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"Je veux éveiller tout le monde": le réalisateur français Georges Benayoun à l'Université de Tel-Aviv

Le réalisateur français Georges Benayoun, invité de l'Association des amis francophones de l'Université Tel-Aviv, a présenté le 30 avril à l'Université son film documentaire-choc: "Complotisme: les alibis de la terreur", diffusé en janvier dernier sur France3. A l'issue de la projection, il a répondu aux questions du public. Un plongeon au cœur de la complosphère où s'agitent les conspirationnistes et leurs complices.

BenayounLa projection a été introduite par le Prof. Ruth Amossy, professeur émérite du Département de français de l'Université de Tel-Aviv. Agnès Goldman, déléguée générale de l'Association, a rappelé que ses évènements ont pour but de soutenir les étudiants de l'Université, et précisé que les fonds récoltés à l'issue de la soirée serviront à l'achat d'une caméra en 3D pour l'Ecole de Cinéma et Télévision de l'UTA.

"Georges Benayoun a tenu à offrir cette projection à l'association et a fait un voyage éclair à Tel-Aviv pour être parmi nous ce soir", a-t-elle déclaré. "Il s'est battu pour faire exister ce film, allant jusqu'à racheter les droits de son co-producteur frileux qui voulait couper des scènes. Le documentaire de ce soir touche au sujet sensible des théories du complot qui séduisent de plus en plus de jeunes par ses explications simplistes dans un monde toujours plus complexe".

Un documentaire "clair et courageux"

Réalisateur et producteur, Georges Benayoun a produit de nombreux films et séries à succès ainsi que des documentaires comme 'L'assassinat de Ilan Halimi : une affaire française', en 2014. "Complotisme", une co-production Mayanne Film avec la participation de France Télévision et la voix d'André Dussolier, a été réalisé entre 2015 et 2017, "pendant la vague de terreur la plus meurtrière qu'aie connue la France", a-t-il expliqué en amont de la projection. "Avec le co-auteur, Rudy Reichstadt, nous avons essayé de décrypter la place de ce phénomène dans la justification des actes de terreur, sur la base d'archives et d'entretiens avec des intellectuels spécialistes de la déradicalisation, des journalistes et des victimes du terrorisme".

BenayounStellaAgnesLa projection du documentaire, qualifié par le public de "clair et courageux", a été suivie d'un débat au cours duquel l'auteur a pu expliquer sa motivation pour le réaliser, et les difficultés qu'il a rencontré.

"Je voulais que le mot Jihad apparaisse dans le titre", a-t-il affirmé."Mais la chaine France 3 pour lequel le film a été tourné a trouvé que c'était trop 'clivant'. Il existe un déni total soigneusement entretenu autour de ce thème. Ce film était un OVNI. On n'imagine pas ce que cela a été pour les journalistes de France 3 de le diffuser. Quinze jours avant la projection nous avons eu des dizaines de demandes d'interviews qui ont toutes été annulées au dernier moment. Après la diffusion, il n'y a eu aucune réaction. Le seul qui semble avoir quelque peu évolué suite au film est Thierry Ardison, mis en cause. Par contre, nous avons fait un très beau score sur France 3", conclue-t-il sur ce point.

"Il y a deux théories du complot qui se complètent dans ce film", explique-t-il: " celle du 'complot judéo-croisé' selon laquelle la responsabilité de la haine du musulman pèse sur les Juifs et l'occident, et celle du 'complot fabriqué', plus 'scientifique' pour laquelle toutes les actions visant à discréditer les musulmans sont organisées par les services secrets qui implantent des agitateurs etc.". Il raconte que le film comportait une partie historique de 25 minutes qui a dû être écourtée à cause d'impératifs de distribution. "Je veux éveiller tout le monde et pas seulement les jeunes. J'ai voulu montrer des choses que les gens n'avaient pas vu", a-t-il déclaré.

L'école débordée

Entre autre, le documentaire présente des morceaux d'archives rares dans lesquelles on voit notamment le prédicateur Tariq Ramadan aux côtés du directeur du site Médiapart, Edwy Plenel : "Si l'on veut creuser, il existe deux idéologies très fortes basées sur le même processus d''entrisme', c'est-à-dire de pénétration dans la société pour la faire exploser de l'intérieur: le troskysme et celle des Frères musulmans", commente-t-il. "Se rapprochement est symbolisé par le côte-à-côte entre ces deux personnes".

Quant à la capacité de nos sociétés à faire face au mythe du complotisme, voire à y échapper, l'auteur est pessimiste: "J'ai présenté ce film devant des jeunes de 16 ans, et leurs réactions m'ont abasourdies, car ils réfutent les faits. Le problème est préoccupant, puisqu'on ne saurait construire de société sans bases communes. Mon sentiment est donc que c'est un peu tard, malgré les efforts actuels du Ministère de l'éducation nationale dans ce domaine. Nous sommes témoins d'une accumulation de signes qui font qu'on ne comprend plus ce qui est en train de se passer en France et ailleurs en Europe. A cela vient se greffer un problème social: dans les quartiers musulmans, les pères sont souvent absents, les mères travaillent pour faire vivre leurs enfants qui se trouvent livrés à eux-mêmes et incontrôlés; ce qui fait qu'il y a peu d'espoir que le changement vienne du côté des familles".

La réaction ne viendra pas non plus par Internet, car, dit-il : "Pour 42 000 sites complotistes, il y en a 42 prenant leur contrepied. Le rapport est donc de 1 pour 1000". Le seul point d'espoir pour Georges Benayoun réside dans l'idéalisme de certains enseignants "qui y croient encore": "Pendant le tournage de mon documentaire 'Profs en territoires perdus de la République', j'ai rencontré des gens formidables, qui se levaient tous les matins pour aller affronter leurs élèves. Pour moi ce sont des héros, et s'il y a un espoir, il est là. C'est l'école qui peut déconstruire les processus. Malheureusement elle est débordée".

"Arrêtez d'inviter des Soral et des ramadan à s'exprimer !"

Pour lui, par contre, la presse a une part de responsabilité dans la diffusion du phénomène, car elle donne un plateau au tenant des théories complotistes sans leur donner la contradiction: "Arrêtez d'inviter des Soral et des Ramadan à s'exprimer ! Vous faites leur gloire", dit-il.

A ses yeux le travail de déconstruction des mythes doit être accompli par la communauté musulmane elle-même: "il existe une petite intelligentsia dans l'islam qui se lève, et qu'il faut d'ailleurs soutenir car elle est en danger. C'est à elle de s'exprimer et de faire ce travail".