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"Je veux éveiller tout le monde": le réalisateur français Georges Benayoun à l'Université de Tel-Aviv

Le réalisateur français Georges Benayoun, invité de l'Association des amis francophones de l'Université Tel-Aviv, a présenté le 30 avril à l'Université son film documentaire-choc: "Complotisme: les alibis de la terreur", diffusé en janvier dernier sur France3. A l'issue de la projection, il a répondu aux questions du public. Un plongeon au cœur de la complosphère où s'agitent les conspirationnistes et leurs complices.

BenayounLa projection a été introduite par le Prof. Ruth Amossy, professeur émérite du Département de français de l'Université de Tel-Aviv. Agnès Goldman, déléguée générale de l'Association, a rappelé que ses évènements ont pour but de soutenir les étudiants de l'Université, et précisé que les fonds récoltés à l'issue de la soirée serviront à l'achat d'une caméra en 3D pour l'Ecole de Cinéma et Télévision de l'UTA.

"Georges Benayoun a tenu à offrir cette projection à l'association et a fait un voyage éclair à Tel-Aviv pour être parmi nous ce soir", a-t-elle déclaré. "Il s'est battu pour faire exister ce film, allant jusqu'à racheter les droits de son co-producteur frileux qui voulait couper des scènes. Le documentaire de ce soir touche au sujet sensible des théories du complot qui séduisent de plus en plus de jeunes par ses explications simplistes dans un monde toujours plus complexe".

Un documentaire "clair et courageux"

Réalisateur et producteur, Georges Benayoun a produit de nombreux films et séries à succès ainsi que des documentaires comme 'L'assassinat de Ilan Halimi : une affaire française', en 2014. "Complotisme", une co-production Mayanne Film avec la participation de France Télévision et la voix d'André Dussolier, a été réalisé entre 2015 et 2017, "pendant la vague de terreur la plus meurtrière qu'aie connue la France", a-t-il expliqué en amont de la projection. "Avec le co-auteur, Rudy Reichstadt, nous avons essayé de décrypter la place de ce phénomène dans la justification des actes de terreur, sur la base d'archives et d'entretiens avec des intellectuels spécialistes de la déradicalisation, des journalistes et des victimes du terrorisme".

BenayounStellaAgnesLa projection du documentaire, qualifié par le public de "clair et courageux", a été suivie d'un débat au cours duquel l'auteur a pu expliquer sa motivation pour le réaliser, et les difficultés qu'il a rencontré.

"Je voulais que le mot Jihad apparaisse dans le titre", a-t-il affirmé."Mais la chaine France 3 pour lequel le film a été tourné a trouvé que c'était trop 'clivant'. Il existe un déni total soigneusement entretenu autour de ce thème. Ce film était un OVNI. On n'imagine pas ce que cela a été pour les journalistes de France 3 de le diffuser. Quinze jours avant la projection nous avons eu des dizaines de demandes d'interviews qui ont toutes été annulées au dernier moment. Après la diffusion, il n'y a eu aucune réaction. Le seul qui semble avoir quelque peu évolué suite au film est Thierry Ardison, mis en cause. Par contre, nous avons fait un très beau score sur France 3", conclue-t-il sur ce point.

"Il y a deux théories du complot qui se complètent dans ce film", explique-t-il: " celle du 'complot judéo-croisé' selon laquelle la responsabilité de la haine du musulman pèse sur les Juifs et l'occident, et celle du 'complot fabriqué', plus 'scientifique' pour laquelle toutes les actions visant à discréditer les musulmans sont organisées par les services secrets qui implantent des agitateurs etc.". Il raconte que le film comportait une partie historique de 25 minutes qui a dû être écourtée à cause d'impératifs de distribution. "Je veux éveiller tout le monde et pas seulement les jeunes. J'ai voulu montrer des choses que les gens n'avaient pas vu", a-t-il déclaré.

L'école débordée

Entre autre, le documentaire présente des morceaux d'archives rares dans lesquelles on voit notamment le prédicateur Tariq Ramadan aux côtés du directeur du site Médiapart, Edwy Plenel : "Si l'on veut creuser, il existe deux idéologies très fortes basées sur le même processus d''entrisme', c'est-à-dire de pénétration dans la société pour la faire exploser de l'intérieur: le troskysme et celle des Frères musulmans", commente-t-il. "Se rapprochement est symbolisé par le côte-à-côte entre ces deux personnes".

Quant à la capacité de nos sociétés à faire face au mythe du complotisme, voire à y échapper, l'auteur est pessimiste: "J'ai présenté ce film devant des jeunes de 16 ans, et leurs réactions m'ont abasourdies, car ils réfutent les faits. Le problème est préoccupant, puisqu'on ne saurait construire de société sans bases communes. Mon sentiment est donc que c'est un peu tard, malgré les efforts actuels du Ministère de l'éducation nationale dans ce domaine. Nous sommes témoins d'une accumulation de signes qui font qu'on ne comprend plus ce qui est en train de se passer en France et ailleurs en Europe. A cela vient se greffer un problème social: dans les quartiers musulmans, les pères sont souvent absents, les mères travaillent pour faire vivre leurs enfants qui se trouvent livrés à eux-mêmes et incontrôlés; ce qui fait qu'il y a peu d'espoir que le changement vienne du côté des familles".

La réaction ne viendra pas non plus par Internet, car, dit-il : "Pour 42 000 sites complotistes, il y en a 42 prenant leur contrepied. Le rapport est donc de 1 pour 1000". Le seul point d'espoir pour Georges Benayoun réside dans l'idéalisme de certains enseignants "qui y croient encore": "Pendant le tournage de mon documentaire 'Profs en territoires perdus de la République', j'ai rencontré des gens formidables, qui se levaient tous les matins pour aller affronter leurs élèves. Pour moi ce sont des héros, et s'il y a un espoir, il est là. C'est l'école qui peut déconstruire les processus. Malheureusement elle est débordée".

"Arrêtez d'inviter des Soral et des ramadan à s'exprimer !"

Pour lui, par contre, la presse a une part de responsabilité dans la diffusion du phénomène, car elle donne un plateau au tenant des théories complotistes sans leur donner la contradiction: "Arrêtez d'inviter des Soral et des Ramadan à s'exprimer ! Vous faites leur gloire", dit-il.

A ses yeux le travail de déconstruction des mythes doit être accompli par la communauté musulmane elle-même: "il existe une petite intelligentsia dans l'islam qui se lève, et qu'il faut d'ailleurs soutenir car elle est en danger. C'est à elle de s'exprimer et de faire ce travail".

Le Dr. Ariel Tolédano à l'Université de Tel-Aviv: "J'ai voulu transmettre, je suis un passeur"

Le Talmud est-il précurseur de la médecine moderne ? Tel était le titre de la passionnante conférence donnée dimanche 22 avril par le Dr. Ariel Toledano en exclusivité à l'Université de Tel-Aviv, à l'invitation de l'Association des Amis francophones de l'Université. Pendant plus d'une heure, il a entrainé son nombreux public dans une plongée au cœur de cet océan de connaissance qu'est le Talmud, montrant comment un savoir retranscrit entre les 3e et 6e siècles préfigure les sciences contemporaines.

ToledanocoverEn amont de la conférence, Agnès Goldman, déléguée générale de l'Association, a rappelé que celle-ci, créée il y a deux ans, a pour but le financement de bourses pour les étudiants de l'Université et la subvention de programmes de recherche. Elle remercie au passage la Banque Discount, qui soutient les évènements de l'Association, et annonce le lancement d'une opération de crowdfounding les 25-26 et 27 mai pour l'achat d'une caméra 360 degrés pour l'Ecole de cinéma de l'UTA.

'Le coeur comprend la connaissance'

Le Prof. Stella Amossy, professeur émérite du Département de français de l'Université de Tel-Aviv, présente ensuite le conférencier, médecin vasculaire, chargé d'enseignement d'Histoire de la médecine à l'Université René Descartes - Paris V, et auteur de nombreux ouvrages reliant la médecine et la tradition judaïque, dont La médecine du Talmud et Médecine et Kabbale.

C'est en étudiant l'histoire de la circulation sanguine que le Dr. Tolédano, passionné d'histoire de la médecine, en est venu à s'intéresser à son lien avec le Talmud. Pour lui, pas de doute, les bases de la médecine moderne y figurent déjà en filigrane: "Il faut comprendre qu'à l'époque gréco-romaine, la conception du corps humain était différente de la notre", explique-t-il. "C'était le foie et non le cœur, qui était considéré comme le centre de l'organisme, et l'on pensait que les artères transportaient non du sang mais de l'air". Il est alors tombé sur un vif débat qui se déroule dans le traité Houlin du Talmud de Babylone, entre deux personnages: Schmuel, proche de la tradition gréco-romaine, et Rav qui, lui, pensait que les vaisseaux parvenaient au cœur.

ToledqnosignqtureCompilation des interprétations de la Bible par les Sages, le Talmud, de la racine hébraïque LMD (qui a donné notamment LAMAD, apprendre, et LIMED, enseigner), est le texte central du judaïsme rabbinique. "Toutes les spécialisations médicales sont abordées dedans", commente le Dr. Tolédano, qui précise le lien particulier entre le texte et la médecine vasculaire: "Les deux lettres frontières de la Torah, le Bet (B) et le Lamed (L), sont celles qui forment le mot LEV, 'cœur' en hébreu". L'hébreu, relève-t-il, est la seule langue dans laquelle les lettres ont des noms. Rabbi Akiba, considéré comme l'un des fondateurs du judaïsme rabbinique, nous donne justement le sens de la lettre Lamed, la seule de l'alphabet hébraïque qui se situe au-dessus de l'interligne, et "nous tire vers le haut. Le nom de la lettre est formé des initiales des mots 'Lev Mevin Dat': 'le cœur comprend la connaissance'. Lorsque que le cœur cesse de battre, la vie cesse; de même lorsqu'on arrête d'apprendre".

Les principes fondamentaux de la médecine moderne

De plus dans la Bible hébraïque, chaque lettre possède une valeur numérique, ce qui permet d'aller plus loin dans l'interprétation des textes: c'est la Gematria, sur laquelle est fondée la kabbale. "Le Lamed est associé au 30. Les lettres du mot LEV, Lamed et Bet, s'additionnent pour former 32, soit les 22 lettres de l'alphabet hébraïque et les 10 nombres premiers, c'est-à-dire l'ensemble de la connaissance. Les médecins cherchent ce que le corps cache, et les kabbalistes ce que le texte cache".

toledqnodeboutMais selon le Dr. Tolédano, ce n'est pas seulement la compréhension des règles de l'anatomie que l'on retrouve dans la Bible et le Talmud, mais également celles de principes fondamentaux de la médecine moderne. Par exemple: la prévention, née pour lui dans le texte de la Bible, dans le Livre de l'Exode, chapitre 15, verset 26, littéralement: 'Si tu es fidèle à toutes ses lois, aucunes des maladies dont j'ai frappé l'Egypte ne t'atteindra, car je suis Dieu ton médecin', verset traduit et interprété dans la Bible rabbinique comme 'moi l'Eternel, je te préserverai': "Le médecin agit d'abord par la prévention, notion parfaitement moderne".

Autre idée moderne du Talmud qui s'oppose à la conception dualiste d'Hippocrate en vigueur à la même époque: l'union du corps et de l'esprit. "Pour Maimonide, la plus éminente autorité rabbinique du Moyen-âge, le corps est quelque chose de magnifique. A travers la fonctionnalité des organes, Dieu a accompli quelque chose de complet et de merveilleux. De même, pour le Rabbin Moshe Isserles, codificateur du Choulkhan Aroukh pour les communautés ashkénazes, Dieu accompli des merveilles à travers le corps humain. C'est l'idée de l'union du corps et de l'esprit, qui s'oppose à la pensée gréco-romaine du dualisme".

Prévention, contamination et thérapie génique

Le Dr. Tolédano poursuit son inventaire des concepts contemporains ayant fait leur apparition dans le Talmud avec l'idée de contagiosité, selon laquelle des particules invisibles à l'œil nu peuvent être responsables des maladies. Idée, qui a du attendre 1865 pour naitre en Europe avec Louis Pasteur, le conférencier rappelant d'ailleurs que vingt ans auparavant, un médecin viennois qui avait découvert que les femmes en couche mourraient de fièvre puerpérale lorsque leurs médecins passaient directement des autopsies aux accouchements et proposait qu'ils se désinfectent les mains entre les deux, avait fini sa vie dans un hôpital de fous. "Dans la Torah, on ne peut consommer le corps d'un animal mort ('nevela', charogne) ni même le toucher. C'est l'idée du corps mort qui contamine ". De même dans le récit des serpents brûlants dont la morsure fit mourir les Hébreux dans le désert. Pour les en préserver Dieu dit à Moïse 'confectionne-toi un serpent'. Et celui-ci en fabriqua un en cuivre, 'Nekhoshet', mot de la même racine que 'Nakhash', serpent en hébreu: c'est le mal et le remède ensemble, principe de la thérapie génique. D'ailleurs Moïse est pour moi un grand hygiéniste". Le Dr. Tolédano avance même l'hypothèse d'un contact possible entre un chercheur talmudique du 19e siècle, Israël Rabinovitch, dont on sait qu'il avait rencontré le célèbre physiologiste Claude Bernard, avec Pasteur, lorsque celui-ci faisait ses recherches sur la rage.

Pour terminer sur une note d'espérance, le Dr. Tolédano donna l'exemple de Sarah, épouse d'Abraham, qui eu le bonheur de retrouver son flux mensuel à un âge avancé, "…alors que chez Hypocrate, les règles sont conçues comme quelque chose de pathologique. Dieu voulait donner à Abraham l'espoir d'avoir une descendance. C'est cette forme d'espérance que j'avais envie de vous donner ce soir. Bien que fils et arrière-petit fils de rabbin, je suis avant tout un médecin, mais j'ai voulu transmettre, je suis un passeur".

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La conférence, émaillée de Gematria et de citations bibliques en parfait hébreu, fut suivi d'un débat avec le public. Elle avait été précédé d'un cocktail au cours duquel le Dr. Tolédano a dédicacié son livre, La médecine du Talmud.

 

Les Amis francophones de l'Université de Tel-Aviv

Tél.: 972 (3) 6408769  I e-mail: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

De Moscou à Tel-Aviv : l’histoire du théâtre israélien racontée à l’Université de Tel-Aviv

Dans un mini-cycle de conférence organisé par l’association des Amis francophones de l’Université de Tel-Aviv, le Prof. Nurit Yaari ancienne directrice du Département de théâtre de l’Université nous a fait partager ses profondes connaissances et son immense amour du théâtre israélien. Des ateliers du Théâtre d’art de Moscou à la naissance d’un art de la scène proprement hébraïque, les moments forts de l’histoire du théâtre israélien.

Habima salle pleyelLe théâtre national Habima de 1917 à nos jours

Le théâtre Habima, qui a fêté cette année ses 100 ans, est le point de départ de tout le théâtre hébraïque. Sa création, à Moscou en 1917, est liée au renouveau de la langue hébraïque, œuvre d'Eliezer Ben Yehouda, et à l'explosion d'une nouvelle culture juive moderne non religieuse, à partir de la fin du 19e siècle. Son premier choix fut d'adopter l'hébreu, face à un public qui ne le comprenait pas, en remplacement du yiddish qui avait été la première langue du théâtre juif depuis son apparition vers le milieu du 19e, après des siècles d'interdiction rabbinique. Ainsi, la naissance du théâtre hébraïque et celle de l'hébreu comme langue quotidienne sont-elles concomitantes.

La troupe de théâtre Habima est née de la rencontre en Russie entre Nahum Zemah et Hana Rovina, alors institutrice, qui avec un groupe de jeunes juifs désireux d'utiliser la langue hébraïque, créèrent un petit studio sous l'égide du Théâtre d'art de Moscou et de son directeur, Constantin Stanislavski. Celui-ci chargea son meilleur étudiant, le metteur en scène Evgueny Vakhtangov de les former en tant qu'acteurs, selon sa propre méthode d'enseignement, basée sur la mémoire affective et le vécu propre des comédiens. Ces derniers devaient entre autre, travailler du matin au soir et n'avaient pas le droit de se marier ni de se mettre en couple.

Dibbouk croquisParmi les deux pièces de la troupe mises en scène par Vakhtangov, on peut citer le Dibbouk de Shalom Anski, traduit du yiddish par Bialik, avec Hanna Rovina dans le rôle de Léa, personnage qu'elle jouera jusqu'à l'âge de 80 ans -  production devenue légendaire et qui symbolise encore aujourd'hui le théâtre juif.

Ayant quitté Moscou en 1926 pour partir en tournée en Europe et aux Etats-Unis, Habima acquiert rapidement la réputation d'une des meilleures troupes du monde. Arrivée en 1929 en Israël, où il existe déjà deux troupes de théâtre, Haoel et Life, elle fait appel à un metteur en scène de Moscou pour monter ses premiers spectacles, et devient rapidement une troupe d'importance nationale, dotée d'un répertoire permanent de pièces du théâtre classique traduites en hébreu. En 1935 sera construit le théâtre Habima lui-même, sur son emplacement actuel.

Naissance du Caméri

En octobre 1944 Yosef Milo, jeune metteur en scène né à Prague mais arrivé en Israël avec sa famille à l'âge de 4 ans, rassembla quatre acteurs: son épouse Jemima, Rosa Lichtenstein, Avraham Ben-Yosef et Batya Lancet pour monter un spectacle de 4 sketches dans les sous-sols du cinéma Moghrabi à Tel-Aviv. Le spectacle connut un grand succès, et la troupe décida alors de monter un théâtre véritablement israélien, fondé sur une génération de jeunes acteurs ayant grandi dans le pays et parlant couramment l'hébreu, par opposition au théâtre Habima formé d'acteurs souvent âgés, d'origine russe, et dont le répertoire était essentiellement classique.

Officiellement créé en février 1945, le Caméri fut alors rejoint par Yossi Yadin et Hanna Maron, qui devinrent par la suite ses principaux acteurs. Il dut jongler entre la nécessité de former son public à la tradition occidentale classique, en raison du manque de répertoire local, et le désir de  mettre en place un théâtre original qui soit le reflet de la société israélienne et de son vécu. C'est dans cet esprit que pendant la guerre d'indépendance de 1948 Yosef Milo monta la pièce "Il allait dans les champs" ("Hou alah baSadot"), adaptée d'un roman de Moshé Shamir, avec Hanna Maron et Emmanuel Ben Amos, tragédie israélienne contemporaine aussi bien au niveau de  l'intrigue, de l'actualité du sujet que des symboles. La pièce, qui connut un succès extraordinaire, est considérée comme le début du théâtre israélien.

Hana MaronDans les années suivantes, le Caméri continua sur sa double lancée: adaptation du théâtre classique et mise en scène de pièces originales. Le théâtre de Molière fut traduit par Nathan Alterman et celui de Shakespeare par Avraham Shlonsky. En 1952, Orna Porath, deuxième grande actrice du théâtre, interpréta Jeanne d'Arc, puis Electre d'Euripide, première tragédie grecque jouée au Caméri, avec des décors de Dani Caravan et sur un sol en pierres du Golan. En 1971, Yossi Israel mit en scène Médée de Sénèque, dans des décors d'Yigal Tumarkin, avec Hanna Maron, Zaharira Harifai et Zeev Revah, pièce pendant la durée de laquelle Maron, en déplacement, se retrouvera dans l'avion d'El Al détourné vers Munich et sera amputée d'une jambe.

 Face à ces adaptations des œuvres classiques, le théâtre monta en 1954, Kasablan, sorte de West Side Story israélien du dramaturge Yigal Mossinsohn, puis des pièces originales d'Alterman, comme L'auberge des vents, Kinereth Kinereth, La reine Esther, ou Le roi Salomon et Shlomi le cordonnier.

Le metteur en scène le plus marquant du Caméri depuis la fin des années soixante fut Hanoch Levin, dont les pièces imprégnées d'une critique sociale et politique virulente, éveillèrent bien souvent des scandales. Sa revue satirique La reine de la salle de bain, caricature de la période d’euphorie qui suivit la guerre des six jours, montée en 1970, provoqua des manifestations violentes des spectateurs dans la salle et dut être arrêtée au bout de quelques représentations. Elle est cependant considérée comme un jalon fondamental de la satire israélienne. Auteur de 57 comédies et tragédies, dont 30 mises en scène par lui-même,  et 25 montées à l'étranger et non en Israël, Levin s'est employé à montrer aux spectateurs la souffrance de l'autre, et la responsabilité de l'homme envers son prochain.

En 1961, le Caméri déménagea vers le passage Hod sur l'avenue Dizengof, et en 2002 au Centre des Arts de la Scène de Tel-Aviv où il se trouve actuellement.

Les archives nationales du théâtre israélien

archives theatralesEnfin, le mini-cycle de conférences s'est terminé par une visite des archives théâtrales israéliennes, situées au sous-sol de la bibliothèque Sourasky à l'Université, avec la participation de Dr. Olga Levitan, directrice du centre d'archives.

Le Centre israélien de Documentation des Arts scéniques a été créé en 1970 à l'initiative de Shimon Lev-Ari, professeur au département de théâtre, qui a passé sa vie à collecter les documents pas à pas auprès des acteurs et des metteurs en scène. Constitué jusqu'à l'an dernier de cartons empilés dans des caves humides, il a été restauré grâce au concours des Amis français de l'Université, en particulier Zana et Bernard Murat, et renferme plus de 6000 fichiers et 1500 documents sonores et filmés, photos, et archives privées de personnalités célèbres du théâtre israélien.

Parmi ses trésors, on trouve les costumes des actrices Hanna Maron et Orna Porath dans la pièce Marie Stuart montée pour la première fois au Caméri en 1961, l'affiche de Michal fille de Saul, première pièce israélienne écrite en hébreu et montée par le théâtre Habima, jouée en France pendant sa tournée des années 40, des bibliothèques privées de professeurs de l'université léguées aux archives, des maquettes d'Arie Navon, scénographe des premières pièces du Caméri, "Il allait dans les champs", "Le roi Salomon et Shlomi le cordonnier" etc…, une maquette des décors de la mise en scène de Hanoch Levin pour sa pièce L'enfant-rêve, et une d'Œdipe Roi, première tragédie grecque mise en scène par Habima en 1947.

Sont également conservés aux archives les objets qui ont récemment présentés au public lors de l'exposition organisée à l'occasion du centenaire du théâtre Habima. Parmi les documents les plus passionnants, une lettre adressée par la troupe à Goebbels, ministre de la propagande hitlérienne, en 1937; un "planning" manuscrit des spectacles donnés par le théâtre pendant sa tournée en Europe dans les années 20, comprenant la liste des pays, des villes et des théâtres où la troupe s'est produite, et jusqu'au nombre de représentations; des affiches de spectacles donnés par Habima  dans les années vingt et trente en Russie et en Europe - à Londres, en Italie, à la salle Pleyel à Paris, et notamment une de la représentation du Dibbouk à Magdeburg en Allemagne en 1927; des photographies originales de spectacles, prises à Moscou, à Tel-Aviv et en Allemagne, dont une extraordinaire collection des sœurs Hess, célèbres photographes expressionnistes allemandes de la fin des années 20; des illustrations de presse des journaux de la Diaspora représentant les acteurs d'Habima dans divers rôles; un certificat honorifique décerné à la troupe à Paris en 1937, des croquis originaux d'Emmanuel Luftglass pour la pièce Cette terre, et bien d'autres documents.

Signalons également une touchante marionnette du théâtre de Paul Lévi, où Yosef Milo, fondateur du Caméri, avait débuté sa carrière.

Nurit archives

 

Photos 1,2,4,5: Université de Tel-Aviv (Crédit obligatoire)

 

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Les familles politiques israéliennes expliquées à l'Université de Tel-Aviv: 3. Centre, partis religieux, partis arabes

Après la droite et la gauche, la troisième et dernière séance du mini-cycle de conférences sur les familles politiques en Israël donné par le Dr. Denis Charbit dans le cadre de l'Association des Amis francophones de l'Université de Tel-Aviv a été consacrée aux trois autres grandes lignées qui complètent le paysage complexe de la vie politique israélienne : les partis religieux, arabes et ceux du centre.

bulletinsContrairement aux deux précédentes familles, les partis religieux et les partis arabes sont des partis sociologiques qui s'adressent à une clientèle spécifique de la population israélienne, croyants et pratiquants pour les uns, Arabes israéliens pour les autres, et non des partis idéologiques. Cependant l'homogénéité sociale de ces groupes n'empêche pas leur division qui recouvre des clivages idéologiques fondamentaux.

Sionisme religieux et religieux antisionistes

Au sein des partis religieux, le clivage se situe autour du rapport à l'Etat d'Israël. La division entre les partis actuels est la réplique au 21e siècle du conflit fondamental qui a divisé les courants religieux au début du 20e au sujet du sionisme. L'actuel parti Yahadut Hatorah descend de l'Agoudat Israël, parti créé en 1912 en Russie, comme bras politique du judaïsme orthodoxe, et dont l'idée force était de refuser la modernité, préserver un mode de vie traditionnel centré sur la communauté et lutter contre les courants modernistes et réformistes qui se faisaient jour au sein du judaïsme. D'où par exemple le choix de conserver un habit spécifique marquant le désir de se séparer du monde moderne. Avec l'apparition du sionisme se rajoute à cela un rejet viscéral de ce courant. Pour les ultra-orthodoxes en effet, seul Dieu peut décréter la fin de l'exil annonciateur de la rédemption, et rien ne peut être fait pour hâter ce processus. De ce point de vue le sionisme, mouvement politique dont le but était de regrouper les Juifs en Israël pour y former un Etat est une hérésie du judaïsme. Le sionisme, pensent les ultra-orthodoxes, emprunte ses notions de base au judaïsme mais les déforme : la terre d'Israël devient un territoire, le peuple d'Israël un peuple ethnolinguistique calqué sur les autres et non un peuple saint qui ne vit que par le respect des lois, et la Torah est remplacée par des lois non religieuses. La fonction historique du mouvement sioniste, explique le Dr. Charbit, a été de libérer les Juifs de la religion en légitimant une autre conception du judaïsme privilégiant la dimension nationale. Aussi, et bien qu'il ait été contraint par la réalité à des compromis (participation au gouvernement, vote des femmes et apprentissage de l'hébreu), ce courant reste aujourd'hui encore fidèle à ses conceptions antisionistes.

kookLa seconde tendance, celle du sionisme religieux, est représentée aujourd'hui par Le Foyer juif (Habait HaYehudi), parti national religieux de Naftali Benet, héritier du parti Mizrahi (acronyme pour Merkaz ruhani, Centre religieux), fondé en 1902 en Russie par Rabbi Itzhak Yaakov Reiness. Celui-ci considérait le sionisme non pas comme un messianisme concurrent de la religion, mais plutôt comme un effort de philanthropie collective pour relever le niveau matériel et moral du peuple juif. Sa référence est celle du Retour biblique de Babylone, suite à l'exil résultant de la déportation des Juifs du royaume de Juda après la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor en 586 av. J.-C. Dans les années 30, le Rav Abraham Itzhak Hacohen Kook, considéré comme le père du sionisme religieux, développe une doctrine qui voit dans le retour à la terre d'Israël le début de la rédemption finale. Selon lui, Dieu a précisément choisi les Juifs les plus laïcs pour effectuer le retour à la Terre. Cette révolution idéologique sera conduite par son fils, Zvi Yehouda Kook, dans les années qui suivirent la guerre des six jours. Selon ce dernier, Dieu nous a offert la victoire pour rétablir un lien direct avec le berceau du peuple juif: le Royaume de Judée. C'est là le vrai Retour. Or le sionisme de gauche ne franchira pas ce pas: c'est pourquoi l'heure du sionisme religieux est venue. Le Rabbi Zvi Yehouda Kook sera à l'origine du mouvement messianique du Bloc de la Foi (Goush Emounim) qui prône le retour des Juifs en Judée-Samarie, même au défi des institutions de l'Etat d'Israël, mais s'éteindra néanmoins en tant que mouvement organisé dans les années 80.

Un projet messianique

ImplantationCependant, depuis la fin des années 1970, le parti national religieux a pris en charge ce projet messianique. Devenu le Mafdal, qui prit la suite du Mizrahi en 1956, et aujourd'hui Le Foyer juif depuis 2008, c'est un parti neosioniste qui trouve la plus grande partie de son électorat dans le demi-million de Juifs actuellement installés en Judée-Samarie, et forme des élites sociales avec l'ambition de renverser le projet sioniste traditionnel. Il est en faveur de l'établissement d'un état théocratique à long terme qui serait le résultat d'un consentement général à un régime de ce type. En attendant, il veille à ce qu'au moins l'espace public soit, autant que faire se peut, conforme à la Halakha par l'intermédiaire de lois votées par la Knesset : pas de transports publics le shabbat, cacherout obligatoire à l'armée etc.… Cette "politisation du judaïsme" s'est doublée de la tendance à "judaïser la politique": les grands problèmes de l'Etat doivent être réglés en fonction de la Loi juive (Halakha). Si la continuation de la présence dans les territoires était considérée par les gouvernements travaillistes comme une question de sécurité, depuis la révolution du Goush Emounim, le parti national religieux considère que les Juifs ont mission d'y rester, l'ère messianique annulant l'éventuel titre de propriété des Palestiniens sur la terre. Pour Ayelet Shaked et Naftali Benet, dirigeants du parti Bayit Yehudi, il faut annexer sans plus attendre les zones B et C établies par les accords d'Oslo en 1995, en accordant la citoyenneté israélienne aux Palestiniens. Depuis l'accession de Benet à la tête du parti, celui-ci ne cacha pas son ambition de se poser en successeur du Likoud.

Enfin, le parti Shas, créé dans les années 80 et dont le grand leader fut le rabbin Ovadia Yosef, reproduit dans le monde religieux le conflit ashkénaze/séfarade qui s'est peu à peu apaisé dans le monde laïc, créant notamment son propre réseau scolaire El Hamaayan face aux yéshivot ashkénazes.

Partis arabes

HaninLe PKP, parti communiste de Palestine, a été créé en 1920 par des membres du Poalei Zion (mouvement sioniste marxiste) exaltés par la révolution soviétique. Devenu le Maki (parti communiste israélien), puis le Rakah, il a peu à peu perdu son électorat juif pour devenir un parti à majorité arabe, seul parti israélien cependant à prôner une rhétorique de fraternité entre Arabes et Juifs. Il est inclus dans le Hadash (Front démocratique pour la paix et l'égalité) qui fut le premier à inventer la formule "Deux Etats pour deux peuples". Nés du développement du multiculturalisme dans les années 80, ces partis rassemblent aujourd'hui la quasi-totalité du vote arabe: seuls 15% des Arabes israéliens votent actuellement pour des partis non-arabes. Dans les années 90 naquirent le parti islamiste israélien et le parti nationaliste arabe (Balad, parti de Hanin Zoabi), qui ne reconnait pas le caractère juif de l'Etat d'Israël, et se manifeste par des actions ou des paroles provocatrices. Ces partis se sont unifiés en 2015 malgré leurs divergences pour passer le seuil d'éligibilité, alors augmenté à 3,25%. La liste unifiée (HaReshima Haméchoutefet) devient alors le 3e parti à la Knesset avec 13 députés. Son programme comprend la mise en cause de ce qu'elle considère comme l'occupation et la colonisation et le combat pour une plus grande égalité entre les populations juives et arabes.

yairLes partis du Centre, qui trouvent leur origine dans le parti des Sionistes Généraux créé par Haïm Weizman au début du 20e siècle, ont pour fonction de faciliter la volatilité électorale en proposant, au lieu d'un saut de gauche à droite ou de droite à gauche, de se reporter sur un parti centriste. Ils jouent principalement sur l'usure des grands partis. Depuis les années 70 jusqu'à nos jours, ils comptent de 10 à 15 députés en moyenne, ce qui est suffisant pour participer à la coalition gouvernementale. Le parti Kadima d'Ariel Sharon (2005- 2015) a laissé la place à Koulanou de Moshe Kahlon (centre droit) et à Yesh Atid de Yaïr Lapid (centre gauche).

Dans son discours dit des 4 tribus (2015), le Président Rivlin a déclaré que la société israélienne est aujourd'hui composée de 4 tribus principales, chacune ayant la conviction d'être menacées par les 3 autres, mais qui forment l'identité israélienne et dont l'importance numérique est appelée à devenir équivalente: les laïcs, les religieux, les orthodoxes et les Arabes. Selon lui, ces 4 groupes n'ont que deux choix: soit continuer de tenter de menacer l'autre, ce qui conduira immanquablement à la guerre civile, soit apprendre à travailler ensemble et à définir un civisme israélien commun à tous les quatre.

Les familles politiques israéliennes expliquées à l'Université de Tel-Aviv: 2. La gauche

Après la droite, la gauche. La deuxième séance du mini-cycle de conférences sur les familles politiques en Israël de 1948 à nos jours, donné par le Dr. Denis Charbit, dans le cadre de l'Association des Amis francophones de l'Université de Tel-Aviv a été consacrée aux partis de la gauche israélienne depuis les fondateurs de l'Etat jusqu'à sa crise actuelle.

Hashomer hatzairLa gauche israélienne trouve son origine dans la vague d'immigration des pionniers de la 2e alya après les pogroms de Kichinev de 1903 et l'échec de la 1ère révolution russe de 1905. Il s'agit essentiellement d'une jeunesse célibataire habitée par les idéologies socialistes. Après l'interruption de la première guerre mondiale, cette immigration reprend avec la Déclaration Balfour de 1920 et l'établissement d'un "foyer national juif en Palestine mandataire. Ses premiers théoriciens (Beer Borochov, Nahman Sirkin…) relient le sionisme à la lutte des classes et jettent les bases du sionisme socialiste: c'est au peuple de faire la révolution sioniste (Mouvements Hapoel Hatzaïr et Poale Sion).

Mais la Palestine de l'époque est préindustrielle: pas d'usine, pas de lutte des classes qui réponde à la philosophie marxiste. Aussi le mouvement prend très vite une coloration particulière adaptée au contexte: le mariage entre les travailleurs et le Fonds national juif, organisme foncier chargé de l'achat des terres en Palestine, donne naissance au kibboutz. En parallèle, la Histadrout, organisation générale des travailleurs hébreux créée en 1920 sous l'impulsion entre autres de David Ben Gourion, à la fois syndicat et "patron", liée au parti Akhdut Haavoda, ancêtre du Mapaï, mettra en place sous le mandat britannique les institutions qui formeront les structures de base de l'Etat d'Israël: la Koupat Holim (dispensaires), les banques (Hapoalim), les organisations sportives (Hapoel), les journaux (Davar), et même l'organisation militaire (Hahagana). Au départ des Britanniques en février 1947 toutes les institutions du futur Etat seront déjà mises en place. C'est donc le parti travailliste, et son leader David Ben Gourion qui sont à la base de la création de l'Etat d'Israël. C'est pourquoi l'histoire de la gauche israélienne à ses débuts se confond dans une certaine mesure avec celle de l'Etat.

De la guerre d'indépendance à la guerre des Six Jours

De 1920 à 1948, Ben Gourion, visionnaire, reste fidèle à deux objectifs: lutter pour préserver la liberté d'immigration des Juifs en Palestine mandataire et pour leur acquisition progressive de terres ("dounam par dounam, chèvre par chèvre"). Cependant, à la veille du plan de partage de 1947, seulement 33% de la population était juive, et seules 7% des terres appartenaient à des Juifs.

ben gourion 1021x580Après la guerre d'indépendance, devenu Premier ministre, Ben Gourion, établit une coalition à majorité travailliste et œuvre à l'étatisation des structures existantes, dont la création d'un réseau d'écoles publique, d'une administration et d'un service diplomatique. Il proclame la création de Tsahal, l'Armée de Défense d'Israël, qui regroupe la Hagana et les organisations clandestines de l'Irgoun de Menahem Begin, et du Lehi. Les débuts de Tsahal sont marqués par le tragique épisode de l'Altalena, bateau transportant des armes de l'Irgoun incendié par Tsahal après avoir refusé de remettre son chargement. L'évènement provoquera la dissolution des unités de l'Irgoun, et symbolise les tensions irréductibles à cette époque entre Ben Gourion et les organisations révisionnistes.

Sur le plan de la politique étrangère, Ben Gourion était obsédé par l'idée de la faiblesse intrinsèque de l'Etat d'Israël. Persuadé que les Arabes voudront leur revanche, il recherche activement un allié et se tourne d'abord vers la France, les Etats-Unis étant indisponibles en raison de leur alliance avec l'Arabie saoudite. Après 1967, cependant, ils deviendront l'allié naturel d'Israël, qui a par ailleurs choisi le camp occidental face à l'URSS après la guerre de Corée (1950).

"Mieux vaut Sharm el Sheikh sans la paix que la paix sans Sharm el Sheikh"

Le successeur de Ben Gourion, Levy Eshkol, 'apparatchik' dépourvu de charisme, adoucit cependant le climat politique interne du pays et montre les premiers signes de réconciliation avec la droite, entre autre en transférant les restes de Jabotinsky au cimetière du Mont Herzl en 1965, et en invitant le Hérout à former un gouvernement d'union nationale à la veille de la guerre des Six Jours. Modéré, il est cependant considéré comme trop hésitant, et doit accepter l'entrée au gouvernement comme ministre de la défense de Moshé Dayan, vainqueur de la guerre des Six Jours, qui posera les bases de la politique israélienne dans les territoires: contrôle du Mont du temple par le Waqf musulman et maintien de fait d'une domination israélienne dans une Cis-Jordanie/Judée-Samarie non annexée officiellement. Moshé Dayan et Golda Meïr, qui succéda à Lévy Eshkol à la tête du gouvernement, incarnent une intransigeance territoriale et maintiennent les positions sécuritaires d'Israël. "Mieux vaut Sharm el Sheikh sans la paix que la paix sans Sharm el Sheikh", dira Dayan. Golda Meir démissionne à la suite de la guerre de Kippour en 1973 et est remplacée par Yitzhak Rabin.

herzog peresSur le plan idéologique, le parti passe dans les années 80-85 d'une vue dirigiste de l'économie à une conception libérale sous l'impulsion de Shimon Peres et de son plan de stabilisation économique, à la suite de l'inflation galopante qui suivit la guerre du Kippour. La ligne de démarcation entre la droite et la gauche en Israël se déplace alors vers la question des territoires, la gauche étant favorable à la solution de deux Etats côte à côte. Cette orientation, qui se développera avec la guerre du Liban et l'essor du mouvement la Paix maintenant (Shalom Akhshav), s'intensifiera avec le 1er Intifada (1987) et culminera en 1993 avec les accords d'Oslo : pour la gauche, l'élaboration d'une solution politique dans la région doit se faire avec la participation des Palestiniens.

Un parti en crise

Parti dominant jusqu'en 1977, où il perd pour la première fois le pouvoir en faveur du Likoud de Menahem Begin, le parti travailliste est en crise. A l'inverse de la droite, la gauche israélienne souffre d'une trop grande uniformité socio-économique de ses électeurs: surreprésentation des classes moyennes et sous-représentation des villes de développement, de la population d'origine russe et des religieux. Les Juifs des pays arabes immigrés dans les années 50, ont rejoint en masse le Likoud. L'électorat travailliste, contrairement à celui de la droite, est vieillissant. Enfin depuis l'échec des accords d'Oslo en 1993 et du plan de désengagement de 2005, l'image de gardien de la sécurité est passée de la gauche à la droite. La psyché collective israélienne est davantage à l'écoute des menaces, repoussant les espoirs au lendemain et reflète le climat international tendu et les courants populistes qui traversent le monde occidental actuellement.

A la gauche du parti travailliste, Meretz, initialement le parti des Droits civiques, créé en 1970, défend un sionisme de gauche libéral et est à la base de la plupart des lois sociales en Israël. En 1992, le parti atteint un record de 12 députés grâce à l'action de ses leaders Shulamit Aloni et Yossi Sarid, le premier à avoir revendiqué la sortie des territoires. Il se caractérise par sa pureté idéologique et la compétence de ses parlementaires. Meretz a mené un combat anti-clérical, contre l'imposition des lois de la Halakha (lois religieuses juives) dans l'espace public et défendant les droits des femmes, puis des homosexuels. Mais il souffre de son image ashkénaze, laïque et libérale, aux antipodes des mutations de la société israélienne.

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