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Quand l'Université de Tel-Aviv s'attaque à l'humour antisémite

"Comment répondre à l'humour antisémite" ? Tel fut l'important thème abordé lors de la première conférence-débat de l'année universitaire 2016-2017 organisée par l'Association des Amis francophones de l'Université de Tel-Aviv, dimanche 13 novembre, à l'auditorium Jaglom sur le campus, à l'occasion du premier anniversaire de la création de l'association.

Sandrine2Sœur jumelle de l'Association des Amis français de l'UTA située à Paris, la nouvelle organisation a pour but de "maintenir l'Université de Tel-Aviv dans son rôle de centre de la culture française en Israël et de créer un espace convivial pour les nouveaux venus comme pour les francophiles israéliens de longue date", comme l'a rappelé sa déléguée générale, Agnès Goldman. Durant cette première année, l'association a organisé 14 évènements et compte aujourd'hui plus de mille membres, grâce à l'action d'une équipe dynamique et enthousiaste. Les deux avant-premières cinématographiques en particulier (Un+Une de Claude Lelouch et Ils sont partout d'Yvan Attal), organisées en présence des réalisateurs, ont déjà permis de financer 9 bourses d'étudiants et l'association se fixe cette année comme objectif de tripler le nombre de bénéficiaires.

Le Prof. Ruth Amossy, marraine de l'Association, a annoncé que le Département de français de l'Université de Tel-Aviv, devenu Programme de culture française, dirigé par Yves Wahl, mettra cette année l'accent sur le soutien et l'aide à l'intégration des nouveaux immigrants francophones.

Un boycott contre-productif

Pour le Dr. Sandrine Boudana, maitre de conférences au Département de communication de l'Université de Tel-Aviv et spécialisée dans l'étude de l'objectivité journalistique, la question de l'humour antisémite pose deux problèmes principaux: d'une part quelles sont les réactions possibles et la meilleure stratégie à adopter pour le contrer, et de l'autre celui de l'interprétation parfois problématique des signes visuels, auquel vient s'ajouter la question de "l'intention" de l'auteur, car un antisémite se réclame rarement de l'antisémitisme et déplace souvent sa défense sur le terrain de la liberté d'expression.

Sandrine4Le cas d'école présenté par la chercheuse était celui de la quenelle popularisée par l'humoriste Dieudonné, dont la plus célèbre fut celle du footballeur Nicolas Anelka effectuée sur un terrain de football anglais le 18 décembre 2013, qui a donné lieu à de houleuses polémiques internationales.

Selon la chercheuse le boycott des spectacles de Dieudonné, stratégie adoptée par les autorités, les médias et une partie de l'opinion publique pour lutter contre le phénomène, s'est avéré contre-productive. D'après elle, cette politique n'a pas été forcément comprise et acceptée par l'opinion publique française, puisque selon un sondage du Huffington Post de janvier 2013, si 83% des personnes interrogées avaient une mauvaises opinion de l'humoriste, 74% pensait cependant que le gouvernement français avait "sur-réagi" à son égard et 52% s'exprimaient contre le boycott de ses spectacles.

Pour sa défense, Dieudonné lui-même se dit antisioniste et antisystème, et non pas antisémite, considérant qu'il s'attaque à un lobby puissant qui tient entre ses mains tout le pouvoir médiatique, et à l'Etat d'Israël comme puissance colonisatrice. Il ajoute que la quenelle a été utilisé dès 2004 dans d'autres but, et n'a visé les Juifs qu'à partir de 2009, ce qui, de son point de vue, prouverait qu'il s'agit bien d'un bras d'honneur contre le système, et non pas d'un geste nazi inversé.

De l'humour au discours politique

La chercheuse indique que le boycott de Dieudonné a en fait abouti à une multiplication d'articles sur le sujet. Elle relève d'autre part l'immense et inquiétant succès de l'humoriste auprès des jeunes par l'intermédiaire des médias sociaux: on parle aujourd'hui d'une dieudosphère, qui est également le nom du site officiel de Dieudonné. Selon elle l'aspect transgressif de la parole de l'humoriste attire la jeunesse, d'autant plus que l'humour est considéré comme un instrument démocratique légitime, et que 'manquer d'humour' est vu comme un crime de lèse-majesté dans les sociétés occidentales. Il est donc difficile d'y réagir efficacement. Pourtant, l'humour de dénigrement (que la sociologue Guiselinde Kuipers distingue de l'humour de dialogue) peut devenir viral.

Sandrine3Quelles sont donc les stratégies plus efficaces ? Plusieurs tentatives ont été faites de réponse par l'humour, notamment celles de Nicolas Bedos et d'Elie Semoun, ancien collaborateur de Dieudonné. La polémique devient alors une compétition de talents, car l'un des problèmes posés par le phénomène Dieudonné est qu'il s'agit d'un humoriste talentueux. Bedos et Semoun ont mis l'accent sur son hypocrisie et sur le fait qu'il instrumentalise l'humour à des fins politiques. Selon Sandrine Boudana, cette approche est intéressante mais insuffisante, car Dieudonné déplace de plus en plus son discours vers un terrain politique.

La deuxième stratégie est argumentative: on peut tenter de démonter l'argumentaire  de Dieudonné et de ses partisans, comme l'a fait Thierry Ardisson en les mettant en contradiction avec eux-mêmes, dans leur propres propos et entre leur propos et leurs actes, afin de les discréditer. Mais le succès s'il peut être réel, n'est alors que passager.

Apprendre au public à identifier l'antisémitisme

Pour le Dr. Boudana, la stratégie la plus pertinente est celle basée sur la distinction faite par le Prof. Eric Donald Hirsch entre "meaning" et "significance", signification et signifiance. La signification est le contenu intentionnel, la signifiance est la mise en relation de cette signification avec les préoccupations, intérêts, manières de voir, etc. du récepteur.

En fonction de cette distinction, elle a analysé 20 pages de Google images présentant des quenelles, et est parvenue à les diviser en six catégories: quenelles effectuées pendant des évènements sportifs, celles de célébrités, celles de soldats en uniformes, de personnalités juives (généralement des montages), de personnes déguisées en juifs stéréotypés, et enfin les quenelles exécutées par des individus qui se photographient devant des lieux renvoyant à l'identité ou à l'histoire juive (par exemple Auschwitz) - les trois dernières catégories présentant un contexte dont le caractère antisémite ne peut clairement pas être dénié.

Sandrine1Malgré une certaine lassitude des médias le sujet n'est pas mort, note la chercheuse, qui rajoute que Dieudonné et ses défenseurs restent très actifs et efficaces dans les médias sociaux.  Selon elle, il faudrait transmettre une culture beaucoup plus vaste sur le sujet qui permette au public d'identifier l'antisémitisme. Elle propose le repérage des trois stéréotypes qui restent profondément ancrés dans la culture : l'accusation de déicide, celle de meurtre rituel et celle du complot juif, ou du lobby juif qui tire les ficelles de la société. En fonction de ce dernier cliché, notamment, Dieudonné est parvenu à se victimiser et à convaincre les jeunes que le boycott de ses spectacles est du aux Juifs. Elle illustre ses propos par l'analyse de caricatures d'humour antisémite portant sur d'autres sujets, montrant comment le choix de critères basés sur la distinction de Hirsch peut parfois permettre de déconstruire une caricature antisémite, malgré la difficulté dues aux divergences d'interprétation.

Finalement, le Dr. Boudana conclue sur les limites de ces stratégies, toute discussion amenant généralement à un dialogue de sourds en raison des problèmes d'interprétation qui rendent l'accord difficile. Une méthode basée sur des critères se fondant sur la distinction de Hirsch entre meaning et significance lui semble cependant la plus pertinente pour dénoncer l'antisémitisme dans les discours humoristiques.

La conférence, qui  fut précédée d'une minute de silence à la mémoire des victimes des attentats terroristes du 13 novembre 2015 en France, fut suivie d'une série de questions réponses témoignant de l'intérêt éveillé par l'intervention de la chercheuse parmi le public présent.

Les Amis français de l'Université de Tel-Aviv en Italie

Afin de soutenir par des bourses d'études les étudiants du département d'histoire de l'art de l'Université de Tel-Aviv, les Amis français de l'Université ont organisé pour la troisième année consécutive un week-end en Italie. Ils y ont notamment rencontré le célèbre artiste italien Michelangelo Pistoletto.

Par Geneviève Zarka

Italie3Après Florence et Rome, ce fut le tour début juillet de Turin. Et c'est un groupe d'une trentaine de personnes qui a suivi avec intérêt les brillantes explications du Prof. Séfy Hendler, Maître de conférences au département d'histoire de l'art de l'UTA, qui nous a conduit à travers les rues de la ville à la découverte du Ghetto, d'abord au centre de Turin, puis au sommet de la Mole (aujourd'hui Musée du cinéma), puis à 167 mètres de haut pour une vue de la ville et ses environs, enfin au Palazzo Madama et au Musée Égizio.

Durant ces trois jours nous avons eu le plaisir d'être reçus vendredi, après l'office du sabbat à la synagogue de Turin, pour un savoureux dîner dans son studio d'artiste, par le galériste Ermanno Tedeschi. Le samedi soir, ce fut au tour de Bianca et Arturo Tedeschi de nous recevoir pour le dîner dans leur demeure privée sur les hauteurs de Turin. Dimanche enfin, notre ami,  Nicolo nous fit le grand honneur de nous inviter dans son magnifique Palazzo, propriété de sa famille près de la ville de Biella, pour un déjeuner parmi les œuvres d'art du Palazzo. Son hôte d'honneur étant pour cette occasion un des maîtres de l'Arte Povera, le célèbre artiste, peintre et sculpteur, Michelangelo Pistoletto. 

Notre découverte de Turin n'aurait pas été complète sans un déjeuner au restaurant Del Cambio, 1 étoile au Guide Michelin, où dans l'une des salles sont installées justement des œuvres de Michelangelo Pistoletto.

Les Amis français de l'UTA remercient les amis italiens, Ermanno Tedeschi, Bianca et Arturo Tedeschi, et Nicolo pour avoir contribué à faire de ce séjour à Turin un moment exceptionnel.

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Visite en Israël du quatuor à cordes de l’Orchestre de chambre de Paris sous l'égide de l’Association des Amis français de l’Université de Tel-Aviv

Le quatuor à cordes de l’Orchestre de chambre de Paris est venu à la rencontre de jeunes musiciens et d'élèves d’écoles élémentaires en Israël, du 28 février au 5 mars 2016, à l'initiative de l’Association des Amis français de l’Université de Tel-Aviv en coopération avec la Mairie de Paris et l'Institut français en Israël, dans le cadre d'un projet de médiation culturelle et de sensibilisation à la musique classique.

quatuor1Depuis 2012, l’Orchestre de chambre de Paris développe un dispositif d’actions éducatives en Israël en partenariat avec les Amis Français de l’Université de Tel-Aviv et avec le soutien de la Ville de Paris et l’aide de l’Institut Français, afin de promouvoir la musique auprès des jeunes de toutes communautés confondues.

Au cours de leur visite, les musiciens bénévoles du quatuor ont rencontré l'Orchestre des étudiants de l'Ecole de Musique Buchmann-Mehta de l'Université de Tel-Aviv et réalisé une session exceptionnelle d’encadrement de répétitions, dans un répertoire spécifique d’orchestre de chambre (Symphonie n° 40 de Mozart et Pulcinella de Stravinski).

quatuor enfantsIls se sont également rendus au Centre multiculturel des arts d'Emek Yizrael, près de Nazareth, à l'initiative de l'Université de Tel-Aviv, où ils ont donné plusieurs master-classes pour des orchestres juniors et ensembles de musique de chambre de la région, et effectué des interventions de sensibilisation à la musique classique auprès des enfants scolarisés dans les écoles alentours.

La visite en Israël du quatuor à cordes de l’Orchestre de chambre de Paris s’est conclue le vendredi 4 mars par un concert commenté à destination des élèves de l'école Bialik-Rogozin de Tel Aviv.

Le jeudi 3 mars, le quatuor a donné un concert de clôture à la résidence de l'ambassadeur de France à Tel-Aviv, Patrick Maisonnave. L’Ambassade de France et l’Institut français d’Israël ont chaleureusement remercié l’Orchestre de chambre de Paris, la Mairie de Paris et l’association des Amis français de l’Université de Tel-Aviv pour ce beau projet de médiation culturelle et de sensibilisation à la musique classique.

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©R.Rancurel et
©Alex J. Summertown - Institut français d'Israël

Claude Lelouch à l'Université de Tel-Aviv

Le grand cinéaste français Claude Lelouch était le 20 mars 2016 l'invité de l'Université de Tel-Aviv, à l'occasion de la journée de la francophonie, à l'initiative des Amis francophones de l'Université, en collaboration avec l'Institut français en Israël. Après y avoir donné un master-class aux étudiants de l'Ecole de Cinéma, il s'est vu attribué un certificat de reconnaissance de l'Université, et a participé à un débat animé par le journaliste Emmanuel Halpérin suivant la projection en avant-première de son dernier film Un +Une. Cette grande soirée du cinéma francophone s'est déroulée en présence de Barbara Wolfer, conseiller de coopération et d'action culturelle et directrice de l'Institut français en Israël, de la représentante de l'ambassade de Belgique et du président de l'Association des Amis israéliens de l'UTA, Amnon Dick devant une salle comble et enthousiaste.

LelouchcertifAprès l'ouverture de la soirée le Prof. Ruth Amossy, marraine de l'Association, qui a parlé des projets pour la rentrée prochaine du Département de français de l'Université, réouvert cette année sous une nouvelle formule sous la direction d'Yves Wahl, et de Barbara Wolfer qui a souligné l'apport de Claude Lelouch à la langue française par la finesse de ses dialogues, Agnès Goldman, directrice de l'Association, a remercié l'Université de Tel-Aviv pour avoir permis cette projection exceptionnelle, ainsi que la société de production United King et sa directrice Avital Rosen de même que l'Institut français. Elle a salué le début d'une collaboration avec l'Association des Amis israéliens de l'UTA, et les nouveaux partenaires de l'Association, la Banque Discount et le site TelAvivre. Enfin elle a annoncé que la participation à la soirée allait permettre de financer deux bourses d'étudiants de l'Université, avant de présenter brièvement au public le département de cinéma de l'UTA, classé pour la deuxième année consécutive au 15e rang des meilleures écoles de cinéma du monde par le Hollywood Reporter, et dont les quelques 1000 étudiants participent chaque année à près de 500 festivals internationaux, et obtiennent 50 prix par an.

"Ce pays est important à mon coeur"

Claude Lelouch a fait son entrée dans la salle sous l'ovation du public, après la projection d'une courte vidéo présentant une rétrospective de ses 45 films, dont Un homme et une femme, Le voyou, L'aventure c'est l'aventure, Les uns et les autres, Les misérables, Roman de gare etc.

LelouchportraitIl a reçu des mains du Prof. Ruth Amossy et d'Agnès Goldman un certificat de l'Université de Tel-Aviv, en témoignage de reconnaissance pour sa contribution majeure au cinéma, sa volonté de partager sa mission et son expertise avec les étudiants de l'Université et son amitié et son soutien à l'égard de l'Etat d'Israël et de sa jeunesse.

"Je suis un grand sentimental et suis très ému de votre accueil" a déclaré le cinéaste. "Ce pays est important à mon cœur". Il a ensuite brièvement présenté son dernier film parallèle d'Un homme et une femme, tourné il y a 50 ans: " En plus de mes sept enfants, j'ai eu la chance de faire 45 'enfants cinématographiques'. Chaque film est le brouillon du suivant. Je suis très heureux de ce film qui m'a permis de revisiter une histoire d'amour 50 années après".

La projection du film a été suivie d'un débat avec le journaliste Emmanuel Halpérin, au cours duquel Claude Lelouch a parlé de sa vie et de sa carrière, et fait profiter le public de son expérience de cinéaste.

"Le cinéma est mon oxygène"

A la première question, sur la "religion de l'amour" professée par Amma, figure spirituelle de l'Inde, qui participe au film, il répond qu'il l'a rencontré quand il est arrivé de ce pays pour préparer le tournage: "Je ne pensais pas qu'elle accepterait de faire un film de fiction. Lorsque je l'ai rencontrée, elle m'a pris dans ses bras et m'a dit 'oui', sans même savoir ce que j'allais lui demander".

Question: êtes-vous plutôt du côté du personnage féminin ou du personnage masculin du film ?

LelouchsalleRéponse: du côté des deux. J'ai voulu faire le portrait du dernier macho. Depuis 50 ans les femmes ont pris le pouvoir. J'ai voulu montrer que l'amour n'est pas une protection, mais qu'il est dangereux, fragile. C'est l'art d'aimer quelqu'un plus que soi-même. C'est le mot le plus fort, qui donne un sens à la vie".

Claude Lelouch se déclare "fasciné par la mémoire de l'image. Pendant la guerre, ma mère me cachait dans les salles de cinéma, seul endroit où je restais sans bouger. Ce qui me fascinait, c'est que je voyais à l'écran des modèles d'humains 'réussis'. Le cinéma a donc commencé par me sauver la vie, et est depuis resté omniprésent dans mon existence".

"La vie est un metteur en scène qui ne vous donne pas la date de la fin"

Emmanuel Halpérin l'interroge alors sur l'ensemble de sa carrière exceptionnellement productives: 45 films en tout, soit environ un par an. "Le cinéma est mon oxygène" répond Lelouch. "Quand je tourne un film je suis en vacances. Tourner un film s'est magique. On fait la fête avec la vie".

Question: vous avez souvent dit que vous recherchiez la vérité. Qu'entendez-vous par là ?

LelouchappRéponse: la vérité c'est souvent un mensonge qui se dégonfle au dernier moment. Je suis plus sensible à la spontanéité. Je cherche à ce que mes acteurs soient spontanés. C'est pourquoi je laisse une large part à l'improvisation. Les grandes émotions au cinéma sont celles que l'on vit. L'émotion est dans les yeux. Avec les mots on peut mentir. La spontanéité, c'est un parfum de vérité". Il ajoute qu'il ne fait pas lire le scénario à ses acteurs: "Je traite mes acteurs comme la vie me traite. La vie est un metteur en scène, qui ne nous donne pas la date de la fin, de notre mort. Mes acteurs sont chargés de leur passé et avec le film je leur propose une aventure, avec des figures imposées et des figures libres, mais je cache le voyage".

Viennent ensuite des anecdotes, des moments de vie, les débuts de sa carrière comme caméraman d'actualité, ses démêlés avec François Truffaut et ses réticences vis-à-vis du cinéma "nouvelle vague", bien qu'elle ait "joué un rôle très important car elle a montré qu'on pouvait faire un film sans argent". Il raconte comment son premier succès, Un homme et une femme, est venu après six échecs, et comment il a détruit toutes les copies de son premier film, Le propre de l'homme, un échec sifflé pendant une heure et demi par le public, parce que son père, présent dans la salle, est mort peu de temps après: "J'ai détesté ce film et j'ai tout brûlé". Un moment de détente dans la salle lorsqu'Emmanuel Halpérin, grand cinéphile, a déclaré avoir, lui, vu ce film dans les années 60.

"Mes films sont des moments d'humeur. Je me suis laissé porter par la vie. Le hasard m'a toujours emmené là où mon intelligence n'osait pas. J'aime les surprises. Je me suis laissé porter par tous ces ricochets. J'ai pris des risques à chaque film, ce qui explique aussi mes échecs. Je procède par observation. On ne sait jamais d'où l'on vient et où l'on va. Quand j'étais jeune je rentrais dans les salles de cinéma par la sortie pour ne pas être obligés de payer, et je devais sortir avant la fin. C'est comme la vie: vous voyez un film qui a commencé depuis longtemps et vous êtes obligé de partir avant la fin. Profitez des séquences".

Claude Lelouch annonce ensuite qu'il tournera son prochain film au mois de juillet, et répond aux questions du public, qui a eu du mal à séparer de ce grand cinéaste, à la fois si enrichissant et si modeste et accessible.

Lelouchetudiants

Quand la terre tremble à l'Université de Tel-Aviv ?!

"La terre tremble…pas moi !", tel était le titre de la 4e conférence-débat de l'Association des Amis francophones de l'Université de Tel-Aviv, qui s'est déroulée dimanche 28 février dans l'auditorium Jaglom de l'Université, et au cours de laquelle le Dr. Gilles Hillel Wust-Bloch, spécialiste de sismologie du Département de Géophysique et du Centre Minerva de recherche sur la Mer Morte de l'UTA, a présenté le système de détection et d'alerte sismique rapide mis au point dans son laboratoire.

Terretremble1La conférence, introduite par le Prof. Ruth Amossy, marraine de l'Association, et Agnès Goldman, sa directrice, qui  a présenté le programme des prochaines rencontres, a été précédée de la projection d'un court film sur les recherches menées à l'Université de Tel-Aviv.

Le Dr. Wust-Bloch, ancien diplômé de l'Ecole Polytechnique fédérale de Zurich (EPFL), a tout d'abord donné la parole à deux étudiants francophones du département de géophysique qui ont partagé leur expérience avec le public, avant que de présenter ses recherches qui visent entre autre selon ses termes, à extraire la science de sa tour d'ivoire au bénéfice de la société.

Il est impossible, a-t-il expliqué, de prévoir le lieu, le moment et l'intensité d'un tremblement de terre, mais on peut relever et analyser les données dans les zones dans lesquelles ils sont fréquents, de manière à établir des paramètres permettant de construire, d'une part des structures qui y résisteront, et de l'autre un système d'alerte rapide.

Qu'est-ce qu'un tremblement de terre ?

La croute terrestre est faite de plaques tectoniques qui bougent en permanence: soit elles s'écartent, provoquant des coulées de lave, soit elles entrent en collision, produisant les reliefs ou encore elles coulissent l'une par rapport à l'autre, créant des failles, comme celle de la Mer Morte. Lorsque la roche est soumise à des contraintes dépassant sa propre résistance, elle craque, dégageant une chaleur non mesurable, et produisant une rupture qui se propage vers la surface, et créé des ondes de trois types différents: rapides, moyennes et lentes. Celles-ci sont enregistrées en surface par des capteurs, et leur puissance est mesurée selon l'échelle de Richter, qui établit une relation entre l'amplitude des signaux sismiques et la distance sur laquelle ils se propagent.

Terretremble2Le Dr. Wust-Bloch, spécialiste de nano-sismologie, travaille sur des "mini" tremblements de terre, afin de mieux en comprendre les mécanismes. Les secousses allant jusqu'à une force 3 sur l'échelle de Richter, explique-t-il, ne sont pas perceptibles. C'est à de 3 que l'on sent les objets bouger. Un tremblement de terre d'une amplitude de 3 à 6 produit des dégâts non structurels, pouvant aller jusqu'à un fendillement des murs. A partir de 6, les bâtiments inadaptés montrent des signes de non résistance. 3 millions de tremblements de terre de magnitude 2 sont enregistrés tous les ans dans le monde.

" Prendre le pouls de la planète à l'endroit le plus bas du monde"

La plus grande partie des travaux de recherche du Dr. Wust-Bloch se concentre dans la région de la Mer Morte. Celle-ci précise-t-il, fait partie d'une faille sismique allant de la Mer rouge au sud à la faille anatolienne au nord, et constitue le bassin sédimentaire le plus profond du monde. Selon lui, elle permet de " prendre le pouls de la planète à l'endroit le plus bas du monde". Le sol meuble amplifiant l'énergie sismique, la Mer Morte fait effet de caisse de résonance, ce qui explique qu'un tremblement de terre de force 5 soit enregistré dans cette région tous les 10 ans, et que les sites archéologiques soient systématiquement détruits le long de cette faille. Le tremblement de terre de Jéricho en 1927 (d'amplitude de 5.2) a fait 500 morts, et la Jordanie se déplace vers le nord de 5 millimètres par an.

Une collaboration transnationale indispensable

La Mer Morte est donc le lieu idéal pour l'enregistrement des ondes sismiques. Cependant, les chercheurs ne peuvent se contenter de poser des capteurs sur une seule de ses rives.  La collaboration entre scientifiques israéliens, jordaniens et palestiniens est ici une nécessité.

Aussi le Dr. Wust-Bloch a-t-il développé un réseau sismique expérimental transfrontalier, le Dead Sea Net, le seul du monde au sein duquel les informations sismiques sont transmises entre pays de manière immédiate.

En effet, à l'encontre de l'ensemble des réseaux sismiques dans le monde qui utilisent des capteurs individuels, les divers sites de Dead Sea Net sont équipés de plusieurs capteurs. De plus, il transfère les données au moyen du réseau ADSL, plus économique que les satellites. Ainsi, les chercheurs peuvent-ils connaitre la provenance d'une onde, et calculer la vitesse à laquelle elle traverse le réseau, en l'espace de 40 millièmes de seconde. Hypersensible, Dead Sea Net travaille sur les mini-tremblements de terre, qui permettent de tester un système d'alerte rapide. La Knesset il y a deux ans a alloué 20 millions de shekels au projet.

Un système d'une utilité énorme

Le système d'alerte sismique rapide est un concept qui a été élaboré par un scientifique californien du nom de Cooper il y a 150 ans. Il est basé sur le fait que les ondes primaires arrivent plus vite que les autres, mais donnent moins d'énergie, laissant, lorsqu'elles sont détectées à temps, un court laps de temps pour réagir. Les chercheurs de l'Université de Tel-Aviv, en collaboration avec leurs collègues de l'Université de Berkeley en Californie, travaillent donc à développer un système qui localise l'épicentre du tremblement de terre, et en estime la magnitude en fonction de l'endroit ou nous nous trouvons. L'utilité de ce système pourra être énorme: il permettra de mettre à profit les quelques secondes  de "préavis" qu'il donnera pour bloquer les conduites de gaz dans les usines, freiner les trains rapides, empêcher les avions de décoller, interrompre les opérations dans les hôpitaux, ou stopper les chaines de production dans les usines.

Pour les particuliers, il donnera le temps d'avoir le bon réflexe pour se protéger rapidement, en cas de dégâts non structurels: se réfugier sous une table, ou sous le chambranle d'une porte, par exemple.

Le grand défi de la sismologie, explique le Dr. Wust-Bloch, est d'être à la fois rapide et précis. Le système d'alerte actuellement développé par les chercheurs de l'UTA vise ce double résultat.

Tremblement de terre3En guise de conclusion, le Dr. Wust-Bloch revient sur l'aspect transnational de ces recherches, qui impliquent à la fois des chercheurs californiens, israéliens, palestiniens et jordaniens, notamment dans le cadre de l'ONG Ecopeace. "Coopérer", dit-il, "est un immense atout pour la science". Il insiste également sur la nécessité d'envisager la question des tremblements de terre non seulement pour les personnes valides, mais également pour les handicapés. Enfin, il signale la mise en place d'un centre d'étude des tremblements de terre en ce moment à l'Université de Tel-Aviv, qui sera ouvert aux étudiants et basé sur une approche interactive.

Cette passionnante présentation, qui a captivé l'attention du public a été suivie d'un échange de questions-réponses.

 

La prochaine rencontre de l'Association des Amis francophones se déroulera dans le cadre de la journée internationale de la francophonie le 20 mars prochain et sera consacrée à la projection du dernier film de Claude Lelouch, "Un plus une", 10 jours avant sa sortie en Israël, en présence du cinéaste. Une participation exceptionnelle de 120 shekels sera demandée au public. La somme sera intégralement dédiée au financement de bourses d'étudiants.

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