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Les familles politiques israéliennes expliquées à l'Université de Tel-Aviv: 3. Centre, partis religieux, partis arabes

Après la droite et la gauche, la troisième et dernière séance du mini-cycle de conférences sur les familles politiques en Israël donné par le Dr. Denis Charbit dans le cadre de l'Association des Amis francophones de l'Université de Tel-Aviv a été consacrée aux trois autres grandes lignées qui complètent le paysage complexe de la vie politique israélienne : les partis religieux, arabes et ceux du centre.

bulletinsContrairement aux deux précédentes familles, les partis religieux et les partis arabes sont des partis sociologiques qui s'adressent à une clientèle spécifique de la population israélienne, croyants et pratiquants pour les uns, Arabes israéliens pour les autres, et non des partis idéologiques. Cependant l'homogénéité sociale de ces groupes n'empêche pas leur division qui recouvre des clivages idéologiques fondamentaux.

Sionisme religieux et religieux antisionistes

Au sein des partis religieux, le clivage se situe autour du rapport à l'Etat d'Israël. La division entre les partis actuels est la réplique au 21e siècle du conflit fondamental qui a divisé les courants religieux au début du 20e au sujet du sionisme. L'actuel parti Yahadut Hatorah descend de l'Agoudat Israël, parti créé en 1912 en Russie, comme bras politique du judaïsme orthodoxe, et dont l'idée force était de refuser la modernité, préserver un mode de vie traditionnel centré sur la communauté et lutter contre les courants modernistes et réformistes qui se faisaient jour au sein du judaïsme. D'où par exemple le choix de conserver un habit spécifique marquant le désir de se séparer du monde moderne. Avec l'apparition du sionisme se rajoute à cela un rejet viscéral de ce courant. Pour les ultra-orthodoxes en effet, seul Dieu peut décréter la fin de l'exil annonciateur de la rédemption, et rien ne peut être fait pour hâter ce processus. De ce point de vue le sionisme, mouvement politique dont le but était de regrouper les Juifs en Israël pour y former un Etat est une hérésie du judaïsme. Le sionisme, pensent les ultra-orthodoxes, emprunte ses notions de base au judaïsme mais les déforme : la terre d'Israël devient un territoire, le peuple d'Israël un peuple ethnolinguistique calqué sur les autres et non un peuple saint qui ne vit que par le respect des lois, et la Torah est remplacée par des lois non religieuses. La fonction historique du mouvement sioniste, explique le Dr. Charbit, a été de libérer les Juifs de la religion en légitimant une autre conception du judaïsme privilégiant la dimension nationale. Aussi, et bien qu'il ait été contraint par la réalité à des compromis (participation au gouvernement, vote des femmes et apprentissage de l'hébreu), ce courant reste aujourd'hui encore fidèle à ses conceptions antisionistes.

kookLa seconde tendance, celle du sionisme religieux, est représentée aujourd'hui par Le Foyer juif (Habait HaYehudi), parti national religieux de Naftali Benet, héritier du parti Mizrahi (acronyme pour Merkaz ruhani, Centre religieux), fondé en 1902 en Russie par Rabbi Itzhak Yaakov Reiness. Celui-ci considérait le sionisme non pas comme un messianisme concurrent de la religion, mais plutôt comme un effort de philanthropie collective pour relever le niveau matériel et moral du peuple juif. Sa référence est celle du Retour biblique de Babylone, suite à l'exil résultant de la déportation des Juifs du royaume de Juda après la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor en 586 av. J.-C. Dans les années 30, le Rav Abraham Itzhak Hacohen Kook, considéré comme le père du sionisme religieux, développe une doctrine qui voit dans le retour à la terre d'Israël le début de la rédemption finale. Selon lui, Dieu a précisément choisi les Juifs les plus laïcs pour effectuer le retour à la Terre. Cette révolution idéologique sera conduite par son fils, Zvi Yehouda Kook, dans les années qui suivirent la guerre des six jours. Selon ce dernier, Dieu nous a offert la victoire pour rétablir un lien direct avec le berceau du peuple juif: le Royaume de Judée. C'est là le vrai Retour. Or le sionisme de gauche ne franchira pas ce pas: c'est pourquoi l'heure du sionisme religieux est venue. Le Rabbi Zvi Yehouda Kook sera à l'origine du mouvement messianique du Bloc de la Foi (Goush Emounim) qui prône le retour des Juifs en Judée-Samarie, même au défi des institutions de l'Etat d'Israël, mais s'éteindra néanmoins en tant que mouvement organisé dans les années 80.

Un projet messianique

ImplantationCependant, depuis la fin des années 1970, le parti national religieux a pris en charge ce projet messianique. Devenu le Mafdal, qui prit la suite du Mizrahi en 1956, et aujourd'hui Le Foyer juif depuis 2008, c'est un parti neosioniste qui trouve la plus grande partie de son électorat dans le demi-million de Juifs actuellement installés en Judée-Samarie, et forme des élites sociales avec l'ambition de renverser le projet sioniste traditionnel. Il est en faveur de l'établissement d'un état théocratique à long terme qui serait le résultat d'un consentement général à un régime de ce type. En attendant, il veille à ce qu'au moins l'espace public soit, autant que faire se peut, conforme à la Halakha par l'intermédiaire de lois votées par la Knesset : pas de transports publics le shabbat, cacherout obligatoire à l'armée etc.… Cette "politisation du judaïsme" s'est doublée de la tendance à "judaïser la politique": les grands problèmes de l'Etat doivent être réglés en fonction de la Loi juive (Halakha). Si la continuation de la présence dans les territoires était considérée par les gouvernements travaillistes comme une question de sécurité, depuis la révolution du Goush Emounim, le parti national religieux considère que les Juifs ont mission d'y rester, l'ère messianique annulant l'éventuel titre de propriété des Palestiniens sur la terre. Pour Ayelet Shaked et Naftali Benet, dirigeants du parti Bayit Yehudi, il faut annexer sans plus attendre les zones B et C établies par les accords d'Oslo en 1995, en accordant la citoyenneté israélienne aux Palestiniens. Depuis l'accession de Benet à la tête du parti, celui-ci ne cacha pas son ambition de se poser en successeur du Likoud.

Enfin, le parti Shas, créé dans les années 80 et dont le grand leader fut le rabbin Ovadia Yosef, reproduit dans le monde religieux le conflit ashkénaze/séfarade qui s'est peu à peu apaisé dans le monde laïc, créant notamment son propre réseau scolaire El Hamaayan face aux yéshivot ashkénazes.

Partis arabes

HaninLe PKP, parti communiste de Palestine, a été créé en 1920 par des membres du Poalei Zion (mouvement sioniste marxiste) exaltés par la révolution soviétique. Devenu le Maki (parti communiste israélien), puis le Rakah, il a peu à peu perdu son électorat juif pour devenir un parti à majorité arabe, seul parti israélien cependant à prôner une rhétorique de fraternité entre Arabes et Juifs. Il est inclus dans le Hadash (Front démocratique pour la paix et l'égalité) qui fut le premier à inventer la formule "Deux Etats pour deux peuples". Nés du développement du multiculturalisme dans les années 80, ces partis rassemblent aujourd'hui la quasi-totalité du vote arabe: seuls 15% des Arabes israéliens votent actuellement pour des partis non-arabes. Dans les années 90 naquirent le parti islamiste israélien et le parti nationaliste arabe (Balad, parti de Hanin Zoabi), qui ne reconnait pas le caractère juif de l'Etat d'Israël, et se manifeste par des actions ou des paroles provocatrices. Ces partis se sont unifiés en 2015 malgré leurs divergences pour passer le seuil d'éligibilité, alors augmenté à 3,25%. La liste unifiée (HaReshima Haméchoutefet) devient alors le 3e parti à la Knesset avec 13 députés. Son programme comprend la mise en cause de ce qu'elle considère comme l'occupation et la colonisation et le combat pour une plus grande égalité entre les populations juives et arabes.

yairLes partis du Centre, qui trouvent leur origine dans le parti des Sionistes Généraux créé par Haïm Weizman au début du 20e siècle, ont pour fonction de faciliter la volatilité électorale en proposant, au lieu d'un saut de gauche à droite ou de droite à gauche, de se reporter sur un parti centriste. Ils jouent principalement sur l'usure des grands partis. Depuis les années 70 jusqu'à nos jours, ils comptent de 10 à 15 députés en moyenne, ce qui est suffisant pour participer à la coalition gouvernementale. Le parti Kadima d'Ariel Sharon (2005- 2015) a laissé la place à Koulanou de Moshe Kahlon (centre droit) et à Yesh Atid de Yaïr Lapid (centre gauche).

Dans son discours dit des 4 tribus (2015), le Président Rivlin a déclaré que la société israélienne est aujourd'hui composée de 4 tribus principales, chacune ayant la conviction d'être menacées par les 3 autres, mais qui forment l'identité israélienne et dont l'importance numérique est appelée à devenir équivalente: les laïcs, les religieux, les orthodoxes et les Arabes. Selon lui, ces 4 groupes n'ont que deux choix: soit continuer de tenter de menacer l'autre, ce qui conduira immanquablement à la guerre civile, soit apprendre à travailler ensemble et à définir un civisme israélien commun à tous les quatre.

Les familles politiques israéliennes expliquées à l'Université de Tel-Aviv: 2. La gauche

Après la droite, la gauche. La deuxième séance du mini-cycle de conférences sur les familles politiques en Israël de 1948 à nos jours, donné par le Dr. Denis Charbit, dans le cadre de l'Association des Amis francophones de l'Université de Tel-Aviv a été consacrée aux partis de la gauche israélienne depuis les fondateurs de l'Etat jusqu'à sa crise actuelle.

Hashomer hatzairLa gauche israélienne trouve son origine dans la vague d'immigration des pionniers de la 2e alya après les pogroms de Kichinev de 1903 et l'échec de la 1ère révolution russe de 1905. Il s'agit essentiellement d'une jeunesse célibataire habitée par les idéologies socialistes. Après l'interruption de la première guerre mondiale, cette immigration reprend avec la Déclaration Balfour de 1920 et l'établissement d'un "foyer national juif en Palestine mandataire. Ses premiers théoriciens (Beer Borochov, Nahman Sirkin…) relient le sionisme à la lutte des classes et jettent les bases du sionisme socialiste: c'est au peuple de faire la révolution sioniste (Mouvements Hapoel Hatzaïr et Poale Sion).

Mais la Palestine de l'époque est préindustrielle: pas d'usine, pas de lutte des classes qui réponde à la philosophie marxiste. Aussi le mouvement prend très vite une coloration particulière adaptée au contexte: le mariage entre les travailleurs et le Fonds national juif, organisme foncier chargé de l'achat des terres en Palestine, donne naissance au kibboutz. En parallèle, la Histadrout, organisation générale des travailleurs hébreux créée en 1920 sous l'impulsion entre autres de David Ben Gourion, à la fois syndicat et "patron", liée au parti Akhdut Haavoda, ancêtre du Mapaï, mettra en place sous le mandat britannique les institutions qui formeront les structures de base de l'Etat d'Israël: la Koupat Holim (dispensaires), les banques (Hapoalim), les organisations sportives (Hapoel), les journaux (Davar), et même l'organisation militaire (Hahagana). Au départ des Britanniques en février 1947 toutes les institutions du futur Etat seront déjà mises en place. C'est donc le parti travailliste, et son leader David Ben Gourion qui sont à la base de la création de l'Etat d'Israël. C'est pourquoi l'histoire de la gauche israélienne à ses débuts se confond dans une certaine mesure avec celle de l'Etat.

De la guerre d'indépendance à la guerre des Six Jours

De 1920 à 1948, Ben Gourion, visionnaire, reste fidèle à deux objectifs: lutter pour préserver la liberté d'immigration des Juifs en Palestine mandataire et pour leur acquisition progressive de terres ("dounam par dounam, chèvre par chèvre"). Cependant, à la veille du plan de partage de 1947, seulement 33% de la population était juive, et seules 7% des terres appartenaient à des Juifs.

ben gourion 1021x580Après la guerre d'indépendance, devenu Premier ministre, Ben Gourion, établit une coalition à majorité travailliste et œuvre à l'étatisation des structures existantes, dont la création d'un réseau d'écoles publique, d'une administration et d'un service diplomatique. Il proclame la création de Tsahal, l'Armée de Défense d'Israël, qui regroupe la Hagana et les organisations clandestines de l'Irgoun de Menahem Begin, et du Lehi. Les débuts de Tsahal sont marqués par le tragique épisode de l'Altalena, bateau transportant des armes de l'Irgoun incendié par Tsahal après avoir refusé de remettre son chargement. L'évènement provoquera la dissolution des unités de l'Irgoun, et symbolise les tensions irréductibles à cette époque entre Ben Gourion et les organisations révisionnistes.

Sur le plan de la politique étrangère, Ben Gourion était obsédé par l'idée de la faiblesse intrinsèque de l'Etat d'Israël. Persuadé que les Arabes voudront leur revanche, il recherche activement un allié et se tourne d'abord vers la France, les Etats-Unis étant indisponibles en raison de leur alliance avec l'Arabie saoudite. Après 1967, cependant, ils deviendront l'allié naturel d'Israël, qui a par ailleurs choisi le camp occidental face à l'URSS après la guerre de Corée (1950).

"Mieux vaut Sharm el Sheikh sans la paix que la paix sans Sharm el Sheikh"

Le successeur de Ben Gourion, Levy Eshkol, 'apparatchik' dépourvu de charisme, adoucit cependant le climat politique interne du pays et montre les premiers signes de réconciliation avec la droite, entre autre en transférant les restes de Jabotinsky au cimetière du Mont Herzl en 1965, et en invitant le Hérout à former un gouvernement d'union nationale à la veille de la guerre des Six Jours. Modéré, il est cependant considéré comme trop hésitant, et doit accepter l'entrée au gouvernement comme ministre de la défense de Moshé Dayan, vainqueur de la guerre des Six Jours, qui posera les bases de la politique israélienne dans les territoires: contrôle du Mont du temple par le Waqf musulman et maintien de fait d'une domination israélienne dans une Cis-Jordanie/Judée-Samarie non annexée officiellement. Moshé Dayan et Golda Meïr, qui succéda à Lévy Eshkol à la tête du gouvernement, incarnent une intransigeance territoriale et maintiennent les positions sécuritaires d'Israël. "Mieux vaut Sharm el Sheikh sans la paix que la paix sans Sharm el Sheikh", dira Dayan. Golda Meir démissionne à la suite de la guerre de Kippour en 1973 et est remplacée par Yitzhak Rabin.

herzog peresSur le plan idéologique, le parti passe dans les années 80-85 d'une vue dirigiste de l'économie à une conception libérale sous l'impulsion de Shimon Peres et de son plan de stabilisation économique, à la suite de l'inflation galopante qui suivit la guerre du Kippour. La ligne de démarcation entre la droite et la gauche en Israël se déplace alors vers la question des territoires, la gauche étant favorable à la solution de deux Etats côte à côte. Cette orientation, qui se développera avec la guerre du Liban et l'essor du mouvement la Paix maintenant (Shalom Akhshav), s'intensifiera avec le 1er Intifada (1987) et culminera en 1993 avec les accords d'Oslo : pour la gauche, l'élaboration d'une solution politique dans la région doit se faire avec la participation des Palestiniens.

Un parti en crise

Parti dominant jusqu'en 1977, où il perd pour la première fois le pouvoir en faveur du Likoud de Menahem Begin, le parti travailliste est en crise. A l'inverse de la droite, la gauche israélienne souffre d'une trop grande uniformité socio-économique de ses électeurs: surreprésentation des classes moyennes et sous-représentation des villes de développement, de la population d'origine russe et des religieux. Les Juifs des pays arabes immigrés dans les années 50, ont rejoint en masse le Likoud. L'électorat travailliste, contrairement à celui de la droite, est vieillissant. Enfin depuis l'échec des accords d'Oslo en 1993 et du plan de désengagement de 2005, l'image de gardien de la sécurité est passée de la gauche à la droite. La psyché collective israélienne est davantage à l'écoute des menaces, repoussant les espoirs au lendemain et reflète le climat international tendu et les courants populistes qui traversent le monde occidental actuellement.

A la gauche du parti travailliste, Meretz, initialement le parti des Droits civiques, créé en 1970, défend un sionisme de gauche libéral et est à la base de la plupart des lois sociales en Israël. En 1992, le parti atteint un record de 12 députés grâce à l'action de ses leaders Shulamit Aloni et Yossi Sarid, le premier à avoir revendiqué la sortie des territoires. Il se caractérise par sa pureté idéologique et la compétence de ses parlementaires. Meretz a mené un combat anti-clérical, contre l'imposition des lois de la Halakha (lois religieuses juives) dans l'espace public et défendant les droits des femmes, puis des homosexuels. Mais il souffre de son image ashkénaze, laïque et libérale, aux antipodes des mutations de la société israélienne.

Les familles politiques israéliennes expliquées à l'Université de Tel-Aviv: 1. la droite

Un mini-cycle de 3 conférences sur les familles politiques en Israël de 1948 à nos jours, par le Dr. Denis Charbit, a été organisé par l'Association des Amis francophones de l'Université de Tel-Aviv, les 18 janvier, 1er et 15 février. Le premier a été consacré à la droite israélienne, du nationalisme libéral de Jabotinsky à la "droite décomplexée" de Benyamin Netanyahu.

Knesset3Israël est connu pour la profusion de ses partis: entre 10 et 15 formations politiques sont généralement représentées à la Knesset, ce qui est impressionnant pour un si petit pays. Cette multiplicité est encouragée par le scrutin à la proportionnelle, qui, s'il présente énormément de défauts dont l'instabilité, est selon le Dr. Charbit le mieux adapté à une société hétérogène comme la société israélienne, composée de groupes sociaux qui ont des visions diamétralement opposées de ce que doit être l'Etat, et dont il est indispensable qu'ils soient représentés à la Chambre. De plus, le pays n'ayant pas de constitution, et la plus grande partie des lois pouvant être modifiées à tout moment, il est rassurant pour les groupes d'avoir cette assurance de représentation. Le seuil d'éligibilité à la Knesset est cependant passé de 1% en 1951 à 3,25% depuis 2014.

Le mouvement révisionniste des années 30 et Vladimir Jabotinsky

Cette multiplicité de partis recouvre en fait l'existence de 5 grandes familles politiques principales: 3 groupes idéologiques (la droite, la gauche et le centre) et 2 sociologiques, les partis arabes et les partis religieux. De 1949 à 1977, cependant, la Knesset s'est caractérisée par la représentation d'un parti dominant: le parti travailliste, qui y avait en permanence 40 à 50 députés. Le Likoud, par contre, principal parti de droite, n'a obtenu que 30 sièges aux dernières élections (mars 2015). Ce n'est donc pas un parti dominant, et il a besoin d'une coalition pour gouverner.

La plupart des partis politiques israéliens trouvent leur origine à l'époque du Yishouv, communauté juive existante en Terre d'Israël avec la création de l'Etat, essentiellement dans les années 20. Il y a donc, explique le Dr. Charbit, une continuité idéologique importante dans la logique des partis israéliens, qu'il est essentiel de ne pas sous-estimer, en dépit du phénomène de personnalisation de la vie politique.

Natanyahu jabotinskyLe parti du Likoud, qui a pris son nom actuel en 1973 et est l'un des rares partis politiques à ne pas l'avoir modifié depuis, trouve son origine dans le mouvement révisionniste des années 30, qui incluait le Parti révisionniste de Vladimir Jabotinsky, le mouvement de jeunesse Betar et une organisation militaire clandestine, l'Etzel (acronyme d'Organisation militaire nationale), plus connue en français sous le nom d'Irgoun (l'Organisation).

Vladimir Jabotinsky, père fondateur du mouvement révisionniste, né en Ukraine en 1880, est selon Denis Charbit l'un des leaders sionistes les plus cultivés et les plus esthètes. Ecrivain, poète, traducteur et orateur éloquent, il fut l'un des grands théoriciens du sionisme. Arrivé en Palestine vers 1915, il prend ses distances par rapport à la ligne centrale du mouvement sioniste tel qu'il se constitue dans les années 20 après la Déclaration Balfour, et propose de la "réviser" dans une optique plus radicale. Selon lui, l'Etat juif, comme il l'a présenté dans son ouvrage La muraille d'acier, doit s'étendre aux deux rives du Jourdain (y compris l'actuelle Jordanie), comme il avait été initialement prévu au moment de la Déclaration Balfour et de la conférence de San Remo en 1920. D'autre part, le sionisme devait renoncer au double étendard, national et socialiste, et adopter une idéologie libérale de collaboration entre le capital et les classes populaires. Enfin il devait opter clairement pour la définition d'un Etat juif. En effet, selon Jabotinsky, les Arabes de Palestine ne reconnaitront jamais la légitimité des revendications juives. Leur opposition est irréductible, quelle que soit la dimension du territoire revendiqué, donc autant en revendiquer le maximum; discours repris actuellement par Benyamin Netanyahou, pour qui le cœur du conflit est le refus des Arabes d'accepter un Etat juif, quelque soit son territoire. Sur le plan idéologie, Jabotinsky avait adopté un nationalisme libéral, égalitaire et démocratique à la Garibaldi, position qui a caractérisé le Likoud jusqu'à ces dernières années.

De la marginalisation au pouvoir

En 1935, Jabotinsky quitte le mouvement sioniste. Il meurt en 1940 aux Etats-Unis, mais ses restes attendront 20 ans avant d'être rapatriés en Israël. En 1949, Menahem Begin reprend les rênes et réunifie toutes les organisations du mouvement à l'intérieur du Hérout (1949), qui s'oppose violemment au parti alors au pouvoir, le Mapaï, notamment lors de la signature de l'accord pour les "réparations allemandes" que Begin qualifie "d'argent sale". Le Hérout restera un parti minoritaire en raison de l'image "aventuriste" et "va-t-en-guerre" de son leader jusqu'à son alliance avec les sionistes généraux du parti libéral au sein du Gahal en 1965. Ce dernier rejoindra alors les Travaillistes dans un gouvernement d'Union nationale pendant la guerre des six jours, donnant à la droite une image plus modérée et crédible.

Denis2Le Likoud (Unification) est créé en 1973, par la réunion du Gahal et d'autres petits partis. Conservant la même ligne idéologique que le mouvement révisionniste des années 20 (libéralisme économique et l'idée du Grand Israël, à l'exception de la revendication sur la Transjordanie, peu à peu abandonnée de facto), il arrive au pouvoir en 1977, mettant fin à la domination du Parti travailliste qui remontait à la période du Yichouv depuis le début des années 30. Menachem Begin contourne son image de va-t-en guerre en faisant la paix avec Sadate et en signant les Accords de Camp David fin 1977. Après sa réélection en 1981 cependant, il se lance dans une dynamique d'implantations intensives dans les territoires conquis en 1967 (Judée-Samarie).

Après la guerre du Liban (1982-83) Menachem Begin est remplacé par Ytzhak Shamir, les Travaillistes récupèrent et les deux partis se retrouvent ensemble dans un gouvernement d'union nationale fonctionnant suivant un système de rotation (1984-1990). La première Intifada (1987) marque le début d'une nouvelle polarisation de la vie politique israélienne, qui culmine en 1995 avec l'assassinat d'Itzhak Rabin et l'élection de Benyamin Netanyahu en 1996. Aujourd'hui l'élément libéral incarné par Jabotinsky, puis par les "Princes du Likoud" (Méridor, Benny Begin etc…) est en voie de disparition et la droite israélienne peut être qualifiée de "droite décomplexée", en phase avec le discours populaire israélien ("dougri" ou parler franc). Cependant elle fait face à un dilemme entre son crédo du Grand Israël qui impliquerait l'annexion de la Judée-Samarie, appellation qui s'est imposée dans le vocabulaire israélien, et la nécessité de respecter un statu quo notamment pour ne pas perdre l'appui du monde occidental.

Le divin Michel-Ange à l'Université de Tel-Aviv

Le 24 janvier dernier, le Dr. Sefy Hendler, Directeur du Département d'histoire de l'art de l'Université de Tel-Aviv a présenté aux Amis francophones de l'Université une passionnante conférence sur le thème : "Entre lumières et ténèbres: la vie de Michel-Ange comme une deuxième genèse", au cours de laquelle il a développé l'hypothèse selon laquelle la légende de Michel-Ange, sculpteur, peintre et poète de génie, "peut-être le plus grand artiste occidental, fut tout d'abord un immense projet littéraire basé sur la Genèse".

Sefy1En introduction de la conférence, le Prof. Ruth Amossy a rappelé le programme des prochains évènements de l'Association: les deuxième et troisième cours de Denis Charbit sur les partis politiques en Israël les 1er et 15 février, et un nouveau mini-cycle de conférences sur le théâtre israélien par le Dr. Nurit Yaari, ancienne directrice du Département d'études  théâtrales de l'Université, comprenant une visite des Archives théâtrales israéliennes, situées à la bibliothèque Sourasky de l'Université de Tel-Aviv, récemment rénovées grâce aux Amis français de l'Université.

Sefy3AgnesAgnès Goldman, déléguée générale des Amis francophones, a remercié Déborah Liany et Rosy Azar, représentantes de la Banque Discount, qui vient de renouveler son soutien à l'Association pour l'année 2018. Annonçant que les derniers évènements de l'Association ont permis de financer deux bourses d'étudiants, elle exprime son souhait que la conférence de ce soir permette d'aider un élève du Département d'histoire de l'art.

"El Divino"

Le Prof. Amossy présente ensuite le conférencier: le Dr. Sefy Hendler, également directeur de la Galerie d'art universitaire. Spécialisé dans l'art de la Renaissance italienne, le Dr. Hendler a fait sa thèse de doctorat à l'Université de Paris I. Il vient de publier un ouvrage consacré à Nano Morgante, le nain de la cour des Medicis, qui examine le lien entre la littérature, la peinture et la botanique dans la Florence du 16e siècle.  

Le Prof. Hendler commence sa conférence par une référence à l'exposition la plus grande et la plus complète jamais organisée sur Michel-Ange qui se tient en ce moment au Musée d'art Metropolitain de New-York: Michelangelo: Divine Draftsman and Designer, présentant plus de 200 œuvres de l'artiste, "l'évènement artistique le plus important actuellement dans le monde". La première salle de l'exposition, explique-t-il, est consacrée à la jeunesse de l'artiste, et à sa formation chez l'un des grands peintres de la Florence du 15e siècle, Domenico Ghirlandaio, étape de sa vie que Michel-Ange lui-même a tenté d'escamoter, pour renforcer son image de génie inné.

Né en 1475 en Toscane, Michelangelo di Lodovico Buonarroti Simoni  a quitté très jeune son village pour aller vivre à Florence. Son génie est très vite reconnu par la famille Medicis, qui dirige la ville. Très tôt il créée ses œuvres monumentales les plus connues: La Piéta, David, le plafond de la Chapelle Sixtine, Moïse. Il devient rapidement l'artiste le plus connu d'Italie, et le peintre officiel du Vatican et vécut jusqu'à près de 89 ans, fait très rare à cette époque. Maitrisant à la fois la peinture, la sculpture, l'architecture et l'art de la poésie, adulé, adoré, il dominera pendant près d'un siècle la scène italienne.

Une nativité biblique

Le Dr. Hendler raconte comment, vers l'âge de 40 ans, Michel-Ange commence à être surnommé Le Divin, el divino, surnom qui apparait la première fois dans un poème de Ludovico Ariosto dès 1516, ("Ce sculpteur et peintre à la fois, plus qu'un mortel, un ange divin"), et à être reconnu comme un phénomène hors du commun, surnaturel.

Très conscient de son image, il financera lui-même une biographie écrite par l'un de ses disciples. Michel-Ange, rappelle le conférencier, est le premier artiste moderne sur lequel ont été écrites trois biographies de son vivant. En 1550, Giorgio Vasari, publie Le Vite (Les Vies), première histoire de l'art, remaniée en 1558, ouvrage consacré à la vie des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes connus à l'époque. Selon le Dr. Hendler, la biographie de Michel-Ange, seul artiste vivant décrit, qui apparait à la fin du recueil, se lit comme une nativité biblique. "Au lieu de commencer d'une manière conventionnelle, elle débute par la phrase :'Le maitre du ciel […] a résolu de nous envoyer sur terre un esprit également apte à tous les arts et à toutes les disciplines'. Dieu veut recréer la lumière dans le monde envahi par l'obscurité, et envoie quelqu'un sur terre pour le faire. C'est une deuxième Genèse, une seconde création du monde qui arrive par Michel-Ange".

"Il faut comprendre qu'en 1550 il n'existe pas encore de version établie de la Bible en italien", explique le Prof. Hendler. "La traduction disponible à l'époque est celle d'Antonio Brucioli. En comparant le texte de Vasari à celui de la Bible de Brucioli, j'ai constaté que le premier était inspiré du second: même vocabulaire ("le ciel", "la terre", "les ténèbres", "la lumière"), même mise en page. Un artiste est une personne capable d'amener la lumière dans ce monde, et la vie de Michel-Ange a été vécue par ses pairs comme une seconde création du monde".

Sefy2Le conférencier souligne d'autre part que selon certains spécialistes, on peut faire un parallèle entre les images peintes par Michel-Ange sur le plafond de la Chapelle Sixtine, par exemple la figure du Dieu créateur du monde séparant la lumière des ténèbres et la propre image de l'artiste: "En regardant Dieu en train de créer le monde sur le plafond de la Chapelle, on voit aussi Michel-Ange lui-même en train de créer". De même, selon lui, de nombreuses représentations picturales de Michel-Ange réalisées par ses contemporains font apparaitre la perception qu'ils avaient de l'artiste comme une figure divine originale, incarnant le récit cosmogonique qu'il a lui-même décrit. Ils nous présentent divers exemples pour illustrer cette interprétation.

"Mais Michel-Ange lui-même était réticent face à tous ces portraits et gravures", remarque le Dr. Hendler qui conclue: "La présence du récit des origines dans les autobiographies de la Renaissance est un vaste sujet, qui met l'accent sur le lien entre le récit biblique et les racines même du projet artistique et historiographique. La lecture que je propose ne vient pas remplacer l'interprétation traditionnelle de l'œuvre de Michel-Ange comme serviteur fidèle de l'Eglise racontant l'histoire de Dieu, mais apporte un niveau supplémentaire au traitement de la question des origines, de l'art, des artistes et du monde".

Lancement du groupe francophone belge des Amis de l'Université de Tel-Aviv

"Les démocraties peuvent-elles survivre au populisme ?". Tel était le thème de la conférence du Prof. Guy Haarscher, philosophe et professeur émérite de l'Université libre de Bruxelles (ULB) organisée jeudi 11 janvier par l'Association des Amis de l'Université de Tel-Aviv. L'évènement, qui s'est déroulé à la Résidence de Belgique, en présence de l'ambassadeur, Olivier Belle, marque le lancement d'une série d'activités de l'Association destinée plus spécialement à la communauté francophone belge d'Israël.

Belgique 1La conférence a été introduite par l'Ambassadeur de Belgique, qui a chaleureusement accueilli le nombreux public dans la nouvelle résidence, inaugurée il y a huit mois, ainsi que le conférencier qu'il a connu lorsqu'il était lui-même étudiant à la Faculté de droit de l'ULB: "un orateur brillant, fluide et concret, capable d'expliquer les sujets les plus compliqués".

Après avoir annoncé la création du groupe francophone belge en vue de diversifier les activités de l'Association, ainsi que le programme des prochains évènements, dont le mini-cycle de conférences du Dr. Denis Charbit sur les partis politiques en Israël, et la conférence du Prof. Sefy Hendler en histoire de l'art, le Prof. Ruth Amossy a à son tour présenté le Prof. Guy Haarscher, ex-doyen de la Faculté des Lettres de l'ULB et ancien président du Centre Chaim Perelman de philosophie du Droit, auteur de nombreuses publications dans le domaine de la philosophie, en particulier sur les droits de l'homme et la laïcité.

Une "désinvolture vis-à-vis de l'établissement des faits"

L'intérêt du Prof. Haarscher pour le phénomène du populisme (terme qui, comme il le relève, n'est pas assumé par ceux qui en sont accusé) remonte au lendemain des évènements de Charlie Hebdo, qui selon lui ont démontré : "à quel point les démocraties libérales se trouvent 'coincées' entre leurs opposants et ceux qui prétendent exercer le pouvoir au nom du peuple". Lors des séances d'hommage qui se sont déroulées dans les lycées à la suite des évènements, rapporte le conférencier, on a pu noter les réticences de certains élèves, en partie pour des raisons ayant trait à des valeurs ou à des préjugés instillés chez eux depuis leur enfance, mais aussi parce qu'ils réfutaient les faits. Or, s'il est encore possible, selon le Prof. Haarscher, de lutter contre le premier phénomène, celui des valeurs, le second est beaucoup plus problématique. Cela d'autant plus que ce même public de jeunes accepte sans discussion les faits qui leurs sont présentés par leurs gourous, car ils viennent "renforcer leurs préjugés au lieu de les heurter. Le danger est que chacun aura ses propres fait et ainsi, comme le dit Hannah Arendt, 'il n'y aura plus de monde commun'", explique le conférencier.

Belgique 2C'est ce phénomène de "désinvolture vis-à-vis de l'établissement des faits" qui pour le  Prof. Haarscher, caractérise le populisme. Selon lui, avec l'élection de Trump, on a vu reparaitre ce mode de pensée non plus aux marges des sociétés, mais au centre de la plus grande démocratie du monde.

Le populisme (du latin "populus" – "peuple) désigne un type de discours et de courant politique qui prétend "rendre le pouvoir au peuple" en attaquant les élites accusées de frustrer celui-ci et d'excercer le pouvoir dans leur propre intérêt. Adoptant un discours "politiquement correct", dont les prémisses sont acceptables par tous, les populistes en tirent toute sortes de conséquences au service de leurs thèses, en espérant que le public ne fera pas attention aux sophismes utilisés dans leur raisonnement. C'est le cas, par exemple du discours de Trump sur les "oubliés", ou de celui de Marine Le Pen tentant de dédiaboliser le Front National en adoptant le langage de la démocratie.

"Le peuple a toujours raison"

Le populisme, explique le Prof. Haarscher, joue sur l'ambigüité de la définition du peuple, d'une part comme nation et identité historique, de l'autre dans sa dimension sociale, comme synonyme de population pauvre ou de conditions modestes.  Il donne comme exemple le discours du FN, qui joue à la fois sur la corde sociale, s'adressant à la classe ouvrière française et lui affirmant qu'elle est grugée par l'Europe et le capitalisme international, et sur les peurs identitaires. De même, l'électorat de Trump est particulièrement fort à la fois dans les régions sinistrées comme celle des Grands Lacs, et chez les Evangéliques du sud aux valeurs conservatrices. "Le populisme construit son discours par la confusion et permet à des personnes qui n'ont rien à voir les unes avec les autres de se considérer comme 'le peuple'".

Belgique 3L'autre aspect du populisme est la critique de la notion d'élite. "Les élites républicaines étaient composées de personnes capables de faire fonctionner les sociétés complexes", explique le Prof. Haarscher. Les populistes connotent péjorativement la notion, procédant à des généralisations hâtives et englobant tous leurs adversaires (la presse, les juges et les universités) sous l'appellation "d'élites corrompues, incompétentes et criminelles", faisant en parallèle appel à un peuple mythifié et indéfini mais "qui a toujours raison", pour les démasquer.

Or, rappelle le Prof. Haarscher, "les démocraties libérales sont basées sur la notion d'Etat de Droit qui s'impose aux gouvernés comme aux gouvernants, et les constitutions y sont gardées par des juges indépendants". Ni le peuple ni les gouvernants ne peuvent donc être mis au-dessus de l'Etat de Droit dans les démocraties libérales.

"Quand les inégalités se creusent, si on ne prend pas en compte ceux qui se sentent 'lâchés' on ouvre la voie au démagogues et aux populistes", conclut le Prof. Haarscher. "Mais le discours populiste est dangereux car il a pris aujourd'hui le visage du 'politiquement correct' tout en donnant une vision fondamentalement radicalisée d'un peuple mythifié opposé à des élites diabolisées".

La conférence a été suivie d'un débat intéressant et animé avec la salle.