Slide background
Slide background
Slide background

nov1

A LA UNE

Les dernières nouvelles de l'Université de Tel-Aviv


events

EVENEMENTS

Aucun événement

video

VIDEOS

vid1

semel uni2

SOUTENIR L’UNIVERSITÉ

Soutenez la recherche et les étudiants


Faire la paix 1918-2018 : Colloque à l'Université de Tel-Aviv

Un colloque international multidisciplinaire sur le thème "1918-2018: Faire la paix" s'est déroulé à l'Université de Tel-Aviv le mercredi 6 juin. Organisé dans le cadre de la Saison croisée France-Israël 2018, par le Prof. Nadine Kuperty-Tsur, directrice du programme de culture française de l'Université, en collaboration avec l'Institut français d'Israël, et le Centre de Recherche français à Jérusalem (CRFJ), il a réuni des chercheurs de l'UTA, de l'EHESS, et de l'Université de Ratisbonne en Bavière.
Son but était d'observer les enseignements du passé pour mieux comprendre le présent.

AvnerNadineBoris2Le colloque a été introduit par le Prof. Aviad Kleinberg, directeur de l'Ecole doctorale d'histoire de l'Université de Tel-Aviv, et par Philippe Guillien, attaché de coopération éducative et linguistique auprès de l'Institut français. "C'est un plaisir et un honneur d'être à l'ouverture de ce colloque international", a déclaré ce dernier. Citant la phrase prononcée par Georges Clémenceau dans son discours de Verdun le 1 juillet 1919 : "Il est plus facile de faire la guerre que la paix", il rappelle qu'en 2018, "d'autres conflits existent et le besoin de paix est toujours aussi essentiel. Faire la paix, c'est tirer les leçons de l'histoire et apprendre à respecter la dignité humaine partout où elle existe".

"A l'approche du centenaire de l'armistice, nous avons voulu réunir des spécialistes de différents domaines et pays pour comprendre de quoi la paix est faite", a déclaré pour sa part le Prof. Kuperty-Tsur, qui a par ailleurs signalé que, outre le soutien de l'Institut français, le colloque a été réalisé grâce à la donation Maratier, qui a également permis la renaissance du programme de culture française de l'Université. Remerciant le Dr. Sylvie Housiel (UTA) qui en a eu l'idée, elle l'a dédié à son arrière-grand-père immigré de Lithuanie, qui dès la déclaration de guerre s'est porté volontaire dans l'armée française en reconnaissance de l'accueil que la France lui avait réservée. "Nous tournerons le dos à la guerre pour nous intéresser aux conditions d'une paix mal ficelée en 1918, qui a abouti 20 ans plus tard à la deuxième guerre mondiale, et aux enseignements que nous pouvons en tirer aujourd'hui".

"Faire la paix est aussi très personnel, privé et intime"

Pour le Dr. Yann Scioldo- Zürcher (EHESS- CRFJ), co-organisateur du colloque : "La paix doit donner à toutes les parties les conditions pour entrer dans l'apaisement, ainsi que celles de la résilience, car les populations doivent dès lors apprendre à vivre ensemble. Guerre génocidaire, la guerre de 1914-18 a changé le monde. Nous faisons aujourd'hui le pari de la repenser pour comprendre le présent".

Faire la paix POS 1 page 001Le prof. Iris Rachamimov, du Département d'histoire de l'Université de Tel-Aviv a présenté sa recherche sur l'internement de masse pendant la première guerre mondiale. 8 millions de militaires et 800 000 civils ont été détenus dans des camps d'internement pendant la grande guerre: "C'est le premier phénomène d'internement de masse de prisonniers dans l'histoire". S'appuyant sur des mémoires de civils, d'officiers et de soldats en Grande-Bretagne, en Allemagne et en Russie, le Prof. Rachaminov a étudié comment le temps s'arrête pour les prisonniers de guerre: "Ils ont le sentiment d'avoir été figés dans le temps et dans l'espace, coupés à la fois du passé et de l'avenir, alors qu'à l'extérieur le temps s'accélère". Pour reprendre le contrôle de leur temps, les prisonniers utilisent diverses stratégies, comme d'instaurer des routines de camp ou se projeter dans l'avenir, dans l'après-internement. La sortie des camps et le retour à la normale constitue également un défi :"Faire la paix est aussi très personnel, privé et intime", conclue-t-elle.

Le Dr. Sylvie Housiel a analysé la formule d'une "Paix sans victoire" prononcée par le président Wilson dans un discours au Congrès américain le 22 janvier 1917, dans lequel il fixe les bases générales d'une paix durable, "sans vainqueur ni vaincu", où "aucune nation ne cherche à imposer sa politique à un autre pays". Selon elle, la formule, si elle a eu un impact important à l'époque, a été exclue en France par la grande majorité des combattants, méfiants envers les puissances centrales, et qui, s'ils avaient abandonné l'idée d'une "paix victorieuses" qui prévalait lors de l'entrée en guerre, ne voulaient cependant pas d'une paix à tout prix. Le Dr. Housiel relève d'ailleurs que le Président Wilson a lui-même déclaré plus tard que "le droit est plus précieux que la paix".

Les morts du 11 novembre

A partir d'un corpus de correspondance conservé dans les archives du ministère de la Défense à Vincennes, le Dr. Galit Haddad (EHESS - UTA) étudie l'état d'esprit des combattants français "face au souffle de la victoire". Du 8 aout au11 novembre 18, les soldats passent de la perspective d'une éventuelle défaite à celle d'une paix victorieuse. La protestation contre la guerre s'éteint peu à peu avec l'idée d'une victoire certaine alors que la notion de vengeance fait son chemin comme droit légitime en vertu de la loi du Talion. Cependant, les lettres des soldats, dont certaines sont particulièrement émouvantes retranscrivent leurs craintes de perdre la vie juste avant la victoire, prémonitoires pour un grand nombre d'entre eux puisque 3 300 000 combattants seront tués au cours des derniers mois de la guerre, dont plus de 10 000 dans la matinée du 11 novembre. "Les morts du 11 novembre seront enregistrés par l'armée française à la date du 10. Dans l'esprit des combattants le son des cloches de la victoire se mêle au sifflement des obus et la joie a un goût amer, celui des camarades absents".

Galit AvnerTalLe Dr. Tal Sela (UTA) s'est pour sa part attaché au cas des tirailleurs sénégalais. 134 000 soldats d'origine d'Afrique saharienne soit 1,6% de l'ensemble des combattants, ont été enrôlés dans les rangs de l'armée française pendant la première guerre mondiale, "mais leur importance dans le débat français est bien supérieure à leur nombre", dit-il. Le débat autour de leur recrutement fait intervenir des arguments raciaux: "ce sont des sauvages, ils font peur et ils supportent mieux la douleur". Un soldat sur 5 ne reviendra pas et les Africains ont considéré que la France leur est redevable d'une dette de sang. Cependant "non seulement ils n'ont pas obtenu la citoyenneté, mais ce n'est qu'en 2003 qu'à été prise la décision de revaloriser leur retraite d'ancien combattant. L'épisode des 'poilus noirs' a eu une grande importance malgré leur petit nombre de même que son impact sur l'avenir des relations entre la France et ses colonies".

Le Dr. Aviv Amit a ensuite présenté le déclin des langues régionales en France après la première guerre mondiale. Celles-ci "avaient jusque là perduré, bien que constituant un défi pour la République. Peu à peu s'était imposé un système de diglosie, avec une langue haute et des langues basses réservées aux échanges quotidiens. Pendant la guerre des tranchées le français devient la langue de l'intégration nationale. Le sang versé scelle le lien avec la France et parler une autre langue devient antipatriotique". En parallèle on note une dévalorisation des langues régionales face au français, langue de la libération nationale pour les pères dans les tranchées, et celle de la promotion sociale pour les mères à l'arrière. Les langues régionales deviennent un obstacle à la réussite des enfants, phénomène que le Dr. Amit compare au processus de l'immigration. Le français est adopté comme langue nationale et la France passe de la diglosie au monolinguisme.

La guerre comme une chose naturelle

Marina Ortrud Hertrampf (Regensburg Universität) a fait entendre les voix oubliées des poétesses pacifistes contre la Grande Guerre. Selon elle, "la première guerre mondiale a engendré une grande production de textes poétiques restés méconnus car concurrencés par les témoignage en prose et la propagande patriotique et militariste. Les poèmes pacifistes écrits par des femmes sont une 'écriture de l'arrière': ils parlent des mères, des malades, des vieux et des enfants. C'est une autre voix sur la guerre". Elle donne de nombreux exemples, comme ceux de Marcelle Capy (Une voix de femme dans la mêlée) qui lutte à la fois contre la guerre et la société patriarcale, Hélène Brion, pour qui " il existe une contradiction totale entre la guerre et le féminisme ", Henriette Sauret, poète, journaliste, féministe et pacifiste et Noélie Drous, institutrice, poète et syndicaliste.

SalleComparant la commémoration de la Grande Guerre en France et celle de la guerre d'indépendance en Israël, le Prof. Avner Ben-Amos (UTA) a pu constater une grande ressemblance dans la manière de perpétuer la mémoire des soldats après ces deux guerres qui ont été les plus meurtrières de l'Histoire pour chacun de ces pays, et malgré les grandes différences entre les deux Etats : apparition des cimetières militaires, généralisation des monuments aux morts, commémoration du soldat inconnu en France ou des soldats dont le lieu de sépulture est inconnu (Israël). La France de 14 et Israël en 48 sont deux pays qui ont connu les mêmes processus: une démocratisation de l'Etat-Nation qui a abouti au citoyen –soldat défendant son pays, le culte des morts et la laïcisation de la mémoire collective. Selon lui, le choix de la commémoration de la mémoire des combattants sous forme de deuil et de recueillement a créé l'impression que la guerre est une chose naturelle dont les soldats sont les victimes.

Boris Adjemian (Bibliothèque de l'Union générale arménienne de Bienfaisance – UGAB et Institut des Mondes africains, Paris), s'est attaché au cas des orphelins arméniens réfugiés à Jérusalem après la première guerre mondiale et le génocide de 1917-1922. Il analyse comment les photos de groupes des orphelins prises dans les institutions gérées par l'UGAB sont des 'acteurs historiques' utilisés pour la fabrication d'un espace communautaire idéalisé établissant une continuité entre l'espace humanitaire établi après le génocide et un espace sacré préexistant, celui de l'ancienne communauté arménienne implantée dans la ville sainte depuis des siècles. Représentations archétypées et figées de groupes d'enfants exprimant un apaisement et un ordre retrouvé après le génocide, enfants modèles rebâtis par la philanthropie arménienne, qui ne disent rien de la faim, des épidémies, des conditions d'hygiène etc mais sont empreintes d'une symbolique chrétienne où Jérusalem est marquée d'une présence sacrée, et constituent des traits d'union entre des mémoires segmentées.

Au cours de ce riche colloque ont également été remises cinq bourses offertes à des étudiants du programme de culture française de l'Université par l'Ambassade de France et l'Institut français pour aller étudier en France pendant deux semaines.