

"C'est un grand honneur pour moi de recevoir, au titre de mon engagement pour la protection de notre environnement, la distinction de Docteur honoris causa de la prestigieuse Université de Tel-Aviv", a déclaré le Prince. "Grâce aux travaux de ses brillants chercheurs et aux techniques d'avant-garde en matière d'irrigation pour le développement de l'agriculture en milieu aride et désertique, l'UTA est en pointe dans les domaines de la préservation, de l'optimisation et de l'utilisation de l'eau, un bien devenu si précieux pour notre planète, ses habitants et sa biodiversité. C'est aussi un domaine d'action prioritaire pour la Fondation Prince Albert II que j'ai fondée en 2006".

La visite du Prince a débuté par une rencontre avec Shlomo Nimrodi, CEO de Ramot, la société de transfert de technologie de l'UTA, qui a présenté l’Université comme un vivier de startups, caractéristique s’expliquant tout d’abord par son excellence scientifique : l’UTA est la 3e institution en Europe pour le nombre de bourses accordées par le Conseil européen de la recherche (ERC) à des jeunes chercheurs, et se classe à la 9e place dans le monde (1ère en dehors de Etats-Unis), pour le nombre de ses anciens diplômés devenus entrepreneurs, et à la 8e pour la création de ‘licornes’, startups valorisées à plus d’un milliard de dollars. "Israël est un petit pays sans marché local, ce qui force les jeunes entrepreneurs à se diriger directement vers le marché mondial", a expliqué Nimrod Cohen, directeur de Tau Venture, le fonds de capital-risque établi par l'Université en avril dernier pour les startups montées par ses anciens étudiants. " 50% des entrepreneurs israéliens ont un lien avec l’UTA, nous avons quelque chose d’unique ", a-t-il ajouté.

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Cinéma, environnement et biodiversité

Le Prince s’est ensuite rendu à l'Ecole de Cinéma et Télévision Steve Tisch sur le campus; il y a été reçu dans le laboratoire de media numérique, où les étudiants lui ont fait expérimenter leurs projets de réalité virtuelle. "Nous sommes très fiers de nos étudiants qui obtiennent régulièrement de nombreux prix internationaux", a déclaré le Prof. Raz Yosef, directeur de l’Ecole. "Nous voulons montrer que le cinéma est toujours pertinent pour les jeunes d’aujourd’hui, à l’ère de la communication numérique ", a affirmé pour sa part le Dr. Udi Ben-Arie, directeur du programme de media numériques. Le Prince a ensuite assisté à la projection d’un émouvant petit film à la mémoire de sa mère, l’actrice américaine Grâce Kelly, réalisé par une étudiante de l’Ecole.

Le déjeuner, qui s’est déroulé au Centre de la Fondation Adélis, a été l’occasion pour le Prince Albert de s’entretenir à bâtons rompus avec des étudiants de la Faculté d'Ingénierie, du Centre Manna pour la sécurité alimentaire, de l'Ecole des études sur l'Environnement, de l'Ecole des Neurosciences et de l'Ecole d'Informatique.

La journée s’est poursuivie avec la visite du bâtiment de l'Ecole Porter des Etudes sur l'Environnement, l’édifice le plus écologique d’Israël, qui a obtenu en décembre 2014 le "Leed Platinum", norme américaine la plus élevé de qualité environnementale pour la construction. L’Ecole Porter héberge également l’accélérateur de startups de l’UTA dans le domaine des transports intelligents. Au cours de la visite, le Prince a rencontré le Prof. Daniel Chamovitz, Doyen de la Faculté des Sciences de la vie et le Prof. Yossi Rosenwaks, Doyen de la Faculté d'ingénierie et fondateur du centre des énergies renouvelables, qui travaille notamment à la transformation des algues en biocarburants. Le Prof. Colin Price, directeur de l'Ecole des Sciences de l'environnement a présenté entre autre les nouveaux mini-satellites de contrôle de la pollution de l'air à partir de l'espace mis au point à l'UTA, dont deux sont déjà en orbite.

Collaboration avec l'Université de Tel-Aviv

PrinceElephantEnfin, le Prince Albert et sa délégation ont visité le nouveau Musée Steinhardt d'Histoire naturelle de l'UTA, Centre national israélien d'études sur la biodiversité, premier en son genre au Moyen-Orient, qui renferme plus de 5 millions de spécimens d'animaux racontant l'histoire de la région depuis un milliard et demi d'années. La visite a été conduite par le Prof. Tamar Dayan, Directrice et fondatrice du Musée. En construction depuis 2015, le nouveau Musée ouvrira ses portes au public le 2 juillet.

Le Prince Albert II, fils de la Princesse Grace et du Prince Rainier III, a accédé au trône en 2005. Depuis, il n'a cessé d'exercer son influence dans le monde en faveur de la lutte contre le changement climatique et pour la préservation de la biodiversité et de l'environnement, en particulier l'environnement marin. Seul chef d'Etat en titre à avoir visité le Pôle nord, en 2006, il est par ailleurs conseiller pour l'organisation Orphans International, association caritative créée pour le logement et l'éducation des enfants orphelins et abandonnés. En 2015, au cours d'une cérémonie d'inauguration d'une stèle à la mémoire des Juifs de Monaco qui ont péri pendant l'Holocauste, il a demandé pardon pour l'extradition des Juifs aux nazis par la police de Monaco dans la nuit du 27 au 28 août 1942.

L'Université de Tel-Aviv et la Principauté de Monaco coopèrent dans différents domaines. En décembre dernier un colloque scientifique en partenariat entre l'UTA et la Fondation Prince Albert II s'est déroulé dans la Principauté, sous le haut patronage du Prince, avec la participation d'une délégation de l'Université dirigée par le Prof. Klafter, sur le thème de la préservation de l'environnement, le développement des villes intelligentes et l'écologie.

 

Photos: Chen Galili

Faire la paix 1918-2018 : Colloque à l'Université de Tel-Aviv

Un colloque international multidisciplinaire sur le thème "1918-2018: Faire la paix" s'est déroulé à l'Université de Tel-Aviv le mercredi 6 juin. Organisé dans le cadre de la Saison croisée France-Israël 2018, par le Prof. Nadine Kuperty-Tsur, directrice du programme de culture française de l'Université, en collaboration avec l'Institut français d'Israël, et le Centre de Recherche français à Jérusalem (CRFJ), il a réuni des chercheurs de l'UTA, de l'EHESS, et de l'Université de Ratisbonne en Bavière.
Son but était d'observer les enseignements du passé pour mieux comprendre le présent.

AvnerNadineBoris2Le colloque a été introduit par le Prof. Aviad Kleinberg, directeur de l'Ecole doctorale d'histoire de l'Université de Tel-Aviv, et par Philippe Guillien, attaché de coopération éducative et linguistique auprès de l'Institut français. "C'est un plaisir et un honneur d'être à l'ouverture de ce colloque international", a déclaré ce dernier. Citant la phrase prononcée par Georges Clémenceau dans son discours de Verdun le 1 juillet 1919 : "Il est plus facile de faire la guerre que la paix", il rappelle qu'en 2018, "d'autres conflits existent et le besoin de paix est toujours aussi essentiel. Faire la paix, c'est tirer les leçons de l'histoire et apprendre à respecter la dignité humaine partout où elle existe".

"A l'approche du centenaire de l'armistice, nous avons voulu réunir des spécialistes de différents domaines et pays pour comprendre de quoi la paix est faite", a déclaré pour sa part le Prof. Kuperty-Tsur, qui a par ailleurs signalé que, outre le soutien de l'Institut français, le colloque a été réalisé grâce à la donation Maratier, qui a également permis la renaissance du programme de culture française de l'Université. Remerciant le Dr. Sylvie Housiel (UTA) qui en a eu l'idée, elle l'a dédié à son arrière-grand-père immigré de Lithuanie, qui dès la déclaration de guerre s'est porté volontaire dans l'armée française en reconnaissance de l'accueil que la France lui avait réservée. "Nous tournerons le dos à la guerre pour nous intéresser aux conditions d'une paix mal ficelée en 1918, qui a abouti 20 ans plus tard à la deuxième guerre mondiale, et aux enseignements que nous pouvons en tirer aujourd'hui".

"Faire la paix est aussi très personnel, privé et intime"

Pour le Dr. Yann Scioldo- Zürcher (EHESS- CRFJ), co-organisateur du colloque : "La paix doit donner à toutes les parties les conditions pour entrer dans l'apaisement, ainsi que celles de la résilience, car les populations doivent dès lors apprendre à vivre ensemble. Guerre génocidaire, la guerre de 1914-18 a changé le monde. Nous faisons aujourd'hui le pari de la repenser pour comprendre le présent".

Faire la paix POS 1 page 001Le prof. Iris Rachamimov, du Département d'histoire de l'Université de Tel-Aviv a présenté sa recherche sur l'internement de masse pendant la première guerre mondiale. 8 millions de militaires et 800 000 civils ont été détenus dans des camps d'internement pendant la grande guerre: "C'est le premier phénomène d'internement de masse de prisonniers dans l'histoire". S'appuyant sur des mémoires de civils, d'officiers et de soldats en Grande-Bretagne, en Allemagne et en Russie, le Prof. Rachaminov a étudié comment le temps s'arrête pour les prisonniers de guerre: "Ils ont le sentiment d'avoir été figés dans le temps et dans l'espace, coupés à la fois du passé et de l'avenir, alors qu'à l'extérieur le temps s'accélère". Pour reprendre le contrôle de leur temps, les prisonniers utilisent diverses stratégies, comme d'instaurer des routines de camp ou se projeter dans l'avenir, dans l'après-internement. La sortie des camps et le retour à la normale constitue également un défi :"Faire la paix est aussi très personnel, privé et intime", conclue-t-elle.

Le Dr. Sylvie Housiel a analysé la formule d'une "Paix sans victoire" prononcée par le président Wilson dans un discours au Congrès américain le 22 janvier 1917, dans lequel il fixe les bases générales d'une paix durable, "sans vainqueur ni vaincu", où "aucune nation ne cherche à imposer sa politique à un autre pays". Selon elle, la formule, si elle a eu un impact important à l'époque, a été exclue en France par la grande majorité des combattants, méfiants envers les puissances centrales, et qui, s'ils avaient abandonné l'idée d'une "paix victorieuses" qui prévalait lors de l'entrée en guerre, ne voulaient cependant pas d'une paix à tout prix. Le Dr. Housiel relève d'ailleurs que le Président Wilson a lui-même déclaré plus tard que "le droit est plus précieux que la paix".

Les morts du 11 novembre

A partir d'un corpus de correspondance conservé dans les archives du ministère de la Défense à Vincennes, le Dr. Galit Haddad (EHESS - UTA) étudie l'état d'esprit des combattants français "face au souffle de la victoire". Du 8 aout au11 novembre 18, les soldats passent de la perspective d'une éventuelle défaite à celle d'une paix victorieuse. La protestation contre la guerre s'éteint peu à peu avec l'idée d'une victoire certaine alors que la notion de vengeance fait son chemin comme droit légitime en vertu de la loi du Talion. Cependant, les lettres des soldats, dont certaines sont particulièrement émouvantes retranscrivent leurs craintes de perdre la vie juste avant la victoire, prémonitoires pour un grand nombre d'entre eux puisque 3 300 000 combattants seront tués au cours des derniers mois de la guerre, dont plus de 10 000 dans la matinée du 11 novembre. "Les morts du 11 novembre seront enregistrés par l'armée française à la date du 10. Dans l'esprit des combattants le son des cloches de la victoire se mêle au sifflement des obus et la joie a un goût amer, celui des camarades absents".

Galit AvnerTalLe Dr. Tal Sela (UTA) s'est pour sa part attaché au cas des tirailleurs sénégalais. 134 000 soldats d'origine d'Afrique saharienne soit 1,6% de l'ensemble des combattants, ont été enrôlés dans les rangs de l'armée française pendant la première guerre mondiale, "mais leur importance dans le débat français est bien supérieure à leur nombre", dit-il. Le débat autour de leur recrutement fait intervenir des arguments raciaux: "ce sont des sauvages, ils font peur et ils supportent mieux la douleur". Un soldat sur 5 ne reviendra pas et les Africains ont considéré que la France leur est redevable d'une dette de sang. Cependant "non seulement ils n'ont pas obtenu la citoyenneté, mais ce n'est qu'en 2003 qu'à été prise la décision de revaloriser leur retraite d'ancien combattant. L'épisode des 'poilus noirs' a eu une grande importance malgré leur petit nombre de même que son impact sur l'avenir des relations entre la France et ses colonies".

Le Dr. Aviv Amit a ensuite présenté le déclin des langues régionales en France après la première guerre mondiale. Celles-ci "avaient jusque là perduré, bien que constituant un défi pour la République. Peu à peu s'était imposé un système de diglosie, avec une langue haute et des langues basses réservées aux échanges quotidiens. Pendant la guerre des tranchées le français devient la langue de l'intégration nationale. Le sang versé scelle le lien avec la France et parler une autre langue devient antipatriotique". En parallèle on note une dévalorisation des langues régionales face au français, langue de la libération nationale pour les pères dans les tranchées, et celle de la promotion sociale pour les mères à l'arrière. Les langues régionales deviennent un obstacle à la réussite des enfants, phénomène que le Dr. Amit compare au processus de l'immigration. Le français est adopté comme langue nationale et la France passe de la diglosie au monolinguisme.

La guerre comme une chose naturelle

Marina Ortrud Hertrampf (Regensburg Universität) a fait entendre les voix oubliées des poétesses pacifistes contre la Grande Guerre. Selon elle, "la première guerre mondiale a engendré une grande production de textes poétiques restés méconnus car concurrencés par les témoignage en prose et la propagande patriotique et militariste. Les poèmes pacifistes écrits par des femmes sont une 'écriture de l'arrière': ils parlent des mères, des malades, des vieux et des enfants. C'est une autre voix sur la guerre". Elle donne de nombreux exemples, comme ceux de Marcelle Capy (Une voix de femme dans la mêlée) qui lutte à la fois contre la guerre et la société patriarcale, Hélène Brion, pour qui " il existe une contradiction totale entre la guerre et le féminisme ", Henriette Sauret, poète, journaliste, féministe et pacifiste et Noélie Drous, institutrice, poète et syndicaliste.

SalleComparant la commémoration de la Grande Guerre en France et celle de la guerre d'indépendance en Israël, le Prof. Avner Ben-Amos (UTA) a pu constater une grande ressemblance dans la manière de perpétuer la mémoire des soldats après ces deux guerres qui ont été les plus meurtrières de l'Histoire pour chacun de ces pays, et malgré les grandes différences entre les deux Etats : apparition des cimetières militaires, généralisation des monuments aux morts, commémoration du soldat inconnu en France ou des soldats dont le lieu de sépulture est inconnu (Israël). La France de 14 et Israël en 48 sont deux pays qui ont connu les mêmes processus: une démocratisation de l'Etat-Nation qui a abouti au citoyen –soldat défendant son pays, le culte des morts et la laïcisation de la mémoire collective. Selon lui, le choix de la commémoration de la mémoire des combattants sous forme de deuil et de recueillement a créé l'impression que la guerre est une chose naturelle dont les soldats sont les victimes.

Boris Adjemian (Bibliothèque de l'Union générale arménienne de Bienfaisance – UGAB et Institut des Mondes africains, Paris), s'est attaché au cas des orphelins arméniens réfugiés à Jérusalem après la première guerre mondiale et le génocide de 1917-1922. Il analyse comment les photos de groupes des orphelins prises dans les institutions gérées par l'UGAB sont des 'acteurs historiques' utilisés pour la fabrication d'un espace communautaire idéalisé établissant une continuité entre l'espace humanitaire établi après le génocide et un espace sacré préexistant, celui de l'ancienne communauté arménienne implantée dans la ville sainte depuis des siècles. Représentations archétypées et figées de groupes d'enfants exprimant un apaisement et un ordre retrouvé après le génocide, enfants modèles rebâtis par la philanthropie arménienne, qui ne disent rien de la faim, des épidémies, des conditions d'hygiène etc mais sont empreintes d'une symbolique chrétienne où Jérusalem est marquée d'une présence sacrée, et constituent des traits d'union entre des mémoires segmentées.

Au cours de ce riche colloque ont également été remises cinq bourses offertes à des étudiants du programme de culture française de l'Université par l'Ambassade de France et l'Institut français pour aller étudier en France pendant deux semaines.

Subvention considérable de la Fondation Blavatnik à l'Université de Tel-Aviv pour la recherche scientifique

La Fondation de la famille Blavatnik a annoncé un nouveau don de 16 millions de dollars à l'Université de Tel-Aviv dans le cadre de son initiative pour promouvoir la recherche scientifique interdisciplinaire, les découvertes et le développement. Il vient s'ajouter aux subventions d'un montant total de 40 millions de dollars attribuées par la Fondation à l'Université depuis 2014, l'une des plus importantes aides qu'elle ait jamais reçues, et contribuera entre autre au développement du Centre interdisciplinaire de cyber-études et du Centre Blavatnik pour la découverte de nouveaux médicaments.

blavatnik nouveaux médicLe Prof. Joseph Klafter, Président de l'Université de Tel-Aviv, a relevé que le soutien généreux de Len Blavatnik contribue de manière importante au développement de l'Université de Tel-Aviv et à son statut international: "Len Blavatnik est un partenaire clé de l'Université depuis des années, et il fait preuve d'un engagement profond en faveur de l'excellence de l'enseignement supérieur et de la recherche en Israël".

Len Blavatnik, fondateur et président d'Access Industries, et à la tête de la Fondation de la famille Blavatnik, a déclaré que: " les avancées d'Israël dans les sciences et les technologies depuis 70 ans en ont fait une puissance internationale. Notre soutien à l'Université de Tel-Aviv est destiné à accélérer les prochaines découvertes et à soutenir la future génération de scientifiques et de chercheurs israéliens".

Quatre centres de recherche et un fonds de recrutement 

L'initiative de la Fondation de la famille Blavatnik a encouragé les dons d'autres donateurs qui contribuent à la promotion des centres de recherche et des fondations. Les centres qui bénéficieront du soutien continu de la Fondation de la famille Blavatnik sont le Centre Blavatnik pour le développement de nouveaux médicaments, le Centre Blavatnik de recherche pluridisciplinaire en cybersécurité, la Fondation Blavatnik pour la recherche à l'école d'informatique Blavatnik, le Fonds de production cinématographique Blavatnik et le Fonds du Président pour le recrutement des membres du corps professoral.

BlavatnikInauguré en mai 2016, le Centre Blavatnik pour le développement de nouveaux médicaments combine la recherche biologique, chimique et computationnelle pour développer de nouveaux traitements qui soulageront la souffrance des patients et sauveront des vies. Deux ans après sa création, il a déjà soutenu des dizaines de projets sur le campus et en coopération avec l'industrie israélienne, par l'intermédiaire de Ramot. Il a conduit de nombreux chercheurs de l'Université et de ses hôpitaux affiliés à entrer dans le cercle du développement de médicaments. Le Centre s'occupe également de programmes éducatifs et constitue un point d'attraction pour les délégations et les invités de l'UTA, qui peuvent y visualiser son travail pionnier dans ce domaine.

Cybersécurité, recherche en informatique avancée, production de films d'étudiants

et recrutement de scientifiques exceptionnels

Le Centre Blavatnik de recherche pluridisciplinaire en cybersécurité, créé en coopération avec le Centre national de cybersécurité, vise à promouvoir la sensibilisation au défi que constitue le domaine du numérique pour les Etats, et les moyens d'y faire face. Il aspire à constituer un organe international de premier plan dans ce domaine. Ses sujets de recherche comprennent des questions comme la sécurisation et l'encodage des données, les attaques sur le matériel et le logiciel, les protocoles de réseau, les aspects politiques et militaires de la cyber-sécurité, la cyber-guerre, les aspects sociaux de la sécurisation en ligne, l'application de la loi dans le cyberespace etc.

ecole dinformatiqueLa Fondation Blavatnik pour la recherche en sciences de l'informatique, qui fonctionne depuis quatre ans dans le cadre de l'École des sciences informatiques Blavatnik de l'UTA, soutient la recherche avancée en informatique, en particulier dans les domaines qui contribuent à la croissance de l'économie israélienne. De nombreuses études financées par la Fondation ont déjà bénéficié d'une reconnaissance et de récompenses internationales. La Fondation soutient également des étudiants exceptionnels de troisième cycle.

La Fondation Blavatnik pour la production de films d'étudiants apportera un soutien financier vital aux jeunes Israéliens dans le domaine du cinéma pour produire des films de haute qualité qui éveillent la réflexion. Les subventions varieront entre 2 000 $ et 5 000 $ par film, qui permettront aux étudiants de faire passer leurs idées du stade du manuscrit à celui du travail cinématographique, et aideront à renforcer la position d'Israël dans la communauté cinématographique mondiale.

La Fondation Blavatnik

Le Fonds du Président, provenant du don de Len Blavatnik et administré par le Président de l'Université, le Prof. Joseph Klafter, vise à recruter des scientifiques israéliens exceptionnels de la jeune génération pour promouvoir le développement de la recherche à l'UTA. Le fonds finance l'intégration de nouveaux chercheurs par la création de nouveaux laboratoires et l'acquisition de matériel, dans le but de faire face à la concurrence croissante dont font l'objet les enseignants de haut niveau sur le marché universitaire mondial, et améliorer la qualité de la recherche à l'UTA. L'Université favorise la recherche interdisciplinaire et se concentre en particulier sur les domaines des nanosciences, des neurosciences, du cyberespace, des études sur l'environnement, de la linguistique computationnelle, de l'ingénierie tissulaire, de l'imagerie et plus.

La Fondation de la famille Blavatnik, dirigée par l'industriel et philanthrope Len Blavatnik, soutient activement les institutions de premier plan dans les domaines de l'éducation, la science, la culture et la charité aux États-Unis et dans le monde, y compris au Royaume-Uni et Israël.

En 2007, elle a fondé les Prix Blavatnik pour les jeunes scientifiques, destinés aux chercheurs de moins de 42 aux Etats-Unis, dans trois domaines: sciences de la vie, physique-ingénierie et chimie. En 2017 ces prix ont été élargis à Israël, en coopération avec l'Académie nationale israélienne des sciences. La première cérémonie de remise des prix à trois jeunes lauréats a eu lieu au Musée d'Israël en février 2018, suivi d'une réception par le Président de l'Etat.

Len Blavatnik est le fondateur et le président d'Access Industries, groupe industriel américain privé qui gère des investissements mondiaux dans diverses industries: ressources naturelles et produits chimiques, médias et communications, capital-risque et immobilier. En Israël, Access possède entre autres le groupe Clal Industries, créé en 1956 et qui opère dans les domaines de l'industrie, de la haute technologie, de la biotechnologie, le commerce de gros et l'énergie, par l'intermédiaire de sociétés comme Malt Nesher, Golf, Clal biotechnologie etc.

Le sauvetage des enfants juifs en France pendant la deuxième guerre mondiale : colloque à l'Université de Tel-Aviv

Un passionnant colloque sur le sauvetage des enfants juifs en France pendant la deuxième guerre mondiale et leur destin après la guerre, organisé par Maya Guez, chercheuse au Centre de recherche Goldstein-Goren sur la Diaspora de l'Université de Tel-Aviv s'est déroulé le 27 mai 2018, avec la participation de Dominique Romano, Gouverneur de l'UTA, des Prof. Simha Goldin, directeur du Centre, Robert Rockaway (UTA), et des Dr. Françoise Ouzan (UTA), Eliot Nidam-Orvieto (Yad Vashem), Tsilla Hershco (Bar-Ilan) et Denis Charbit (Open University). 
Le colloque auquel assistait un bon nombre d'anciens "enfants cachés" survivants de la Shoah, et qui a été émaillé d'anecdotes vécues, s'est terminé par un émouvant témoignage de Charles Loinger représentant la célèbre famille de résistants qui a sauvé plusieurs centaines d'enfants pendant la guerre.

Maya2"Je suis très fier et honoré d'être parmi vous", a déclaré Dominique Romano, qui a raconté que la grande majorité de sa famille, originaire d'Istanbul en Turquie et immigrée à Paris, a été déportée à Auschwitz, à l'exception cependant de son père, caché pendant cinq ans par une famille en Bourgogne. "Etre un enfant juif aujourd'hui en France, c'est aussi devoir cacher ses signes extérieurs d'identité", poursuit-il. "Mais il faut aussi être positif, et penser à toutes ces personnes qui ont sauvé des Juifs. Nous ne laisserons plus jamais cela arriver", conclue-t-il en brandissant l'étoile jaune portée par son père pendant la guerre.

L'OSE, Oeuvre de secours aux enfants

Le Prof. Goldin a présenté les recherches du Centre, dont le but est d'étudier l'histoire des communautés juives et dehors d'Israël, et qui met actuellement l'accent sur la construction de l'identité juive après la Shoah, et sur un projet portant sur le million et demi de combattants juifs enrôlés dans les armées alliées pendant la deuxième guerre mondiale.

MayaLe Dr. Maya Guez a décrit l'action de l'OSE, Œuvre de secours aux enfants, qui a sauvé quelque 5000 enfants juifs pendant la guerre. Créée en 1912 à Saint-Pétersbourg par des médecins juifs pour aider les populations juives défavorisées, l'OSE s'établit à Berlin sous la présidence honoraire d'Albert Einstein, puis avec la montée du nazisme, se réfugie en France en 1933. Elle ouvre alors ses 5 premières maisons en région parisienne, notamment à Belleville, dans une propriété de la famille Rothschild, pour accueillir les enfants juifs fuyant d'Allemagne et de Belgique, puis les enfants résidant en France dont les parents avaient été déportés.

Légale au début, l'OSE passe rapidement dans la clandestinité, et à partir des années 40, fait passer les enfants en zone libre dans le sud de la France, où 14 maisons accueilleront près de 1000 enfants. "Ils y reçoivent des soins médicaux et une éducation et s'y sentent 'comme chez eux'", commente le Dr. Guez. L'ancien officier SS Klaus Barbie, connu sous le pseudonyme "le boucher de Lyon", fut condamné à la prison à perpétuité notamment pour l'arrestation, le 6 avril 1944, de 44 enfants juifs et 7 adultes à la maison d'enfants d'Izieu et leur déportation à Auschwitz. Aujourd'hui l'OSE, reconnue association d'utilité publique, bénéficie d'un budget de l'Etat et prend en charge des enfants exilés de toutes origines. "Cependant", explique Maya Guez, "Elle garde toujours dans ses tiroirs un plan d'urgence dans l'éventualité d'une nouvelle guerre où des enfants juifs seraient de nouveau en danger".

Faire face au traumatisme

Le Dr. Guez finit par la présentation de la famille Loinger, famille de résistants français de sept frères et sœurs originaires de Strasbourg, et notamment une vidéo qu'elle a tournée à Paris avec Georges Loinger, aujourd'hui âgé de 108 ans ! Mobilisé au début de la guerre, George Loinger est fait prisonnier par les Allemands, mais il parvient à s'évader fin 1940 et s'engage dans l'OSE, où il organise le sauvetage de plusieurs centaines d'enfants juifs qu'il fait convoyer jusqu'en Suisse via Annemasse. "Professeur d'éducation physique, il aura l'idée de faire passer les enfants en leur lançant une balle de l'autre côté de la frontière", raconte Maya, qui introduit également les autres membres de cette étonnante famille, tous résistants, dont sa cousine Dora Werzberg, son cousin Marcel Mangel, le futur mime Marcel Marceau, qui débutera sa carrière en enseignant le théâtre aux enfants de l'OSE, sa sœur Yvette, mère de la chanteuse israélienne Yardena Arazi et sa sœur Fanny, responsable du réseau sud-est de l'organisation.

francoiseOuzan22.4.17Le Dr. Françoise Ouzan, auteur d'un ouvrage récemment publié intitulé How Young Holocaust Survivors Rebuilt their Lifes (Comment les jeunes survivants de l'Holocauste ont reconstruit leur vie), qui relate la trajectoire de vie de jeunes juifs rescapés de la Shoah en France, aux Etats-Unis et en Israël, en suite a présenté le cas d'espèce de Boris Cyrulnik, célèbre neuro-psychiatre français auteur d'une vingtaine de best-sellers, qui a popularisé en France la notion de résilience. " Le concept d'enfant caché est récent", explique-t-elle. "Il est né en 1991 dans un meeting d'anciens enfants dissimulés pendant la guerre pour échapper à l'extermination. Jusque là ils n'osaient pas se considérer comme des survivants de l'Holocauste car ils n'avaient pas été dans les camps d'extermination, et avaient honte. Pourtant leur drame a été puissant et ils doivent faire face à leur traumatisme".

Né dans une famille d'immigrés juifs d'Europe orientale arrivée en France dans les années 1930, Cyrulnik a été placé en 1942 dans une pension, puis à l'Assistance publique avant d'être caché chez une institutrice, Marguerite Lajugie-Farges, depuis reconnue par l'Etat d'Israël comme Juste parmi les Nations. Mais, en 1942, au cours d'une rafle, il est regroupé avec d'autres Juifs dans la synagogue de Bordeaux. Il dit s'y être caché dans les toilettes, en avoir été délogé puis sauvé par une infirmière. Il est ensuite pris en charge par un réseau, puis placé comme garçon de ferme jusqu'à la Libération. Ses parents, eux, meurent en déportation. Il est alors recueilli à Paris par une tante qui l'élève.

Après la guerre

"Le cas de Boris Cyrulnik est exemplaire de la difficulté de raconter le traumatisme", explique le Dr. Ouzan. "Dans tous ses livres, Cyrulnik traite d'enfants cachés: Je me souviens (2010), Sauve-toi, la vie t'appelle (2012), Mourir de dire la honte (2010). Derrière l'espoir, l'appel à la vie, il y a toujours la honte. Quand il a raconté son histoire, personne ne l'a cru. Il a donc raconté l'histoire des autres, ou préfacé des ouvrages d'autres survivants, comme par exemple celui d'Ariela Palacz, Je t'aime ma fille, je t'abandonne, ou celle encore Vivre en Israël après la Shoah, témoignages de survivants venus de France recueillis par Margalit Getraida et moi-même. Il y a une grande difficulté à raconter un narratif qui soit acceptable par le lecteur". Le concept de résilience développé par le neuropsychiatre, viendrait probablement de là: comment faire quelque chose de ses blessures. "Dans chacun de ses livres on trouve une version différente de son histoire, une reconstitution permettant de moins souffrir", commente le Dr. Ouzan.

RomanoLe Dr. Eliot Nidam-Orvieto présenta ensuite l'action des congrégations catholiques en faveur des enfants cachés, insistant sur la diversité de la situation des enfants due à celle des institutions elles-mêmes, et concluant qu'il était impossible d'établir une image générale. Selon lui, la disposition des catholiques français à aider les enfants juifs provient du fait que les Congrégations catholiques ont été longtemps poursuivies sous les divers gouvernements français depuis la Révolution, et étaient donc plus sympathisantes pour la souffrance des enfants juifs que les catholiques d'autres régions d'Europe. Cependant, de nombreux questions se sont posées, comme celle de la conversion, ou encore celle des enfants venus de milieux laïcs non pratiquants.

Tsilla Hershco, auteur de l'ouvrage Ceux qui marchent dans l'obscurité verront la lumière, sur la résistance juive en France pendant l'Holocauste (en hébreu), a présenté la résistance juive française pendant la guerre, et son rôle dans la création de l'Etat d'Israël. "Un quart des Juifs de France a disparu pendant la guerre, mais la majorité a été sauvé notamment grâce à l'action de l'Armée juive (AJ), créée par Abraham Polonski qui avait pour but la lutte contre les nazis et la création d'un Etat juif en Palestine. Tous les mouvements sionistes en France ont collaboré entre eux pour le sauvetage des populations". Après la guerre, Polonski fut nommé par Ben Gourrion commandant de la Haganah en France et en Afrique du nord, et joua un rôle central dans l'organisation de l'immigration clandestine vers la Palestine. "Cependant, l'orientation générale de l'OSE après la guerre était le relèvement de la communauté juive et son intégration à la société française. La Shoah n'a pas changé l'attitude des Juifs par rapport à la France; ils souhaitaient s'intégrer à la société. Beaucoup se sont converti, ont changé de nom et ont caché leurs signes de judaïté. De même une partie des familles chrétiennes qui ont accueilli des enfants n'ont pas voulu les rendre, ou bien les enfants eux-mêmes n'ont pas voulu quitter leur famille adoptive".

"Sauver des enfants juifs nétait pas une priorité pour les Américains"

Lors de son étonnante intervention, le Prof. Rockaway a expliqué pour sa part pourquoi les Etats-Unis n'ont pas voulu accueillir de réfugiés pendant la période de la guerre. "Dans les années 20, les Juifs possédaient des positions dominantes dans tous les secteurs de la société. Aussi y a-t-il eu une réaction de la majorité protestante entrainant des restrictions de l'entrée des Juifs dans de nombreuses institutions. De plus, depuis le début des années 30, les Etats-Unis ont connu une grande dépression économique avec un fort taux de chômage qui a durée jusqu'en 1941. L'opinion publique était donc en faveur d'une limitation de l'immigration. Enfin, une proposition du gouvernement américain de fournir 6000 visas pour des enfants juifs a été repoussée par Laval. 350 enfants ont quand même été passés clandestinement. Mais sauver des enfants juifs n'était pas une priorité pour les Américains".

Au revoir les enfantsLe Dr. Denis Charbit a ensuite exposé l'évolution du cinéma français dans sa manière de présenter la question des enfants juifs pendant la guerre, après des années de déni. "Après la guerre, le Général de Gaulle a fédéré la société française autour de l'image d'une France résistance ou soutenant la Résistance. Aussi tous les films produits entre les années 1945 et 1960 et consacrés à la guerre mettent-ils en scène des résistants, et les enfants en sont absents. Dans les années 60 on voit apparaitre au cinéma l'image du Français moyen "résistant sans le vouloir" (La grande vadrouille), mais pas encore de Juifs. A la fin des années 60, Le vieil homme et l'enfant, avec Michel Simon, où un vieil homme perd ses préjugés au contact d'un enfant, offre la première description des enfants pendant la guerre dans un film français. Dans les années 70, avec Les guichets du Louvre, on voit des policiers français qui arrêtent des enfants juifs. Dans les années 80, avec Le chagrin et la pitié on voit apparaitre la France de Vichy au cinéma. "Les Français ont posé les bases de l'antisémitisme avant même les Allemands", relève le Dr. Charbit. Avec le procès de Klaus Barbie, à la fin des années 80, on voit apparaitre une vague de films, résultant d'une prise de conscience: Le sac de billes, Au revoir les enfants…Plus tard, dans les années 2000, des films comme La maison de Nina ou Monsieur Batignol reposeront sur de véritables recherches avec des conseillers historiques. "Depuis Nuit et Brouillard en 1956, où la censure avait demandé le retrait d'une image où apparaissait un gendarme français, jusqu'à aujourd'hui, le cinéma français a fait un grand chemin, et a joué un grand rôle dans la reconnaissance de la Shoah des enfants", conclue le Dr. Charbit.

Hommage à la famille Loinger

Enfin, Charles Loinger, représentant de la famille qui a sauvé plus de 1000 enfants sur les 5000 secourus par l'OSE, et habite actuellement Herzlia, a raconté son histoire et celle de sa famille : "Notre famille est l'une des rares qui soient restées entières après la guerre, sauf le père de Marcel Marsault qui a été déporté", a-t-il conclu.

Le colloque a été suivi d'un débat avec l'assistance, parmi laquelle se trouvaient de nombreux anciens "enfants cachés" dont Lili Peyser-Racine, philanthrope et membre du directoire mondial de la Wizo, qui vient d'être nommée membre d'honneur de l'Université de Tel-Aviv lors du récent Conseil des Gouverneurs.

Il a été agrémenté d'un intermède de musique de jazz de la période par le Dr. Mel Rosenberg (UTA) et Igor Ostrovski du Musée de la Diaspora.

Loinger

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